<script data-pm-proxy="intercept"></script><?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" version="2.0" xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:googleplay="http://www.google.com/schemas/play-podcasts/1.0"><channel><title><![CDATA[Jean MESSIHA]]></title><description><![CDATA[Économiste, essayiste et éditorialiste]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com</link><image><url>https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png</url><title>Jean MESSIHA</title><link>https://jeanmessiha.substack.com</link></image><generator>Substack</generator><lastBuildDate>Fri, 04 Sep 2026 14:14:55 GMT</lastBuildDate><atom:link href="/__u/jeanmessiha.substack.com/feed" rel="self" type="application/rss+xml"/><copyright><![CDATA[Jean MESSIHA]]></copyright><language><![CDATA[en]]></language><webMaster><![CDATA[jeanmessiha@substack.com]]></webMaster><itunes:owner><itunes:email><![CDATA[jeanmessiha@substack.com]]></itunes:email><itunes:name><![CDATA[Jean MESSIHA]]></itunes:name></itunes:owner><itunes:author><![CDATA[Jean MESSIHA]]></itunes:author><googleplay:owner><![CDATA[jeanmessiha@substack.com]]></googleplay:owner><googleplay:email><![CDATA[jeanmessiha@substack.com]]></googleplay:email><googleplay:author><![CDATA[Jean MESSIHA]]></googleplay:author><itunes:block><![CDATA[Yes]]></itunes:block><item><title><![CDATA[Radio France : de la Maison ronde au Saint-Office gauchiste]]></title><description><![CDATA[Petite chronique d&#8217;un ostracisme en habit de vertu]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/radio-france-de-la-maison-ronde-au</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/radio-france-de-la-maison-ronde-au</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Fri, 04 Sep 2026 09:37:44 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il est des spectacles si parfaitement compos&#233;s que l&#8217;on h&#233;site, un instant, &#224; les croire r&#233;els. La Maison de la radio, ce temple circulaire o&#249; l&#8217;&#233;cho se prend pour la v&#233;rit&#233;, vient d&#8217;offrir &#224; la France l&#8217;un de ces myst&#232;res dont elle a le secret : les personnels r&#233;unis en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale ont vot&#233; &#224; l&#8217;unanimit&#233; le principe de la gr&#232;ve afin que l&#8217;on retranche des ondes un journaliste. Non point pour un d&#233;lit commis &#224; l&#8217;antenne. Non point pour une invention de faits. Pour sa seule pr&#233;sence. Pour le scandale d&#8217;exister ailleurs.</p><p>Charles Sapin, pass&#233; par <em>Le Parisien</em>, <em>Le Figaro</em>, <em>L&#8217;Opinion</em> et <em>Le Point</em>, d&#233;sormais directeur adjoint de la r&#233;daction de <em>Valeurs actuelles</em>, s&#8217;est vu confier par C&#233;line Pigalle une chronique dominicale. Il a parl&#233;, le 30 ao&#251;t, du mur de la dette. Rien de plus. Et voil&#224; que le service public, ce grand dispensateur de le&#231;ons &#224; l&#8217;univers, d&#233;couvre soudain que le pluralisme a des bornes, et que ces bornes co&#239;ncident, avec une d&#233;licatesse admirable, avec les fronti&#232;res de sa chapelle.</p><p>On e&#251;t pu s&#8217;&#233;tonner que Radio France, si longtemps sourde &#224; toute voix qui n&#8217;entonnait pas le cantique, consent&#238;t tout &#224; coup &#224; ouvrir l&#8217;huis. Il n&#8217;y a point l&#224; de conversion tardive, encore moins un acc&#232;s de g&#233;n&#233;rosit&#233;. Il y a la peur. L&#8217;ann&#233;e 2027 approche, le vent a tourn&#233;, et dans les couloirs de la Maison ronde l&#8217;on commence &#224; calculer ce que serait un pouvoir que l&#8217;on n&#8217;aurait plus le loisir de sermonner. Quand une institution sent le p&#233;ril en la demeure, elle improvise la vertu qu&#8217;elle n&#8217;a pas pratiqu&#233;e. Tocqueville l&#8217;avait vu : les majorit&#233;s morales ne s&#8217;ouvrent que lorsqu&#8217;elles cessent d&#8217;&#234;tre s&#251;res de durer.</p><p>La commission d&#8217;enqu&#234;te de Charles Alloncle n&#8217;est pas pour rien dans ce soudain acc&#232;s de prudence. Six mois d&#8217;auditions, des centaines de pages, le financement, la neutralit&#233;, le fonctionnement : l&#8217;on a vu para&#238;tre, sous la lumi&#232;re un peu crue du Palais-Bourbon, ce que tant de contribuables pressentaient sans oser le formuler. Biais. Entre-soi. Gabegie. Une maison qui se croyait intangible a d&#251;, pour la premi&#232;re fois depuis longtemps, rendre des comptes. Les directeurs ont compris qu&#8217;il n&#8217;&#233;tait plus temps de camper sur le m&#234;me ambon. D&#8217;o&#249; l&#8217;ouverture, non par go&#251;t de la contradiction, mais par instinct de conservation. D&#8217;o&#249; Sapin le dimanche matin. D&#8217;o&#249;, sur France 2, l&#8217;arriv&#233;e d&#8217;Eug&#233;nie Basti&#233; dans <em>L&#8217;Heure de v&#233;rit&#233;</em>, cette vieille grand-messe ressuscit&#233;e pour la campagne : le service public, tout &#224; coup, juge utile que d&#8217;autres questions que les siennes soient pos&#233;es aux pr&#233;tendants de 2027.</p><p>L&#8217;assembl&#233;e, elle, n&#8217;a pas suivi. Elle a vu dans ce geste un sacril&#232;ge. &#171; Le pluralisme, jusqu&#8217;o&#249; ? &#187; s&#8217;est &#233;cri&#233; un responsable syndical, comme on jette une interrogation oratoire pour mieux refermer la porte. La formule est un chef-d&#8217;&#339;uvre d&#8217;amphigouri pieux. Elle signifie, en bon fran&#231;ais : jusqu&#8217;&#224; nous, et pas un pouce au-del&#224;. Montesquieu &#233;crivait que la libert&#233; est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; &#224; Radio France, elle est le droit de dire tout ce que le c&#233;nacle tol&#232;re. Le reste est anath&#232;me.</p><p>On nous dira que le grief n&#8217;est pas l&#8217;homme mais le titre. Soit. <em>Valeurs actuelles</em> a ses col&#232;res, ses proc&#232;s, ses exc&#232;s, comme en eut, et en aura, toute presse d&#8217;opinion qui refuse de parler bas. Mais l&#8217;on n&#8217;a pas entendu, dans la m&#234;me maison, la m&#234;me fureur chaque fois qu&#8217;un organe de l&#8217;autre rive s&#8217;est livr&#233; &#224; des outrances dont la m&#233;moire n&#8217;est pas si courte. L&#8217;indignation, ici, n&#8217;est pas une boussole : c&#8217;est un &#233;ventail. On l&#8217;ouvre du seul c&#244;t&#233; qui arrange. Et l&#8217;on feint d&#8217;oublier qu&#8217;un journaliste n&#8217;est pas la somme des unes de son employeur. Sapin a fait l&#8217;essentiel de sa route dans des r&#233;dactions que l&#8217;on n&#8217;osait pas, hier encore, traiter en l&#233;proseries. C&#8217;est son passage r&#233;cent &#224; <em>Valeurs actuelles</em> qui le rend, tout &#224; coup, impur. L&#8217;impuret&#233;, en ces mati&#232;res, est toujours le nom que l&#8217;on donne &#224; l&#8217;autre.</p><p>Mill avertissait que l&#8217;&#233;touffement d&#8217;une opinion vole le genre humain. Ici, l&#8217;on ne se contente pas d&#8217;&#233;touffer : l&#8217;on organise le silence, on le vote, on le syndique, on le dote d&#8217;un pr&#233;avis. Les 13 et 14 septembre, si l&#8217;oukase n&#8217;est pas ob&#233;i, l&#8217;on cessera le travail afin qu&#8217;une voix de trop ne trouble pas le ronron liturgique du dimanche, vers 7 heures 42. Camus, plus sec, rappelait que la libert&#233; est d&#8217;abord de ne pas mentir. Mentir, aujourd&#8217;hui, consiste &#224; pr&#234;cher l&#8217;ouverture tout en dressant l&#8217;index. Mentir, c&#8217;est invoquer le service de tous pour mieux servir quelques-uns. Mentir, c&#8217;est parler d&#8217;auditeurs au moment m&#234;me o&#249; l&#8217;on d&#233;cide, en petit comit&#233;, ce qu&#8217;ils ont le droit d&#8217;entendre.</p><p>Aron avait diagnostiqu&#233; l&#8217;opium des intellectuels. L&#8217;opium n&#8217;a pas disparu ; il a chang&#233; de flacon. Il s&#8217;appelle d&#233;sormais &#171; valeurs du groupe &#187;, &#171; ligne rouge &#187;, &#171; incompatibilit&#233; &#187;. Mots talismans. Mots-couvercles. Mots dont on recouvre le fond de l&#8217;affaire, qui est d&#8217;une simplicit&#233; presque obsc&#232;ne : une r&#233;daction majoritairement conformiste ne souffre pas qu&#8217;on installe, f&#251;t-ce deux minutes trente par semaine, un contradicteur venu d&#8217;un autre rivage.</p><p>Que l&#8217;on ne s&#8217;y m&#233;prenne pas. Il n&#8217;est pas question de canoniser quiconque, ni de transformer un &#233;ditorialiste en martyr de porcelaine. Un journaliste n&#8217;est pas une relique. Il est un homme qui parle, que l&#8217;on peut contredire, d&#233;monter, ridiculiser s&#8217;il le m&#233;rite. C&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment cela, le m&#233;tier. Or le m&#233;tier, &#224; en juger par la motion, a &#233;t&#233; remplac&#233; par le sacerdoce. On ne r&#233;fute plus : on rel&#232;gue. On ne d&#233;bat plus : on vote l&#8217;interdit. On ne discute plus l&#8217;article : on demande la t&#234;te du chroniqueur avant m&#234;me que la semaine ait tourn&#233;.</p><p>P&#233;guy savait que le monde moderne avilit surtout ceux qui se croient purs. Rien n&#8217;avilit davantage que la vertu militante, cette vertu qui n&#8217;a plus besoin d&#8217;&#234;tre vraie pour &#234;tre imp&#233;rieuse. Robespierre d&#233;j&#224; confondait l&#8217;incorruptible et l&#8217;intol&#233;rable. L&#8217;on a chang&#233; la guillotine pour le pr&#233;avis ; l&#8217;esprit demeure. Le Comit&#233; de salut public a seulement pris un badge et une salle de r&#233;union.</p><p>Regardez-les donc, ces z&#233;lateurs de la nuance, ces thurif&#233;raires de la diversit&#233;, ces donneurs de le&#231;ons plan&#233;taires. Ils enseignent &#224; la terre enti&#232;re la bienveillance, cette douceur d&#8217;&#233;tiquette. Ils d&#233;noncent l&#8217;ostracisme d&#232;s qu&#8217;il vient d&#8217;ailleurs. Ils s&#8217;&#233;tranglent d&#232;s qu&#8217;un gouvernement &#233;tranger muselle une r&#233;daction. Et dans leur propre maison, pay&#233;e par l&#8217;imp&#244;t, une assembl&#233;e d&#8217;une centaine de personnes r&#233;clame qu&#8217;on &#244;te un homme de l&#8217;antenne parce que le titre de son journal lui d&#233;pla&#238;t. Tartufe n&#8217;e&#251;t pas mieux ourdi la sc&#232;ne. Cachez cette voix que notre oreille ne saurait souffrir.</p><p>La cour, disait La Bruy&#232;re, n&#8217;a pas pour effet de rendre content, mais d&#8217;emp&#234;cher qu&#8217;on le soit ailleurs. La cour, aujourd&#8217;hui, est une r&#233;daction. Elle a ses privil&#233;gi&#233;s, ses exclusions, son langage chiffr&#233;, ses excommunications. Elle a surtout cette vanit&#233; particuli&#232;re des clercs : croire que le r&#233;el commence o&#249; leur consentement s&#8217;arr&#234;te. Spinoza tenait que le but de l&#8217;&#201;tat est la libert&#233;. Un service public qui prend peur d&#8217;une chronique a d&#233;j&#224; cess&#233; d&#8217;&#234;tre un &#201;tat d&#8217;esprit ; il est devenu une paroisse.</p><p>On objectera que l&#8217;audiovisuel public n&#8217;est pas un caf&#233; du commerce. Fort bien. Qu&#8217;on le dise alors sans fard. Qu&#8217;on avoue que certaines opinions, pour &#234;tre l&#233;gales, ne sont pas fr&#233;quentables ; que le contribuable financera le sermon, non la dispute. Du moins cesserait-on cette com&#233;die du pluralisme, ce ballet o&#249; l&#8217;on invite &#171; toutes les tendances &#187; pourvu qu&#8217;elles soient d&#233;j&#224; assises &#224; la m&#234;me table. Anne Rosencher, Christian Chavagneux, Camille Vigogne Le Coat, B&#233;atrice Mathieu, Leila Abboud : panel savamment dos&#233;. L&#8217;arriv&#233;e de Sapin rompt l&#8217;&#233;quilibre, non parce qu&#8217;il serait un forban, mais parce qu&#8217;il vient d&#8217;un lieu que la maison a d&#233;clar&#233; impur.</p><p>Et voici le plus cruel, le plus comique, le plus magistral. En votant unanimement contre une seule chronique, les membres de cette assembl&#233;e viennent d&#8217;offrir &#224; Charles Alloncle la preuve qu&#8217;il n&#8217;aurait jamais pu fabriquer lui-m&#234;me. Ils ont voulu d&#233;mentir le rapport ; ils l&#8217;ont illustr&#233;. Ils ont voulu laver l&#8217;accusation de chapelle ; ils ont vot&#233; en chapelle. Ils ont voulu d&#233;montrer leur ouverture ; ils ont ferm&#233; l&#8217;huis d&#8217;un seul geste. Une gr&#232;ve nationale pour faire supprimer deux minutes trente d&#8217;expression hebdomadaire &#8212; &#224; peine deux heures sur une ann&#233;e enti&#232;re. Orwell avait vu le m&#233;canisme : qui contr&#244;le le pr&#233;sent pr&#233;tend contr&#244;ler le p&#233;rim&#232;tre du dicible. La gr&#232;ve n&#8217;est plus, alors, un rapport de force salarial. Elle devient un instrument doctrinal. L&#8217;on cesse de produire le service afin d&#8217;en &#233;purer le contenu. C&#8217;est une gr&#232;ve de l&#8217;Index.</p><p>Il y a, dans cette unanimit&#233; d&#8217;assembl&#233;e, une b&#234;tise sid&#233;rante. Non point la b&#234;tise du c&#339;ur, qui parfois excuse, mais celle de la strat&#233;gie, qui n&#8217;excuse rien. S&#8217;il existait encore, dans le pays, quelques esprits dispos&#233;s &#224; croire que les griefs contre Radio France n&#8217;&#233;taient qu&#8217;outrances d&#8217;adversaires, voil&#224; qui les d&#233;trompe. La motion du 2 septembre vaut tous les annexes du rapport. Elle dit, mieux qu&#8217;un d&#233;put&#233;, ce que la maison pense du contradicteur : qu&#8217;il n&#8217;a pas sa place. Elle dit, mieux qu&#8217;une commission, ce que le pluralisme devient d&#232;s qu&#8217;il cesse d&#8217;&#234;tre un mot de communiqu&#233; : un p&#233;ril. Les adversaires du service public n&#8217;avaient qu&#8217;&#224; attendre. On leur a livr&#233; la d&#233;monstration, unanime parmi les pr&#233;sents, dat&#233;e, sign&#233;e, et bient&#244;t accompagn&#233;e d&#8217;un pr&#233;avis.</p><p>Vincent Meslet a dit que la culture du renoncement n&#8217;&#233;tait pas celle de la direction. Formule assez belle pour &#234;tre vraie, assez tardive pour &#234;tre fragile. Car le plus grave n&#8217;est pas qu&#8217;un journaliste de <em>Valeurs actuelles</em> parle deux minutes trente le dimanche, ni qu&#8217;Eug&#233;nie Basti&#233; interroge, sur France 2, un candidat. Le plus grave est qu&#8217;une maison pay&#233;e pour faire entendre le pays refuse d&#8217;entendre une part du pays &#8212; et qu&#8217;elle le fasse au moment pr&#233;cis o&#249; le pays, lui, pourrait bien cesser de l&#8217;entendre.</p><p>Nietzsche notait que celui qui combat des monstres doit prendre garde de ne pas le devenir. &#192; trop chasser le d&#233;mon de l&#8217;autre rive, l&#8217;on finit par officier dans le m&#234;me temple, avec d&#8217;autres chasubles. L&#8217;inquisition n&#8217;a pas besoin de b&#251;cher pour &#234;tre elle-m&#234;me : il lui suffit d&#8217;un micro coup&#233;, d&#8217;une grille expurg&#233;e, d&#8217;une assembl&#233;e unanime.</p><p>La libert&#233; d&#8217;expression n&#8217;est pas un coussin. Elle n&#8217;est pas un privil&#232;ge que l&#8217;on accorde aux amis. Elle est un droit rude, incommode, souvent d&#233;plaisant. Elle commence pr&#233;cis&#233;ment l&#224; o&#249; le confort cesse : quand un homme que l&#8217;on n&#8217;aime pas prend la parole, et que l&#8217;on consent, non &#224; l&#8217;applaudir, mais &#224; lui r&#233;pondre.</p><p>Tout le reste est pr&#234;che.<br>Tout le reste est conventicule.<br>Tout le reste est la farce &#233;ternelle des clercs qui, ayant perdu le ciel, veulent encore garder les cl&#233;s &#8212; et qui, pour les garder, viennent d&#8217;offrir &#224; leurs accusateurs le plus bel aveu qu&#8217;une enqu&#234;te n&#8217;aurait jamais obtenu.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[On ne donne point de leçons avec les poches percées]]></title><description><![CDATA[Le cr&#233;ancier n&#8217;a point de m&#233;moire des sermons. Il n&#8217;a que des colonnes.]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/on-ne-donne-point-de-lecons-avec</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/on-ne-donne-point-de-lecons-avec</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Thu, 03 Sep 2026 14:41:34 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>4,24%. Quatre virgule vingt-quatre pour cent. Voil&#224; le chiffre, aride et sans gr&#226;ce, par quoi s&#8217;&#233;crit d&#233;sormais le cr&#233;dit de la France &#224; dix ans. Non point une opinion, non point un &#233;ditorial, non point l&#8217;humeur d&#8217;un chroniqueur. Un prix. Le prix qu&#8217;exige d&#233;sormais le march&#233;, cette assembl&#233;e sans visage et sans piti&#233;, pour pr&#234;ter &#224; un &#201;tat qui, hier encore, se piquait de donner le&#231;on &#224; l&#8217;univers entier. 4,25%. Et, plus cruel encore que le chiffre isol&#233;, son voisinage : Ath&#232;nes, ce matin, emprunte &#224; meilleur compte. La Gr&#232;ce, cette Gr&#232;ce dont on fit, voici quinze ans, le bouc &#233;missaire, le cancre, le d&#233;linquant fiscal de l&#8217;Europe, cette Gr&#232;ce que l&#8217;on accabla de morig&#233;nations, de plans, de tro&#239;kas et de sermons dominicaux, cette Gr&#232;ce donc se trouve, aux yeux des pr&#234;teurs, moins hasardeuse que Paris. Qu&#8217;on se le tienne pour dit. L&#8217;histoire, parfois, a le go&#251;t de l&#8217;ironie la plus basse, celle qui n&#8217;a pas besoin d&#8217;esprit pour frapper.</p><p>Il fut un temps, que les plus jeunes d&#8217;entre nous tiennent d&#233;j&#224; pour une fable, o&#249; les ministres fran&#231;ais se rendaient &#224; Bruxelles et &#224; Francfort le front haut, la voix grave, le doigt lev&#233;. Ils parlaient d&#8217;&#171; efforts &#187;, de &#171; rigueur &#187;, de &#171; responsabilit&#233; &#187;. Ils parlaient comme on parle &#224; un enfant trop d&#233;pensier. Ils parlaient de la Gr&#232;ce comme d&#8217;un malade qu&#8217;il convenait d&#8217;enfermer pour le bien de la maison commune. On ou&#239;t alors, dans les palais de la R&#233;publique, d&#8217;&#233;tonnantes sentences sur la vertu des comptes, la n&#233;cessit&#233; de tailler dans le vif, l&#8217;indignit&#233; de vivre &#224; cr&#233;dit. C&#8217;&#233;tait beau. C&#8217;&#233;tait noble. C&#8217;&#233;tait, surtout, destin&#233; &#224; autrui. Car la vertu, chez nos gouvernants, a toujours eu ceci de commode qu&#8217;elle s&#8217;exerce plus volontiers sur le prochain que sur soi-m&#234;me. On e&#251;t dit ces pr&#233;dicateurs d&#8217;autrefois qui, du haut de la chaire, foudroyaient l&#8217;usure et d&#238;naient chez l&#8217;usurier.</p><p>Que s&#8217;est-il pass&#233; depuis lors ? Rien d&#8217;obscur. Rien de myst&#233;rieux. Rien qui exige&#226;t les oracles. On a d&#233;pens&#233;. On a promis. On a recul&#233;. On a tax&#233;. On a d&#233;pens&#233; encore. On a baptis&#233; &#171; investissement d&#8217;avenir &#187; ce qui n&#8217;&#233;tait souvent que consommation pr&#233;sente. On a baptis&#233; &#171; bouclier &#187; ce qui n&#8217;&#233;tait que fuite en avant. On a baptis&#233; &#171; quoi qu&#8217;il en co&#251;te &#187; ce qui, pr&#233;cis&#233;ment, co&#251;te d&#233;sormais et co&#251;tera davantage. Trois mille cinq cent trente-six milliards d&#8217;euros. 117,5% du PIB. Un d&#233;ficit que le Fonds mon&#233;taire inscrit d&#233;j&#224; &#224; cinq virgule deux pour cent pour cette ann&#233;e, et une trajectoire qui, selon la Banque de France, porterait la dette aux abords de 122% en 2028. Le trait&#233;, ce trait&#233; que l&#8217;on invoquait contre Ath&#232;nes comme un &#201;vangile, prescrivait trois. La charge des int&#233;r&#234;ts, cette gabelle moderne que l&#8217;on paie aux cr&#233;anciers sans m&#234;me avoir la consolation de voir l&#8217;argent demeurer au pays, enfle d&#8217;ann&#233;e en ann&#233;e, d&#233;passe d&#233;j&#224; 70 milliards et d&#233;vore ce que l&#8217;on destinait jadis &#224; l&#8217;&#233;cole, &#224; la justice, &#224; la d&#233;fense. Voil&#224; le bilan, non d&#8217;une ann&#233;e maudite, mais d&#8217;une longue incurie. Il n&#8217;est point besoin d&#8217;&#234;tre proph&#232;te pour le lire. Il suffit de ne point &#234;tre aveugle.</p><p>Les th&#233;oriciens, que l&#8217;on rel&#233;gua trop longtemps au rang des raseurs, avaient pourtant pr&#233;venu. Il y a, d&#8217;abord, cette vieille loi que l&#8217;on nomme l&#8217;effet de boule de neige. Lorsque le taux d&#8217;int&#233;r&#234;t effectif de la dette d&#233;passe durablement la croissance nominale, stabiliser le ratio d&#8217;endettement exige un effort primaire toujours plus lourd. Et lorsque, comme en France, le solde primaire demeure lui-m&#234;me d&#233;ficitaire, les deux m&#226;choires de l&#8217;&#233;tau se referment ensemble. Domar l&#8217;avait &#233;crite. Les comptables de Bercy la connaissent. Les ministres font semblant de l&#8217;ignorer. Olivier Blanchard, un temps, crut pouvoir rassurer les princes en leur murmurant que tant que le taux d&#8217;int&#233;r&#234;t (<em>r)</em> demeurerait inf&#233;rieur au taux de croissance (<em>g)</em>, l&#8217;on pouvait dormir tranquille. Soit. Mais <em>r</em> n&#8217;est point une constante divine. Il est le jugement des pr&#234;teurs. Et les pr&#234;teurs, voyant l&#8217;incurie, rel&#232;vent <em>r</em>. Alors la belle in&#233;galit&#233; s&#8217;inverse, et la neige se met &#224; rouler.</p><p>Il y a, ensuite, ce que Buchanan et l&#8217;&#233;cole des choix publics nomm&#232;rent sans m&#233;nagement : le politicien n&#8217;est point un ange d&#233;vou&#233; au bien commun. Il est un homme, soumis &#224; l&#8217;&#233;ch&#233;ance &#233;lectorale, tent&#233; de distribuer aujourd&#8217;hui ce que d&#8217;autres paieront demain. Le d&#233;ficit n&#8217;est pas un accident. Il est une technologie de pouvoir. On ach&#232;te la paix sociale &#224; cr&#233;dit, on monnaye les client&#232;les, on ajourne la r&#233;forme, et l&#8217;on laisse &#224; la l&#233;gislature suivante le soin de para&#238;tre avare. C&#8217;est la trag&#233;die des biens communs appliqu&#233;e au Tr&#233;sor : chacun a int&#233;r&#234;t &#224; pr&#233;lever, nul n&#8217;a int&#233;r&#234;t imm&#233;diat &#224; reconstituer. Le budget devient une p&#226;ture. On y m&#232;ne son troupeau. On s&#8217;indigne que l&#8217;herbe manque.</p><p>Il y a encore l&#8217;incoh&#233;rence temporelle que Kydland et Prescott d&#233;crivirent : l&#8217;annonce d&#8217;une aust&#233;rit&#233; future n&#8217;a nulle valeur si l&#8217;on sait, et si les march&#233;s savent, que l&#8217;on y renoncera d&#232;s que le tumulte montera. La France excelle en cette mati&#232;re. Elle promet 2027, puis 2029, puis &#171; d&#232;s que la croissance reviendra &#187;, comme ces d&#233;biteurs de roman qui jurent de s&#8217;amender &#224; la Saint-Glinglin. Deux des grandes agences ont d&#233;j&#224; retir&#233; &#224; la France jusqu&#8217;&#224; son double A : Fitch et Standard &amp; Poor&#8217;s la notent d&#233;sormais A plus. Moody&#8217;s maintient son Aa3, mais sous perspective n&#233;gative. DBRS demeure &#224; AA. Les march&#233;s, eux, ne distribuent pas de m&#233;dailles : ils donnent un prix au risque. Le Bund allemand, cette boussole froide, s&#8217;&#233;loigne. L&#8217;&#233;cart n&#8217;est plus un d&#233;tail de salon. Il est le thermom&#232;tre de la d&#233;fiance. L&#8217;euro, que l&#8217;on crut parapluie, se r&#233;v&#232;le aussi pi&#232;ge : il &#244;te la soupape du change et n&#8217;impose point, &#224; soi-m&#234;me, la discipline des comptes que l&#8217;on exigeait d&#8217;Ath&#232;nes.</p><p>L&#8217;on objectera, et l&#8217;on a d&#233;j&#224; object&#233;, que comparer la France &#224; la Gr&#232;ce de 2010 est une infamie. Soit. La France n&#8217;a point maquill&#233; ses comptes comme on le fit jadis au Pir&#233;e. Elle n&#8217;a point un appareil productif aussi &#233;troit. Elle n&#8217;a point, encore, le dos au mur du d&#233;faut. Fort bien. Mais c&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi la honte est plus cuisante. Car la Gr&#232;ce, apr&#232;s l&#8217;humiliation, apr&#232;s les larmes, apr&#232;s les coupes que l&#8217;on dit barbares, a produit des exc&#233;dents primaires. Le Fonds mon&#233;taire lui pr&#234;te, pour cette ann&#233;e, un exc&#233;dent primaire de 3,6%du PIB, et une dette qui redescendrait de 146,6 &#224; 136,6% du PIB. &#192; la France, le m&#234;me Fonds pr&#234;te un d&#233;ficit primaire de 2,7%. Six points de PIB les s&#233;parent d&#233;sormais &#8212; mais dans le sens exactement inverse de celui o&#249; nous les avions laiss&#233;es au temps des sermons. Ath&#232;nes a reconquis, pied &#224; pied, la confiance de ceux-l&#224; m&#234;mes qui l&#8217;avaient conspu&#233;e. Paris a parl&#233; en cr&#233;ancier moral et s&#8217;est conduit en d&#233;biteur mondain. Voil&#224; l&#8217;opprobre. Non pas d&#8217;&#234;tre malade. D&#8217;avoir sermonn&#233; le malade tout en vidant l&#8217;armoire &#224; pharmacie.</p><p>Qu&#8217;on n&#8217;aille point chercher ici l&#8217;&#233;loge de l&#8217;aust&#233;rit&#233; pour l&#8217;aust&#233;rit&#233;, cette religion triste qui prend le je&#251;ne pour une politique. Il ne s&#8217;agit point de c&#233;l&#233;brer la souffrance grecque, ni d&#8217;oublier ce qu&#8217;elle eut de socialement d&#233;vastateur. Il s&#8217;agit de nommer une forfaiture intellectuelle. On ne peut, sans d&#233;choir, expliquer &#224; un peuple qu&#8217;il doit se serrer la ceinture parce que les trait&#233;s l&#8217;exigent, et s&#8217;asseoir soi-m&#234;me &#224; la table du d&#233;ficit permanent au nom d&#8217;une exception nationale qui n&#8217;existe que dans les discours du 14 juillet. L&#8217;exception, les march&#233;s ne la reconnaissent point. Ils reconnaissent des flux, des stocks, des primaires, des refinancements. Ils reconnaissent qu&#8217;un point de taux suppl&#233;mentaire, sur un encours de cette magnitude, c&#8217;est, &#224; terme, des dizaines de milliards arrach&#233;s chaque ann&#233;e au corps social pour les verser &#224; des porteurs d&#8217;obligations. C&#8217;est l&#8217;imp&#244;t invisible, l&#8217;imp&#244;t des na&#239;fs, l&#8217;imp&#244;t que l&#8217;on n&#8217;ose voter et que l&#8217;on fait payer par le temps.</p><p>Il y a, dans cette affaire, quelque chose de l&#8217;ancienne usure, non point celle du Lombard, mais celle de l&#8217;&#201;tat envers sa propre post&#233;rit&#233;. On a mang&#233; le bl&#233; en herbe. On a vendu la r&#233;colte d&#8217;avant les semailles. Les uns appellent cela de la relance. D&#8217;autres, plus honn&#234;tes, de la prodigalit&#233;. Hayek e&#251;t parl&#233; de pr&#233;tention de la connaissance : l&#8217;id&#233;e folle selon laquelle un cabinet, une administration, une majorit&#233; de circonstance sauraient mieux que le prix du temps comment allouer l&#8217;&#233;pargne d&#8217;un pays. Mises e&#251;t parl&#233; de l&#8217;illusion du cr&#233;dit bon march&#233;, qui d&#233;forme les calculs, gonfle l&#8217;&#201;tat, et laisse croire que l&#8217;on peut consommer sans produire. Keynes lui-m&#234;me, que l&#8217;on invoque &#224; tout propos comme un saint la&#239;que de la d&#233;pense, n&#8217;avait point recommand&#233; de vivre &#233;ternellement au-dessus de ses moyens une fois la d&#233;pression close. On a fait de sa parenth&#232;se une constitution.</p><p>Et pendant ce temps, l&#8217;on continue. L&#8217;on continue de dire que tout va bien, ou que tout irait bien si l&#8217;opposition n&#8217;existait, ou que tout ira bien apr&#232;s la prochaine loi de finances, cette messe annuelle o&#249; l&#8217;on change les rubriques pour ne point changer les sommes. L&#8217;on continue de hausser l&#8217;imp&#244;t comme on hausse le col de son manteau sous la pluie, croyant que le Laffer n&#8217;existe que pour les autres et que le capital, le travail, l&#8217;&#233;pargne n&#8217;ont point de jambes pour s&#8217;en aller. L&#8217;on continue de traiter le <em>spread</em> comme une m&#233;chancet&#233; des &#171; march&#233;s &#187;, ces march&#233;s que l&#8217;on implore le matin &#224; l&#8217;adjudication et que l&#8217;on insulte le soir au journal. Double jeu. Double langage. Double bilan.</p><p>La honte, au vrai, n&#8217;est pas seulement financi&#232;re. Elle est morale, et c&#8217;est pourquoi elle pique. Car nos dirigeants n&#8217;ont pas seulement mal compt&#233;. Ils ont parl&#233; haut. Ils ont fait les censeurs. Ils ont habill&#233; de vertu europ&#233;enne ce qui n&#8217;&#233;tait souvent que calcul int&#233;rieur. Ils ont expliqu&#233; aux Hell&#232;nes que l&#8217;heure &#233;tait grave, que l&#8217;honneur des comptes commandait le sacrifice, que l&#8217;on ne pouvait ind&#233;finiment vivre &#224; l&#8217;&#339;il de ses cr&#233;anciers. Ils avaient raison sur le principe. Ils ont eu tort sur l&#8217;application. Le principe, appliqu&#233; au voisin et refus&#233; chez soi, n&#8217;est plus un principe. C&#8217;est une pose. Et la pose, un jour, se paie au prix de l&#8217;emprunt.</p><p>4,24. Ce n&#8217;est point encore le naufrage. Ce n&#8217;est point encore le huis clos du Fonds, ni la file devant les banques, ni le d&#233;cret de saisie. C&#8217;est mieux et c&#8217;est pire : c&#8217;est l&#8217;avertissement clair, r&#233;dig&#233; en chiffres, que l&#8217;on peut encore feindre de n&#8217;avoir point lu. Demain, si la croissance demeure ch&#233;tive, si la d&#233;pense primaire refuse de plier, si la politique demeure ce th&#233;&#226;tre o&#249; l&#8217;on tombe pour un budget et l&#8217;on se rel&#232;ve pour un autre aussi l&#226;che, le taux montera encore. Alors l&#8217;on dira que c&#8217;est la faute du monde, du p&#233;trole, de la guerre, de Berlin, de Washington, de qui l&#8217;on voudra. On dira tout, except&#233; ceci, qui est simple et presque vulgaire : on a trop promis, trop d&#233;pens&#233;, trop sermonn&#233;, trop peu tenu. Le chiffre est l&#224;. Il n&#8217;attend plus qu&#8217;on lui trouve des excuses.</p><p>Il n&#8217;est point besoin d&#8217;&#234;tre hell&#233;niste pour comprendre la le&#231;on d&#8217;Ath&#232;nes. Elle tient en peu de mots, que nos p&#232;res eussent &#233;crits sans fard : l&#8217;on ne donne point de le&#231;ons avec les poches perc&#233;es. L&#8217;on ne moralise point le d&#233;biteur lorsque sa propre signature commence &#224; faire hausser le sourcil du cr&#233;ancier. L&#8217;on ne parle point de s&#233;rieux quand le s&#233;rieux, chez soi, n&#8217;est qu&#8217;un adjectif de discours.</p><p>Le cr&#233;ancier, encore une fois, n&#8217;a point de m&#233;moire des sermons. Il a des colonnes. Et dans ces colonnes, depuis peu, la France ne figure plus &#224; la place qu&#8217;elle s&#8217;&#233;tait assign&#233;e dans sa vanit&#233;. Elle figure &#224; la place que lui font ses &#233;critures. C&#8217;est justice, d&#8217;une certaine fa&#231;on. Une justice s&#232;che, sans lyrisme, sans drapeau. La seule, peut-&#234;tre, que ce si&#232;cle sache encore rendre.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le voile n’est pas un bout de tissu : c’est un bout de charia]]></title><description><![CDATA[Comment la France devient un pays musulman comme un autre]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/le-voile-nest-pas-un-bout-de-tissu</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/le-voile-nest-pas-un-bout-de-tissu</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Tue, 01 Sep 2026 08:40:46 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>On nous rebat les oreilles d&#8217;une fable commode. Le voile ne serait qu&#8217;une &#233;toffe, un caprice vestimentaire, une pi&#233;t&#233; pli&#233;e en rectangle. Cette tartuferie lexicale est le premier mensonge du d&#233;bat. Albert Camus, commentant Brice Parain, l&#8217;avait &#233;crit sans ambages : &#171; Mal nommer un objet, c&#8217;est ajouter au malheur de ce monde. &#187; Nommer le voile &#171; simple tissu &#187;, c&#8217;est escamoter ce qu&#8217;il prescrit. Le voile n&#8217;est pas un bout de tissu : c&#8217;est un bout de charia. Un fragment de doctrine promen&#233;e dans la rue, une oriflamme de suj&#233;tion, le labarum d&#8217;une s&#233;paration des sexes que nulle R&#233;publique n&#8217;a vocation &#224; banaliser.</p><p>La question n&#8217;est point de savoir ce qu&#8217;une femme a sur la t&#234;te. La question est de savoir quelle conception de la femme et de la cit&#233; ce signe v&#233;hicule. Une libert&#233; peut &#234;tre individuelle dans son exercice et politique dans ses cons&#233;quences. C&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment toute l&#8217;aporie du voile. On nous dit : &#171; C&#8217;est un choix. &#187; Fort bien. Mais une soci&#233;t&#233; a aussi le droit de choisir ce qu&#8217;elle veut donner &#224; voir d&#8217;elle-m&#234;me. La libert&#233; religieuse prot&#232;ge la foi ; elle n&#8217;astreint point la R&#233;publique &#224; une ataraxie b&#233;ate devant toutes ses manifestations.</p><p>L&#8217;argument de la libert&#233; de la femme souffre deux faiblesses, et elles sont dirimantes.</p><p>D&#8217;abord, toutes les femmes ne sont pas libres. Certaines portent sous une contrainte familiale ou sociale bien r&#233;elle. Celles qui refusent sont trait&#233;es de tra&#238;n&#233;es, d&#8217;impudiques, de mal-fam&#233;es. La rue, le cousin, le fr&#232;re, le pr&#234;che, le groupe de messagerie : tout un tribunal invisible statue. Appeler &#171; choix &#187; ce que sanctionne le quolibet, c&#8217;est prendre la ge&#244;le pour un salon.</p><p>Ensuite, le consentement lui-m&#234;me n&#8217;&#233;puise pas la question. Une prescription inculqu&#233;e d&#232;s l&#8217;enfance, assortie dans certains milieux d&#8217;une lourde r&#233;probation religieuse et sociale, ne devient pas politiquement neutre par la seule magie du mot &#171; choix &#187;. Beauvoir l&#8217;avait vu : &#171; Le propre des manies et des vices, c&#8217;est d&#8217;engager la libert&#233; &#224; vouloir ce qu&#8217;elle ne veut pas. &#187; Le conditionnement a ceci de parfait qu&#8217;il se prend pour un consentement.</p><p>Pendant des d&#233;cennies, l&#8217;on nous ass&#233;na que le voile &#233;tait marginal. Puis qu&#8217;il fallait le tol&#233;rer. Puis le banaliser. Et voici qu&#8217;il faudrait presque s&#8217;excuser de le trouver probl&#233;matique. &#201;lisabeth Badinter a nomm&#233; le pi&#232;ge : &#171; Banaliser l&#8217;image de la femme voil&#233;e, c&#8217;est l&#8217;&#233;riger en norme. &#187; La tol&#233;rance, ajoutait-elle, &#171; s&#8217;est retourn&#233;e contre celles que l&#8217;on croyait aider &#187;. Voil&#224; le glissement : de l&#8217;exception &#224; la liturgie, de la liturgie &#224; la norme, de la norme &#224; l&#8217;anath&#232;me lanc&#233; contre quiconque refuse de s&#8217;agenouiller.</p><p>Cette palinodie a un nom, et il est ancien. Julien Benda, en 1927, l&#8217;appela la trahison des clercs : le moment o&#249; les hommes de pens&#233;e abdiquent l&#8217;universel pour &#233;pouser les passions particuli&#232;res de leur temps. Notre &#233;poque en offre une version plus piteuse encore. Ce n&#8217;est plus seulement l&#8217;intellectuel qui trahit. C&#8217;est la gauche tout enti&#232;re, jadis fer de lance de l&#8217;&#233;mancipation f&#233;minine, qui commet aujourd&#8217;hui sa forfaiture.</p><p>Car enfin, regardons l&#8217;ignominie en face. Cette gauche qui, d&#8217;Olympe de Gouges &#224; Gis&#232;le Halimi, de Condorcet &#224; Simone de Beauvoir, avait fait de la femme un sujet et non un territoire ; cette gauche qui arracha le corps f&#233;minin aux tutelles cl&#233;ricales, aux corsets, aux p&#232;res, aux confesseurs et aux maris ; cette m&#234;me gauche d&#233;fend en 2026 l&#8217;id&#233;e qu&#8217;une femme puisse se v&#234;tir en France selon des prescriptions vestimentaires venues d&#8217;un autre univers historique et religieux. Non par n&#233;cessit&#233; du d&#233;sert, non par le vent de sable et la tente, mais par all&#233;geance &#224; une prescription n&#233;e dans la P&#233;ninsule, fig&#233;e par le fiqh, brandie par les Fr&#232;res et leurs s&#233;ides comme un diktat identitaire.</p><p>Mesure-t-on l&#8217;inversion ? On a br&#251;l&#233; les corsets au nom de la raison, et l&#8217;on encense &#224; pr&#233;sent le voile au nom du respect. On a chass&#233; le pr&#234;tre de l&#8217;&#233;cole pour que la fillette y entre t&#234;te haute, et l&#8217;on s&#8217;accommode qu&#8217;elle y rentre t&#234;te basse, pourvu que l&#8217;on puisse se dire hospitalier. On a fait de &#171; mon corps m&#8217;appartient &#187; un cri de ralliement, puis l&#8217;on a d&#233;clar&#233; que ce corps, s&#8217;il est musulman, appartient d&#8217;abord &#224; une tradition. C&#8217;est une apostasie. Non de la foi &#8212; chacun croit ce qu&#8217;il veut &#8212; mais des Lumi&#232;res dont cette gauche tirait jadis toute sa fiert&#233;. Raymond Aron parlait de l&#8217;opium des intellectuels. L&#8217;opium a chang&#233; de formule : il n&#8217;endort plus au nom de Moscou, il endort au nom de &#171; l&#8217;inclusivit&#233; &#187;.</p><p>&#171; On ne na&#238;t pas femme : on le devient &#187;, &#233;crivait Beauvoir. Pr&#233;cis&#233;ment. Le voile pr&#233;tend le contraire. Il dit que l&#8217;on na&#238;t femelle &#224; dissimuler, que le corps est un scandale, que la rue est un danger, que la mixit&#233; est une souillure. En mars 1979, tandis que l&#8217;on imposait le voile aux Iraniennes, Beauvoir &#233;crivait que le nouveau r&#233;gime ne serait &#171; lui aussi qu&#8217;une tyrannie s&#8217;il ne tient pas compte de leurs d&#233;sirs et ne respecte pas leurs droits &#187;. Que reste-t-il de cette vigilance ? Une mi&#232;vrerie multiculturaliste, une aff&#233;terie de campus, l&#8217;h&#233;b&#233;tude des thurif&#233;raires qui prennent une claustration pour une libert&#233; d&#232;s lors qu&#8217;elle se pare des atours de &#171; l&#8217;Autre &#187;.</p><p>En 1989, d&#233;j&#224;, Badinter, Debray, Finkielkraut, de Fontenay et Kintzler lan&#231;aient aux professeurs : &#171; Ne capitulons pas ! &#187; Ils parlaient, sans tremblement, du &#171; Munich de l&#8217;&#233;cole r&#233;publicaine &#187; et &#233;crivaient cette phrase que nos clercs d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;auraient plus le courage de tracer : &#171; En autorisant de facto le foulard islamique, symbole de la soumission f&#233;minine, vous donnez un blanc-seing aux p&#232;res et aux fr&#232;res, c&#8217;est-&#224;-dire au patriarcat le plus dur de la plan&#232;te. &#187; Trente-sept ans plus tard, le blanc-seing est devenu licence. L&#8217;on a chang&#233; le patriarcat de continent et l&#8217;on s&#8217;est figur&#233; qu&#8217;il changeait de nature.</p><p>Montesquieu enseignait que la libert&#233; est le droit de faire tout ce que les lois permettent, non le droit d&#8217;importer dans la cit&#233; la loi d&#8217;un autre monde. Que dirait-on d&#8217;une gauche qui, en 1905, e&#251;t d&#233;fendu le rabat du j&#233;suite dans la classe de Jules Ferry au nom du &#171; v&#233;cu &#187; catholique ? On l&#8217;e&#251;t couverte d&#8217;opprobre. On la couvre aujourd&#8217;hui de pr&#233;bendes m&#233;diatiques. Telle est la mesure de la f&#233;lonie : le m&#234;me camp qui fustigeait la cl&#233;ricature romaine s&#8217;est fait le f&#233;al d&#8217;une cl&#233;ricature plus exigeante encore, d&#232;s lors qu&#8217;elle parle au nom des &#171; minorit&#233;s &#187;.</p><p>On objectera que le catholicisme et le juda&#239;sme ont bien fini par s&#8217;accommoder de l&#8217;&#201;tat moderne, et que l&#8217;islam s&#8217;adaptera de m&#234;me. Assur&#233;ment, les anciens cultes se sont pli&#233;s. Mais l&#8217;histoire fut moins ir&#233;nique qu&#8217;on ne le raconte aujourd&#8217;hui. Napol&#233;on organisa autoritairement le juda&#239;sme fran&#231;ais, convoqua ses notables, institua le syst&#232;me consistorial et alla jusqu&#8217;aux mesures discriminatoires de 1808. Quant au catholicisme, la R&#233;publique anticl&#233;ricale ne le convainquit point par quelque aimable dialogue interreligieux : elle ferma des &#233;coles, expulsa des congr&#233;gations, leur interdit l&#8217;enseignement et mena contre la puissance cl&#233;ricale un conflit politique d&#8217;une rudesse que notre soci&#233;t&#233; contemporaine n&#8217;accepterait plus.</p><p>Voil&#224; notre &#233;trange situation : nous voudrions obtenir de l&#8217;islam un r&#233;sultat d&#8217;adaptation comparable, mais nous vivons d&#233;sormais dans un &#201;tat de droit qui s&#8217;est &#8212; fort heureusement sur bien des points &#8212; interdit les moyens coercitifs avec lesquels les pouvoirs d&#8217;autrefois obtinrent cette transformation des anciens cultes.</p><p>Dire que l&#8217;islam est compatible avec la R&#233;publique ne signifie rien tant que l&#8217;on ne pr&#233;cise pas les conditions de cette compatibilit&#233;. Quelles prescriptions doivent c&#233;der ? Qui d&#233;cide qu&#8217;elles doivent c&#233;der ? Et surtout : par quels moyens la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise peut-elle obtenir cette transformation ? La compatibilit&#233; n&#8217;est pas une incantation. Elle suppose que, lorsque la norme religieuse entre en conflit avec la norme nationale, la seconde ait le dernier mot.</p><p>Une difficult&#233; suppl&#233;mentaire interdit d&#8217;attendre cette mutation comme un ph&#233;nom&#232;ne spontan&#233;. Les religions ne sont pas interchangeables dans leur histoire ni dans leur rapport au politique. L&#8217;islam historique ne fut pas seulement une foi individuelle : d&#232;s ses origines, il connut l&#8217;imbrication du religieux, du juridique et du gouvernement, et les premiers empires musulmans &#233;tendirent leur domination par de vastes conqu&#234;tes militaires. L&#8217;islam s&#8217;est ensuite diffus&#233; &#233;galement par le commerce, les migrations, la pr&#233;dication et les conversions : pr&#233;tendre que toute son histoire se r&#233;sume &#224; la guerre serait faux. Mais pr&#233;tendre que la conqu&#234;te, le pouvoir et la norme juridique lui furent &#233;trangers le serait tout autant.</p><p>Cette histoire ne condamne &#233;videmment aucun musulman contemporain &#224; vouloir conqu&#233;rir quoi que ce soit. Mais elle interdit cette na&#239;vet&#233; consistant &#224; imaginer qu&#8217;il suffirait &#224; la R&#233;publique de demander poliment &#224; l&#8217;islam de se privatiser pour que la transformation s&#8217;accomplisse d&#8217;elle-m&#234;me. Elle est plus illusoire encore face &#224; l&#8217;islamisme, qui fait pr&#233;cis&#233;ment du religieux un projet de gouvernement de la soci&#233;t&#233;. L&#8217;islamisme ne demande pas seulement la libert&#233; de croire ; il revendique la libert&#233; de produire de la norme sociale &#224; partir de la croyance. C&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi le probl&#232;me ne se r&#233;sout pas en lui garantissant la libert&#233; religieuse : cette libert&#233; est le commencement de sa revendication, non n&#233;cessairement son terme.</p><p>Cette incoh&#233;rence n&#8217;est pas le monopole de la gauche. Le Rassemblement national affirme que l&#8217;islam est compatible avec la R&#233;publique tout en voulant combattre certaines de ses manifestations sociales. Fort bien. Mais alors qu&#8217;il ach&#232;ve son raisonnement : compatible apr&#232;s quelle transformation ? Quelles prescriptions devront s&#8217;effacer ? Comment obtiendra-t-on cet effacement ? Si la compatibilit&#233; suppose une adaptation du religieux &#224; la nation, il faut expliquer comment cette adaptation advient. L&#8217;histoire montre qu&#8217;elle ne tombe pas du ciel.</p><p>Dans nombre de soci&#233;t&#233;s o&#249; l&#8217;islam structure fortement les m&#339;urs et l&#8217;espace social, le voile occupe une place importante et r&#233;currente. Et plusieurs des grandes exp&#233;riences modernes destin&#233;es &#224; le faire reculer &#8212; Turquie k&#233;maliste, Iran des Pahlavi, Tunisie de Bourguiba &#8212; furent pr&#233;cis&#233;ment des politiques volontaristes de s&#233;cularisation conduites par l&#8217;&#201;tat. Elles proc&#233;d&#232;rent de la contrainte d&#8217;en haut, non d&#8217;une compatibilit&#233; spontan&#233;e entre l&#8217;islam social et l&#8217;espace d&#233;couvert. D&#232;s lors, affirmer la compatibilit&#233; tout en refusant le voile, c&#8217;est vouloir le contenu sans l&#8217;apparence, le dogme sans sa manifestation &#8212; sans dire par quelle voie l&#8217;on entend s&#233;parer l&#8217;un de l&#8217;autre.</p><p>Le probl&#232;me n&#8217;est donc pas de r&#233;citer que l&#8217;islam est compatible ou incompatible avec la R&#233;publique comme un article de cat&#233;chisme. Il est de savoir quelles prescriptions doivent c&#233;der lorsque la norme religieuse rencontre la norme nationale &#8212; et si la France poss&#232;de encore la volont&#233; et les instruments juridiques permettant d&#8217;assurer cette primaut&#233;. Nos pr&#233;d&#233;cesseurs r&#233;pondirent parfois brutalement &#224; cette question. Nous avons heureusement renonc&#233; &#224; leurs brutalit&#233;s. Reste une interrogation autrement plus embarrassante : en renon&#231;ant aux moyens d&#8217;hier, avons-nous &#233;galement renonc&#233; au r&#233;sultat qu&#8217;ils permettaient d&#8217;obtenir ?</p><p>Charles P&#233;guy, dans <em>Notre jeunesse</em>, avait formul&#233; la loi d&#8217;airain : &#171; Tout commence en mystique et finit en politique. &#187; Le voile commence en mysticit&#233; &#8212; ou du moins s&#8217;en r&#233;clame &#8212; et finit en politique. Il finit en marquage du territoire, en s&#233;gr&#233;gation des sexes, en pression sur les filles qui refusent, en oukase lanc&#233; contre la mixit&#233;. Quand le m&#234;me signe se r&#233;pand partout selon la m&#234;me prescription, la question cesse d&#8217;&#234;tre priv&#233;e. Elle devient celle de l&#8217;espace commun.</p><p>Deux conceptions s&#8217;affrontent. L&#8217;une, communautariste sans l&#8217;avouer, veut que chacun affiche dans la rue la totalit&#233; de ses appartenances, et que l&#8217;&#201;tat se fasse l&#8217;huissier de cette foire aux identit&#233;s. L&#8217;autre tient que ce qui nous rassemble doit demeurer plus fort que ce qui nous distingue.</p><p>Il y a, dans une certaine conception fran&#231;aise de l&#8217;espace commun, une r&#232;gle non &#233;crite autant qu&#8217;essentielle : la discr&#233;tion religieuse. On ne se balade pas avec sa religion en bandouli&#232;re, comme l&#8217;on n&#8217;exhibe pas son bulletin de vote ni sa sensibilit&#233; politique. La foi est libre. L&#8217;ostentation qui pr&#233;tend occuper la rue ne l&#8217;est pas au m&#234;me titre. C&#8217;est toute la diff&#233;rence entre croire et transformer l&#8217;espace commun en oriflamme.</p><p>L&#8217;extr&#234;me gauche, une partie de la gauche et les progressistes r&#233;pondent que la France n&#8217;est qu&#8217;une R&#233;publique. Or une R&#233;publique n&#8217;a pas d&#8217;identit&#233; charnelle. Elle est un contenant. Si l&#8217;on ne pr&#233;cise pas le contenu, elle devient une terre vierge o&#249; n&#8217;importe qui, venu de n&#8217;importe o&#249;, se comportant et s&#8217;habillant n&#8217;importe comment, peut pr&#233;tendre en &#234;tre. Il n&#8217;y a qu&#8217;un malheur : la France ne se r&#233;duit pas &#224; une R&#233;publique. Elle est une nation, une histoire, une culture, des m&#339;urs, une certaine conception des rapports entre les sexes et de l&#8217;espace commun qui ne sont pas de simples pages blanches. Le voile islamique proc&#232;de d&#8217;un univers religieux, juridique et civilisationnel historiquement distinct du n&#244;tre. L&#8217;accueillir comme norme de la rue, ce n&#8217;est pas &#171; ouvrir la R&#233;publique &#187;. C&#8217;est vider la nation.</p><p>Ernest Renan, &#224; la Sorbonne, en 1882 : &#171; Une nation est une &#226;me, un principe spirituel. &#187; Cette &#226;me n&#8217;est pas la juxtaposition des liturgies. Elle est &#171; le consentement actuel, le d&#233;sir de vivre ensemble &#187;. Une nation, ajoutait-il, est &#171; un pl&#233;biscite de tous les jours &#187;. Or l&#8217;on ne pl&#233;biscite pas durablement une cit&#233; o&#249; la prescription religieuse pr&#233;tend dicter le visage de la femme dans l&#8217;espace de tous.</p><p>Le 4 mai 1877, &#224; la Chambre, L&#233;on Gambetta citait son ami Peyrat : &#171; Le cl&#233;ricalisme, voil&#224; l&#8217;ennemi ! &#187; L&#8217;ennemi n&#8217;&#233;tait pas le croyant. C&#8217;&#233;tait l&#8217;emprise du dogme sur la cit&#233;. Le mot n&#8217;a pas vieilli ; seule a chang&#233; la soutane. Le cl&#233;ricalisme d&#8217;aujourd&#8217;hui ne porte plus le rabat. Il porte le hidjab comme &#233;tendard, et trouve &#224; gauche des z&#233;lateurs assez pusillanimes pour confondre la critique d&#8217;une doctrine avec la haine des personnes. &#202;tre trait&#233; d&#8217;islamophobe, notait Badinter, &#171; est un opprobre, une arme &#187;. On a fait de l&#8217;anath&#232;me un argument, et du chantage moral une m&#233;thode de gouvernement des esprits.</p><p>Je ne veux pas interdire des femmes de l&#8217;espace public. Je veux emp&#234;cher qu&#8217;une prescription religieuse s&#233;parant symboliquement les sexes ne s&#8217;y banalise. La R&#233;publique n&#8217;a pas vocation &#224; pers&#233;cuter les religions ; elle a vocation &#224; emp&#234;cher qu&#8217;une norme religieuse devienne, par capitulation successive, une norme sociale. &#201;tienne de La Bo&#233;tie &#233;crivait : &#171; Soyez r&#233;solus &#224; ne plus servir, et vous voil&#224; libres. &#187; La servitude volontaire n&#8217;a pas disparu. Elle a chang&#233; d&#8217;habit. Elle se nomme d&#233;sormais &#171; respect &#187;, &#171; inclusion &#187;, &#171; vivre-ensemble &#187;, et l&#8217;on s&#8217;agenouille en croyant s&#8217;&#233;lever.</p><p>L&#8217;islam politique qui &#233;rige le voile en obligation sociale n&#8217;est pas une pi&#233;t&#233; priv&#233;e. C&#8217;est une ambition totalisante : elle ne veut pas seulement r&#233;gler la croyance, mais les conduites, les rapports entre les sexes, le droit familial, les m&#339;urs et, lorsqu&#8217;elle le peut, la cit&#233; elle-m&#234;me. Hannah Arendt avait vu que le propre du totalitarisme n&#8217;est pas seulement la terreur, mais la pr&#233;tention &#224; poss&#233;der l&#8217;homme tout entier. Une conception de la charia qui pr&#233;tend devenir norme sociale et politique poss&#232;de cette ambition totalisante.</p><p>Nous sommes ainsi enferm&#233;s dans un double paradoxe. Plus la R&#233;publique est devenue lib&#233;rale, plus elle s&#8217;est priv&#233;e des instruments avec lesquels elle avait jadis contenu les pr&#233;tentions temporelles du religieux. Et plus elle prot&#232;ge l&#8217;autonomie individuelle, plus l&#8217;islam politique peut emprunter le vocabulaire m&#234;me de cette autonomie &#8212; &#171; mon choix &#187;, &#171; mon corps &#187;, &#171; ma libert&#233; &#187; &#8212; pour d&#233;fendre des prescriptions collectives. La ruse est prodigieuse : faire entrer l&#8217;obligation par la porte m&#234;me que la libert&#233; lui tient ouverte. Occupant la citadelle avec les mots de la citadelle, il cannibalise, petit &#224; petit, les libert&#233;s individuelles &#8212; et il le fait avec la b&#233;n&#233;diction de ceux qui croient les d&#233;fendre.</p><p>Camus, derechef : &#171; La libert&#233; consiste d&#8217;abord &#224; ne pas mentir. L&#224; o&#249; le mensonge prolif&#232;re, la tyrannie s&#8217;annonce ou se perp&#233;tue. &#187; Le mensonge, ici, est triple. Premier mensonge : le voile serait un tissu. Second : il serait un choix sans pesanteur collective. Troisi&#232;me : le combattre serait ha&#239;r les musulmans. Critiquer un signe politique n&#8217;est pas ha&#239;r un peuple. Confondre les deux, c&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment le service que rendent &#224; l&#8217;islamisme les clercs repentis.</p><p>J&#8217;en tire une cons&#233;quence politique : le voile islamique devrait &#234;tre interdit dans l&#8217;espace public. Je ne pr&#233;tends pas qu&#8217;une telle interdiction g&#233;n&#233;rale soit permise par notre droit actuel. Elle rencontrerait des obstacles constitutionnels et conventionnels consid&#233;rables. Une telle interdiction exige une modification du cadre juridique. C&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment pourquoi le d&#233;bat ne porte pas seulement sur une loi : il porte sur ce que notre ordre juridique permet &#224; une nation de d&#233;cider de son espace commun. Le droit positif borne encore l&#8217;instrument. Cela n&#8217;interdit pas de dire le but. L&#8217;obstacle n&#8217;est pas l&#8217;impossibilit&#233; pratique. Il est politique &#8212; et juridique.</p><p>On objectera aussit&#244;t la kippa, la croix, le voile des religieuses : &#171; Donc une loi contre les musulmans ? &#187; Non. La R&#233;publique n&#8217;a pas &#224; nommer une confession pour traiter un ph&#233;nom&#232;ne. La loi de 2004 vise tous les signes ostensibles &#224; l&#8217;&#233;cole. La loi de 2010 vise toute dissimulation du visage. L&#8217;une et l&#8217;autre sont g&#233;n&#233;rales dans leur lettre. Ce qui n&#8217;est pas &#233;quivalent, c&#8217;est la dynamique sociale.</p><p>La kippa n&#8217;est pas une doctrine de claustration f&#233;minine, ni le projet d&#8217;une r&#233;&#233;criture de la rue. Le nombre change aussi la nature politique d&#8217;un ph&#233;nom&#232;ne. Ce qui demeure exceptionnel rel&#232;ve ais&#233;ment de la singularit&#233; individuelle ; ce qui devient massivement visible peut finir par transformer les normes sociales d&#8217;un espace commun.</p><p>Quant aux religieuses, le parall&#232;le est une prestidigitation. Ce sont des femmes ayant choisi un &#233;tat religieux consacr&#233; : leur habit manifeste pr&#233;cis&#233;ment cet &#233;tat. Rien &#224; voir avec la g&#233;n&#233;ralisation d&#8217;une prescription vestimentaire adress&#233;e aux femmes ordinaires en raison de leur sexe. L&#8217;habit monastique n&#8217;emporte aucune prescription destin&#233;e aux autres femmes, ni ne les d&#233;signe comme impudiques lorsqu&#8217;elles ne le portent pas. Le hidjab, lui, est port&#233; comme obligation collective, promu par un islam politique, et conquiert peu &#224; peu l&#8217;espace des m&#339;urs. Distinguer des ph&#233;nom&#232;nes n&#8217;est pas &#233;dicter une loi d&#8217;exception. C&#8217;est refuser la derni&#232;re ruse du relativisme : l&#8217;&#233;galit&#233; formelle des symboles pour mieux nier l&#8217;in&#233;galit&#233; r&#233;elle des doctrines.</p><p>On objectera encore la verbalisation, la police du v&#234;tement, l&#8217;humiliation. L&#8217;objection serait dirimante si la cible &#233;tait la femme. Elle ne l&#8217;est pas. La cible est la prescription &#8212; une prescription de s&#233;paration des sexes devenue uniforme identitaire. Une politique r&#233;publicaine ne consiste pas &#224; traquer les personnes ; elle consiste &#224; cesser de traiter comme un caprice identitaire ce qui est, pour une partie des acteurs, un projet de soci&#233;t&#233;.</p><p>Quant &#224; ceux qui pr&#233;tendent qu&#8217;une telle r&#232;gle serait mat&#233;riellement impossible &#224; faire respecter, l&#8217;objection pr&#234;te &#224; sourire. Le confinement a montr&#233; l&#8217;&#233;tendue des moyens dont dispose l&#8217;&#201;tat lorsqu&#8217;il d&#233;cide de faire appliquer une prescription : contr&#244;les, attestations, amendes, restrictions de d&#233;placement, obligations vestimentaires sanitaires concernant des dizaines de millions de personnes. Cela ne constitue &#233;videmment aucun pr&#233;c&#233;dent juridique pour l&#8217;interdiction du voile. Cela &#233;tablit seulement que l&#8217;impuissance mat&#233;rielle de l&#8217;&#201;tat est une fable. L&#8217;obstacle est juridique et politique, non logistique.</p><p>&#171; Je me r&#233;volte, donc nous sommes &#187;, &#233;crit Camus dans <em>L&#8217;Homme r&#233;volt&#233;</em>. La r&#233;volte, ici, n&#8217;est pas contre une foi. Elle est contre l&#8217;escamotage. Contre la forfaiture d&#8217;une gauche qui a vendu l&#8217;&#233;mancipation pour un plat de communautarisme. Contre l&#8217;id&#233;e insens&#233;e qu&#8217;en l&#8217;an 2026, au pays de la D&#233;claration et du Code civil, l&#8217;on d&#251;t trouver progressiste qu&#8217;une Fran&#231;aise se couvre selon des prescriptions n&#233;es dans un autre univers historique et religieux.</p><p>La France n&#8217;a pas &#224; demander aux musulmans de cesser d&#8217;&#234;tre musulmans. Mais elle est parfaitement fond&#233;e &#224; leur demander que les prescriptions de l&#8217;islam s&#8217;adaptent &#224; la France &#8212; et non que la France s&#8217;adapte progressivement aux prescriptions de l&#8217;islam.</p><p>C&#8217;est tout l&#8217;enjeu. Pas une guerre de religion. Un choix de r&#233;gime : celui d&#8217;un espace public o&#249; la doctrine s&#8217;incline devant la cit&#233;, et non l&#8217;inverse. La France n&#8217;est pas un caravans&#233;rail de prescriptions. Elle est une nation, c&#8217;est-&#224;-dire une volont&#233;. Et une volont&#233; qui cesse de vouloir n&#8217;est plus une nation : ce n&#8217;est plus qu&#8217;une auberge. &#192; cette auberge-l&#224;, nous n&#8217;avons rien &#224; payer. Pas m&#234;me un bout de tissu. Surtout pas un bout de charia.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La République des impuissants]]></title><description><![CDATA[Nos dirigeants sont pass&#233;s de l&#8217;impuissance de la volont&#233; &#224; la volont&#233; d&#8217;impuissance]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/la-republique-des-impuissants</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/la-republique-des-impuissants</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Mon, 31 Aug 2026 20:33:14 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il fut un temps o&#249; gouverner signifiait conduire un peuple quelque part. D&#233;sormais, gouverner consiste surtout &#224; lui expliquer, avec une infinie commis&#233;ration p&#233;dagogique, pourquoi l&#8217;on ne peut plus aller nulle part.</p><p>Tel est le cr&#233;puscule o&#249; s&#8217;ouvre cette rentr&#233;e. Un Premier ministre, S&#233;bastien Lecornu, r&#233;unit son gouvernement pour pr&#233;parer un budget 2027 qui a d&#233;j&#224; les allures d&#8217;une &#233;quation sans solution. L&#8217;Assembl&#233;e, &#233;clat&#233;e depuis la dissolution de 2024, n&#8217;offre plus de majorit&#233; que par intermittence, et encore : au prix d&#8217;un marchandage o&#249; chacun vend cher ce qu&#8217;il n&#8217;a pas l&#8217;intention de livrer. La campagne pr&#233;sidentielle, elle, a commenc&#233; depuis des mois. Les blocs n&#8217;ont plus d&#8217;int&#233;r&#234;t au compromis : ils ont un int&#233;r&#234;t &#224; la d&#233;monstration.</p><p>Pendant ce temps, l&#8217;&#233;conomie fran&#231;aise s&#8217;&#233;tiole. Au premier trimestre, le produit int&#233;rieur a recul&#233; de 0,2 % ; au deuxi&#232;me, il a stagn&#233;. L&#8217;acquis de croissance est d&#233;j&#224; si maigre que l&#8217;objectif officiel de 0,7 % pour 2026 para&#238;t hors d&#8217;atteinte. La consommation des m&#233;nages ne tire plus. L&#8217;investissement se contracte. Le pouvoir d&#8217;achat, par unit&#233; de consommation, recule. Fitch maintient encore la France &#224; A+ ; ce n&#8217;est d&#233;j&#224; plus un satisfecit, tout juste un r&#233;pit. La dette, elle, n&#8217;attend personne : 115,6 % du PIB &#224; la fin de 2025, 117,5 % d&#232;s le premier trimestre 2026. On administrera donc encore. On ne gouvernera point.</p><p>Car c&#8217;est bien l&#224; le n&#339;ud, et non la dette elle-m&#234;me, cette hydre que l&#8217;on brandit &#224; l&#8217;envi pour se dispenser de penser. La France n&#8217;est plus gouvern&#233;e : elle est administr&#233;e jusqu&#8217;&#224; l&#8217;&#233;puisement. L&#8217;&#201;tat continue de pr&#233;lever, de r&#233;glementer, de normer, de subventionner et de communiquer. Il a conserv&#233; tous les instruments de la puissance, fors la puissance elle-m&#234;me. Il produit des circulaires, des rapports, des &#171; feuilles de route &#187;, des &#171; strat&#233;gies nationales &#187;, des &#171; plans d&#8217;action &#187;. Il ne produit plus de r&#233;sultats tangibles.</p><p>La France ne souffre pas d&#8217;un &#201;tat trop faible. Elle souffre d&#8217;un &#201;tat simultan&#233;ment ob&#232;se et impotent.</p><p>On a trop longtemps confondu trois verbes que tout s&#233;pare. Administrer, c&#8217;est faire fonctionner ce qui existe. Gouverner, c&#8217;est choisir ce qui doit exister. Commander, c&#8217;est accepter que ce choix rencontre une r&#233;sistance. Un gouvernement moderne sait encore administrer. Il sait parfois choisir. Mais il ne supporte plus l&#8217;id&#233;e de la r&#233;sistance au choix. D&#232;s qu&#8217;une r&#233;forme d&#233;clenche une manifestation, qu&#8217;une d&#233;cision provoque une pol&#233;mique, qu&#8217;une cat&#233;gorie professionnelle menace de bloquer, qu&#8217;un sondage baisse, la d&#233;cision entre imm&#233;diatement en &#171; concertation &#187;. On a substitu&#233; &#224; l&#8217;art de choisir l&#8217;art de g&#233;rer ; &#224; la d&#233;cision, la proc&#233;dure ; au cap, le tableau de bord. &#171; Il n&#8217;y a pas de gouvernements populaires. Gouverner, c&#8217;est m&#233;contenter &#187;, faisait dire Anatole France &#224; l&#8217;un de ses personnages. Nous avons invent&#233; le gouvernement qui veut plaire sans d&#233;cider, rassurer sans orienter, parler sans commander.</p><p>Le r&#233;gime actuel n&#8217;a plus d&#8217;avenir : il n&#8217;a qu&#8217;un calendrier. Il n&#8217;a plus d&#8217;ennemis : il n&#8217;a que des &#171; partenaires sociaux &#187;, des &#171; parties prenantes &#187; et des &#171; publics concern&#233;s &#187;. L&#8217;ex&#233;cutif ne conduit plus ; il commente. Il n&#8217;ordonne plus ; il &#171; assume &#187;. Il n&#8217;impose plus ; il &#171; accompagne &#187;. Le vocabulaire lui-m&#234;me a trahi la d&#233;mission : on ne r&#233;forme plus, on &#171; engage une concertation &#187; ; on ne tranche plus, on &#171; ouvre un chantier &#187; ; on ne dit plus non, on &#171; met en perspective &#187;.</p><p>De Gaulle, qui n&#8217;&#233;tait point un na&#239;f, distinguait pourtant avec une clart&#233; presque cruelle : &#171; L&#8217;administration, c&#8217;est mesquin, petit, tracassier. Le gouvernement, c&#8217;est p&#233;nible, difficile, d&#233;licat. &#187; Nous avons choisi le mesquin, et nous l&#8217;avons &#233;lev&#233; au rang de vertu. L&#8217;administration a d&#233;vor&#233; le gouvernement. Non que l&#8217;&#201;tat se soit retir&#233; : c&#8217;est le contraire. C&#8217;est le pouvoir politique qui s&#8217;est retir&#233; de l&#8217;&#201;tat, en lui laissant le soin de durer.</p><p>Voici le cadavre, puisqu&#8217;il le faut.</p><p>La d&#233;pense publique p&#232;se plus de 57 % du produit int&#233;rieur. Les pr&#233;l&#232;vements obligatoires sont revenus &#224; 43,6 % du PIB. Pour quel miracle ? Une croissance atone, un ch&#244;mage qui se tend, un pays qui fr&#244;le la r&#233;cession technique sans oser prononcer le mot. La charge d&#8217;int&#233;r&#234;ts des administrations publiques a atteint 65,7 milliards d&#8217;euros en 2025 ; elle doit approcher 77 milliards en 2026. C&#8217;est, d&#8217;ores et d&#233;j&#224;, davantage que le budget de la D&#233;fense. C&#8217;est bient&#244;t l&#8217;&#233;quivalent de l&#8217;&#201;ducation nationale hors pensions. On paie le pass&#233; comme on paierait une rente, et l&#8217;on appelle cela une politique.</p><p>Le stock de normes, lui, n&#8217;attend pas davantage. Pr&#232;s de cent mille articles de loi, deux cent soixante-huit mille textes r&#233;glementaires : un record. Chaque Premier ministre promet d&#8217;&#233;laguer. Bayrou fustigeait la &#171; boulimie normative &#187;. Attal voulait &#171; simplifier massivement &#187;. Lecornu, devant les maires, s&#8217;engageait &#224; retrancher une centaine de normes &#171; surr&#233;alistes &#187;. Douze mois plus tard, il y a deux mille articles l&#233;gislatifs et trois mille six cents r&#232;glements de plus. L&#8217;&#201;tat promet la lisibilit&#233; et produit le labyrinthe.</p><p>L&#8217;&#233;cole offre le m&#234;me spectacle, plus cruel encore. La France consacre &#224; l&#8217;&#233;ducation l&#8217;une des parts les plus &#233;lev&#233;es de la d&#233;pense publique europ&#233;enne. Les scores PISA, eux, ont d&#233;croch&#233; : 517 points en math&#233;matiques en 2000, 474 en 2022. Quarante-trois points perdus en une g&#233;n&#233;ration. Le prochain mill&#233;sime para&#238;tra dans quelques jours ; nul n&#8217;attend un rebond miraculeux. On a d&#233;pens&#233;. On a r&#233;form&#233; les sigles. On a &#171; prioris&#233; &#187; les savoirs fondamentaux. Les r&#233;sultats, eux, se sont administr&#233;s &#224; la baisse.</p><p>Le r&#233;galien n&#8217;&#233;chappe pas &#224; la r&#232;gle. En 2025, les violences physiques enregistr&#233;es ont encore augment&#233; &#8212; plus de quatre cent soixante-douze mille victimes, en hausse de 5 %. Les tentatives d&#8217;homicide progressent. Les homicides stagnent &#224; un plateau &#233;lev&#233;. L&#8217;Int&#233;rieur communique, les pr&#233;fets circulent, les plans se succ&#232;dent. La rue, elle, n&#8217;a pas lu le communiqu&#233;.</p><p>Voil&#224; ce que produit un &#201;tat ob&#232;se et impotent : il p&#232;se partout, il d&#233;cide nulle part, il &#233;choue &#224; visage d&#233;couvert. Bastiat l&#8217;avait vu avec une prescience presque insultante : &#171; L&#8217;&#201;tat, c&#8217;est la grande fiction &#224; travers laquelle tout le monde s&#8217;efforce de vivre aux d&#233;pens de tout le monde. &#187; La fiction, d&#233;sormais, se paie comptant.</p><p>Mais si les &#233;lus ne gouvernent plus, o&#249; est pass&#233;e la puissance ?</p><p>Elle ne s&#8217;est pas &#233;vapor&#233;e. Elle s&#8217;est dispers&#233;e. Dans les administrations centrales. Dans les autorit&#233;s administratives ind&#233;pendantes. Dans les juridictions. Dans les normes europ&#233;ennes. Dans les collectivit&#233;s. Dans les quatre cent vingt op&#233;rateurs de l&#8217;&#201;tat. Dans les agences. Dans les partenaires sociaux. Dans les associations subventionn&#233;es. Dans les commissions. Dans les cabinets de conseil. Dans les contraintes budg&#233;taires. Dans les march&#233;s financiers. Et, naturellement, dans le juge constitutionnel et le juge administratif.</p><p>Non point au sens complotiste d&#8217;un myst&#233;rieux &#171; gouvernement des juges &#187; ou d&#8217;une bureaucratie clandestine. Au sens, beaucoup plus int&#233;ressant, d&#8217;une architecture o&#249; tout le monde poss&#232;de d&#233;sormais un morceau du frein ; presque personne ne tient encore le volant.</p><p>Val&#233;ry avait pos&#233; l&#8217;antinomie : &#171; Si l&#8217;&#201;tat est fort, il nous &#233;crase. S&#8217;il est faible, nous p&#233;rissons. &#187; Notre malheur est plus raffin&#233;. L&#8217;appareil d&#8217;&#201;tat est fort dans la contrainte quotidienne &#8212; l&#8217;imp&#244;t, la norme, le contr&#244;le, le formulaire &#8212; et le pouvoir politique est faible dans la d&#233;cision historique. L&#8217;un nous &#233;crase sans que l&#8217;autre nous conduise. L&#8217;ensemble a la puissance du L&#233;viathan et l&#8217;&#226;me d&#8217;un bureau de poste.</p><p>C&#8217;est ici que le destin de la Ve R&#233;publique devient presque cruel. Elle fut con&#231;ue, en 1958, pour en finir avec l&#8217;impuissance gouvernementale, pour arracher la France au &#171; r&#233;gime des partis &#187;, pour donner, disait de Gaulle, &#171; une t&#234;te &#224; l&#8217;&#201;tat &#187;. &#171; Il n&#8217;y a eu de France que gr&#226;ce &#224; l&#8217;&#201;tat. La France ne peut se maintenir que par lui. &#187; Toute l&#8217;architecture de la puissance est encore debout : l&#8217;&#201;lys&#233;e, Matignon, la dissolution, les ordonnances, le Conseil des ministres, l&#8217;administration centralis&#233;e, les pr&#233;fets, le 49.3. Les dorures sont intactes. Mais la volont&#233; qui devait habiter le palais semble s&#8217;&#234;tre &#233;vapor&#233;e. La Ve R&#233;publique ressemble d&#233;sormais &#224; ces demeures abandonn&#233;es dont toutes les pi&#232;ces officielles demeurent en place, sans que personne ne sache plus o&#249; se trouve la salle du tr&#244;ne.</p><p>Le 49.3, jadis arme de la d&#233;cision, est devenu l&#8217;aveu de l&#8217;impuissance. On l&#8217;emploie, on le renie, on promet de n&#8217;y plus recourir, on y recourt encore : c&#8217;est le rituel d&#8217;un r&#233;gime qui n&#8217;ose plus ni la force ni le consentement. Le pr&#233;sident demeure vou&#233;, selon la formule gaullienne, &#171; &#224; ce qui est essentiel et permanent &#187;. Mais l&#8217;essentiel s&#8217;est r&#233;tr&#233;ci jusqu&#8217;&#224; n&#8217;&#234;tre plus que la survie du quinquennat, et le permanent n&#8217;est plus que la continuit&#233; des d&#233;ficits. Le Premier ministre, &#171; aux prises avec les contingences &#187;, n&#8217;a plus affaire &#224; des contingences : il a affaire &#224; une Assembl&#233;e o&#249; chaque bloc calcule d&#233;j&#224; le second tour d&#8217;avril 2027. Le Pen, M&#233;lenchon, Philippe, Attal, Retailleau, Bertrand, Glucksmann, Faure : la liste s&#8217;allonge &#224; l&#8217;envi, et chacun a besoin que le gouvernement actuel &#233;choue assez pour justifier sa propre candidature, mais pas trop pour ne pas faire chavirer le navire avant le scrutin. On ne gouverne pas un pays. On le maintient &#224; flot jusqu&#8217;&#224; l&#8217;&#233;ch&#233;ance.</p><p>Tocqueville avait montr&#233; que la centralisation administrative n&#8217;&#233;tait point une conqu&#234;te de la R&#233;volution, mais le seul d&#233;bris de l&#8217;Ancien R&#233;gime que la R&#233;volution e&#251;t su conserver. Nous en sommes encore l&#224; : un pays qui a tout chang&#233;, fors sa mani&#232;re d&#8217;&#234;tre administr&#233;. L&#8217;administration, lorsqu&#8217;elle n&#8217;est plus le bras d&#8217;un gouvernement, survit &#224; ses &#233;checs. Elle les documente. Elle les &#233;value. Elle en tire des &#171; enseignements &#187;. Puis elle recommence, avec un budget l&#233;g&#232;rement augment&#233; et un sigle l&#233;g&#232;rement modifi&#233;. On croit commander ; on n&#8217;a fait que signer. On croit r&#233;former ; on n&#8217;a fait que d&#233;placer le probl&#232;me d&#8217;un bureau &#224; une agence, d&#8217;une loi &#224; un d&#233;cret, d&#8217;un d&#233;cret &#224; une circulaire que nul ne lira.</p><p>On objectera que la France fut toujours ingouvernable, et l&#8217;on citera &#224; bon droit le mot &#8212; apocryphe ou non &#8212; sur les deux cent quarante-six fromages. Soit. Mais il y a une diff&#233;rence entre un peuple difficile &#224; gouverner et un pouvoir qui a cess&#233; de vouloir commander. Le premier est une donn&#233;e de l&#8217;histoire. Le second est une d&#233;mission. Toujours le pays. Jamais le pilote. Toujours le fromage. Jamais le timon.</p><p>La question n&#8217;est donc plus de savoir si l&#8217;on r&#233;duira le d&#233;ficit d&#8217;un dixi&#232;me de point, ni si les agences de notation daigneront encore, l&#8217;an prochain, nous laisser notre A+ de consolation. La question est de savoir si quelqu&#8217;un, demain, osera encore choisir, trancher, pr&#233;voir, m&#233;contenter &#8212; et tenir lorsque le choix rencontrera sa r&#233;sistance. Un destin suppose des sacrifices, donc des priorit&#233;s, donc des refus. Or nous avons &#233;lev&#233; le refus au rang de crime contre l&#8217;esprit du temps. Tout doit &#234;tre &#171; inclusif &#187;, &#171; concert&#233; &#187;, &#171; soutenable &#187;, &#171; r&#233;silient &#187;. Rien ne doit &#234;tre d&#233;cid&#233;.</p><p>Un pays peut longtemps s&#8217;administrer apr&#232;s avoir cess&#233; de se gouverner. Les empires le firent. Les r&#233;publiques fatigu&#233;es aussi. Elles vivent alors sur l&#8217;inertie des habitudes, sur la m&#233;moire des grandeurs, sur la m&#233;canique des pr&#233;l&#232;vements. Jusqu&#8217;au jour o&#249; la m&#233;canique se grippe, o&#249; la m&#233;moire s&#8217;efface, o&#249; l&#8217;habitude ne suffit plus.</p><p>Ce jour n&#8217;est pas encore advenu. Mais il n&#8217;est plus inconcevable.</p><p>Un &#201;tat peut survivre longtemps &#224; son impuissance. Une nation, beaucoup moins.</p><p>La France poss&#232;de encore un &#201;tat. Reste &#224; savoir si elle retrouvera un gouvernement.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Je vais bien, la France va mal]]></title><description><![CDATA[Le myst&#233;rieux malheur collectif d&#8217;un peuple qui ne se dit pas personnellement malheureux]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/je-vais-bien-la-france-va-mal</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/je-vais-bien-la-france-va-mal</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Thu, 27 Aug 2026 07:53:27 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il est des chiffres qui claquent comme une gifle et d&#8217;autres qui s&#8217;insinuent comme un venin. Ceux qu&#8217;Elabe vient de livrer appartiennent aux deux esp&#232;ces &#224; la fois : 69% des Fran&#231;ais d&#233;clarent aller bien personnellement ; 89% estiment que la France va mal. Dix pour cent seulement accordent encore au pays le b&#233;n&#233;fice d&#8217;un diagnostic cl&#233;ment.</p><p>Vingt points s&#233;parent donc le &#171; je &#187; du &#171; nous &#187;.</p><p>L&#8217;&#233;cart n&#8217;est pas une curiosit&#233; statistique. C&#8217;est une &#233;nigme politique, peut-&#234;tre m&#234;me anthropologique. Comment peut-on habiter simultan&#233;ment deux v&#233;rit&#233;s apparemment contradictoires ? Dire : ma vie tient, mais mon pays chancelle ? Je ne suis pas malheureux, mais quelque chose autour de moi se d&#233;fait ? Je n&#8217;ai personnellement rien perdu &#8212; ou pas assez pour me dire malheureux &#8212; et pourtant j&#8217;&#233;prouve collectivement une perte ?</p><p>C&#8217;est peut-&#234;tre que nous cherchons depuis trop longtemps le malaise fran&#231;ais au mauvais endroit.</p><p>Nous mesurons ce que les Fran&#231;ais poss&#232;dent. Leur revenu, leur logement, leur consommation, leur patrimoine, leurs vacances, leur pouvoir d&#8217;achat. Nous mesurons infiniment moins bien ce &#224; quoi ils ont le sentiment d&#8217;appartenir.</p><p>Or poss&#233;der et appartenir ne sont pas la m&#234;me chose.</p><p>On peut poss&#233;der davantage et appartenir moins. On peut am&#233;liorer son existence particuli&#232;re et &#233;prouver l&#8217;appauvrissement de son monde commun. On peut sauver ses meubles et regarder br&#251;ler la maison. On peut aller bien dans une France que l&#8217;on ne reconna&#238;t plus tout &#224; fait.</p><p>Voil&#224; peut-&#234;tre ce que disent, en creux, ces deux chiffres.</p><p><em><strong>Ce que les statistiques ne savent pas compter</strong></em></p><p>On nous avait accoutum&#233;s au refrain du d&#233;clin, &#224; cette complainte un peu grasse o&#249; tout se confond : salaires, dette, &#233;cole, h&#244;pital, s&#233;curit&#233;, immigration, pouvoir d&#8217;achat. &#192; chaque malaise son indicateur, &#224; chaque indicateur son minist&#232;re, &#224; chaque minist&#232;re son plan.</p><p>Mais voici que le sondage s&#233;pare brutalement ce que le discours public s&#8217;obstine &#224; confondre : le sentiment individuel et le sentiment national ne co&#239;ncident plus. Sept Fran&#231;ais sur dix disent, en substance : moi, &#231;a va. Neuf sur dix r&#233;pondent presque simultan&#233;ment : nous, &#231;a ne va pas.</p><p>Pourquoi ?</p><p>Parce qu&#8217;un pays n&#8217;est pas seulement la somme des conditions mat&#233;rielles de ceux qui l&#8217;habitent. Une nation poss&#232;de des biens qu&#8217;aucun de ses membres ne peut mettre dans son portefeuille : une langue ; une m&#233;moire ; des paysages ; des m&#339;urs ; des r&#233;f&#233;rences ; des usages ; une certaine fa&#231;on de se repr&#233;senter son histoire ; la familiarit&#233; presque inconsciente des choses qui font que l&#8217;on est quelque part chez soi.</p><p>Aucun Fran&#231;ais ne poss&#232;de Notre-Dame. Aucun ne poss&#232;de la langue fran&#231;aise. Aucun ne poss&#232;de les clochers de village, les paysages normands ou proven&#231;aux, Racine, Hugo, les monuments aux morts, les f&#234;tes, les usages, les souvenirs, les figures dont notre imaginaire collectif est peupl&#233;. Tout cela n&#8217;appartient individuellement &#224; personne. Et pourtant cela appartient, symboliquement, &#224; tous.</p><p>C&#8217;est m&#234;me la d&#233;finition la plus profonde d&#8217;un patrimoine : ce dont personne n&#8217;est propri&#233;taire et dont chacun peut n&#233;anmoins se sentir h&#233;ritier.</p><p>Voil&#224; pourquoi il existe des d&#233;possessions sans expropriation.</p><p>Votre maison est toujours &#224; vous. Votre compte bancaire n&#8217;a pas disparu. Votre famille va bien. Votre emploi tient. Et cependant le paysage humain et culturel dans lequel cette existence s&#8217;inscrit peut vous sembler changer ; des r&#233;f&#233;rences autrefois communes peuvent cesser de l&#8217;&#234;tre ; une langue peut s&#8217;appauvrir ; des usages dispara&#238;tre ; certains lieux devenir m&#233;connaissables ; la continuit&#233; entre le pays de vos parents et celui que conna&#238;tront vos enfants vous para&#238;tre moins assur&#233;e.</p><p>Rien de cela n&#8217;appara&#238;t sur une feuille de paie. Rien de cela n&#8217;emp&#234;che n&#233;cessairement de r&#233;pondre : &#171; personnellement, je vais bien &#187;. Et pourtant tout cela peut conduire &#224; r&#233;pondre : &#171; la France va mal &#187;.</p><p>Le malaise fran&#231;ais n&#8217;est donc peut-&#234;tre pas seulement un malaise de d&#233;classement. Il est aussi, pour une partie du pays, un malaise de d&#233;possession. Le d&#233;classement dit : j&#8217;avais davantage, j&#8217;ai moins. La d&#233;possession dit : ce qui dispara&#238;t ne m&#8217;appartenait pas et pourtant sa disparition me blesse. Toute la diff&#233;rence est l&#224;.</p><p><em><strong>Le &#171; je &#187; a tenu. Le &#171; nous &#187; s&#8217;est &#233;vid&#233;</strong></em></p><p>Tocqueville avait aper&#231;u le ph&#233;nom&#232;ne avec pr&#232;s de deux si&#232;cles d&#8217;avance. L&#8217;individualisme d&#233;mocratique, &#233;crivait-il, est &#171; un sentiment r&#233;fl&#233;chi et paisible qui dispose chaque citoyen &#224; s&#8217;isoler de la masse de ses semblables et &#224; se retirer &#224; l&#8217;&#233;cart avec sa famille et ses amis &#187;. Puis vient, dans <em>De la d&#233;mocratie en Am&#233;rique</em>, cette page prodigieuse o&#249; il imagine &#171; une foule innombrable d&#8217;hommes semblables et &#233;gaux &#187; tournant sans repos sur eux-m&#234;mes, occup&#233;s de leurs &#171; petits et vulgaires plaisirs &#187;. Et cette phrase, terrible : &#171; S&#8217;il lui reste encore une famille, on peut dire du moins qu&#8217;il n&#8217;a plus de patrie. &#187;</p><p>Nous y voil&#224; presque.</p><p>La famille demeure. La vie priv&#233;e demeure. Les plaisirs demeurent. La consommation demeure. Le week-end demeure. Les vacances demeurent. Le bonheur individuel lui-m&#234;me peut demeurer. Mais quelque chose s&#8217;est distendu entre l&#8217;individu et la communaut&#233; historique dont il proc&#232;de.</p><p><em><strong>Nous avons privatis&#233; le bonheur et socialis&#233; le malheur.</strong></em></p><p>Le Fran&#231;ais moderne a appris &#224; construire son existence ind&#233;pendamment du destin collectif. Il organise sa carri&#232;re, prot&#232;ge sa famille, choisit ses loisirs, constitue son patrimoine, voyage, consomme, d&#233;m&#233;nage. Il dispose d&#8217;une latitude individuelle dont ses arri&#232;re-grands-parents auraient &#224; peine con&#231;u l&#8217;&#233;tendue. Mais demandez-lui ce que sera la France dans trente ans. Le visage change.</p><p>Car le bonheur r&#233;pond au pr&#233;sent : comment vais-je aujourd&#8217;hui ? L&#8217;appartenance interroge la dur&#233;e : qu&#8217;allons-nous devenir ? Et c&#8217;est peut-&#234;tre cette diff&#233;rence temporelle qui explique une partie du paradoxe. Je peux &#234;tre heureux aujourd&#8217;hui et inquiet de ce que je transmettrai demain. Je peux &#234;tre satisfait de ma vie et ne pas souhaiter &#224; mes enfants le pays que je pressens.</p><p>Le bonheur individuel habite le pr&#233;sent. La nation habite le temps long.</p><p><em><strong>L&#8217;h&#233;ritage indivis</strong></em></p><p>C&#8217;est ici que Renan devient indispensable. Dans sa conf&#233;rence de 1882, <em>Qu&#8217;est-ce qu&#8217;une nation ?</em>, il refuse de r&#233;duire la nation &#224; la race, &#224; la langue, &#224; la g&#233;ographie ou &#224; l&#8217;int&#233;r&#234;t &#233;conomique. Une nation, dit-il, est &#171; une &#226;me, un principe spirituel &#187;. Et cette &#226;me repose sur deux choses : &#171; la possession en commun d&#8217;un riche legs de souvenirs &#187; et &#171; le consentement actuel, le d&#233;sir de vivre ensemble, la volont&#233; de continuer &#224; faire valoir l&#8217;h&#233;ritage qu&#8217;on a re&#231;u indivis &#187;.</p><p>Tout est l&#224; : recevoir et transmettre.</p><p>La nation n&#8217;est ni seulement derri&#232;re nous ni seulement devant nous. Elle est la cha&#238;ne qui relie les deux. Nous n&#8217;avons choisi ni notre langue maternelle, ni les morts qui ont fait notre histoire, ni les monuments qui peuplent nos villes, ni les paysages que des g&#233;n&#233;rations ont fa&#231;onn&#233;s avant nous. Nous sommes n&#233;s d&#233;biteurs.</p><p>Mais cette dette singuli&#232;re ne nous demande pas de rembourser. Elle nous demande de transmettre.</p><p>Voil&#224; pourquoi le sentiment national rel&#232;ve si profond&#233;ment du patrimoine. Nous sommes usufruitiers de quelque chose que nous n&#8217;avons pas cr&#233;&#233; et dont nous ne sommes pas autoris&#233;s moralement &#224; disposer comme d&#8217;un bien exclusivement personnel. Et voil&#224; pourquoi la transformation trop rapide du monde commun peut &#234;tre v&#233;cue comme une d&#233;possession, y compris par quelqu&#8217;un dont la situation personnelle demeure satisfaisante.</p><p>Il ne dit pas n&#233;cessairement : &#171; on m&#8217;a pris quelque chose &#187;. Il dit plus obscur&#233;ment : &#171; je ne suis plus certain de pouvoir transmettre ce que j&#8217;avais re&#231;u &#187;. Cette inqui&#233;tude-l&#224; n&#8217;entre dans aucune statistique de niveau de vie.</p><p><em><strong>Le pays que l&#8217;on ne reconna&#238;t plus</strong></em></p><p>Il serait &#233;videmment absurde de pr&#233;tendre que les 89 % de Fran&#231;ais qui jugent le pays en mauvaise situation pensent tous &#224; la m&#234;me chose. Les uns songent &#224; la dette. D&#8217;autres &#224; l&#8217;&#233;cole, &#224; l&#8217;h&#244;pital, &#224; l&#8217;ins&#233;curit&#233;, aux services publics, aux catastrophes climatiques ou au d&#233;classement &#233;conomique. D&#8217;autres encore &#224; l&#8217;immigration, aux transformations d&#233;mographiques et culturelles, &#224; l&#8217;effacement de r&#233;f&#233;rences communes.</p><p>Mais ces inqui&#233;tudes diverses peuvent avoir une racine commune : la sensation que la France ma&#238;trise de moins en moins ce qu&#8217;elle devient. C&#8217;est peut-&#234;tre cela, au fond, que signifie &#171; la France va mal &#187;. Non pas seulement : elle est plus pauvre. Mais : elle para&#238;t moins ma&#238;tresse de sa continuit&#233;.</p><p>La d&#233;possession identitaire s&#8217;inscrit dans ce sentiment. Elle ne signifie pas n&#233;cessairement la haine de celui qui arrive ni le fantasme d&#8217;une France immobile, empaill&#233;e dans son pass&#233;. Une identit&#233; vivante change n&#233;cessairement. La France de 2026 n&#8217;a pas &#224; ressembler photographiquement &#224; celle de 1950, pas davantage que celle de 1950 ne ressemblait &#224; celle de Louis XIV.</p><p>La question est ailleurs : qui commande la transformation, &#224; quel rythme, et existe-t-il encore suffisamment de continuit&#233; pour que ceux qui la vivent puissent reconna&#238;tre comme leur le pays qui en r&#233;sulte ? Car il existe une diff&#233;rence fondamentale entre &#233;voluer et devenir &#233;tranger &#224; soi-m&#234;me. Un homme change toute sa vie sans cesser d&#8217;&#234;tre lui-m&#234;me. Une nation aussi.</p><p>Toute la question politique r&#233;side dans ce myst&#233;rieux fil de continuit&#233;. Lorsqu&#8217;il se rompt &#8212; ou lorsque suffisamment de citoyens ont simplement le sentiment qu&#8217;il se rompt &#8212; aucune hausse du pouvoir d&#8217;achat ne suffit &#224; r&#233;parer la blessure. On ne compense pas une perte d&#8217;appartenance par un ch&#232;que.</p><p><em><strong>Le malheur de l&#8217;homme satisfait</strong></em></p><p>C&#8217;est pourquoi les 69% et les 89% ne se contredisent peut-&#234;tre nullement. Ils parlent de deux choses diff&#233;rentes. Le premier chiffre mesure approximativement la relation de l&#8217;individu &#224; son existence. Le second mesure sa relation &#224; son pays.</p><p>Nous avons cru pendant des d&#233;cennies que l&#8217;am&#233;lioration de la premi&#232;re entra&#238;nerait m&#233;caniquement l&#8217;am&#233;lioration de la seconde. Davantage de confort, davantage de droits individuels, davantage de mobilit&#233;, davantage de loisirs : l&#8217;homme satisfait ferait n&#233;cessairement le citoyen satisfait. C&#8217;&#233;tait peut-&#234;tre l&#8217;erreur.</p><p>Car l&#8217;homme ne demande pas seulement &#224; la soci&#233;t&#233; de lui permettre de vivre comme il l&#8217;entend. Il lui demande &#233;galement, m&#234;me confus&#233;ment, de lui dire o&#249; il est. Il veut habiter quelque chose. Une histoire qui a commenc&#233; avant lui. Un monde qui ne dispara&#238;tra pas enti&#232;rement avec lui. Une communaut&#233; qui fasse le lien entre le visage de ses grands-parents et celui de ses enfants.</p><p>P&#233;guy avait cette intuition charnelle de la patrie : elle n&#8217;&#233;tait jamais chez lui une abstraction administrative. Elle &#233;tait une continuit&#233; de morts et de vivants, de paysans, de soldats, d&#8217;instituteurs, de cath&#233;drales et d&#8217;&#233;coles communales. Une mystique avant de devenir une politique. Or nous avons progressivement remplac&#233; cette continuit&#233; par l&#8217;administration du pr&#233;sent.</p><p>Le citoyen est devenu contribuable, assur&#233;, consommateur, usager, allocataire, administr&#233;. Il dispose de droits. Il re&#231;oit des prestations. Il remplit des formulaires. Il poss&#232;de. Mais &#224; quoi appartient-il ?</p><p>Voil&#224; la question que nos tableaux Excel ne savent pas poser.</p><p><em><strong>Une nation n&#8217;est pas un niveau de vie</strong></em></p><p>Les optimistes professionnels r&#233;pondront par des indicateurs. Esp&#233;rance de vie, patrimoine des m&#233;nages, consommation, vacances, &#233;quipements, protection sociale. Ils n&#8217;auront pas n&#233;cessairement tort. Ils r&#233;pondront simplement &#224; une autre question.</p><p>Car aucune courbe de consommation ne dira jamais si un peuple se reconna&#238;t encore dans son pays. Aucun indicateur de pouvoir d&#8217;achat ne mesure la familiarit&#233; d&#8217;un paysage. Aucun PIB ne comptabilise la confiance qu&#8217;une g&#233;n&#233;ration &#233;prouve dans la capacit&#233; de la suivante &#224; recevoir le m&#234;me h&#233;ritage.</p><p>On peut &#234;tre plus riche et se sentir plus pauvre de monde. On peut avoir davantage et appartenir moins. Et inversement, des g&#233;n&#233;rations mat&#233;riellement beaucoup plus pauvres que la n&#244;tre pouvaient &#233;prouver avec une intensit&#233; infiniment sup&#233;rieure la certitude d&#8217;habiter un monde commun.</p><p>C&#8217;est pourquoi le malaise fran&#231;ais ne se laissera jamais enti&#232;rement soigner par l&#8217;intendance. Il ne s&#8217;agit &#233;videmment pas de m&#233;priser l&#8217;intendance. Le ch&#244;mage, le salaire, le logement, la s&#233;curit&#233; ou l&#8217;h&#244;pital sont des r&#233;alit&#233;s brutales. Celui qui ne peut nourrir correctement ses enfants se soucie peu des raffinements de la m&#233;taphysique nationale.</p><p>Mais pr&#233;cis&#233;ment : 69 % disent aller bien. Et 89 % disent que la France va mal. Entre les deux se trouve quelque chose que l&#8217;&#233;conomie n&#8217;&#233;puise pas.</p><p><em><strong>La maison commune</strong></em></p><p>Il existe une image plus simple que toutes les th&#233;ories. Imaginez un homme dont l&#8217;appartement est intact mais dont l&#8217;immeuble se d&#233;grade. Chez lui, tout fonctionne. Les meubles sont &#224; leur place. Ses enfants vont bien. Le r&#233;frig&#233;rateur est plein. Mais les parties communes se fissurent. Des voisins qu&#8217;il connaissait sont partis. Le hall qu&#8217;il traversait depuis l&#8217;enfance ne ressemble plus &#224; celui de ses souvenirs. Il entend dire que l&#8217;immeuble sera profond&#233;ment transform&#233; et comprend que ses enfants ne l&#8217;habiteront peut-&#234;tre jamais comme lui-m&#234;me l&#8217;a habit&#233;.</p><p>&#192; la question : &#171; Comment allez-vous ? &#187;, il peut sinc&#232;rement r&#233;pondre : Bien. &#192; la question : &#171; Comment va votre maison ? &#187;, il r&#233;pondra tout aussi sinc&#232;rement : Mal.</p><p>La France est &#233;videmment infiniment plus qu&#8217;un immeuble. Mais peut-&#234;tre le paradoxe tient-il tout entier dans cette diff&#233;rence. Nous avons longtemps confondu le bonheur de l&#8217;habitant et la sant&#233; de la maison.</p><p><em><strong>Le &#171; nous &#187; perdu</strong></em></p><p>Le plus extraordinaire dans ces chiffres n&#8217;est donc pas le pessimisme fran&#231;ais. Nous le connaissons. C&#8217;est la dissociation. Le &#171; je &#187; tient. Le &#171; nous &#187; chancelle. Et cette dissociation devrait inqui&#233;ter davantage qu&#8217;une mauvaise statistique &#233;conomique.</p><p>Car une nation peut traverser une r&#233;cession. Elle peut r&#233;duire une dette. Elle peut reconstruire une &#233;cole, r&#233;armer une arm&#233;e, r&#233;former un h&#244;pital. Il est beaucoup plus difficile de reconstruire un sentiment d&#8217;appartenance lorsqu&#8217;il s&#8217;est d&#233;fait.</p><p>On ne le d&#233;cr&#232;te pas. On ne vote pas une loi de finances rectificative du sentiment national. On ne cr&#233;e pas une agence interminist&#233;rielle charg&#233;e de restaurer le &#171; nous &#187;.</p><p>Il faut retrouver ce que Renan appelait le d&#233;sir de &#171; continuer &#224; faire valoir l&#8217;h&#233;ritage qu&#8217;on a re&#231;u indivis &#187;. Et peut-&#234;tre est-ce pr&#233;cis&#233;ment ce d&#233;sir qui vacille.</p><p>Un peuple qui dit aller bien tout en jugeant que son pays va mal n&#8217;est donc pas n&#233;cessairement un peuple incoh&#233;rent, ingrat ou hypocondriaque. C&#8217;est peut-&#234;tre un peuple qui a s&#233;par&#233; son salut priv&#233; de son destin commun.</p><p>Tocqueville avait imagin&#233; cet homme d&#233;mocratique retir&#233; aupr&#232;s de sa famille et de ses amis, auquel il resterait une famille mais &#171; plus de patrie &#187;. Deux si&#232;cles plus tard, l&#8217;intuition prend la s&#233;cheresse d&#8217;un sondage : 69% disent : je vais bien. 89% disent : la France va mal.</p><p>Le probl&#232;me fran&#231;ais n&#8217;est peut-&#234;tre donc pas que nous ayons perdu le go&#251;t de vivre. C&#8217;est que nous ne savons plus tr&#232;s bien &#224; quoi nous appartenons, ce que nous voulons conserver et ce que nous entendons transmettre.</p><p>Nous avons pass&#233; un demi-si&#232;cle &#224; demander aux Fran&#231;ais ce qu&#8217;ils voulaient poss&#233;der. Il serait peut-&#234;tre temps de leur demander ce qu&#8217;ils refusent de perdre.</p><p>Car c&#8217;est l&#224; que commence une patrie : non dans ce que chacun poss&#232;de, mais dans ce que tous ont re&#231;u et qu&#8217;aucun ne se r&#233;signe &#224; voir dispara&#238;tre.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Non, l’islam n’est pas compatible avec la République ]]></title><description><![CDATA[Quiconque affirme que l&#8217;islam est compatible avec la R&#233;publique fran&#231;aise est un tra&#238;tre et &#224; la R&#233;publique et &#224; la France]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/non-lislam-nest-pas-compatible-avec</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/non-lislam-nest-pas-compatible-avec</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Wed, 26 Aug 2026 09:08:15 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il est des questions que l&#8217;on feint d&#8217;ignorer tant elles blessent les oreilles d&#233;licates de notre &#233;poque. Celle-ci en est une. On la r&#233;cite comme un mantra apotropa&#239;que, on la scande dans les pr&#233;toires de la bien-pensance, on la grave au fronton des minist&#232;res et des amphith&#233;&#226;tres : &#171; L&#8217;islam est compatible avec la R&#233;publique. &#187; Or cette assertion, d&#232;s qu&#8217;on la soumet &#224; l&#8217;examen impitoyable de l&#8217;histoire et de la raison, r&#233;v&#232;le sa nature de forfanterie. Elle n&#8217;est point une &#233;vidence ; elle est un artifice. Elle n&#8217;est point une constatation ; elle est un programme. Elle n&#8217;est point un constat ; elle est une abdication.</p><p>Car l&#8217;islam n&#8217;est pas seulement une religion. Il n&#8217;est point cet absolu vertical, cette pure verticalit&#233; qui relierait l&#8217;&#226;me &#224; son Cr&#233;ateur dans le secret des consciences et le silence des oratoires. Il est aussi, et peut-&#234;tre surtout, une horizontalit&#233;. Un code civil. Un code p&#233;nal. Un ordre politique et social qui pr&#233;tend r&#233;gir la vie terrestre dans ses moindres articulations. H&#233;ritage in&#233;gal entre fils et filles, tutelle perp&#233;tuelle des femmes, statut d&#8217;inf&#233;riorit&#233; des non-croyants, interdits alimentaires et vestimentaires, r&#232;gles du commerce et du pr&#234;t, peines corporelles, hi&#233;rarchie des sexes, rapport aux autres cultes, prescription du jihad quand les circonstances le permettent : tout y est prescrit, codifi&#233;, sanctionn&#233;. L&#8217;islam ne se contente pas d&#8217;orienter le regard vers le ciel ; il organise la cit&#233; d&#8217;ici-bas avec une minutie qui n&#8217;a d&#8217;&#233;gale que son ambition totalisante. Or la R&#233;publique fran&#231;aise est d&#233;j&#224;, elle aussi, un code civil, un code p&#233;nal, une organisation politico-sociale. Qui dit concurrence dit incompatibilit&#233;. Deux ordres qui pr&#233;tendent chacun &#224; la souverainet&#233; sur les m&#234;mes domaines ne sauraient cohabiter sans que l&#8217;un n&#8217;asservisse l&#8217;autre, sans que l&#8217;un n&#8217;absorbe l&#8217;autre, sans que l&#8217;un ne devienne le tombeau de l&#8217;autre.</p><p>Qu&#8217;on entende bien, d&#232;s l&#8217;abord, ce dont il est ici question. Dire que l&#8217;islam n&#8217;est pas compatible avec la R&#233;publique, ce n&#8217;est point dire que les musulmans, un par un, sont incompatibles avec elle. On parle de la religion comme syst&#232;me, non des fid&#232;les comme personnes. Il est, bien s&#251;r, des millions de musulmans dont la pratique quotidienne s&#8217;accorde avec la R&#233;publique, pr&#233;cis&#233;ment parce qu&#8217;ils ont, &#224; titre individuel, renonc&#233; &#224; tout ce qui, dans l&#8217;islam, vient concurrencer ses lois : l&#8217;in&#233;galit&#233; de l&#8217;homme et de la femme, le statut des minorit&#233;s religieuses, le regard port&#233; sur les minorit&#233;s sexuelles, et le reste. Ils ont fait, chacun pour soi, ce que le juda&#239;sme fran&#231;ais fit jadis en corps. L&#8217;approche de cette tribune n&#8217;est donc point micro&#233;conomique et individuelle ; elle est macro&#233;conomique et syst&#233;mique. Elle interroge une architecture, non une collection d&#8217;&#226;mes.</p><p>Il est d&#8217;ailleurs assez singulier que, sit&#244;t prononc&#233;e l&#8217;incompatibilit&#233; de l&#8217;islam avec la R&#233;publique, l&#8217;on s&#8217;entende imm&#233;diatement reprocher de vouloir rendre tous les musulmans incompatibles avec elle. C&#8217;est archi-faux. Mais cette confusion m&#234;me est r&#233;v&#233;latrice. Elle montre l&#8217;aspect quelque peu totalitaire d&#8217;une religion &#224; laquelle trop de fid&#232;les s&#8217;identifient comme si elle &#233;tait leur seule d&#233;finition d&#8217;&#234;tres humains. La notion de citoyennet&#233; n&#8217;est pas la m&#234;me pour un chr&#233;tien et pour un musulman. Le premier peut &#234;tre Fran&#231;ais d&#8217;abord, croyant ensuite. Le second se voit souvent rappeler qu&#8217;il n&#8217;est, &#224; la base, qu&#8217;une seule nation : la oumma. Certains courants vont jusqu&#8217;&#224; qualifier les nations contemporaines de <em>kouffars</em> et enjoignent &#224; leurs fid&#232;les de n&#8217;y pr&#234;ter ni all&#233;geance ni adh&#233;sion citoyenne &#8212; sauf, bien entendu, lorsque cette adh&#233;sion n&#8217;est qu&#8217;une technique de dissimulation, destin&#233;e &#224; pr&#233;parer l&#8217;islamisation du pays et son int&#233;gration ult&#233;rieure &#224; la oumma.</p><p>Cette v&#233;rit&#233; n&#8217;est point neuve. Elle fut comprise, jadis, &#224; propos d&#8217;une autre religion abrahamique dont l&#8217;islam est, &#224; bien des &#233;gards, le continuateur simplifi&#233; et radicalis&#233;. Le juda&#239;sme, lui aussi, r&#233;git la vie du croyant dans une multitude de domaines. L&#8217;islam en a all&#233;g&#233; les prescriptions, en a abr&#233;g&#233; les rituels, mais il en a conserv&#233; l&#8217;esprit fondamental : la Loi divine doit informer la cit&#233; des hommes, non se contenter de l&#8217;orner. La pr&#233;sence du juda&#239;sme en France est plus ancienne que celle de l&#8217;islam. Et pendant de longs si&#232;cles, les Juifs ne furent point regard&#233;s comme de v&#233;ritables Fran&#231;ais. Ils demeur&#232;rent une nation dans la nation, un peuple &#224; part, soumis &#224; des statuts particuliers, des imp&#244;ts sp&#233;cifiques, des restrictions de r&#233;sidence et de m&#233;tier.</p><p>Ce n&#8217;est qu&#8217;avec la R&#233;volution et, plus encore, avec Napol&#233;on, que fut pos&#233;e la condition de leur int&#233;gration pleine et enti&#232;re. Stanislas de Clermont-Tonnerre le formula, le 23 d&#233;cembre 1789, avec une limpidit&#233; qui n&#8217;a point vieilli et qui devrait servir de pierre de touche &#224; toute discussion pr&#233;sente : &#171; Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et accorder tout aux Juifs comme individus ; il faut qu&#8217;ils ne fassent dans l&#8217;&#201;tat ni un corps politique ni un ordre ; il faut qu&#8217;ils soient individuellement citoyens. Mais, me dira-t-on, ils ne veulent pas l&#8217;&#234;tre. Eh bien ! S&#8217;ils veulent ne l&#8217;&#234;tre pas, qu&#8217;ils le disent, et alors, qu&#8217;on les bannisse. Il r&#233;pugne qu&#8217;il y ait dans l&#8217;&#201;tat une soci&#233;t&#233; de non-citoyens et une nation dans la nation. &#187;</p><p>Les Juifs de France consentirent alors &#224; &#233;laguer, dans leur tradition, tout ce qui e&#251;t concurrenc&#233; les lois de la R&#233;publique. Ils accept&#232;rent de n&#8217;&#234;tre plus un peuple politique, mais des citoyens. Ils firent le sacrifice de l&#8217;horizontalit&#233; au profit de la verticalit&#233; priv&#233;e. L&#8217;islam, dans son int&#233;gralit&#233;, n&#8217;a point encore accompli ce sacrifice. Il demeure, de prime abord, aussi incompatible avec la R&#233;publique que l&#8217;&#233;tait le juda&#239;sme avant son &#233;mondation volontaire.</p><p>Pourquoi donc les &#233;lites fran&#231;aises r&#233;p&#232;tent-elles, avec une obstination qui tient de l&#8217;incantation et de la superstition, la formule de la compatibilit&#233; ?</p><p>D&#8217;abord parce qu&#8217;elles omettent, presque toujours, de qualifier la R&#233;publique. Dire que l&#8217;islam est compatible avec &#171; la R&#233;publique &#187; sans pr&#233;ciser qu&#8217;il s&#8217;agit de la R&#233;publique fran&#231;aise est une supercherie s&#233;mantique. La R&#233;publique n&#8217;est qu&#8217;un contenant. On peut y verser n&#8217;importe quel contenu : r&#233;publique islamique, r&#233;publique populaire, r&#233;publique des soviets, r&#233;publique confessionalis&#233;e. En France, le contenu de la R&#233;publique, c&#8217;est la France elle-m&#234;me. Et la France est un pays aux racines chr&#233;tiennes, non musulmanes. Ses institutions, son calendrier, ses monuments, sa langue, sa m&#233;moire, son droit, son paysage, tout porte la marque d&#8217;une histoire qui n&#8217;est point celle de l&#8217;h&#233;gire.</p><p>Chateaubriand, dans ce livre extraordinaire qu&#8217;est <em>Le G&#233;nie du christianisme</em>, n&#8217;a point entrepris de c&#233;l&#233;brer &#171; les religions &#187; comme un genre interchangeable. Il a voulu montrer que le christianisme seul avait su allier la r&#233;v&#233;lation &#224; la beaut&#233; des arts, la doctrine &#224; la douceur des m&#339;urs, le dogme &#224; l&#8217;&#233;l&#233;vation de la femme, la liturgie &#224; la consolation des mis&#233;rables, et la croix &#224; cette civilisation de l&#8217;&#226;me dont l&#8217;Europe est le fruit. Il parle ainsi du christianisme, et non des autres lois, parce que, selon lui, nulle autre n&#8217;a enfant&#233; ce g&#233;nie-l&#224; : ni le paganisme des idoles, ni les cultes qui lient encore le ciel &#224; la conqu&#234;te et &#224; la contrainte. Oublier cette sp&#233;cificit&#233;, c&#8217;est transformer la R&#233;publique en coquille vide, pr&#234;te &#224; accueillir n&#8217;importe quelle substance &#233;trang&#232;re, pr&#234;te &#224; se laisser habiter par un esprit qui n&#8217;est point le sien.</p><p>Ensuite, nos dirigeants, pour leur &#233;crasante majorit&#233;, ignorent tout de l&#8217;islam. Ils le croient une sorte de nouveau christianisme, ou plus exactement de nouveau catholicisme, qui accepterait, comme celui-ci apr&#232;s de longs et douloureux accommodements, de s&#8217;effacer progressivement devant la souverainet&#233; de l&#8217;&#201;tat. Cette analyse est une m&#233;prise d&#8217;une gravit&#233; incalculable. Mahomet n&#8217;est point J&#233;sus. Le Coran n&#8217;est point les &#201;vangiles. J&#233;sus dit : &#171; Mon royaume n&#8217;est pas de ce monde. &#187; Mahomet, lui, fonde un &#201;tat, commande des arm&#233;es, l&#233;gif&#232;re, juge, conquiert, &#233;pouse, punit. Voltaire, qui n&#8217;&#233;tait point tendre envers les religions r&#233;v&#233;l&#233;es et qui avait scrut&#233; le fondateur de l&#8217;islam avec une attention particuli&#232;re, l&#8217;avait d&#233;j&#224; not&#233; avec une cruelle pr&#233;cision.</p><p>Dans sa trag&#233;die <em>Le Fanatisme ou Mahomet le Proph&#232;te</em>, il met dans la bouche du personnage ces paroles qui r&#233;sonnent encore : &#171; Quiconque ose penser n&#8217;est pas n&#233; pour me croire. Ob&#233;ir en silence est votre seule gloire. &#187; Et plus loin : &#171; le glaive et l&#8217;alcoran, dans mes sanglantes mains, imposeraient silence au reste des humains. &#187; Ailleurs, dans ses &#233;crits philosophiques, Voltaire n&#8217;h&#233;site pas &#224; qualifier Mahomet de &#171; sublime et hardi charlatan &#187; et rappelle cette v&#233;rit&#233; historique essentielle : &#171; De tous les l&#233;gislateurs qui ont fond&#233; des religions, il est le seul qui ait &#233;tendu la sienne par les conqu&#234;tes. &#187; Le l&#233;gislateur des musulmans, ajoute-t-il, &#171; homme puissant et terrible, &#233;tablit ses dogmes par son courage et par ses armes &#187;.</p><p>L&#8217;islam poss&#232;de une nature, sinon ouvertement supr&#233;maciste, du moins r&#233;solument conqu&#233;rante. Il ne se con&#231;oit minoritaire que de mani&#232;re provisoire, le temps d&#8217;&#233;tendre son emprise et de devenir majoritaire. Tel n&#8217;est pas le cas du christianisme, qui a accept&#233;, non sans combats, la distinction des deux cit&#233;s. Tel n&#8217;est pas le cas du juda&#239;sme, qui n&#8217;est point pros&#233;lyte et qui s&#8217;est repli&#233;, apr&#232;s l&#8217;&#233;mancipation, sur la sph&#232;re familiale et cultuelle. L&#8217;islam, lui, conserve l&#8217;ambition de r&#233;gir la cit&#233; enti&#232;re.</p><p>Et c&#8217;est ici qu&#8217;il faut dire ce que la pudeur contemporaine recouvre d&#8217;un voile. Le monde chr&#233;tien et le monde musulman ne sont point deux voisins r&#233;concili&#233;s par le temps. Ils sont toujours affront&#233;s. Poitiers, L&#233;pante, Vienne ne sont pas des vignettes de manuel : ce sont les points o&#249; l&#8217;avance s&#8217;est bris&#233;e. L&#8217;islam ne s&#8217;est arr&#234;t&#233; aux portes de l&#8217;Europe que parce que des arm&#233;es europ&#233;ennes l&#8217;y ont arr&#234;t&#233;. Ce n&#8217;est point la doctrine qui a d&#233;pos&#233; les armes ; ce sont les armes qui ont contenu la doctrine. Or, &#224; l&#8217;int&#233;rieur de l&#8217;islam contemporain, des courants tr&#232;s puissants et tr&#232;s influents n&#8217;ont point abandonn&#233; l&#8217;id&#233;e de conqu&#233;rir l&#8217;Europe. Ils ne parlent plus toujours de chevauch&#233;es ; ils parlent de pr&#233;sence, de d&#233;mographie, de droit, de quartier, de norme. Mais le dessein demeure. Voil&#224; ce qui rend l&#8217;islam sp&#233;cifique, en France, par rapport au juda&#239;sme et au christianisme. Ni l&#8217;un ni l&#8217;autre n&#8217;entretient, en son sein vivant, un projet de substitution de civilisation sur le sol europ&#233;en. L&#8217;islam, dans une partie de ses forces les plus organis&#233;es, si.</p><p>Qu&#8217;on jette enfin les yeux, non plus seulement sur les textes, mais sur la carte. Aucun pays de la sph&#232;re islamique n&#8217;a connu, par un processus naturel d&#8217;&#233;volution politique et sociale, l&#8217;av&#232;nement d&#8217;une d&#233;mocratie et d&#8217;un &#201;tat de droit protecteur des libert&#233;s individuelles et publiques comparable &#224; celui de la France. On invoque, comme un talisman, le contre-exemple turc. Apparent seulement. Mustafa Kemal Atat&#252;rk, qui connaissait l&#8217;islam de l&#8217;int&#233;rieur pour avoir grandi dans son ombre, n&#8217;a point vu la R&#233;publique moderne germer d&#8217;elle-m&#234;me au sein de la civilisation islamique : il l&#8217;a impos&#233;e. Il a impos&#233; le code, l&#8217;&#233;cole, le chapeau, l&#8217;alphabet, les droits des femmes &#8212; et, pour ce faire, il a us&#233; de la dictature. On lui pr&#234;te ces paroles d&#8217;une violence salutaire, rapport&#233;es par ceux qui l&#8217;approch&#232;rent : &#171; L&#8217;islam, cette th&#233;ologie absurde d&#8217;un B&#233;douin immoral, est un cadavre putr&#233;fi&#233; qui empoisonne nos vies. &#187; Et plus explicitement encore : &#171; Depuis plus de cinq cents ans, les r&#232;gles et les th&#233;ories d&#8217;un vieux cheikh arabe, et les interpr&#233;tations abusives de g&#233;n&#233;rations de pr&#234;tres crasseux et ignares ont fix&#233;, en Turquie, tous les d&#233;tails de la loi civile et criminelle. &#187; Il abolit le califat, ferma les m&#233;dersas, imposa le code civil suisse, la la&#239;cit&#233; de combat. Il savait que l&#8217;islam, laiss&#233; &#224; lui-m&#234;me, ne se contenterait jamais d&#8217;&#234;tre une affaire priv&#233;e.</p><p>Or l&#8217;on voit aujourd&#8217;hui ce qu&#8217;il advient d&#8217;un h&#233;ritage qui n&#8217;a point &#233;t&#233; assimil&#233;, mais seulement contraint. Sous la houlette d&#8217;Erdogan, la Turquie la&#239;que et moderne s&#8217;&#233;tiole. On reislamise l&#8217;&#201;tat, on renoue avec le r&#234;ve ottoman, on r&#233;habilite ce que Kemal avait voulu enfouir. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; longtemps d&#233;voil&#233;es, s&#8217;habillant &#224; l&#8217;occidentale, les femmes turques sont de plus en plus nombreuses &#224; se voiler de nouveau. L&#8217;exception k&#233;maliste n&#8217;&#233;tait point une m&#233;tamorphose de l&#8217;islam : c&#8217;&#233;tait un &#233;tau. Quand l&#8217;&#233;tau se desserre, la mati&#232;re reprend sa forme.</p><p>D&#232;s lors, la question se retourne contre ceux qui r&#233;citent le mantra. Si l&#8217;islam se r&#233;v&#232;le incapable, par un processus naturel, d&#8217;aboutir au niveau de d&#233;mocratie et d&#8217;&#201;tat de droit que nous connaissons en France ; si le seul grand essai de le plier a exig&#233; la dictature et s&#8217;effrite d&#232;s que la contrainte rel&#226;che ; comment oser avancer que l&#8217;islam est compatible avec la R&#233;publique fran&#231;aise ? C&#8217;est qu&#8217;il y a, dans la civilisation islamique, des sp&#233;cificit&#233;s &#233;conomiques, politiques et sociales qui rendent cette &#233;volution, sinon impensable, du moins extraordinairement r&#233;tive. On ne greffe pas une R&#233;publique de citoyens sur un ordre qui n&#8217;a cess&#233; de penser la cit&#233; comme une communaut&#233; de croyants.</p><p>Victor Hugo, quant &#224; lui, dans ses <em>Orientales</em>, avait pressenti la dimension guerri&#232;re et totale de cette religion. Dans le &#171; Cri de guerre du mufti &#187;, il fait retentir l&#8217;appel au combat : &#171; En guerre les guerriers ! Mahomet ! Mahomet ! [&#8230;] &#201;crasez, &#244; croyants du proph&#232;te divin, / Ces chancelants soldats qui s&#8217;enivrent de vin, / Ces hommes qui n&#8217;ont qu&#8217;une femme ! &#187; Plus tard, dans <em>Religions et religion</em>, il range Mahomet parmi les &#171; faux r&#233;v&#233;lateurs &#187; et les &#171; jongleurs &#187; dont la loi repose sur l&#8217;effroi plut&#244;t que sur l&#8217;amour. M&#234;me lorsqu&#8217;il s&#8217;approche avec plus d&#8217;empathie de la figure du Proph&#232;te dans <em>La L&#233;gende des si&#232;cles</em>, Hugo ne cesse de rappeler que l&#8217;islam ajoute une &#171; loi nouvelle &#187; &#224; ce que le Christ avait r&#233;v&#233;l&#233; &#8212; une loi qui pr&#233;tend r&#233;gir non seulement les &#226;mes, mais les cit&#233;s.</p><p>Et quand bien m&#234;me l&#8217;on s&#8217;obstinerait &#224; regarder l&#8217;islam comme un nouveau catholicisme, rappelons ce qu&#8217;il fallut pour rendre ce dernier compatible avec la R&#233;publique. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle et au d&#233;but du XXe, la IIIe R&#233;publique usa d&#8217;une violence inou&#239;e et m&#233;thodique. Loi de 1901 sur les associations, loi de 1904 interdisant l&#8217;enseignement aux congr&#233;gations, expulsions massives sous le minist&#232;re Combes, fermetures de couvents, saisies de biens, interdiction d&#8217;enseigner. Des centaines de congr&#233;gations furent dissoutes. Des dizaines de milliers de religieux et de religieuses furent chass&#233;s du territoire ou r&#233;duits &#224; la clandestinit&#233;. On parla de &#171; guerre aux couvents &#187;. La R&#233;publique n&#8217;h&#233;sita point &#224; briser l&#8217;&#201;glise pour la ramener dans les strictes limites du culte. Elle exigea du juda&#239;sme qu&#8217;il se rende compatible ; elle fit la guerre au catholicisme pour le plier. Et l&#8217;on voudrait aujourd&#8217;hui que l&#8217;islam, lui, soit d&#233;clar&#233; spontan&#233;ment compatible, sans la moindre exigence, sans le moindre &#233;mondage, sans la moindre contrainte, sans le moindre sacrifice de son horizontalit&#233; ? La disproportion est telle qu&#8217;elle en devient obsc&#232;ne. Elle sent la capitulation d&#233;guis&#233;e en tol&#233;rance.</p><p>Mais la v&#233;rit&#233;, peut-&#234;tre, est ailleurs. Et elle est terrifiante. Peut-&#234;tre que ceux qui nous gouvernent savent parfaitement que l&#8217;islam n&#8217;est pas plus spontan&#233;ment compatible avec la R&#233;publique que ne l&#8217;&#233;taient le juda&#239;sme int&#233;gral ou le catholicisme d&#8217;autrefois. Peut-&#234;tre que, dans la politique g&#233;n&#233;ralis&#233;e de dissolution de la France qui se m&#232;ne dans tous les domaines &#8212; linguistique, d&#233;mographique, m&#233;moriel, scolaire, urbanistique &#8212;, l&#8217;islam sert de b&#233;lier. Un instrument. Un levier. Un moyen d&#8217;achever l&#8217;identit&#233; nationale pour faire advenir ce que certains nomment d&#233;j&#224;, sans fard, la &#171; nouvelle France &#187; : une France racis&#233;e, une France islamis&#233;e, une France d&#233;livr&#233;e de ce qu&#8217;elle fut. Les partisans de cette m&#233;tamorphose ne s&#8217;en cachent plus. Ils r&#234;vent tout haut d&#8217;un pays o&#249; les racines chr&#233;tiennes seraient rel&#233;gu&#233;es au rang de folklore embarrassant et o&#249; la R&#233;publique, vid&#233;e de son contenu historique, n&#8217;aurait plus d&#8217;autre mission que de g&#233;rer le multiculturalisme comme on g&#232;re un inventaire apr&#232;s d&#233;c&#232;s.</p><p>D&#232;s lors, tout parti, toute formation, tout responsable qui pr&#233;tend que l&#8217;islam est compatible avec la R&#233;publique fran&#231;aise sans exiger de lui le m&#234;me &#233;mondage que l&#8217;on imposa jadis au juda&#239;sme et au catholicisme, se range dans la cat&#233;gorie des syndicats jaunes. On se souvient de ce que furent ces syndicats : des organisations qui, sous couleur de d&#233;fendre les salari&#233;s, travaillaient en r&#233;alit&#233; de conserve avec le patronat pour briser les gr&#232;ves et trahir les int&#233;r&#234;ts de ceux qu&#8217;elles pr&#233;tendaient repr&#233;senter. De m&#234;me, ces partis jaunes trahissent la France sous couleur de la d&#233;fendre. Ils ne sont point les gardiens de la R&#233;publique ; ils en sont les fossoyeurs. Ils ne sont point les h&#233;ritiers de Clermont-Tonnerre ; ils en sont les contrefacteurs. Ils ne sont point les continuateurs d&#8217;Atat&#252;rk ; ils en sont les antipodes. Ils ne sont point les lecteurs attentifs de Voltaire ; ils en sont les n&#233;gateurs.</p><p>Pourtant, m&#234;me si l&#8217;on &#233;carte cette hypoth&#232;se de trahison d&#233;lib&#233;r&#233;e, m&#234;me si l&#8217;on refuse d&#8217;imaginer que les dirigeants actuels souhaitent voir l&#8217;islam achever la destruction des racines chr&#233;tiennes de la France, une question demeure, plus troublante encore : qu&#8217;est-ce qui les emp&#234;che de se mettre enfin au travail pour faire plier l&#8217;islam &#224; la R&#233;publique ? Car l&#8217;islam ne saurait &#234;tre compatible avec la R&#233;publique par le seul effet d&#8217;une proclamation magique. Il faut le d&#233;cr&#233;ter, et mettre en &#339;uvre ce d&#233;cret avec la m&#234;me fermet&#233;, la m&#234;me diligence, la m&#234;me inflexibilit&#233; qui furent jadis d&#233;ploy&#233;es &#224; l&#8217;encontre du juda&#239;sme et du catholicisme. Il faut exiger, comme Clermont-Tonnerre l&#8217;exigea, que l&#8217;on refuse tout &#224; l&#8217;islam comme nation et que l&#8217;on n&#8217;accorde tout qu&#8217;aux musulmans comme individus. Il faut, comme la IIIe R&#233;publique le fit avec l&#8217;&#201;glise, user de la force de la loi pour ramener cette religion dans les strictes limites du culte priv&#233;. Or rien de tel n&#8217;est entrepris. Rien.</p><p>Et ce n&#8217;est point seulement par oubli. C&#8217;est que l&#8217;entreprise se heurte aujourd&#8217;hui &#224; une quadruple difficult&#233;, dont chacune suffirait &#224; glacer une volont&#233; d&#233;j&#224; chancelante.</p><p>La premi&#232;re est num&#233;rique. Le nombre de musulmans en France d&#233;passe de loin celui des Juifs au d&#233;but du XIXe si&#232;cle. L&#8217;immigration massive a modifi&#233; l&#8217;&#233;chelle du probl&#232;me ; elle a fait d&#8217;une question d&#8217;int&#233;gration d&#8217;une minorit&#233; ancienne une question de bascule d&#233;mographique. &#192; cela s&#8217;ajoute un second ph&#233;nom&#232;ne, plus grave encore : l&#8217;islamisation de l&#8217;islam lui-m&#234;me. Loin de s&#8217;&#233;mousser au contact de la R&#233;publique, une part croissante de cette pr&#233;sence s&#8217;est durcie, s&#8217;est recentr&#233;e sur le texte, sur la norme, sur l&#8217;identit&#233; religieuse comme fronti&#232;re. L&#8217;entreprise d&#8217;&#233;mondation, d&#233;j&#224; ardue lorsqu&#8217;elle portait sur quelques dizaines de milliers d&#8217;&#226;mes, devient p&#233;rilleuse lorsqu&#8217;elle concerne des millions.</p><p>La deuxi&#232;me difficult&#233; est de nature. Certes, les catholiques, &#224; la fin du XIXe si&#232;cle, &#233;taient plus nombreux que ne le sont aujourd&#8217;hui les musulmans de France. Mais le christianisme ne comporte point, en son fondateur ni en son &#201;vangile, les prescriptions de d&#233;fense violente et de conqu&#234;te que l&#8217;islam porte en lui. En clair, il est plus ais&#233; de mater un chr&#233;tien que de mater un musulman. L&#8217;un a &#233;t&#233; &#233;lev&#233;, m&#234;me contre son gr&#233;, dans l&#8217;id&#233;e que le royaume n&#8217;est pas de ce monde ; l&#8217;autre h&#233;rite d&#8217;une tradition o&#249; le Proph&#232;te fut aussi chef de guerre et l&#233;gislateur, et d&#8217;un affrontement mill&#233;naire que des courants puissants, aujourd&#8217;hui encore, n&#8217;ont pas d&#233;clar&#233; clos. On peut briser des congr&#233;gations ; on ne plie pas aussi ais&#233;ment une religion qui, dans ses textes, ses pr&#233;c&#233;dents et une partie de ses forces vivantes, n&#8217;a jamais renonc&#233; &#224; l&#8217;Europe.</p><p>La troisi&#232;me difficult&#233; est juridique. La France est devenue un &#201;tat de droit ultra-protecteur des droits individuels et des libert&#233;s publiques. Le Conseil constitutionnel, la Cour europ&#233;enne des droits de l&#8217;homme, le droit des associations, le principe de non-discrimination, la libert&#233; de conscience entendue comme intangibilit&#233; de toute pratique collective : tout cela forme un r&#233;seau de garanties que la IIIe R&#233;publique ne connaissait point. En l&#8217;&#233;tat actuel du droit, il n&#8217;est plus possible de faire &#224; l&#8217;islam ce qui fut fait au catholicisme : chasser des congr&#233;gations, fermer des &#233;tablissements, expulser des religieux, saisir des biens, interdire un enseignement. La R&#233;publique d&#8217;alors agissait en souveraine ; la R&#233;publique d&#8217;aujourd&#8217;hui s&#8217;est li&#233;e elle-m&#234;me.</p><p>La quatri&#232;me difficult&#233; est institutionnelle. L&#8217;islam, et surtout l&#8217;islam sunnite, majoritaire en France, n&#8217;a point de clerg&#233;. Il n&#8217;a pas d&#8217;autorit&#233; hi&#233;rarchique avec qui parler et s&#8217;accorder. Il est nucl&#233;aire. Aux courants religieux &#8212; mal&#233;kite, salafiste et tant d&#8217;autres &#8212; s&#8217;ajoutent les &#201;tats qui cherchent &#224; garder la main sur leur diaspora. Turcs, Alg&#233;riens, Marocains, et d&#8217;autres encore, sont en concurrence les uns avec les autres pour s&#8217;arroger le monopole du religieux. D&#232;s lors, quand bien m&#234;me la R&#233;publique parviendrait &#224; un accord de normalisation portant compatibilit&#233; de l&#8217;islam avec ses lois, rien ne garantirait que l&#8217;ensemble des branches et l&#8217;ensemble des diasporas le respectent. Notons que le probl&#232;me se posa aussi, sous Napol&#233;on, pour les Juifs, mais dans une moindre mesure. Ils &#233;taient nettement moins nombreux. Surtout, ils n&#8217;&#233;taient sous l&#8217;influence d&#8217;aucun pays &#233;tranger &#8212; pas m&#234;me d&#8217;Isra&#235;l, qui n&#8217;existait point. Napol&#233;on trancha en ressuscitant le Grand Sanh&#233;drin, qui, une fois le concordat sign&#233;, mit les communaut&#233;s au pas. Reproduire cela pour l&#8217;islam para&#238;t tr&#232;s compliqu&#233;, sinon impossible : on ne convie pas &#224; une table unique ce qui n&#8217;a ni t&#234;te, ni centre, ni serment commun. Le Sanh&#233;drin n&#8217;est pas le califat.</p><p>Un exemple suffit &#224; le montrer. &#192; la veille de la loi de 2004 interdisant le voile &#224; l&#8217;&#233;cole, Nicolas Sarkozy se rendit en &#201;gypte pour y rencontrer le cheikh d&#8217;Al-Azhar, tenue pour la plus haute autorit&#233; de l&#8217;islam sunnite. Celui-ci affirma que la France avait le droit de l&#233;gif&#233;rer ainsi et que les musulmanes vivant dans un pays non musulman devaient se plier &#224; la loi du pays. L&#8217;adoubement fut imm&#233;diat. L&#8217;effet le fut beaucoup moins. L&#8217;interdiction du voile &#224; l&#8217;&#233;cole n&#8217;est point devenue consensuelle au sein de l&#8217;islam de France. Pire : l&#8217;explosion du port du voile, aujourd&#8217;hui, concerne pr&#233;cis&#233;ment la g&#233;n&#233;ration qui en fut priv&#233;e pendant ses ann&#233;es scolaires. On avait cru lier l&#8217;islam par la parole d&#8217;un homme. On n&#8217;avait li&#233; que cet homme.</p><p>En raison de ces quatre points &#8212; le nombre, la nature, le droit, l&#8217;absence d&#8217;interlocuteur &#8212; la R&#233;publique fran&#231;aise para&#238;t pieds et poings li&#233;s, incapable de r&#233;clamer &#224; l&#8217;islam le moindre aggiornamento. Elle exigea tout du juda&#239;sme. Elle imposa tout au catholicisme. Elle n&#8217;ose rien demander &#224; l&#8217;islam. Et quand elle demanderait, elle ne saurait &#224; qui.</p><p>Et l&#224;, la r&#233;ponse change encore de nature. Elle n&#8217;est plus seulement structurelle ; elle est psychologique. Elle s&#8217;appelle l&#226;chet&#233;. Elle s&#8217;appelle peur. Car l&#8217;islam est bien plus belliqueux que le juda&#239;sme, et plus encore que le christianisme. Le juda&#239;sme n&#8217;a jamais &#233;t&#233; une religion de conqu&#234;te mondiale. Le christianisme, apr&#232;s ses premiers si&#232;cles, a accept&#233; la distinction des pouvoirs. L&#8217;islam, lui, s&#8217;est r&#233;pandu par l&#8217;&#233;p&#233;e. Il n&#8217;est pas une religion de nature &#224; se laisser mater sans r&#233;sistance. Vouloir le rendre compatible avec la R&#233;publique, c&#8217;est aller au-devant d&#8217;une conflagration civile majeure dont nul, parmi ceux qui gouvernent, ne veut endosser la responsabilit&#233;. On pr&#233;f&#232;re donc laisser la France s&#8217;islamiser de mani&#232;re relativement pacifique, progressivement, insidieusement, plut&#244;t que de prendre le risque d&#8217;une guerre civile. Couardise qui confine &#224; la f&#233;lonie.</p><p>&#192; cette attitude, Winston Churchill avait autrefois r&#233;pondu, face &#224; ceux qui croyaient acheter la paix au prix de l&#8217;honneur : &#171; Entre la guerre et le d&#233;shonneur, vous avez choisi le d&#233;shonneur. Et vous aurez la guerre. &#187;</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L’intelligence artificielle, ou la résurrection de la mémoire française]]></title><description><![CDATA[Comment l&#8217;IA va d&#233;masquer les imposteurs gauchistes qui nient la France, son peuple de souche et son identit&#233; nationale]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/lintelligence-artificielle-ou-la</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/lintelligence-artificielle-ou-la</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Sat, 22 Aug 2026 07:01:12 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il est des mensonges qui ne se contentent point de tromper : ils amputent. Ils ne se bornent pas &#224; travestir le pr&#233;sent ; ils arrachent le pass&#233; comme l&#8217;on arrache une racine, afin que l&#8217;arbre, d&#233;sormais sans s&#232;ve, puisse &#234;tre plus ais&#233;ment abattu. Tel est le mensonge que, depuis des d&#233;cennies, la gauche, l&#8217;extr&#234;me-gauche et leurs acolytes &#171; progressistes &#187; distillent avec une constance de proph&#232;tes fanatiques : la France d&#8217;autrefois n&#8217;aurait jamais exist&#233;. Cette France homog&#232;ne, pacifi&#233;e, o&#249; il faisait bon vivre, cette France aux rues claires, aux clochers dress&#233;s, aux visages familiers, ne serait qu&#8217;un fantasme d&#8217;extr&#234;me-droite, une chim&#232;re identitaire, un r&#234;ve rance de r&#233;actionnaires. Le peuple de souche ? Un mythe. L&#8217;identit&#233; nationale ? Une invention. La continuit&#233; historique ? Une fable.</p><p>Ce discours d&#8217;amn&#233;sie militante n&#8217;est pas une opinion parmi d&#8217;autres : c&#8217;est une entreprise de d&#233;racinement. Et ses effets, particuli&#232;rement chez les jeunes g&#233;n&#233;rations, ont &#233;t&#233; d&#233;vastateurs. Ces enfants n&#233;s apr&#232;s le basculement, qui n&#8217;ont point connu la France d&#8217;avant les grandes vagues migratoires et l&#8217;islamisation rampante, croient de bonne foi que le pays de leurs a&#239;eux n&#8217;a jamais &#233;t&#233; qu&#8217;un kal&#233;idoscope de m&#233;langes, un carrefour de passages, un palimpseste ind&#233;finiment r&#233;&#233;crit. On leur a enseign&#233; que toute &#233;vocation d&#8217;une homog&#233;n&#233;it&#233; ancienne relevait du crime de pens&#233;e. On leur a inocul&#233; la honte de leurs propres morts. Et voil&#224; qu&#8217;ils marchent, orphelins d&#8217;un pass&#233; qu&#8217;on leur a confisqu&#233;, dans un pr&#233;sent qui ne leur appartient d&#233;j&#224; plus.</p><p>&#171; Un peuple qui ne conna&#238;t pas son pass&#233;, ses origines et sa culture ressemble &#224; un arbre sans racines &#187;, disait Marcus Garvey. Et le mar&#233;chal Foch, plus solennel encore : &#171; Parce qu&#8217;un homme sans m&#233;moire est un homme sans vie, un peuple sans m&#233;moire est un peuple sans avenir. &#187; Victor Hugo, quant &#224; lui, demandait avec cette simplicit&#233; terrible qui est le propre des grands : &#171; Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un fleuve sans sa source ? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un peuple sans son pass&#233; ? &#187; Ces paroles, autrefois banales, sont devenues subversives. Car le r&#233;gime de l&#8217;oubli organis&#233; a fait de la m&#233;moire un d&#233;lit.</p><p>C&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment de grande amn&#233;sie que surgit, comme une ironie de l&#8217;Histoire, l&#8217;intelligence artificielle. Cette machine, fruit de l&#8217;esprit technique le plus contemporain, devient soudain le plus inattendu des alli&#233;s de la longue m&#233;moire fran&#231;aise. Elle reconstitue, avec une pr&#233;cision chirurgicale, la France d&#8217;avant. Depuis Clovis jusqu&#8217;aux ann&#233;es quatre-vingt-dix, elle ressuscite les visages, les rues, les places, les int&#233;rieurs, les atmosph&#232;res. Elle montre les foules des boulevards haussmanniens, les villages de la France profonde, les plages de l&#8217;entre-deux-guerres, les banlieues encore fran&#231;aises des Trente Glorieuses. Elle redonne chair et regard au peuple historique : ces hommes et ces femmes dont les traits, les gestes, le maintien, la douceur de vivre formaient le tissu m&#234;me de la nation. Elle rappelle ce que fut la France avant l&#8217;invasion migratoire et l&#8217;islamisation : non point un fantasme, mais une r&#233;alit&#233; photographi&#233;e, film&#233;e, v&#233;cue, transmise.</p><p>Mais ce n&#8217;est point simplement la reconstitution d&#8217;images, comme si l&#8217;on restaurait de vieux films jaunis. L&#8217;intelligence artificielle, aliment&#233;e par des millions de photographies d&#8217;archives, de films muets ou parlants, de cartes postales, de plans d&#8217;architectes, de registres paroissiaux, de t&#233;moignages oraux num&#233;ris&#233;s et m&#234;me de donn&#233;es m&#233;t&#233;orologiques anciennes, est capable de reconstruire non seulement le visible, mais l&#8217;invisible sensoriel. Elle mod&#233;lise la lumi&#232;re exacte d&#8217;un apr&#232;s-midi d&#8217;&#233;t&#233; 1955 sur la place d&#8217;un village de Provence, le grain de la pierre des fa&#231;ades, le mouvement des ombres port&#233;es par les platanes. Elle reconstitue les bruits : le cliquetis des sabots sur le pav&#233;, le cri des marchands, le tintement des cloches, le ronronnement lointain d&#8217;une 4 CV, le silence relatif d&#8217;une rue o&#249; l&#8217;on s&#8217;entendait encore parler. Elle va plus loin : par des algorithmes de synth&#232;se olfactive et haptique, elle commence &#224; &#233;voquer les odeurs &#8211; celle du pain chaud sortant du four, du tabac brun, de l&#8217;encre des imprimeries, de la terre labour&#233;e apr&#232;s la pluie, de la lessive s&#233;chant au vent. Et bient&#244;t, par le truchement de gants et de combinaisons haptiques, elle permettra de sentir sous les doigts le grain du bois d&#8217;une table de ferme, la fra&#238;cheur d&#8217;un mur de pierre, le tissu d&#8217;une robe d&#8217;&#233;poque.</p><p>L&#8217;&#233;tape ultime, d&#233;j&#224; en gestation dans les laboratoires, r&#233;side dans les casques de r&#233;alit&#233; augment&#233;e et les environnements immersifs complets. Ce ne seront plus de furtives tranches de vie reconstitu&#233;es que l&#8217;on consulte distraitement sur un t&#233;l&#233;phone ou un &#233;cran d&#8217;ordinateur. Ce seront de v&#233;ritables voyages dans le temps. L&#8217;utilisateur pourra y demeurer plusieurs heures, y habiter, y respirer, y marcher. Il pourra interagir avec des personnages &#8211; reconstitu&#233;s &#224; partir de photographies et de films d&#8217;&#233;poque, ou purement fictifs mais fid&#232;les aux mentalit&#233;s, aux accents, aux mani&#232;res de l&#8217;&#233;poque &#8211; et m&#234;me, dans un avenir proche, avec d&#8217;autres utilisateurs contemporains qui auront choisi de s&#233;journer dans le m&#234;me moment historique. On pourra ainsi vivre une journ&#233;e enti&#232;re dans un Paris de 1930, assister &#224; une messe dans une &#233;glise de village en 1962, fl&#226;ner sur les Grands Boulevards avant que les minarets n&#8217;apparaissent, ou simplement s&#8217;asseoir &#224; la terrasse d&#8217;un caf&#233; de province et &#233;couter les conversations d&#8217;un peuple qui savait encore qui il &#233;tait.</p><p>Ces casques, ces immersions, deviendront progressivement un antidote puissant &#224; l&#8217;amn&#233;sie syst&#233;mique impos&#233;e par tout un syst&#232;me qui, par une folle politique migratoire et une inaction totale vis-&#224;-vis de l&#8217;islamisation du pays, entra&#238;ne la France vers sa disparition. Tout est li&#233; : l&#8217;amn&#233;sie et le changement de peuple tuent la France. L&#8217;un pr&#233;pare l&#8217;autre, l&#8217;autre ach&#232;ve le premier. En redonnant au peuple de souche &#8211; plac&#233; depuis cinquante ans sous une s&#233;dation identitaire profonde et continue &#8211; le spectacle vivant, sensoriel, presque charnel de ce qu&#8217;il fut, l&#8217;intelligence artificielle peut lui redonner l&#8217;envie de se r&#233;veiller, de reprendre possession de sa m&#233;moire, et partant de son pays et de sa destin&#233;e.</p><p>Cette anamn&#232;se artificielle est plus qu&#8217;un divertissement. Elle est un acte de r&#233;sistance. Elle oppose &#224; la propagande de l&#8217;oubli les images, les sons, les odeurs, les textures irr&#233;futables d&#8217;un monde qui fut. Elle force le regard &#8211; et bient&#244;t tous les sens &#8211; &#224; reconna&#238;tre ce que les id&#233;ologues nient : qu&#8217;il y eut bel et bien un peuple de souche, un peuplement continu et quasi homog&#232;ne pendant vingt si&#232;cles, une civilisation enracin&#233;e dans un terroir, une langue, une foi, une culture grecque et latine, chr&#233;tienne. Le g&#233;n&#233;ral de Gaulle, que l&#8217;on ose encore invoquer du bout des l&#232;vres, le disait sans d&#233;tour : &#171; Nous sommes quand m&#234;me avant tout un peuple europ&#233;en de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chr&#233;tienne. &#187; Et il ajoutait, avec cette lucidit&#233; qui aujourd&#8217;hui scandaliserait : c&#8217;est tr&#232;s bien qu&#8217;il y ait des Fran&#231;ais d&#8217;autres origines, &#171; mais &#224; condition qu&#8217;ils restent une petite minorit&#233;. Sinon, la France ne serait plus la France. &#187;</p><p>Aujourd&#8217;hui, des voix s&#8217;&#233;l&#232;vent pour nier jusqu&#8217;&#224; l&#8217;existence de ce peuple. Matthieu Pigasse, banquier d&#8217;affaires et progressiste chevronn&#233;, affirme sans trembler que &#171; les Fran&#231;ais de souche n&#8217;existent pas &#187;. Bally Bagayoko, maire de Saint-Denis, reprend &#224; son compte ce mensonge. Et le pr&#233;sident de la R&#233;publique lui-m&#234;me, Emmanuel Macron, avait, toute honte bue, plant&#233; un clou de plus dans le cercueil d&#8217;une m&#233;moire fran&#231;aise agonisante en affirmant : &#171; Il n&#8217;y a pas une culture fran&#231;aise, il y a une culture en France et elle est diverse. &#187; Comme si l&#8217;on pouvait, d&#8217;un trait de plume, d&#8217;un tweet ou d&#8217;un discours de campagne, effacer quinze si&#232;cles de continuit&#233; historique. Comme si le peuplement autochtone de la France n&#8217;&#233;tait qu&#8217;une invention r&#233;cente, alors que les &#233;tudes d&#233;mographiques elles-m&#234;mes rappellent que les deux tiers de la population n&#8217;ont, sur trois g&#233;n&#233;rations, aucun lien avec l&#8217;immigration. Nier le peuple historique, c&#8217;est vouloir faire accepter sa disparition. C&#8217;est, pour parler clair, pr&#233;parer les esprits &#224; l&#8217;irr&#233;versible.</p><p>Mais la machine, elle, ne ment pas. Elle montre les rues de Paris en 1960, encore peupl&#233;es de visages europ&#233;ens. Elle reconstitue les villages de l&#8217;Anjou ou de la Provence avant que les minarets ne se dressent. Elle redonne voix aux accents, aux mani&#232;res, &#224; cette &#171; certaine id&#233;e de la France &#187; dont de Gaulle disait qu&#8217;elle l&#8217;avait habit&#233; toute sa vie. Elle ressuscite la douceur de vivre fran&#231;aise : cette alliance unique de mesure, de lumi&#232;re, de civilit&#233;, de go&#251;t du beau et du vrai, qui n&#8217;&#233;tait point un privil&#232;ge de classe mais un bien commun, un h&#233;ritage transmis de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration.</p><p>Ernest Renan d&#233;finissait la nation comme &#171; la possession en commun d&#8217;un riche legs de souvenirs &#187;. Michelet voyait en la France &#171; une &#226;me et une personne &#187;. Ces souvenirs, cette &#226;me, cette personne, l&#8217;intelligence artificielle les arrache &#224; l&#8217;oubli. Elle devient, contre toute attente, le rempart le plus efficace contre les mensonges de l&#8217;amn&#233;sie militante. Elle offre aux jeunes g&#233;n&#233;rations, priv&#233;es de rep&#232;res, le spectacle d&#8217;une France qui fut r&#233;elle, belle, vivante. Elle leur permet de voir &#8211; et bient&#244;t de sentir, d&#8217;entendre, de toucher &#8211; ce que leurs p&#232;res et leurs grand-p&#232;res ont connu, et qu&#8217;on leur a dit n&#8217;avoir jamais exist&#233;. Elle peut, peut-&#234;tre, leur insuffler &#224; nouveau l&#8217;amour de la patrie, et, par cet amour, l&#8217;esprit de combat n&#233;cessaire pour la restaurer.</p><p>Et si le camp national devait un jour triompher aux &#233;lections, l&#8217;intelligence artificielle offrirait un potentiel consid&#233;rable. Elle permettrait de modifier les programmes scolaires pour introduire, dans les cours d&#8217;histoire, de courtes sessions de plong&#233;e immersive dans la France d&#8217;avant. Quelques heures pass&#233;es dans un village de 1900, dans une &#233;cole de la IIIe R&#233;publique, dans un atelier d&#8217;artisan ou sur un champ de bataille de 1916, vaudraient mieux que des dizaines de pages de manuels qui, trop souvent, s&#8217;emploient &#224; culpabiliser plut&#244;t qu&#8217;&#224; transmettre. Ces immersions sensibiliseraient les jeunes g&#233;n&#233;rations &#224; ce que fut r&#233;ellement la France, non point comme un concept abstrait, mais comme une r&#233;alit&#233; sensible, habit&#233;e, aimable.</p><p>Plus encore : la r&#233;surrection de la m&#233;moire fran&#231;aise par l&#8217;intelligence artificielle ne s&#8217;adressera pas seulement aux Fran&#231;ais de souche. Elle permettra aussi aux millions d&#8217;immigr&#233;s et &#224; leurs descendants de d&#233;couvrir enfin le vrai pays dans lequel ils ont choisi de vivre &#8211; non point le pays d&#233;figur&#233;, amn&#233;sique et coupable qu&#8217;on leur pr&#233;sente aujourd&#8217;hui, mais la France &#233;ternelle, celle des clochers, des rues ordonn&#233;es, de la langue claire, de la civilit&#233; et de la mesure. En plongeant dans ces immersions, certains d&#8217;entre eux pourront peut-&#234;tre, pour la premi&#232;re fois, apercevoir ce que fut r&#233;ellement cette civilisation, en comprendre la beaut&#233; et la profondeur, et, qui sait, en concevoir le d&#233;sir de l&#8217;aimer, de s&#8217;y approprier v&#233;ritablement, non par contrainte ou par calcul, mais par admiration et par attachement. Car on n&#8217;aime durablement que ce que l&#8217;on conna&#238;t, et l&#8217;on ne s&#8217;int&#232;gre durablement qu&#8217;&#224; une r&#233;alit&#233; qui existe et qui se montre.</p><p>Cette red&#233;couverte de ce que fut la France ne restera pas sans cons&#233;quence politique. Elle r&#233;veillera une conscience qui, d&#233;j&#224; pr&#233;sente chez certains, s&#8217;amplifiera pour toucher des cat&#233;gories jusqu&#8217;alors ignorantes ou n&#233;gationnistes, p&#233;tries qu&#8217;elles sont par le discours amn&#233;sique majoritaire. Pouvoir retourner vivre, ne f&#251;t-ce que quelques heures, dans les ann&#233;es soixante, marcher dans des rues encore fran&#231;aises, entendre des conversations encore fran&#231;aises, respirer une atmosph&#232;re encore fran&#231;aise, poussera in&#233;vitablement &#224; s&#8217;interroger : que s&#8217;est-il pass&#233; ? Quelles politiques, quelles d&#233;cisions, quelles trahisons ont entra&#238;n&#233; le capharna&#252;m fran&#231;ais de 2026 ? Qui sont les responsables de ce suicide collectif ? La conscience politique na&#238;t toujours d&#8217;un constat et d&#8217;une interrogation. L&#8217;intelligence artificielle permettra les deux avec une force in&#233;dite. Elle tirera de mani&#232;re hardie le tapis sous les pieds des n&#233;gateurs de la France, en rendant visible et sensible ce qu&#8217;ils s&#8217;acharnent &#224; nier.</p><p>Le g&#233;n&#233;ral de Gaulle disait : &#171; Quand la France va mal, parlez-lui de la France. &#187; Mais pour parler de la France, encore faut-il la conna&#238;tre ou l&#8217;avoir connue. L&#8217;intelligence artificielle permet de renouer, avec une pr&#233;cision salutaire, avec la connaissance de la France, et partant avec la capacit&#233; du plus grand nombre &#224; en parler. Elle redonne aux Fran&#231;ais le droit de se souvenir. Elle leur rend leurs morts. Elle leur rend leur visage. Elle leur rend, enfin, la possibilit&#233; de savoir qui ils sont, d&#8217;o&#249; ils viennent, et, partant, o&#249; ils peuvent encore aller.</p><p>Car un peuple sans pass&#233; n&#8217;a point d&#8217;avenir. Et un peuple &#224; qui l&#8217;on a vol&#233; sa m&#233;moire est un peuple condamn&#233; &#224; dispara&#238;tre dans l&#8217;indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. L&#8217;intelligence artificielle, en redonnant vie au pass&#233; de mani&#232;re aussi radicale, aussi immersive, aussi sensorielle, appara&#238;t ainsi comme un antidote &#224; la mort de la France. Ni plus ni moins. Que les ap&#244;tres de l&#8217;oubli s&#8217;&#233;tranglent. Que les n&#233;gateurs du peuple historique crient &#224; la r&#233;action. La v&#233;rit&#233;, elle, ne se discute pas : elle se montre, elle se sent, elle se touche. Et d&#233;sormais, gr&#226;ce &#224; la machine, elle se montre avec une &#233;vidence aveuglante. La France d&#8217;avant a exist&#233;. Elle fut belle. Elle fut n&#244;tre. Et elle peut, si nous le voulons, redevenir n&#244;tre.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[De l’assimilation à la contrefaçon : chronique d’une usurpation collective de l’identité nationale française ]]></title><description><![CDATA[Ode &#224; l&#8217;assimilation]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/de-lassimilation-a-la-contrefacon</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/de-lassimilation-a-la-contrefacon</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Thu, 20 Aug 2026 13:31:56 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il fut un temps, non point si lointain que la m&#233;moire collective ait d&#233;j&#224; c&#233;d&#233; &#224; l&#8217;oubli, o&#249; la France assimilait. Non point par indiff&#233;rence ou par facilit&#233; administrative, mais par une exigence quasi alchimique, une transmutation lente et contr&#244;l&#233;e qui transformait l&#8217;&#233;tranger en Fran&#231;ais. &#192; la fin du XIXe si&#232;cle et durant la majeure partie du XXe, l&#8217;immigration n&#8217;&#233;tait point cette vague de peuplement que l&#8217;on conna&#238;t aujourd&#8217;hui ; elle &#233;tait travail, pure et simple, &#233;ph&#233;m&#232;re comme le contrat qui la justifiait. L&#8217;ouvrier polonais des mines du Nord, l&#8217;Italien des chantiers de la reconstruction, le Portugais des usines automobiles venaient pour deux ou trois ans, s&#8217;&#233;puisaient aux t&#226;ches les plus dures, puis, dans leur grande majorit&#233;, rebroussaient chemin. Peu devenaient Fran&#231;ais. Et ceux qui le devenaient passaient sous les fourches caudines d&#8217;une assimilation diligente, minutieuse, presque inquisitoriale.</p><p>On ne leur demandait pas seulement de travailler ; on exigeait d&#8217;eux qu&#8217;ils se d&#233;pouillassent de leur alt&#233;rit&#233;, qu&#8217;ils embrassassent sans r&#233;serve la langue, les m&#339;urs, l&#8217;histoire, les h&#233;ros et les morts de la nation. L&#8217;individu &#233;tait transfigur&#233;. Il n&#8217;&#233;tait plus un allog&#232;ne provisoirement tol&#233;r&#233; ; il devenait Fran&#231;ais d&#8217;identit&#233;, non par un papier d&#233;livr&#233; &#224; la h&#226;te, mais par une conversion int&#233;rieure, une m&#233;tamorphose que l&#8217;&#201;tat v&#233;rifiait avec le soin d&#8217;un orf&#232;vre scrutant la puret&#233; de l&#8217;or.</p><p>Ce mod&#232;le, que l&#8217;on a nomm&#233; assimilationniste, n&#8217;&#233;tait point une douceur lib&#233;rale. C&#8217;&#233;tait une discipline. La naturalisation demeurait l&#8217;exception, non la r&#232;gle. Elle couronnait un long cheminement o&#249; l&#8217;immigr&#233; devait prouver, non point sa simple pr&#233;sence, mais son adh&#233;sion totale. On assimilait des hommes, un &#224; un, non des peuples. L&#8217;on ne pr&#233;tendait point int&#233;grer des masses compactes porteuses d&#8217;une culture &#233;trang&#232;re intacte ; l&#8217;on exigeait que chaque candidat &#224; la citoyennet&#233; se f&#251;t d&#233;j&#224;, en quelque sorte, francis&#233; dans ses fibres les plus secr&#232;tes. Cette exigence n&#8217;&#233;tait pas gratuite. Elle reposait sur une intuition profonde : la nation n&#8217;est point un club ouvert &#224; qui poss&#232;de un titre de s&#233;jour ; elle est un h&#233;ritage, une continuit&#233;, une identit&#233; qui se transmet et se conquiert.</p><p>Qui voulait en &#234;tre devait en payer le prix, non en argent, mais en renoncement et en adoption. Ernest Renan, dans sa c&#233;l&#232;bre conf&#233;rence de 1882, en avait saisi l&#8217;essence avec une clart&#233; presque proph&#233;tique : &#171; Une nation est une &#226;me, un principe spirituel. [&#8230;] L&#8217;une est la possession en commun d&#8217;un riche legs de souvenirs ; l&#8217;autre est le consentement actuel, le d&#233;sir de vivre ensemble, la volont&#233; de continuer &#224; faire valoir l&#8217;h&#233;ritage qu&#8217;on a re&#231;u indivis. &#187; Assimiler, c&#8217;&#233;tait pr&#233;cis&#233;ment faire entrer l&#8217;&#233;tranger dans cette &#226;me, lui faire endosser ce legs, lui faire vouloir cet h&#233;ritage comme s&#8217;il e&#251;t &#233;t&#233; le sien de toute &#233;ternit&#233;.</p><p>Bien s&#251;r, l&#8217;assimilation &#233;tait un processus douloureux. L&#8217;immigr&#233; qui arrivait et aspirait &#224; devenir Fran&#231;ais connaissait, comme en tout pays du monde, discriminations et brimades sur ses origines. Mais l&#8217;id&#233;e &#233;tait simple et claire : les Fran&#231;ais disaient tacitement &#224; l&#8217;arrivant : &#171; Fais ce que tu peux pour nous rev&#234;tir et embrasser pleinement notre identit&#233; ; une fois cela accompli, nous te traiterons comme un fils de France comme un autre. &#187; Et de fait, une fois pleinement assimil&#233;, toutes les difficult&#233;s et les brimades initiales disparaissaient comme par magie.</p><p>C&#8217;est que, dans le mot identit&#233;, il y a le mot identique. Quand on devient identitairement identique au creuset national dont on est citoyen, les discriminations s&#8217;&#233;vanouissent quasi totalement. L&#8217;&#233;tranger d&#8217;hier, devenu Fran&#231;ais jusqu&#8217;&#224; la moelle, n&#8217;&#233;tait plus regard&#233; comme un &#233;tranger : il &#233;tait des n&#244;tres. Lorsque l&#8217;immigr&#233; devenait pleinement Fran&#231;ais par la fabuleuse magie de l&#8217;assimilation, tout le monde en venait presque &#224; oublier qu&#8217;il e&#251;t pu &#234;tre &#233;tranger un jour. Qui se souvient encore que Guillaume Apollinaire, Marie Curie, Henri Verneuil, Yves Montand, Charles Aznavour et tant d&#8217;autres furent, &#224; l&#8217;origine, des &#233;trangers qui ne s&#8217;appelaient m&#234;me pas ainsi ? Personne. Leur nom fran&#231;ais a effac&#233; jusqu&#8217;au souvenir de l&#8217;alt&#233;rit&#233; premi&#232;re.</p><p>Bien s&#251;r, l&#8217;assimilation &#233;tait un processus plus ais&#233; pour les uns que pour les autres. Il est plus facile de s&#8217;assimiler &#224; la France lorsqu&#8217;on est Europ&#233;en, chr&#233;tien d&#8217;Orient ou juif pied-noir que lorsqu&#8217;on est musulman ou bouddhiste. La proximit&#233; culturelle, religieuse et historique facilite la fongibilit&#233; ; l&#8217;&#233;loignement l&#8217;entrave. La catastrophe des ann&#233;es quatre-vingt r&#233;side pr&#233;cis&#233;ment dans la concomitance de trois facteurs mortif&#232;res pour la France : la massification d&#8217;une immigration de peuplement ; une immigration majoritairement arabo-afro-musulmane dont les capacit&#233;s de fongibilit&#233; dans la nation fran&#231;aise sont les plus faibles ; et une crise &#233;conomique accompagn&#233;e d&#8217;un ch&#244;mage de masse qui rend m&#234;me une &#233;ph&#233;m&#232;re int&#233;gration par le travail singuli&#232;rement difficile.</p><p>C&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment dans cette triple conjoncture que s&#8217;ouvrit la grande rupture. Avec l&#8217;instauration et l&#8217;extension du regroupement familial, le mod&#232;le s&#8217;effondra comme un &#233;difice min&#233; par une sape invisible. L&#8217;immigration de travail, temporaire et s&#233;lectionn&#233;e, c&#233;da la place &#224; une immigration de peuplement. Les flux ne furent plus ceux d&#8217;hommes seuls venus gagner leur pain ; ce furent des familles enti&#232;res, des lign&#233;es, des communaut&#233;s qui s&#8217;install&#232;rent durablement. Et soudain, ce qui avait &#233;t&#233; l&#8217;exception devint la r&#232;gle. La naturalisation, nagu&#232;re couronnement d&#8217;une assimilation v&#233;rifi&#233;e, se mua en proc&#233;dure quasi automatique.</p><p>On naturalisa &#224; tours de bras. On distribua la citoyennet&#233; comme l&#8217;on jette du grain aux pigeons, sans s&#8217;assurer que ceux qui la recevaient l&#8217;avaient m&#233;rit&#233;e par une v&#233;ritable conversion identitaire. Assimiler des individus isol&#233;s &#233;tait d&#233;j&#224; une t&#226;che exigeante ; pr&#233;tendre assimiler des peuples entiers, des masses porteuses de leurs propres codes, de leurs propres solidarit&#233;s, de leurs propres all&#233;geances, relevait de la chim&#232;re. On renon&#231;a donc &#224; l&#8217;assimilation. On se contenta de la naturalisation formelle.</p><p>Car l&#8217;assimilation n&#8217;&#233;tait point seulement une politique ; elle &#233;tait un contrat tacite, un pacte silencieux par lequel la France, souveraine et s&#251;re d&#8217;elle-m&#234;me, disait &#224; l&#8217;immigr&#233; : &#171; Deviens ce que nous sommes. &#187; L&#8217;&#233;tranger devait se fondre, s&#8217;effacer en tant qu&#8217;&#233;tranger, pour rena&#238;tre Fran&#231;ais. Maurice Barr&#232;s, chantre intransigeant de la continuit&#233; nationale, r&#233;sumait cette exigence dans la formule lapidaire de &#171; la terre et les morts &#187; : l&#8217;appartenance ne se d&#233;cr&#233;tait point ; elle s&#8217;ancrait dans un sol et dans une lign&#233;e de souvenirs. Mais lorsque, &#224; partir des ann&#233;es quatre-vingt, la massification d&#8217;une immigration de peuplement rendit cette exigence impossible, le contrat se d&#233;grada. L&#8217;on parla d&#8217;&#171; int&#233;gration &#187;.</p><p>D&#233;sormais, la France murmurait &#224; l&#8217;arrivant : &#171; Reste ce que tu es, mais travaille et respecte nos lois. &#187; On renon&#231;ait &#224; la m&#233;tamorphose ; on se contentait d&#8217;une coexistence formelle, d&#8217;un accommodement minimal. Puis, dans une gradation d&#233;lirante, digne des plus folles subversions, l&#8217;on bascula vers ce que l&#8217;on n&#8217;ose nommer que &#171; d&#233;sint&#233;gration &#187; : la France, reniant jusqu&#8217;&#224; son propre visage, en vint &#224; dire &#224; l&#8217;immigr&#233; : &#171; Devenons ce que tu es ! &#187; Ainsi s&#8217;acheva le renversement. L&#8217;h&#244;te se fit h&#244;te de l&#8217;h&#244;te ; l&#8217;identit&#233; nationale se fit mall&#233;able jusqu&#8217;&#224; l&#8217;effacement. Ce qui avait &#233;t&#233; exigence se mua en abdication, puis en inversion pure et simple.</p><p>&#192; partir des ann&#233;es quatre-vingt, les immigr&#233;s, m&#234;me devenus Fran&#231;ais par le papier, ont d&#8217;autant plus investi leurs origines que les tra&#238;tres qui nous dirigent diffusaient, par la voie de leurs m&#233;dias, que l&#8217;identit&#233; fran&#231;aise n&#8217;existe pas et que le peuple fran&#231;ais de souche lui-m&#234;me n&#8217;existe pas &#8212; propos encore r&#233;it&#233;r&#233;s avant-hier par Mathieu Pigasse, qui nie purement et simplement l&#8217;existence d&#8217;un peuple fran&#231;ais de souche.</p><p>Or l&#8217;une des principales identit&#233;s des immigr&#233;s arriv&#233;s en masse &#224; cette &#233;poque est l&#8217;islam, lui-m&#234;me travers&#233; par de puissants courants supr&#233;macistes tels que les Fr&#232;res musulmans ou les salafistes. La nature ayant horreur du vide, partout o&#249; nos &#233;lites ont fait dispara&#238;tre la France en pensant la peupler d&#8217;individus au seul sens &#233;conomique du terme &#8212; c&#8217;est-&#224;-dire de consommateurs et, accessoirement, de producteurs &#8212;, c&#8217;est l&#8217;islam et l&#8217;islam politique qui se sont implant&#233;s et ont supplant&#233; la France. Le crime de nos dirigeants a &#233;t&#233; d&#8217;oublier l&#8217;avertissement du Christ : &#171; L&#8217;homme ne vit pas seulement de pain. &#187;</p><p>Ainsi naquit, dans le silence complice des administrations et le tumulte des id&#233;ologies, la plus vaste entreprise de contrefa&#231;on identitaire jamais imagin&#233;e sur le sol fran&#231;ais. Car qu&#8217;est-ce qu&#8217;une nationalit&#233; octroy&#233;e sans assimilation, sinon un simulacre ? Qu&#8217;est-ce qu&#8217;un Fran&#231;ais de papier qui n&#8217;a point embrass&#233; la France dans sa chair et dans son esprit, sinon un usurpateur l&#233;gal ? Le droit du sol, maintenu dans sa version la plus extensive, acheva de boucler le syst&#232;me. L&#8217;enfant n&#233; sur le territoire, m&#234;me de parents rest&#233;s &#233;trangers d&#8217;esprit et de m&#339;urs, se voyait offrir, presque m&#233;caniquement, la nationalit&#233;.</p><p>Ainsi s&#8217;&#233;difia, g&#233;n&#233;ration apr&#232;s g&#233;n&#233;ration, une population de Fran&#231;ais de droit qui n&#8217;&#233;taient point Fran&#231;ais d&#8217;identit&#233;. Une vaste contrefa&#231;on s&#8217;installa. Les papiers disaient &#171; Fran&#231;ais &#187; ; les c&#339;urs, les langues, les solidarit&#233;s, les r&#233;f&#233;rences culturelles et historiques disaient autre chose. On avait fabriqu&#233;, &#224; l&#8217;&#233;chelle d&#8217;une nation, une identit&#233; apocryphe. Simone Weil, dans <em>L&#8217;Enracinement</em>, avait pressenti le danger avec une acuit&#233; quasi mystique : &#171; L&#8217;enracinement est peut-&#234;tre le besoin le plus important et le plus m&#233;connu de l&#8217;&#226;me humaine. [&#8230;] Un &#234;tre humain a une racine par sa participation r&#233;elle, active et naturelle &#224; l&#8217;existence d&#8217;une collectivit&#233; qui conserve vivants certains tr&#233;sors du pass&#233; et certains pressentiments d&#8217;avenir. &#187; En multipliant les naturalisations sans enracinement, on a non seulement ignor&#233; ce besoin ; on l&#8217;a syst&#233;matiquement ni&#233;.</p><p>Cette usurpation collective de l&#8217;identit&#233; fran&#231;aise, dont se sont volontairement rendus coupables les tra&#238;tres qui nous dirigent depuis un demi-si&#232;cle, constitue un crime non seulement contre la France et son identit&#233;, mais aussi contre les immigr&#233;s eux-m&#234;mes. Ceux-ci ont &#233;t&#233; d&#233;racin&#233;s, puis assign&#233;s &#224; r&#233;sidence identitaire, faute d&#8217;une politique qui e&#251;t d&#8217;abord cherch&#233; &#224; en faire des Fran&#231;ais avant de les naturaliser.</p><p>Les tra&#238;tres n&#8217;avaient qu&#8217;une id&#233;e en t&#234;te &#224; travers ces politiques migratoire et de naturalisation insens&#233;es et criminelles : remplacer l&#8217;&#233;lectorat ouvrier qui avait refus&#233; le cort&#232;ge commun avec la &#171; commune &#233;tudiante &#187; des &#233;tudiants de mai 68, par un nouvel &#233;lectorat immigr&#233; vierge. Cette g&#233;n&#233;ration des soixante-huitards, arriv&#233;e dans les fourgons de la gauche en 1981, a donc instrumentalise de mani&#232;re honteuse l&#8217;immigration &#8212; dont elle n&#8217;a, en r&#233;alit&#233;, que faire &#8212; pour satisfaire ses lubies et ses vengeances personnelles &#224; l&#8217;&#233;gard du peuple fran&#231;ais.</p><p>Avec l&#8217;abandon du creuset assimilationniste fran&#231;ais, l&#8217;on n&#8217;a pas seulement dilu&#233; un peuple : l&#8217;on a disloqu&#233;, et jusqu&#8217;&#224; plastiqu&#233;, la d&#233;finition m&#234;me de la citoyennet&#233; fran&#231;aise. Celle-ci s&#8217;atteste, dans l&#8217;ordre administratif, par un document dont l&#8217;acronyme est CNI &#8212; carte nationale d&#8217;identit&#233;. Les mots ont un sens. En principe, celui qui porte cette carte doit &#233;galement porter en lui l&#8217;identit&#233; de la nation qui la d&#233;livre. Or, en octroyant ce titre sans aucune exigence d&#8217;appartenance r&#233;elle &#224; la nation fran&#231;aise, sans aucune v&#233;rification que le b&#233;n&#233;ficiaire f&#251;t d&#8217;identit&#233; nationale fran&#231;aise, l&#8217;on a abouti &#224; ce que des millions d&#8217;individus, sur le sol m&#234;me de la France, ne soient plus porteurs que d&#8217;une carte &#8212; sans nation et sans identit&#233;. Du moins sans que l&#8217;une ni l&#8217;autre ne soient fran&#231;aises.</p><p>Cette subversion fut rendue possible parce que les tra&#238;tres qui nous dirigent depuis un demi-si&#232;cle, obs&#233;d&#233;s jusqu&#8217;&#224; la fr&#233;n&#233;sie par l&#8217;h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; populationnelle, ont transform&#233; cette obsession en une v&#233;ritable haine de l&#8217;homog&#233;n&#233;it&#233; identitaire du peuple fran&#231;ais. Et tous ceux qui, d&#232;s les ann&#233;es quatre-vingt, os&#232;rent d&#233;noncer ce crime contre la France et contre son identit&#233; furent criminalis&#233;s, vou&#233;s aux g&#233;monies, accus&#233;s d&#8217;&#234;tre des racistes, des haineux, voire des fascistes et des nazis. Ainsi la parole fut-elle musel&#233;e tandis que la contrefa&#231;on se poursuivait, impavide et m&#233;thodique.</p><p>L&#8217;identit&#233; fran&#231;aise a &#233;t&#233; tellement dissoute par les identit&#233;s irr&#233;dentistes d&#8217;immigr&#233;s toujours fiers de leurs origines mais jamais d&#8217;&#234;tre Fran&#231;ais, que l&#8217;on en vient d&#233;sormais &#224; traiter les Fran&#231;ais assimil&#233;s de tra&#238;tres &#224; leurs origines. Comme si l&#8217;id&#233;e m&#234;me que nous soyons en France, et que ce qui compte soit l&#8217;all&#233;geance &#224; la France et &#224; elle seule, &#233;tait purement et simplement ni&#233;e. Comme si la France &#233;tait devenue un no man&#8217;s land o&#249; le fait d&#8217;&#234;tre Fran&#231;ais n&#8217;aurait ni plus ni moins d&#8217;importance que celui d&#8217;&#234;tre Alg&#233;rien, Tunisien, Malien ou Afghan. Dans cet espace indiff&#233;renci&#233;, l&#8217;assimilation authentique passe pour une trahison, tandis que le maintien ostentatoire de l&#8217;all&#233;geance &#233;trang&#232;re est c&#233;l&#233;br&#233; comme une fid&#233;lit&#233;. Le monde est &#224; l&#8217;envers : celui qui a r&#233;ellement franchi le seuil et embrass&#233; la nation est suspect&#233; ; celui qui s&#8217;y refuse est absous.</p><p>Paradoxe apparent et pourtant r&#233;v&#233;lateur : la France n&#8217;a jamais autant accueilli et naturalis&#233; la terre enti&#232;re, et jamais elle n&#8217;a &#233;t&#233; autant trait&#233;e de raciste et de haineuse. La r&#233;alit&#233; est plus simple. Lorsque des immigr&#233;s, pourtant devenus Fran&#231;ais administrativement, refusent cat&#233;goriquement de le devenir identitairement, ils cultivent une d&#233;fiance &#224; l&#8217;&#233;gard de la France qui souvent se mue en haine. Le racisme ne na&#238;t v&#233;ritablement que lorsque l&#8217;immigr&#233; refuse de s&#8217;assimiler en exacerbant ses appartenances d&#8217;origine dans une forme de provocation permanente vis-&#224;-vis de l&#8217;identit&#233; fran&#231;aise.</p><p>Lorsque des musulmanes portent le voile ou le hidjab, c&#8217;est qu&#8217;elles refusent de s&#8217;habiller comme les femmes s&#8217;habillent g&#233;n&#233;ralement en France. Comment peuvent-elles ensuite se plaindre de mauvais regards ou d&#8217;attitudes dites racistes et islamophobes ? Dans leur bouche, le racisme n&#8217;est rien d&#8217;autre que le refus des Fran&#231;ais de voir leur pays s&#8217;africaniser, et l&#8217;islamophobie rien d&#8217;autre que le refus des Fran&#231;ais de voir la France s&#8217;islamiser. C&#8217;est un rappel &#8212; sans doute choquant et critiquable aux yeux de certains &#8212; que, n&#8217;en d&#233;plaise aux fossoyeurs de la nation, la France n&#8217;est ni un hall de gare ni un McDonald&#8217;s o&#249; l&#8217;on dirait &#171; venez comme vous &#234;tes &#187;. Ses r&#233;actions dites racistes ou islamophobes ne sont rien d&#8217;autre que l&#8217;affirmation, encore vivante, qu&#8217;elle reste une identit&#233;, une culture, une mani&#232;re d&#8217;&#234;tre, de se comporter, de se v&#234;tir et de s&#8217;exprimer bien &#224; elle.</p><p>Cette usurpation collective n&#8217;est point un accident de parcours. Elle est le fruit logique d&#8217;une double folie : celle d&#8217;une politique migratoire qui transforma l&#8217;accueil temporaire en peuplement permanent, et celle d&#8217;une politique de naturalisation qui confondit le titre juridique avec l&#8217;appartenance r&#233;elle. On a pr&#233;tendu que la France &#233;tait une id&#233;e, un contrat, un ensemble de valeurs abstraites accessibles &#224; quiconque les d&#233;clarait siennes. On a oubli&#233; qu&#8217;une nation est d&#8217;abord une continuit&#233; historique, une langue, une m&#233;moire, un paysage de morts et de vivants li&#233;s par plus que des d&#233;clarations.</p><p>Charles de Gaulle, qui savait ce que signifie la continuit&#233; d&#8217;un peuple, rappelait avec une sobri&#233;t&#233; implacable que &#171; la France ne peut &#234;tre la France sans grandeur &#187; &#8212; et cette grandeur n&#8217;&#233;tait point un ornement rh&#233;torique, mais l&#8217;expression d&#8217;une identit&#233; assum&#233;e, d&#8217;une coh&#233;rence int&#233;rieure sans laquelle le nom m&#234;me de la nation se vide de substance. En multipliant les naturalisations sans v&#233;rification identitaire, on a non seulement dilu&#233; le peuple fran&#231;ais ; on a cr&#233;&#233; une fiction juridique d&#8217;une ampleur in&#233;dite. Des millions d&#8217;individus portent d&#233;sormais un nom, une nationalit&#233;, des droits politiques qui ne correspondent point &#224; une adh&#233;sion r&#233;elle. C&#8217;est une usurpation d&#8217;identit&#233; &#224; l&#8217;&#233;chelle d&#8217;un pays. Jamais, dans l&#8217;histoire de France, une telle falsification collective n&#8217;avait &#233;t&#233; perp&#233;tr&#233;e avec autant de m&#233;thode et d&#8217;aveuglement.</p><p>Les cons&#233;quences sont visibles pour qui consent &#224; regarder. L&#224; o&#249; nagu&#232;re l&#8217;assimilation produisait des Fran&#231;ais nouveaux, solidement ancr&#233;s dans la nation, la naturalisation sans assimilation produit des citoyens de forme dont l&#8217;all&#233;geance demeure partag&#233;e, h&#233;sitante, parfois hostile. Les statistiques de criminalit&#233;, les enqu&#234;tes sur le sentiment d&#8217;appartenance, les refus ostensibles de certains symboles nationaux, les solidarit&#233;s ethniques qui se substituent aux solidarit&#233;s civiques, tout cela t&#233;moigne non d&#8217;un simple &#171; &#233;chec de l&#8217;int&#233;gration &#187;, mais d&#8217;une imposture fondatrice. On a contrefait l&#8217;identit&#233; fran&#231;aise en la distribuant &#224; ceux qui ne l&#8217;avaient point acquise. On a transform&#233; la nationalit&#233; en un bien de consommation administrative, accessible sans les &#233;preuves qui jadis en garantissaient la valeur.</p><p>Il y a dans cette affaire quelque chose de profond&#233;ment indigne. La France, qui avait su, dans le pass&#233;, transformer l&#8217;Italien, le Polonais, le Portugais en Fran&#231;ais authentiques par la force d&#8217;une exigence culturelle, a renonc&#233; &#224; cette force. Elle a pr&#233;f&#233;r&#233; la facilit&#233; du papier. Elle a pr&#233;f&#233;r&#233; le nombre &#224; la qualit&#233;, le flux &#224; la s&#233;lection, le droit abstrait &#224; la r&#233;alit&#233; concr&#232;te de l&#8217;appartenance. Et maintenant, elle d&#233;couvre, avec une stupeur feinte, que des millions de ses &#171; nationaux &#187; ne se reconnaissent point en elle, ou ne se reconnaissent en elle que pour mieux la contester. Ce n&#8217;est point un myst&#232;re. C&#8217;est la logique m&#234;me de la contrefa&#231;on : le faux finit toujours par se r&#233;v&#233;ler, et le simulacre par se d&#233;composer.</p><p>L&#8217;on objectera que l&#8217;assimilation &#233;tait trop dure, trop exclusive, trop &#171; colonialiste &#187; dans son principe. Mais l&#8217;on oublie que c&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment cette duret&#233; qui garantissait la coh&#233;rence de la nation. Une identit&#233; qui s&#8217;offre sans condition cesse d&#8217;&#234;tre une identit&#233; ; elle devient un costume que l&#8217;on endosse et que l&#8217;on quitte selon l&#8217;opportunit&#233;. La France d&#8217;autrefois exigeait la conversion. La France d&#8217;aujourd&#8217;hui se contente de la d&#233;claration. Entre les deux, il y a tout l&#8217;&#233;cart qui s&#233;pare la m&#233;tamorphose v&#233;ritable du travestissement.</p><p>Cette usurpation collective n&#8217;est pas seulement une erreur politique. Elle est une offense &#224; ceux qui, dans le pass&#233;, ont r&#233;ellement franchi le seuil, qui ont abandonn&#233; leur langue maternelle, leurs coutumes, leurs loyaut&#233;s premi&#232;res pour devenir Fran&#231;ais jusqu&#8217;&#224; la moelle. Elle est une offense &#224; la nation elle-m&#234;me, r&#233;duite &#224; un registre d&#8217;&#233;tat civil gonfl&#233; de noms qui n&#8217;y figurent que par artifice. Et elle est, pour l&#8217;avenir, une source de fractures durables. Car une soci&#233;t&#233; qui multiplie les Fran&#231;ais de papier sans produire des Fran&#231;ais d&#8217;identit&#233; ne peut que s&#8217;acheminer vers la division, vers le conflit des all&#233;geances, vers la coexistence forc&#233;e de communaut&#233;s qui se regardent en &#233;trangers sous un m&#234;me drapeau.</p><p>Il est temps de nommer les choses. Ce que l&#8217;on a appel&#233; &#171; int&#233;gration &#187; n&#8217;&#233;tait souvent qu&#8217;une naturalisation de masse d&#233;pourvue de substance. Ce que l&#8217;on a pr&#233;sent&#233; comme un progr&#232;s humaniste n&#8217;&#233;tait qu&#8217;une abdication. Et ce que l&#8217;on c&#233;l&#232;bre encore comme l&#8217;ouverture de la France n&#8217;&#233;tait, en r&#233;alit&#233;, que la mise en place d&#8217;une vaste fabrique de contrefa&#231;ons identitaires. La plus gigantesque usurpation collective d&#8217;identit&#233; jamais perp&#233;tr&#233;e sur ce sol n&#8217;est point l&#8217;&#339;uvre d&#8217;un complot obscur ; elle est le r&#233;sultat d&#8217;une politique assum&#233;e, poursuivie pendant des d&#233;cennies, qui a pr&#233;f&#233;r&#233; le quantitatif au qualitatif, le papier &#224; la personne, le droit abstrait &#224; la r&#233;alit&#233; historique.</p><p>Un retour &#224; la politique d&#8217;assimilation demeure pourtant possible, &#224; deux conditions strictes et indissociables. La premi&#232;re est que la France redevienne forte, fi&#232;re et s&#251;re d&#8217;elle-m&#234;me. Cela ne pourra s&#8217;accomplir qu&#8217;au prix d&#8217;un changement int&#233;gral du logiciel id&#233;ologique antinational qui r&#232;gne depuis un demi-si&#232;cle, et de son remplacement par un paradigme r&#233;solument national, identitaire et souverainiste. Sans cette refondation de l&#8217;esprit public, toute tentative de restauration restera lettre morte. La seconde condition est la mise en &#339;uvre d&#8217;une ambitieuse politique de r&#233;migration, ordonn&#233;e selon la priorit&#233; et la facilit&#233; d&#8217;ex&#233;cution : d&#8217;abord tous les &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re, sans aucune exception ; ensuite tous les &#233;trangers en situation r&#233;guli&#232;re qui, soit demeurent ind&#233;finiment dans l&#8217;oisivet&#233; (ch&#244;mage de plus d&#8217;un an), soit se rendent coupables de d&#233;sordres (casiers judiciaires non vierges), soit cumulent les deux ; enfin tous les binationaux se rendant coupables de crimes graves et r&#233;p&#233;t&#233;s. Pour mener &#224; bien une telle entreprise, il faudra &#233;videmment passer par des changements constitutionnels d&#8217;envergure, soumis au suffrage du peuple par la voie r&#233;f&#233;rendaire. Sans ces deux conditions r&#233;unies, le creuset restera bris&#233; et la contrefa&#231;on poursuivra son &#339;uvre.</p><p>La France a su, jadis, assimiler. Elle a su transformer. Elle a su exiger. Elle a cess&#233; de le faire. Et dans cet abandon, elle a non seulement alt&#233;r&#233; son propre visage ; elle a autoris&#233;, &#224; une &#233;chelle jamais vue, le mensonge d&#8217;une identit&#233; pr&#234;t&#233;e, emprunt&#233;e, usurp&#233;e. Il reste &#224; savoir si elle saura un jour retrouver le courage de l&#8217;exigence, ou si elle continuera de peupler ses registres de noms qui ne correspondent plus &#224; rien d&#8217;autre qu&#8217;&#224; une fiction administrative. Car une nation qui ne sait plus distinguer le Fran&#231;ais authentique du Fran&#231;ais de papier a d&#233;j&#224; cess&#233;, en quelque mani&#232;re, d&#8217;&#234;tre pleinement elle-m&#234;me.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Antisémitisme : l’antique venin ressuscité par l’invasion et l’islamisation ]]></title><description><![CDATA[Quand le sol fran&#231;ais redevient terreau de l&#8217;abjection]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/antisemitisme-lantique-venin-ressuscite</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/antisemitisme-lantique-venin-ressuscite</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Wed, 19 Aug 2026 11:07:36 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Qui e&#251;t cru, au lendemain des fum&#233;es encore ti&#232;des d&#8217;Auschwitz et des charniers de Treblinka, que l&#8217;antis&#233;mitisme, cette l&#232;pre mill&#233;naire que l&#8217;on pensait d&#233;finitivement terrass&#233;e sous les bombes alli&#233;es de 1945, rejaillirait un jour avec une telle virulence, une telle impudence, une telle jubilation presque, sur le sol m&#234;me de la France ? Qui e&#251;t imagin&#233; que ce monstre, que l&#8217;on croyait enfoui &#224; jamais dans les oubliettes de l&#8217;Histoire, se dresserait de nouveau, non plus sous les habits rapi&#233;c&#233;s des vieilles thraces europ&#233;ennes, mais sous le manteau d&#8217;une immigration arabo-afro-islamique devenue, par le fait du nombre et de la f&#233;condit&#233;, le ventre f&#233;cond o&#249; couve et s&#8217;&#233;panouit cette haine d&#8217;un autre &#226;ge ?</p><p>Il n&#8217;est point besoin d&#8217;&#234;tre grand clerc pour constater l&#8217;&#233;vidence : le changement de peuples engendre le changement des haines. L&#224; o&#249; jadis les nations d&#8217;Europe, pour imperfectibles qu&#8217;elles fussent, demeuraient relativement homog&#232;nes, les conflits lointains demeuraient lointains. Aujourd&#8217;hui, par la vertu d&#8217;une d&#233;mographie conqu&#233;rante et d&#8217;une politique d&#8217;accueil suicidaire, la question palestinienne n&#8217;est plus une affaire de diplomatie orientale : elle est devenue question nationale interne, comme si Gaza s&#8217;&#233;tait transport&#233;e dans nos banlieues, comme si J&#233;rusalem &#233;tait devenue faubourg de Seine-Saint-Denis. Des millions de musulmans, dont une part non n&#233;gligeable conserve intactes les ranc&#339;urs, les mythes et les anath&#232;mes h&#233;rit&#233;s de la tradition, peuplent d&#233;sormais notre sol. Et voil&#224; que l&#8217;extr&#234;me-gauche, cette vieille courtisane toujours en qu&#234;te de pr&#233;bendes &#233;lectorales, s&#8217;empresse de flatter ces col&#232;res import&#233;es, de les politiser, de les magnifier, afin de se constituer une client&#232;le docile et bruyante.</p><p>Voyez plut&#244;t cet &#233;t&#233; de la haine, comme l&#8217;a nomm&#233; avec justesse Nora Bussigny dans sa carte blanche sur LCI. Trois affaires, trois sc&#232;nes film&#233;es, revendiqu&#233;es, exhib&#233;es sans la moindre pudeur : un commer&#231;ant d&#8217;Is&#232;re qui vomit sa ranc&#339;ur antijuive devant la cam&#233;ra ; des harc&#232;lements num&#233;riques d&#8217;une violence abjecte contre une proche de L&#233;na Situations, accus&#233;e de &#171; sionisme &#187; comme on accusait jadis de &#171; jud&#233;it&#233; &#187; ; des messages o&#249; l&#8217;on traite de &#171; sale race &#187;, de &#171; salet&#233; de sioniste &#187;, o&#249; l&#8217;on promet de &#171; chasser, traquer, tabasser &#187;. Et ce n&#8217;est point le fait isol&#233; de quelques &#233;nergum&#232;nes. C&#8217;est la petite musique, devenue grande symphonie, d&#8217;une haine qui s&#8217;exprime d&#233;sormais &#224; visage d&#233;couvert, sans masque, sans repentir, sans m&#234;me la hypocrisie de jadis.</p><p>N&#8217;allons point chercher l&#8217;origine de ce fl&#233;au dans les caves poussi&#233;reuses de l&#8217;Action fran&#231;aise ou dans les relents d&#8217;un p&#233;tainisme fant&#244;me. Ces vieux d&#233;mons, pour odieux qu&#8217;ils fussent, ont &#233;t&#233; largement r&#233;duits &#224; la portion congrue. Le vrai ventre f&#233;cond, le v&#233;ritable matrice de cette r&#233;surgence, se trouve dans les flux migratoires issus du monde arabo-musulman et de l&#8217;Afrique islamis&#233;e. L&#224; o&#249; le Coran et la tradition proph&#233;tique portent encore, dans bien des esprits, l&#8217;empreinte d&#8217;une hostilit&#233; structurelle envers les Juifs &#8212; peints tant&#244;t comme &#171; singes et porcs &#187;, tant&#244;t comme ennemis &#233;ternels de l&#8217;oumma &#8212;, l&#8217;arriv&#233;e massive de populations porteuses de ces repr&#233;sentations ne pouvait manquer de r&#233;activer l&#8217;antique venin. Ajoutez-y les images en boucle des conflits du Proche-Orient, la propagande des cha&#238;nes satellitaires, les pr&#234;ches de certaines mosqu&#233;es, et vous obtenez le cocktail explosif que nous subissons aujourd&#8217;hui.</p><p>Le changement de peuples n&#8217;est point une abstraction de pol&#233;miste. C&#8217;est une r&#233;alit&#233; brute, tangible, statistique. Lorsque des communaut&#233;s enti&#232;res, issues de civilisations o&#249; l&#8217;antis&#233;mitisme n&#8217;a jamais connu le m&#234;me opprobre moral qu&#8217;en Occident post-Shoah, s&#8217;installent durablement, elles importent avec elles non seulement leurs coutumes, mais aussi leurs ranc&#339;urs historiques. Le conflit isra&#233;lo-palestinien, qui n&#8217;aurait d&#251; &#234;tre pour la France qu&#8217;une affaire &#233;trang&#232;re parmi d&#8217;autres, devient alors le pr&#233;texte permanent d&#8217;une intifada d&#8217;atmosph&#232;re. Les rues de nos villes se parent de drapeaux palestiniens comme d&#8217;&#233;tendards de combat. Les synagogues se barricadent. Les enfants juifs cachent leur kippa. Et pendant ce temps, l&#8217;extr&#234;me-gauche &#8212; cette alliance monstrueuse de vieux marxistes, de d&#233;coloniaux, de f&#233;ministes s&#233;lectives et de militants LGBT qui n&#8217;ont de progressistes que le nom &#8212; s&#8217;emploie &#224; transformer cette haine en capital politique.</p><p>Ils crient &#171; g&#233;nocide &#187; &#224; chaque op&#233;ration isra&#233;lienne, tout en taisant soigneusement les massacres du 7 octobre, les otages, les violations syst&#233;matiques des droits des femmes et des homosexuels sous le joug du Hamas. Ils instrumentalisent la souffrance palestinienne pour mieux diaboliser le Juif, ce &#171; sur-Blanc &#187;, ce &#171; colonialiste &#187; par essence, selon la novlangue en vigueur. Manuel Bompard et ses pairs d&#233;signent &#224; la vindicte ceux qui osent d&#233;noncer l&#8217;antis&#233;mitisme, comme si la simple mention du mal &#233;tait d&#233;j&#224; une f&#233;lonie. C&#8217;est la strat&#233;gie classique : fl&#233;trir l&#8217;adversaire en le jetant en p&#226;ture, afin de prot&#233;ger la client&#232;le &#233;lectorale que l&#8217;on courtise.</p><p>Cette collusion n&#8217;est point fortuite. Elle r&#233;pond &#224; une logique cynique. L&#224; o&#249; les classes populaires fran&#231;aises traditionnelles se d&#233;tournent de plus en plus des sir&#232;nes gauchistes, il faut bien trouver de nouveaux bataillons. Les banlieues, avec leur jeunesse nombreuse, leur ressentiment, leur identit&#233; revendiqu&#233;e, offrent un r&#233;servoir inesp&#233;r&#233;. En politisant le conflit isra&#233;lo-palestinien, en en faisant une cause nationale fran&#231;aise, l&#8217;extr&#234;me-gauche s&#8217;assure des voix, des militants, une pr&#233;sence dans la rue. Peu lui chaut que ce faisant elle r&#233;veille les vieux d&#233;mons. Peu lui importe que des Juifs de France, citoyens de plein droit, se sentent d&#233;sormais menac&#233;s dans leur propre pays. L&#8217;essentiel est de conserver ou de conqu&#233;rir le pouvoir, f&#251;t-ce au prix de l&#8217;ignominie.</p><p>Mais il y a plus insidieux encore. L&#8217;islam politique, cette hydre totalitaire dont les Fr&#232;res musulmans constituent l&#8217;avant-garde la plus m&#233;thodique et la plus patiente, est en train de r&#233;cup&#233;rer &#224; son compte l&#8217;antis&#233;mitisme qui gangr&#232;ne d&#233;j&#224; les banlieues. Il ne se contente point de le tol&#233;rer : il l&#8217;exacerbe, il l&#8217;organise, il l&#8217;&#233;rige en ciment id&#233;ologique afin de r&#233;islamiser une communaut&#233; musulmane trop souvent ti&#232;de ou assimil&#233;e, et de la transformer en b&#233;lier d&#233;mographique et id&#233;ologique destin&#233; &#224; abattre les derniers pans encore debout d&#8217;une identit&#233; fran&#231;aise cr&#233;pusculaire. Car cet antis&#233;mitisme, largement partag&#233; dans les profondeurs de cette population, n&#8217;est point un accident de parcours : c&#8217;est un outil de mobilisation, un liant puissant dont le projet totalitaire des Fr&#232;res ne saurait se passer. En d&#233;signant le Juif comme ennemi absolu, en fusionnant la cause palestinienne avec le combat contre &#171; l&#8217;Occident impie &#187;, ils forgent une ou&#239;e collective, une arm&#233;e de r&#233;serve pr&#234;te &#224; s&#8217;&#233;lancer lorsque l&#8217;heure du grand basculement aura sonn&#233;.</p><p>Face &#224; ce totalitarisme qui avance masqu&#233; sous les oripeaux de la victimisation et du &#171; vivre-ensemble &#187;, se dressent les n&#233;o-collabos de gauche, d&#8217;extr&#234;me-gauche et du centre, en plusieurs nuances aussi d&#233;grad&#233;es les unes que les autres. Le collaborationnisme d&#8217;extr&#234;me-gauche n&#8217;est que l&#8217;h&#233;ritage direct des D&#233;at et des Doriot, ces transfuges qui, jadis, pass&#232;rent du socialisme au service de l&#8217;occupant. Celui de la gauche du centre prolonge la lign&#233;e de Laval, ma&#238;tre en compromissions et en trahisons habill&#233;es de r&#233;alisme. Tous, sous des formes diverses, flattent l&#8217;islamisme, relativisent l&#8217;antis&#233;mitisme lorsqu&#8217;il vient des &#171; quartiers &#187;, criminalisent ceux qui osent le nommer, et pr&#233;parent ainsi, par l&#226;chet&#233; ou par calcul, le terrain &#224; l&#8217;occupation id&#233;ologique.</p><p>&#192; cette trahison des esprits s&#8217;ajoute l&#8217;extr&#234;me inertie de la justice fran&#231;aise, qui para&#238;t s&#8217;&#234;tre r&#233;sign&#233;e &#224; ne frapper ce fl&#233;au que du bout des l&#232;vres. Quand on voit Rima Hassan, &#233;g&#233;rie des banlieues islamis&#233;es et eurod&#233;put&#233;e de La France insoumise, multiplier les publications o&#249; l&#8217;apologie du terrorisme se pare &#224; peine du voile de la &#171; r&#233;sistance &#187;, et les saillies antis&#233;mites &#224; peine dissimul&#233;es sous le masque de l&#8217;antisionisme, sans avoir encore &#233;t&#233; d&#233;finitivement sanctionn&#233;e par les tribunaux malgr&#233; une avalanche de signalements, de plaintes et de proc&#233;dures &#8212; dont la plupart class&#233;es sans suite, tandis que le proc&#232;s pour apologie du terrorisme, d&#233;j&#224; renvoy&#233;, demeure en suspens &#8212;, on est en droit de se demander jusqu&#8217;&#224; quel point l&#8217;islamo-collaborationnisme a infest&#233; nos institutions. Seize enqu&#234;tes cl&#244;tur&#233;es, treize classements, des garde-&#224;-vue m&#233;diatis&#233;es qui n&#8217;aboutissent qu&#8217;&#224; des reports d&#8217;audience : la machine judiciaire, d&#8217;ordinaire si prompte &#224; foudroyer le moindre &#233;cart de langage lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;autres haines, semble ici frapp&#233;e d&#8217;une inexplicable langueur. Car d&#232;s qu&#8217;il s&#8217;agit de racisme anti-arabe, anti-noir ou d&#8217;islamophobie, la justice d&#233;ploie une c&#233;l&#233;rit&#233; exemplaire, une vigilance active, une s&#233;v&#233;rit&#233; que nul ne saurait contester dans le principe. Ces poursuites sont normales, n&#233;cessaires, conformes &#224; l&#8217;exigence r&#233;publicaine. Mais alors pourquoi l&#8217;antis&#233;mitisme, tout comme le racisme anti-Blanc d&#8217;ailleurs, sont-ils les seules haines &#224; se voir syst&#233;matiquement exclues des priorit&#233;s de la lutte contre la haine ? Pourquoi cette s&#233;lectivit&#233; qui transforme la balance de la justice en instrument &#224; deux poids et deux mesures ? Comme si, face &#224; certaines figures prot&#233;g&#233;es par le client&#233;lisme &#233;lectoral et la terreur des &#171; banlieues &#187;, la loi elle-m&#234;me h&#233;sitait, temporisait, se d&#233;tournait. Cette indulgence s&#233;lective n&#8217;est point neutralit&#233; : elle est complicit&#233; tacite, et elle accr&#233;dite l&#8217;id&#233;e que l&#8217;antis&#233;mitisme venu de ces milieux jouit d&#8217;une impunit&#233; de fait.</p><p>Et que dire de la plupart des m&#233;dias et des politiques &#8212; l&#8217;extr&#234;me-gauche except&#233;e, qui, elle, ne s&#8217;embarrasse m&#234;me plus de masquer sa complaisance &#8212; qui ne trouvent jamais de mots assez forts, assez tranchants, assez indign&#233;s pour d&#233;noncer l&#8217;abjection antis&#233;mite lorsqu&#8217;elle se d&#233;ploie sous nos yeux ? Le probl&#232;me n&#8217;est point tant la ti&#233;deur des condamnations de fa&#231;ade que le silence assourdissant sur les sources m&#234;mes de ce fl&#233;au. Nul, hormis les politiques et les m&#233;dias de droite, n&#8217;ose vraiment nommer d&#8217;o&#249; vient majoritairement cette haine. Et pour cause : la source tr&#232;s majoritairement islamique de cet antis&#233;mitisme obligerait les m&#233;dias et le syst&#232;me tout entier &#224; mettre en cause ce qu&#8217;ils consid&#232;rent comme leurs intouchables vaches sacr&#233;es, les &#233;ternelles victimes innocentes d&#8217;une France haineuse et raciste : les immigr&#233;s, et en particulier les immigr&#233;s arabo-afro-musulmans. On connaissait la convergence des luttes. Voici &#224; pr&#233;sent le bug des luttes contre la haine : lorsque la v&#233;rit&#233; menace de contredire le dogme de l&#8217;innocence perp&#233;tuelle de certaines populations, la machine m&#233;diatique et politique se grippe, se tait, ou se contente de formules creuses. Ainsi se perp&#233;tue l&#8217;omerta.</p><p>L&#8217;Histoire, pourtant, aurait d&#251; nous instruire. Apr&#232;s 1945, l&#8217;Europe crut avoir exorcis&#233; le monstre. Les camps, les chambres &#224; gaz, les marches de la mort avaient paru constituer un point de non-retour moral. On jura : &#171; Plus jamais &#231;a &#187;. Mais ce serment n&#8217;avait de valeur que pour autant que les peuples demeuraient ceux qui l&#8217;avaient prononc&#233;. Lorsque d&#8217;autres peuples, porteurs d&#8217;autres m&#233;moires, d&#8217;autres textes sacr&#233;s, d&#8217;autres ressentiments, viennent peupler massivement le continent, le serment s&#8217;effrite. La Shoah n&#8217;est plus un &#233;v&#233;nement fondateur de la conscience collective ; elle devient, pour certains, un d&#233;tail g&#234;nant, voire un outil de chantage. L&#8217;antis&#233;mitisme redevient alors ce qu&#8217;il n&#8217;avait jamais cess&#233; d&#8217;&#234;tre dans de larges parties du monde musulman : une &#233;vidence, une tradition, presque une vertu.</p><p>Il ne s&#8217;agit point ici d&#8217;accabler indiff&#233;remment tous les immigr&#233;s ni tous les musulmans. Il s&#8217;agit de nommer ce que les bien-pensants s&#8217;&#233;vertuent &#224; nier : le fait que la r&#233;surgence spectaculaire de l&#8217;antis&#233;mitisme en France et en Europe depuis une vingtaine d&#8217;ann&#233;es &#8212; et plus encore depuis le 7 octobre 2023 &#8212; co&#239;ncide de mani&#232;re troublante avec la mont&#233;e en puissance d&#233;mographique de populations issues de soci&#233;t&#233;s o&#249; cette haine demeure vivace. Les statistiques de la CNCDH, les rapports du SPCJ, les agressions film&#233;es, les tags sur les &#233;coles juives, les insultes dans les transports, tout converge vers la m&#234;me r&#233;alit&#233;. Ce n&#8217;est plus l&#8217;antis&#233;mitisme d&#8217;extr&#234;me-droite, marginalis&#233; et vilipend&#233;, qui fait le plus de d&#233;g&#226;ts : c&#8217;est celui, d&#233;complex&#233;, qui sourd des quartiers et que l&#8217;extr&#234;me-gauche s&#8217;emploie &#224; relativiser, &#224; contextualiser, &#224; excuser.</p><p>Le plus sinistre, peut-&#234;tre, est de voir comment cette haine s&#8217;est infiltr&#233;e jusque dans les milieux soi-disant progressistes. Des f&#233;ministes qui ostracisent les Juives venues t&#233;moigner des viols du 7 octobre. Des militants LGBT qui fraternisent avec des organisations proches du Hamas, pourtant prompt &#224; pendre les homosexuels. Des &#233;cologistes qui d&#233;couvrent subitement la cause palestinienne comme unique horizon de leur combat. Tout cela sous le label de la &#171; convergence des luttes &#187;, cette formule magique qui permet de justifier l&#8217;injustifiable. L&#8217;antis&#233;mitisme devient alors le ciment d&#8217;une alliance contre-nature, le point de ralliement d&#8217;une n&#233;buleuse qui n&#8217;a d&#8217;autre ennemi commun que le Juif, rebaptis&#233; &#171; sioniste &#187; pour les besoins de la cause.</p><p>Nous assistons, en v&#233;rit&#233;, &#224; une r&#233;gression civilisationnelle. Ce que les Lumi&#232;res, la R&#233;publique, les sacrifices de la Seconde Guerre mondiale avaient chass&#233; par la porte, revient par la fen&#234;tre de l&#8217;immigration de masse et du client&#233;lisme &#233;lectoral. L&#8217;Europe, qui s&#8217;&#233;tait b&#226;tie en partie contre l&#8217;obscurantisme, se retrouve contamin&#233;e par des attitudes d&#8217;un autre &#226;ge, import&#233;es de r&#233;gions o&#249; la modernit&#233; n&#8217;a jamais v&#233;ritablement pris racine. Et pendant que nos &#233;lites discourent sur le &#171; vivre-ensemble &#187;, les Juifs de France organisent leur d&#233;part, ou se replient sur eux-m&#234;mes, ou se cachent.</p><p>Que l&#8217;on ne s&#8217;y trompe point : cette tribune n&#8217;est point un appel &#224; la haine en retour. Elle est un cri d&#8217;alarme. Car si l&#8217;on laisse prosp&#233;rer ce venin, si l&#8217;on continue de nier ses origines d&#233;mographiques et culturelles, si l&#8217;on persiste &#224; traiter de &#171; racistes &#187; ceux qui osent nommer le mal, alors le pire est encore devant nous. L&#8217;antis&#233;mitisme, une fois r&#233;veill&#233;, ne se contente pas de cris et de tags. Il finit toujours par demander du sang.</p><p>La France, qui fut terre d&#8217;&#233;mancipation pour les Juifs sous la R&#233;volution, terre de refuge apr&#232;s les pogroms, terre de reconstruction apr&#232;s la Shoah, est en train de devenir, pour une part croissante de sa population juive, une terre d&#8217;ins&#233;curit&#233;. Non point par la faute d&#8217;un fant&#244;me p&#233;tainiste, mais par la r&#233;alit&#233; d&#8217;un nouveau peuple qui, en s&#8217;installant, a import&#233; ses vieux d&#233;mons. Et par la complicit&#233; active d&#8217;une extr&#234;me-gauche qui, pour quelques pr&#233;bendes, est pr&#234;te &#224; vendre l&#8217;&#226;me de la R&#233;publique.</p><p>Il est temps de cesser de d&#233;tourner le regard. Il est temps de dire que le changement de peuples n&#8217;est pas un enrichissement indiff&#233;renci&#233;, mais un bouleversement qui emporte avec lui des haines longtemps contenues. Il est temps de reconna&#238;tre que la question palestinienne n&#8217;aurait jamais d&#251; devenir une question fran&#231;aise, et qu&#8217;elle ne l&#8217;est devenue que parce que nous avons laiss&#233; s&#8217;installer sur notre sol des millions d&#8217;hommes et de femmes pour qui ce conflit est une affaire existentielle, identitaire, quasi religieuse.</p><p>Sinon, l&#8217;&#233;t&#233; de la haine ne sera qu&#8217;un pr&#233;lude. Et les g&#233;n&#233;rations futures, contemplant les ruines de ce que fut la France, se demanderont comment un peuple autrefois fier put laisser rena&#238;tre, sous ses yeux, l&#8217;antique et ex&#233;crable monstre qu&#8217;il croyait avoir terrass&#233; pour l&#8217;&#233;ternit&#233;.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[2027 : Révolution et fin de la démocratie française]]></title><description><![CDATA[Comment l&#8217;extr&#234;me-gauche et l&#8217;extr&#234;me-centre pr&#233;parent chacun de son c&#244;t&#233; la fin de la d&#233;mocratie et de la R&#233;publique fran&#231;aises]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/2027-revolution-et-fin-de-la-democratie</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/2027-revolution-et-fin-de-la-democratie</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Mon, 17 Aug 2026 10:46:57 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il est vingt heures pr&#233;cises, ce soir de mai 2027. Sur tous les &#233;crans de France et du vaste monde, le visage de Marine Le Pen s&#8217;affiche, solennel et inexorable. La R&#233;publique, cette vieille dame fatigu&#233;e, vient d&#8217;&#233;lire, par le suffrage universel, celle que tant de plumes empoisonn&#233;es avaient jur&#233; de voir &#224; jamais confin&#233;e dans les limbes de l&#8217;histoire. Un silence de cath&#233;drale plane un instant sur le pays. Puis, d&#232;s la premi&#232;re minute qui suit l&#8217;annonce, le tumulte s&#8217;&#233;l&#232;ve.</p><p>Vingt heures et une minute. Les quartiers que l&#8217;on n&#8217;ose plus nommer fran&#231;ais s&#8217;embrasent comme une tra&#238;n&#233;e de poudre. Des &#233;chauffour&#233;es &#233;clatent, multipli&#233;es, farouches, presque joyeuses dans leur rage. On voit d&#233;j&#224;, dans la lueur des incendies naissants, des cohortes de jeunes hommes, le visage masqu&#233;, harceler les forces de l&#8217;ordre &#224; coups de projectiles, de pierres, de bouteilles incendiaires. Les premiers bless&#233;s s&#8217;amoncellent ; le sang commence &#224; tacher le pav&#233;. Les sir&#232;nes hurlent, les camions de police sont pris d&#8217;assaut, des voitures br&#251;lent. Et tandis que les cha&#238;nes d&#8217;information continuent de r&#233;p&#233;ter en boucle le r&#233;sultat du scrutin, la France des centres-villes, cette France encore &#224; demi assoupie, ne comprend pas encore que la s&#233;dition a d&#233;j&#224; lev&#233; son &#233;tendard.</p><p>Dans la soir&#233;e, la nouvelle tombe, brutale, presque grotesque : un jeune homme, dans l&#8217;ardeur de jeter un cocktail Molotov sur un policier, s&#8217;est involontairement immol&#233;. Les flammes l&#8217;ont d&#233;vor&#233; plus vite que sa propre fureur. Premier mort. Premi&#232;re offrande involontaire &#224; la d&#233;esse Anarchie. Aussit&#244;t, l&#8217;extr&#234;me-gauche, cette hydre jamais rassasi&#233;e, s&#8217;empare du cadavre encore fumant. &#171; Voici le premier martyr de l&#8217;extr&#234;me-droite au pouvoir ! &#187; clament les tribunes enfi&#233;vr&#233;es. &#171; Fascisme ! Fascisme ! &#187; Le mot, us&#233; jusqu&#8217;&#224; la corde depuis des d&#233;cennies, reprend soudain une vigueur de jeunesse. On appelle &#224; l&#8217;insurrection g&#233;n&#233;rale. On exige l&#8217;annulation pure et simple de l&#8217;&#233;lection. Des p&#233;titions circulent, des tribunes s&#8217;&#233;crivent &#224; la h&#226;te, des intellectuels de salon d&#233;couvrent en eux-m&#234;mes des accents de Danton. La d&#233;mocratie, ce soir-l&#224;, n&#8217;est plus qu&#8217;un chiffon de papier que l&#8217;on s&#8217;appr&#234;te &#224; d&#233;chirer.</p><p>La nuit tombe, et avec elle le d&#233;ferlement. Des barricades s&#8217;&#233;l&#232;vent par milliers, dress&#233;es avec l&#8217;ardeur m&#233;thodique de ceux qui savent que l&#8217;ordre n&#8217;est qu&#8217;une convention fragile. Les pillages commencent, massifs, organis&#233;s, presque festifs. Une population majoritairement racis&#233;e, selon le vocabulaire &#224; la mode, d&#233;ferle sur les centres-villes. Les vitrines volent en &#233;clats, les magasins sont mis &#224; sac, les denr&#233;es et les marchandises disparaissent dans des sacs improvis&#233;s. Puis, chose plus grave encore, l&#8217;on signale des intrusions dans les appartements des beaux quartiers. Des portes forc&#233;es, des familles terroris&#233;es, des sc&#232;nes de pillage domestique que l&#8217;on n&#8217;avait plus vues depuis les jours les plus sombres de l&#8217;Histoire. La canaille, cette vieille canaille que la R&#233;publique croyait avoir apprivois&#233;e, a retrouv&#233; ses instincts premiers. Elle ne demande plus ; elle prend. Elle ne proteste plus ; elle saccage.</p><p>Les jours qui suivent voient s&#8217;aggraver le sc&#233;nario jusqu&#8217;&#224; l&#8217;absurde. De v&#233;ritables batailles rang&#233;es s&#8217;engagent dans les grandes villes, dans les villes moyennes, jusque dans les petites cit&#233;s que l&#8217;on croyait &#224; l&#8217;abri. Les forces de l&#8217;ordre, d&#233;bord&#233;es, essuient des tirs, des jets de projectiles, des embuscades. Les morts et les bless&#233;s se comptent par centaines. Les h&#244;pitaux d&#233;bordent. Les images, diffus&#233;es en boucle, montrent une France en lambeaux, une France qui n&#8217;est plus qu&#8217;un champ de ruines o&#249; s&#8217;entrechoquent les passions les plus basses. On parle de quartiers entiers soustraits &#224; l&#8217;autorit&#233; de l&#8217;&#201;tat, de rues o&#249; la police n&#8217;ose plus p&#233;n&#233;trer, de commer&#231;ants qui abandonnent leurs boutiques sous la menace. Et pendant ce temps, au sommet de l&#8217;&#201;tat, un silence de plomb.</p><p>Emmanuel Macron, celui qui n&#8217;avait cess&#233; de se pr&#233;senter comme le dernier rempart contre la &#171; b&#234;te immonde &#187;, observe. Il laisse faire. Il ne donne presque aucune consigne. On le dit &#171; en r&#233;flexion &#187;. On le dit &#171; soucieux de ne pas envenimer &#187;. En r&#233;alit&#233;, il laisse m&#251;rir le fruit pourri. Dix jours passent ainsi, dix jours de sang, de feu et de pillage, dix jours pendant lesquels la R&#233;publique agonise sous les regards impassibles de celui qui en fut le garant. Lord Acton l&#8217;avait formul&#233; avec une cruelle exactitude : &#171; Le pouvoir tend &#224; corrompre, et le pouvoir absolu corrompt absolument. &#187;</p><p>Puis, un soir, de nouveau &#224; vingt heures, l&#8217;allocution. Le visage grave, la voix pos&#233;e, le pr&#233;sident sortant annonce que les tr&#232;s graves &#233;v&#233;nements survenus dans le pays, qui ont tu&#233; et bless&#233; des centaines de personnes, le contraignent &#224; appliquer l&#8217;article 16 de la Constitution. Voici le texte exact de cet article :</p><p>&#171; Lorsque les institutions de la R&#233;publique, l&#8217;ind&#233;pendance de la Nation, l&#8217;int&#233;grit&#233; de son territoire ou l&#8217;ex&#233;cution de ses engagements internationaux sont menac&#233;es d&#8217;une mani&#232;re grave et imm&#233;diate et que le fonctionnement r&#233;gulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu, le Pr&#233;sident de la R&#233;publique prend les mesures exig&#233;es par ces circonstances, apr&#232;s consultation officielle du Premier ministre, des Pr&#233;sidents des Assembl&#233;es ainsi que du Conseil constitutionnel.</p><p>Il en informe la Nation par un message.</p><p>Ces mesures doivent &#234;tre inspir&#233;es par la volont&#233; d&#8217;assurer aux pouvoirs publics constitutionnels, dans les moindres d&#233;lais, les moyens d&#8217;accomplir leur mission. Le Conseil constitutionnel est consult&#233; &#224; leur sujet.</p><p>Le Parlement se r&#233;unit de plein droit.</p><p>L&#8217;Assembl&#233;e nationale ne peut &#234;tre dissoute pendant l&#8217;exercice des pouvoirs exceptionnels.</p><p>Apr&#232;s trente jours d&#8217;exercice des pouvoirs exceptionnels, le Conseil constitutionnel peut &#234;tre saisi par le Pr&#233;sident de l&#8217;Assembl&#233;e nationale, le Pr&#233;sident du S&#233;nat, soixante d&#233;put&#233;s ou soixante s&#233;nateurs, aux fins d&#8217;examiner si les conditions &#233;nonc&#233;es au premier alin&#233;a demeurent r&#233;unies. Il se prononce dans les d&#233;lais les plus brefs par un avis public. Il proc&#232;de de plein droit &#224; cet examen et se prononce dans les m&#234;mes conditions au terme de soixante jours d&#8217;exercice des pouvoirs exceptionnels et &#224; tout moment au-del&#224; de cette dur&#233;e. &#187;</p><p>Dans la fiction que j&#8217;ai bross&#233;e, les conditions sont r&#233;unies avec une pr&#233;cision presque scolaire. Les institutions de la R&#233;publique sont menac&#233;es d&#8217;une mani&#232;re grave et imm&#233;diate par une insurrection g&#233;n&#233;ralis&#233;e, des batailles rang&#233;es dans des dizaines de villes, des centaines de morts et de bless&#233;s, des quartiers entiers soustraits &#224; l&#8217;autorit&#233; de l&#8217;&#201;tat. Le fonctionnement r&#233;gulier des pouvoirs publics constitutionnels est interrompu : la police est d&#233;bord&#233;e, les rues &#233;chappent au contr&#244;le, les pillages et les barricades paralysent la vie civile. C&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment sur ce double constat &#8211; menace grave et imm&#233;diate plus interruption du fonctionnement r&#233;gulier &#8211; que Macron peut s&#8217;appuyer pour activer l&#8217;article 16, annuler purement et simplement les r&#233;sultats de l&#8217;&#233;lection et conserver le pouvoir jusqu&#8217;&#224; nouvel ordre.</p><p>Ainsi s&#8217;accomplit la f&#233;lonie. Non point la f&#233;lonie grossi&#232;re du coup d&#8217;&#201;tat classique, &#224; la mani&#232;re des g&#233;n&#233;raux d&#8217;autrefois, mais une f&#233;lonie plus subtile, plus moderne, plus hypocrite. On a laiss&#233; pourrir la plaie, on a encourag&#233;, par le silence et l&#8217;inaction, le d&#233;cha&#238;nement des passions, afin de pouvoir ensuite invoquer le chaos pour justifier la confiscation du pouvoir. Marine Le Pen a &#233;t&#233; &#233;lue. Le peuple a parl&#233;. Mais le peuple, ce soir-l&#224;, n&#8217;&#233;tait plus qu&#8217;une abstraction g&#234;nante que l&#8217;on pouvait effacer d&#8217;un trait de plume constitutionnel.</p><p>Certes, tout ceci n&#8217;est encore, &#224; l&#8217;heure o&#249; j&#8217;&#233;cris ces lignes, qu&#8217;un sc&#233;nario de pure fiction. Une fable sombre, un cauchemar politique que l&#8217;on pourrait croire ourdi par quelque esprit trop inquiet ou trop port&#233; &#224; la noirceur. Mais que l&#8217;on y prenne garde : l&#8217;occurrence de ce drame n&#8217;a rien d&#8217;impossible. Elle se dessine d&#233;j&#224;, dans les contours flous mais bien r&#233;els de certaines d&#233;clarations, de certains silences, de certaines ambitions qui refusent de s&#8217;&#233;teindre.</p><p>L&#8217;extr&#234;me-gauche, par la voix de Bally Bagayoko et de quelques autres, a d&#8217;ores et d&#233;j&#224; proclam&#233; que, si le Rassemblement national devait acc&#233;der au pouvoir, elle appellerait sans d&#233;lai &#224; l&#8217;insurrection. Non point une simple contestation, non point une opposition parlementaire, mais un soul&#232;vement populaire, une lev&#233;e en masse justifi&#233;e par l&#8217;histoire des r&#233;voltes pass&#233;es. Le mot est l&#226;ch&#233;, r&#233;p&#233;t&#233;, assum&#233;. La d&#233;mocratie des urnes n&#8217;est plus, pour ces esprits, qu&#8217;une formalit&#233; tolerable tant qu&#8217;elle leur est favorable. D&#232;s qu&#8217;elle se retourne, elle devient ill&#233;gitime, et l&#8217;insurrection, un devoir.</p><p>Quant &#224; Emmanuel Macron, il ne cesse de laisser entendre qu&#8217;il ne se voit point partir en mai 2027. Il a m&#234;me os&#233; qualifier d&#8217;absurdit&#233; sans nom l&#8217;impossibilit&#233; constitutionnelle qui lui interdit de briguer un troisi&#232;me mandat. Derri&#232;re les formules mesur&#233;es et les sourires de circonstance, perce une volont&#233; tenace de ne point c&#233;der la place, de demeurer, d&#8217;une mani&#232;re ou d&#8217;une autre, aux commandes. Le pouvoir, une fois go&#251;t&#233;, se refuse difficilement. Winston Churchill rappelait : &#171; La d&#233;mocratie est le pire des syst&#232;mes, &#224; l&#8217;exception de tous les autres. &#187; Encore faut-il qu&#8217;elle soit respect&#233;e.</p><p>Ainsi le macronisme et l&#8217;extr&#234;me-gauche, ces deux forces qui se croient si oppos&#233;es, sont-ils d&#8217;ores et d&#233;j&#224; en train d&#8217;&#233;crire, chacun de son c&#244;t&#233;, les actes de cette pi&#232;ce tragique qui pourra fort bien se jouer ainsi en 2027. L&#8217;un pr&#233;pare le terrain de l&#8217;insurrection au nom de la &#171; r&#233;sistance au fascisme &#187; ; l&#8217;autre cultive l&#8217;id&#233;e que la R&#233;publique ne saurait se passer de lui et que les r&#232;gles, fussent-elles constitutionnelles, ne sont que des absurdit&#233;s lorsque son destin personnel est en jeu. Entre l&#8217;appel au soul&#232;vement et le refus du d&#233;part, le sc&#233;nario que j&#8217;ai os&#233; tracer n&#8217;est plus une pure invention. Il est devenu, h&#233;las, une possibilit&#233;. Charles P&#233;guy avait formul&#233; la chose avec nettet&#233; : &#171; Tout commence en mystique et finit en politique. &#187; Ici, la mystique de la d&#233;mocratie finit en pure politique de conservation.</p><p>Que l&#8217;Histoire, si elle doit un jour &#233;crire ces pages, se souvienne alors que les pr&#233;mices en furent visibles, publiques, et longuement ignor&#233;es. Car, comme le disait George Orwell : &#171; Dans une &#233;poque de tromperie universelle, dire la v&#233;rit&#233; est un acte r&#233;volutionnaire. &#187;</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Prolifération des déséquilibrés et négation de la guerre civilisationnelle]]></title><description><![CDATA[De la s&#233;dation identitaire &#224; l&#8217;euthanasie civilisationnelle : la n&#233;crose d&#8217;un peuple sous la f&#233;rule des sycophantes]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/proliferation-des-desequilibres-et</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/proliferation-des-desequilibres-et</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Wed, 12 Aug 2026 10:27:06 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Voici donc le dernier &#233;pisode de la farce macabre. Lundi 10 ao&#251;t 2026, en plein centre de Toulouse, un individu arm&#233; de plusieurs lames &#8211; dont un vulgaire couteau &#224; hu&#238;tres &#8211; s&#8217;approche d&#8217;une patrouille de policiers municipaux, les agresse avec une d&#233;termination farouche, tente de les poignarder, fr&#244;le la carotide de l&#8217;un d&#8217;eux, et, selon le maire Jean-Luc Moudenc et son adjoint &#224; la s&#233;curit&#233;, hurle &#224; plusieurs reprises &#171; Allahu akbar &#187;. Deux agents sont bless&#233;s. L&#8217;assaillant est ma&#238;tris&#233; au prix d&#8217;un combat acharn&#233;.</p><p>Dans les heures qui suivent, on apprend que le r&#233;gime de la garde &#224; vue est incompatible&#8230; avec son d&#233;s&#233;quilibre psychiatrique. &#171; D&#233;s&#233;quilibr&#233;, tr&#232;s fragile psychologiquement, soumis &#224; des addictions &#187;, d&#233;clare une source proche de l&#8217;enqu&#234;te. Hospitalisation en unit&#233; psychiatrique. Le Parquet national antiterroriste, pour l&#8217;heure, ne se saisit point. Et le rideau tombe. Comme toujours.</p><p>Ce n&#8217;est point un fait divers. C&#8217;est la continuation exacte, presque m&#233;canique, d&#8217;un rituel qui se r&#233;p&#232;te depuis plus d&#8217;une d&#233;cennie. Chaque fois qu&#8217;un loup solitaire, arm&#233; de son dogme et de sa rage, frappe au nom d&#8217;Allah, le ch&#339;ur des rh&#233;teurs et des sophistes s&#8217;&#233;l&#232;ve aussit&#244;t : &#171; C&#8217;est un d&#233;s&#233;quilibr&#233; ! Cela n&#8217;a rien &#224; voir avec l&#8217;islam ! &#187; M&#234;me lorsque le cri d&#8217;&#171; Allahu akbar &#187; r&#233;sonne encore dans les rues, m&#234;me lorsque la revendication est explicite, m&#234;me lorsque le parcours de radicalisation est &#233;tabli. Et le m&#234;me ch&#339;ur, avec une c&#233;l&#233;rit&#233; invers&#233;e, transforme en attentat d&#8217;extr&#234;me droite ou en acte id&#233;ologique ce qui, ailleurs, e&#251;t &#233;t&#233; imm&#233;diatement &#233;tiquet&#233; psychiatrique.</p><p>Rappelons, sans complaisance ni euph&#233;misme, la litanie des loups solitaires ou quasi-solitaires qui, depuis 2012, ont ensanglant&#233; le sol fran&#231;ais au nom de l&#8217;islam. Mohammed Merah, &#224; Toulouse et Montauban &#8211; d&#233;j&#224; Toulouse ! &#8211;, abattant militaires et enfants juifs. L&#8217;attaque de Jou&#233;-l&#232;s-Tours en 2014. Les attentats de janvier 2015, puis le 13 novembre. Le camion de Nice en 2016, conduit par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel. L&#8217;&#233;gorgement du p&#232;re Hamel &#224; Saint-&#201;tienne-du-Rouvray. Le double meurtre de Magnanville. Les attaques de 2017 au Louvre, &#224; Orly, sur les Champs-&#201;lys&#233;es, &#224; Marseille. Tr&#232;bes et Carcassonne en 2018. L&#8217;attentat du march&#233; de No&#235;l de Strasbourg par Ch&#233;rif Chekatt. L&#8217;informaticien de la pr&#233;fecture de police en 2019. Villejuif, Romans-sur-Is&#232;re, la basilique de Nice, la d&#233;capitation de Samuel Paty en 2020. Rambouillet en 2021. L&#8217;assassinat de Dominique Bernard &#224; Arras en 2023. L&#8217;attaque pr&#232;s de la tour Eiffel la m&#234;me ann&#233;e. Mulhouse en 2025. Et maintenant, de nouveau Toulouse, en ao&#251;t 2026. Le fil conducteur demeure le m&#234;me : le nom d&#8217;Allah, la haine de l&#8217;infid&#232;le, la justification coranique ou djihadiste.</p><p>&#192; chaque occurrence, le m&#234;me rituel. Les autorit&#233;s et leurs relais m&#233;diatiques se pr&#233;cipitent pour diagnostiquer un &#171; d&#233;s&#233;quilibre psychiatrique &#187;, une &#171; rupture avec le r&#233;el &#187;, une &#171; pathologie isol&#233;e &#187;. L&#8217;islam ? Absous d&#8217;avance. &#171; Ce n&#8217;est pas l&#8217;islam &#187;, r&#233;p&#232;tent-ils en boucle, comme une litanie apotropa&#239;que destin&#233;e &#224; conjurer le mauvais sort de la v&#233;rit&#233;. M&#234;me lorsque l&#8217;assaillant a pr&#234;t&#233; all&#233;geance &#224; l&#8217;&#201;tat islamique, m&#234;me lorsqu&#8217;il a visionn&#233; des vid&#233;os de d&#233;capitation, m&#234;me lorsqu&#8217;il a fr&#233;quent&#233; les pr&#234;ches les plus virulents. Le lien est ni&#233;, minimis&#233;, dilu&#233; dans le magma de la &#171; radicalisation &#187; abstraite, jamais nomm&#233; pour ce qu&#8217;il est. Et lorsque, comme &#224; Toulouse, l&#8217;&#233;tat mental est jug&#233; incompatible avec la garde &#224; vue, l&#8217;affaire s&#8217;&#233;vapore dans les brumes du secret m&#233;dical.</p><p>Or, observez la sym&#233;trie inverse. Lorsqu&#8217;un v&#233;ritable d&#233;s&#233;quilibr&#233;, ou un id&#233;ologue d&#8217;extr&#234;me droite, frappe, le syst&#232;me se mue en machine &#224; criminaliser l&#8217;id&#233;ologie. Christchurch : Brenton Tarrant massacre des musulmans dans des mosqu&#233;es. Aussit&#244;t, et &#224; juste titre quant &#224; l&#8217;id&#233;ologie, on parle d&#8217;attentat d&#8217;extr&#234;me droite, de terrorisme blanc, de manifeste raciste. Nul ne s&#8217;avise de le r&#233;duire &#224; un simple fou. L&#8217;id&#233;ologie est mise au centre.</p><p>Et que dire de ces tentatives, parfois, de christianiser ce qui n&#8217;a rien de chr&#233;tien ? L&#8217;attaque d&#8217;Annecy en 2023, o&#249; le soi-disant d&#233;nomm&#233; Abdalmasih Hanoun, r&#233;fugi&#233; syrien se d&#233;clarant chr&#233;tien, portant croix et criant &#171; au nom de J&#233;sus-Christ &#187;, blessa des enfants dans un parc ? Le syst&#232;me, avec une rapidit&#233; rare, relay&#233;e par la diversit&#233; islamis&#233;e, bombarda imm&#233;diatement sur un attentat terroriste chr&#233;tien, comme s&#8217;il tenait l&#224; une horreur autre qu&#8217;islamique, permettant de nourrir son relativisme mortif&#232;re. Malgr&#233; les rumeurs que cette ordure &#233;tait en r&#233;alit&#233; un musulman que les associations immigrationnistes avaient conseill&#233; de se d&#233;clarer chr&#233;tien pour maximiser ses chances de voir son dossier d&#8217;asile accept&#233; en Europe, politiques et m&#233;dias gard&#232;rent une omerta &#233;paisse sur son profil. </p><p>Jusqu&#8217;&#224; ce que l&#8217;on apprenne que ce Abdelmassih a finalement &#233;t&#233; plac&#233; &#8230; en unit&#233; psychiatrique. Encore un. L&#8217;ironie est qu&#8217;&#224; force de matraquer que tout terroriste islamique est un d&#233;s&#233;quilibr&#233;, les esprits les plus cyniques ne manqueront pas de faire le raisonnement &#224; rebours : puisqu&#8217;il a &#233;t&#233; plac&#233; en psychiatrie alors ce soi-disant d&#233;s&#233;quilibr&#233; ne peut &#234;tre que musulman &#8230; voyez o&#249; le mensonge peut mener &#8230;</p><p>Mais, plus g&#233;n&#233;ralement et m&#234;me en admettant, par pure hypoth&#232;se argumentative, que tous ces tueurs soient effectivement des d&#233;s&#233;quilibr&#233;s, des esprits d&#233;rang&#233;s, des &#226;mes en proie &#224; la d&#233;mence. Alors se pose la question qui f&#226;che et que nul n&#8217;ose formuler dans les salons o&#249; l&#8217;on p&#233;rorait nagu&#232;re : pourquoi, presque syst&#233;matiquement, ces d&#233;s&#233;quilibr&#233;s agissent-ils au nom de l&#8217;islam ? Pourquoi n&#8217;observe-t-on point, en France contemporaine, de loups solitaires chr&#233;tiens massacrant au cri de &#171; J&#233;sus est Seigneur &#187; des foules d&#8217;innocents ? Pourquoi n&#8217;y a-t-il point de juifs d&#233;s&#233;quilibr&#233;s perp&#233;trant des attentats au nom de la Torah dans les rues de Paris ? Pourquoi les bouddhistes, les hindouistes, les ath&#233;es m&#234;me, ne produisent-ils pas, en proportion comparable, ces monstruosit&#233;s psychiatrico-religieuses ?</p><p>Qu&#8217;est-ce qui, dans le corpus doctrinal, dans l&#8217;histoire r&#233;cente, dans la culture de la violence sacralis&#233;e, dans l&#8217;appel permanent au djihad et &#224; la domination, explique que la seule religion au nom de laquelle l&#8217;on tue encore massivement sur le sol fran&#231;ais soit l&#8217;islam ? La statistique est implacable : depuis 2012, la quasi-totalit&#233; des attentats &#224; caract&#232;re religieux ou id&#233;ologico-religieux meurtriers en France rel&#232;vent de cette mouvance. Ce n&#8217;est point un hasard, ni une pure co&#239;ncidence de pathologies individuelles. Il y a l&#224; une sp&#233;cificit&#233; qu&#8217;il faudrait avoir le courage d&#8217;interroger, plut&#244;t que de la noyer sous les flots de la compassion s&#233;lective et du relativisme.</p><p>Mais le plus grave, le plus indigne, le plus r&#233;v&#233;lateur de l&#8217;&#233;tat de d&#233;liquescence de nos &#233;lites, r&#233;side dans la question du &#171; pourquoi &#187;. Pourquoi ce syst&#232;me m&#233;diatico-politique, cette oligarchie de sycophantes et de m&#233;diocrates, temporise-t-il, minimise-t-il, nie-t-il avec une constance pathologique la nature islamique de ces actes ? Est-ce pure l&#226;chet&#233;, cette veulerie cong&#233;nitale qui pr&#233;f&#232;re le confort du d&#233;ni &#224; l&#8217;inconfort de la v&#233;rit&#233; ? Est-ce la peur de &#171; stigmatiser &#187; une communaut&#233;, peur qui masque en r&#233;alit&#233; la terreur de devoir nommer un conflit civilisationnel ? Ou bien, plus profond&#233;ment, plus sinistrement, s&#8217;agit-il d&#8217;une strat&#233;gie d&#233;lib&#233;r&#233;e : maintenir le peuple fran&#231;ais sous s&#233;dation identitaire profonde et continue depuis un demi-si&#232;cle, afin de parachever son euthanasie civilisationnelle ? Depuis les ann&#233;es 1970, on a inject&#233; dans les veines de la nation le narcotique du multiculturalisme, de la repentance permanente, de l&#8217;ouverture sans condition.</p><p>On a fait taire les voix qui alertaient. On a pathologis&#233; le simple constat d&#233;mographique et culturel. On a transform&#233; le Fran&#231;ais en patient catalepsique, incapable de r&#233;agir &#224; la dissolution de ce qui faisait son &#234;tre. Chaque attentat ni&#233; dans sa dimension religieuse est une dose suppl&#233;mentaire de s&#233;datif. Chaque &#171; ce n&#8217;est pas l&#8217;islam &#187; est un cachet d&#8217;oubli. Chaque &#171; incompatible avec la garde &#224; vue &#187; est un exp&#233;dient pour &#233;touffer l&#8217;affaire. Le but ? Emp&#234;cher le r&#233;veil. Car un peuple &#233;veill&#233; demanderait des comptes, exigerait des fronti&#232;res, des expulsions, une reconqu&#234;te culturelle. Un peuple endormi accepte l&#8217;h&#233;morragie, la n&#233;crose, la putr&#233;faction lente.</p><p>Comment tout cela finira-t-il ? Winston Churchill, face &#224; la l&#226;chet&#233; munichoise, eut ces mots qui r&#233;sonnent aujourd&#8217;hui avec une actualit&#233; terrifiante : &#171; Vous avez choisi le d&#233;shonneur pour &#233;viter la guerre. Vous aurez le d&#233;shonneur et la guerre. &#187; Entre la lucidit&#233; qui exige le courage et le d&#233;shonneur du d&#233;ni permanent, nos gouvernants et leurs thurif&#233;raires ont choisi le second. Ils auront l&#8217;un et l&#8217;autre. La guerre, non point celle des arm&#233;es en rase campagne, mais celle, plus insidieuse et plus totale, de la substitution d&#233;mographique, de l&#8217;ins&#233;curit&#233; end&#233;mique, de la fragmentation du corps social, de l&#8217;effacement progressif de la France historique sous les flots d&#8217;une alt&#233;rit&#233; qui ne demande point &#224; s&#8217;assimiler mais &#224; dominer. Les loups solitaires ne sont que les avant-gardes. Derri&#232;re eux s&#8217;avance une r&#233;alit&#233; plus vaste, que l&#8217;on s&#8217;obstine &#224; ne point voir.</p><p>A bon entendeur. Que ceux qui ont encore des oreilles pour ou&#239;r, et des yeux pour voir, se d&#233;tachent de la narcose. Car le r&#233;veil, s&#8217;il advient trop tard, ne sera point celui d&#8217;une nation reconquise, mais celui d&#8217;un cadavre qui s&#8217;aper&#231;oit, trop tard, qu&#8217;on l&#8217;a d&#233;j&#224; enterr&#233;.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Travailleur français, tu engraisses les créanciers de tes élites !]]></title><description><![CDATA[Cinquante ans de prodigalit&#233; m&#233;thodique]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/travailleur-francais-tu-engraisses</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/travailleur-francais-tu-engraisses</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Sun, 09 Aug 2026 10:20:24 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il est des ruines qui gardent une majest&#233; sombre. Rome eut ses colonnes bris&#233;es, Ath&#232;nes son marbre mutil&#233;, Versailles lui-m&#234;me, abandonn&#233;, conservait encore l&#8217;ombre de sa grandeur. La ruine fran&#231;aise, elle, s&#8217;&#233;crit en tableaux Excel et se pr&#233;sente en PowerPoint. Pas de sac, pas de Waterloo, pas m&#234;me un krach digne de ce nom. Notre d&#233;ch&#233;ance fut administr&#233;e, r&#233;glement&#233;e, expertis&#233;e, certifi&#233;e, comment&#233;e par des inspecteurs des finances au visage compass&#233;. Nous avons accompli cette prouesse presque drolatique : nous ruiner avec m&#233;thode et avec les formes.</p><p>Au premier trimestre 2026, la dette publique fran&#231;aise atteint 3 536 milliards d&#8217;euros, soit 117,5% du PIB. Trois mille cinq cent trente-six milliards. &#201;crivons-le en toutes lettres, car les chiffres ont perdu leur vertu d&#8217;effroi. Plus de 50 000 euros par t&#234;te, nourrissons et vieillards compris. L&#8217;enfant qui na&#238;t ce matin ignore encore l&#8217;hymne, le drapeau et l&#8217;histoire. Il ne sait ni marcher ni parler. Pourtant le voici d&#233;j&#224; d&#233;biteur. Avant son premier cri : la dette. Avant son premier salaire : la dette. Bienvenue, petit Fran&#231;ais. Tes a&#239;eux te l&#233;gu&#232;rent Chartres, Pasteur, le TGV et l&#8217;atome. Nous t&#8217;avons l&#233;gu&#233; l&#8217;ardoise.</p><p>Adam Smith l&#8217;avait proph&#233;tis&#233; d&#232;s 1776 : &#171; Le progr&#232;s des dettes &#233;normes qui oppriment &#224; pr&#233;sent, et qui &#224; la longue ruineront probablement toutes les grandes nations d&#8217;Europe, a &#233;t&#233; assez uniforme. &#187; Nous n&#8217;avons fait que confirmer l&#8217;oracle avec une application singuli&#232;rement z&#233;l&#233;e.</p><p>Pendant ce temps, de l&#8217;autre c&#244;t&#233; du Rhin, l&#8217;Allemagne affiche une dette publique d&#8217;environ 63,5% du PIB. Un &#233;cart de plus de cinquante points. Deux grandes nations industrielles d&#8217;Europe, deux histoires entrelac&#233;es, et pourtant deux trajectoires qui ont diverg&#233; comme l&#8217;eau et le feu. Au milieu des ann&#233;es 1990, les ratios de dette des deux pays &#233;taient encore quasi identiques, autour de 55 &#224; 60%. Puis la France a choisi la voie de la facilit&#233; permanente, tandis que l&#8217;Allemagne, apr&#232;s ses propres &#233;preuves, a fini par se doter d&#8217;un frein constitutionnel &#224; l&#8217;endettement. Nous, nous avons pr&#233;f&#233;r&#233; les &#171; trajectoires &#187; et les &#171; ajustements structurels &#187;.</p><p>&#11835;</p><p>En 1974, nous poss&#233;dions encore des marges. La dette demeurait modeste, l&#8217;industrie pesait lourd, l&#8217;&#201;tat construisait encore centrales, autoroutes, barrages, Ariane et Airbus. On parlait de Plan, d&#8217;am&#233;nagement du territoire, d&#8217;ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique. Aujourd&#8217;hui l&#8217;on bavarde de &#171; gouvernance &#187;, de &#171; r&#233;silience &#187; et d&#8217;&#171; &#233;cosyst&#232;mes d&#8217;acteurs &#187;. Quand un peuple cesse d&#8217;&#233;difier des choses, il &#233;difie du vocabulaire.</p><p>Giscard inaugure l&#8217;&#232;re du d&#233;ficit permanent. L&#8217;exception devient r&#233;gime. Depuis un demi-si&#232;cle, la France n&#8217;a presque plus connu de budget en &#233;quilibre. On d&#233;couvre alors l&#8217;invention politiquement g&#233;niale : distribuer davantage que l&#8217;on pr&#233;l&#232;ve, et laisser &#224; l&#8217;avenir le soin de payer. L&#8217;imp&#244;t m&#233;contente aussit&#244;t ; la dette m&#233;contente dans vingt ans. Entre le votant d&#8217;aujourd&#8217;hui et le contribuable de 2040, le choix du politicien est vite fait.</p><p>Puis vient 1981. Mitterrand et Mauroy tentent la derni&#232;re grande relance keyn&#233;sienne &#224; la fran&#231;aise. Hausse des minima sociaux, cinqui&#232;me semaine de cong&#233;s, retraite &#224; soixante ans, nationalisations, stimulation de la consommation. Le r&#233;sultat est calamiteux : d&#233;ficit ext&#233;rieur explosif, inflation persistante, fuite des capitaux, trois d&#233;valuations en dix-huit mois. En mars 1983, le &#171; tournant de la rigueur &#187; s&#8217;impose. La gauche, &#233;lue sur un programme de rupture, se rallie de force &#224; l&#8217;orthodoxie. On proclame alors le passage du paradigme keyn&#233;sien au paradigme n&#233;olib&#233;ral. On parle d&#233;sormais de comp&#233;titivit&#233;, de d&#233;sinflation comp&#233;titive, de contraintes europ&#233;ennes, plus tard de privatisations.</p><p>Mais regardez bien. Les mod&#232;les &#233;conomiques ont chang&#233;. Les discours ont chang&#233;. Les &#233;tiquettes ont chang&#233;. La technocratie de la dette, elle, n&#8217;a pas boug&#233; d&#8217;un pouce. Apr&#232;s Mauroy comme avant, apr&#232;s Delors comme apr&#232;s les lib&#233;raux de fa&#231;ade, la machine a continu&#233; de tourner. On a cess&#233; de revendiquer ouvertement le d&#233;ficit comme outil de politique &#233;conomique. On l&#8217;a simplement pratiqu&#233; avec une constance plus discr&#232;te et plus durable. Les keyn&#233;siens avaient au moins l&#8217;honn&#234;tet&#233; de croire &#224; ce qu&#8217;ils faisaient. Leurs successeurs ont fait la m&#234;me chose en pr&#233;tendant le contraire.</p><p>Et pendant que la dette s&#8217;enflait d&#8217;ann&#233;e en ann&#233;e, une autre politique, concomitante et non moins lourde de cons&#233;quences, s&#8217;est d&#233;ploy&#233;e sans jamais &#234;tre v&#233;ritablement confront&#233;e &#224; l&#8217;arithm&#233;tique. Apr&#232;s la fermeture officielle de l&#8217;immigration de travail en 1974, on a ouvert et maintenu largement la voie du regroupement familial. </p><p>Des millions de personnes sont ainsi entr&#233;es, non plus comme main-d&#8217;&#339;uvre appel&#233;e par l&#8217;industrie, mais comme conjoints, enfants et apparent&#233;s. Dans un pays d&#233;j&#224; frapp&#233; d&#8217;un ch&#244;mage de masse structurel et d&#8217;une croissance devenue an&#233;mique, on a import&#233; massivement des populations dont une part tr&#232;s significative, particuli&#232;rement en provenance de certaines zones d&#8217;Afrique du Nord et d&#8217;Afrique subsaharienne, pr&#233;sente des taux d&#8217;emploi nettement inf&#233;rieurs &#224; la moyenne nationale, des taux de ch&#244;mage et d&#8217;inactivit&#233; nettement sup&#233;rieurs, et une d&#233;pendance aux prestations sociales bien plus &#233;lev&#233;e que celle des natifs ou des immigr&#233;s europ&#233;ens.</p><p>Les chiffres, lorsqu&#8217;on les regarde sans euph&#233;misme, sont &#233;loquents. Les prestations sociales hors retraites et ch&#244;mage p&#232;sent deux &#224; trois fois plus lourd dans le niveau de vie de ces populations que dans celui des non-immigr&#233;s. Selon les estimations les plus &#233;lev&#233;es, le co&#251;t net de l&#8217;immigration pour les finances publiques se situe entre 34 et 41 milliards d&#8217;euros par an ; le seul &#233;cart de taux d&#8217;emploi par rapport aux natifs repr&#233;senterait un manque &#224; gagner de l&#8217;ordre de 1,5 point de PIB. Ces populations, pour une fraction consid&#233;rable, vivent davantage des transferts que de leur contribution productive. Elles p&#232;sent sur des finances publiques d&#233;j&#224; en d&#233;ficit permanent, dans un contexte o&#249; chaque emploi stable est rare et o&#249; la capacit&#233; d&#8217;absorption de l&#8217;&#233;conomie r&#233;elle s&#8217;est r&#233;tr&#233;cie.</p><p>On a ainsi, simultan&#233;ment, creus&#233; la dette et &#233;largi la base des b&#233;n&#233;ficiaires nets de la solidarit&#233; nationale. Deux prodigalit&#233;s qui se nourrissent l&#8217;une l&#8217;autre : l&#8217;une emprunte l&#8217;avenir, l&#8217;autre le charge encore davantage. Et la m&#234;me technocratie qui refuse de dire non &#224; la d&#233;pense a refus&#233;, d&#233;cennie apr&#232;s d&#233;cennie, de dire non &#224; cette forme particuli&#232;re d&#8217;immigration non s&#233;lective. L&#8217;immigration familiale de profils peu productifs n&#8217;est pas la cause principale de la d&#233;rive de la dette fran&#231;aise (celle-ci est d&#8217;abord le produit de choix de d&#233;penses et de refus de priorisation). Elle en constitue cependant un facteur aggravant structurel, particuli&#232;rement visible dans les &#233;carts de taux d&#8217;emploi, de d&#233;pendance aux prestations et de contribution nette individuelle.</p><p>Chirac, Jospin, Sarkozy, Hollande, Macron : la dynastie se succ&#232;de, les couleurs changent, la dette s&#8217;accro&#238;t. Elle est &#339;cum&#233;nique. Elle rassemble ce que l&#8217;id&#233;ologie divise. La gauche d&#233;pense au nom du progr&#232;s, la droite renonce &#224; couper au nom de la paix sociale. Le march&#233; obligataire, lui, n&#8217;a point de philosophie : il additionne. David Hume, d&#232;s 1752, tranchait sans m&#233;nagement : &#171; Ou la nation d&#233;truira le cr&#233;dit public, ou le cr&#233;dit public d&#233;truira la nation. &#187; Nous avons choisi la seconde voie avec une constance admirable, quel que soit le paradigme en vogue.</p><p>Le v&#233;ritable prodige n&#8217;est pas l&#8217;endettement. C&#8217;est d&#8217;&#234;tre &#224; la fois surtax&#233; et surendett&#233;. En 2025, les pr&#233;l&#232;vements obligatoires repr&#233;sentaient 43,6 % du PIB, les d&#233;penses publiques 57,3 %. Nous pr&#233;levons &#233;norm&#233;ment, d&#233;pensons davantage, empruntons la diff&#233;rence&#8230; et proclamons qu&#8217;il n&#8217;y a plus un sou. L&#8217;h&#244;pital manque, la justice manque, les prisons manquent, l&#8217;arm&#233;e compte ses cartouches, l&#8217;&#233;cole cherche des ma&#238;tres. Pourtant la d&#233;pense publique d&#233;vore plus de la moiti&#233; de la richesse nationale. Gargantua avait au moins la courtoisie d&#8217;&#234;tre rassasi&#233;. Notre L&#233;viathan d&#233;vore et r&#233;clame le dessert.</p><p>Pendant ce temps, l&#8217;Allemagne, avec des d&#233;penses publiques nettement plus contenues et un ratio de dette inf&#233;rieur de moiti&#233;, parvient &#224; financer une industrie encore puissante et une capacit&#233; de r&#233;armement que nous enviions nagu&#232;re. La diff&#233;rence n&#8217;est pas dans le g&#233;nie des peuples. Elle est dans la capacit&#233;, ou l&#8217;incapacit&#233;, &#224; dire non.</p><p>O&#249; passe l&#8217;argent ? Nulle caverne d&#8217;Ali Baba sous Bercy. L&#8217;argent est partout, donc nulle part. Prestations, subventions, exon&#233;rations, op&#233;rateurs, agences, dispositifs, compensations, aides devenues permanentes, administration des aides, contr&#244;le des aides, rapports sur le contr&#244;le des aides. La France n&#8217;est plus administr&#233;e : elle est s&#233;diment&#233;e. Chaque minist&#232;re ajoute sa couche g&#233;ologique. Personne n&#8217;ose fouiller de peur de d&#233;couvrir le syndicat, la corporation ou l&#8217;&#233;lectorat qui habite dessous.</p><p>De Gaulle se moquait des comit&#233;s Th&#233;odule. Il n&#8217;avait rien vu. Nous manquons de m&#233;decins, jamais de rapports sur la d&#233;mographie m&#233;dicale. Nous manquons de policiers, jamais de strat&#233;gies pluriannuelles. Nous manquons d&#8217;argent, jamais de missions d&#8217;optimisation de la d&#233;pense. Courteline e&#251;t cru &#224; une plaisanterie de mauvais go&#251;t.</p><p>Jean-Baptiste Say le disait d&#233;j&#224; : l&#8217;emprunt public n&#8217;est point un transfert de la main droite &#224; la main gauche. Le capital pr&#234;t&#233; est consomm&#233;, d&#233;truit, et ne produit plus rien. L&#8217;&#201;tat se trouve affaibli d&#8217;autant.</p><p>Pendant quinze ans les taux presque nuls nous anesth&#233;si&#232;rent. Certains crurent que la dette n&#8217;&#233;tait plus un probl&#232;me. C&#8217;&#233;tait confondre l&#8217;opium et la gu&#233;rison. Lorsque les taux se r&#233;veill&#232;rent, la charge d&#8217;int&#233;r&#234;ts se dressa. Chaque euro vers&#233; aux cr&#233;anciers ne construit nulle &#233;cole, n&#8217;ach&#232;te nul avion, ne paie nulle infirmi&#232;re. Il r&#233;mun&#232;re le pass&#233;. C&#8217;est un fonctionnaire fant&#244;me engendr&#233; par les gouvernements d&#233;funts.</p><p>La dette est l&#8217;imp&#244;t du mort sur le vivant. Un gouvernement emprunte, dispara&#238;t, &#233;crit ses M&#233;moires. Vingt ans plus tard, un contribuable qui n&#8217;avait pas l&#8217;&#226;ge de voter acquitte les int&#233;r&#234;ts. Bastiat avait formul&#233; la grande fiction : &#171; L&#8217;&#201;tat est la grande fiction &#224; travers laquelle tout le monde s&#8217;efforce de vivre aux d&#233;pens de tout le monde. &#187; Nous l&#8217;avons perfectionn&#233;e. La dette est la fiction par laquelle une g&#233;n&#233;ration s&#8217;efforce de vivre aux d&#233;pens de la suivante. &#171; Apr&#232;s avoir &#233;puis&#233; le pr&#233;sent, on d&#233;vorera l&#8217;avenir &#187;, proph&#233;tisait-il encore. Nous y sommes.</p><p>Le cr&#233;ancier est devenu le ministre silencieux. Il ne si&#232;ge point au Conseil. Il n&#8217;en a pas besoin. Il d&#233;tient mieux qu&#8217;un portefeuille : le pouvoir de pr&#234;ter ou de refuser, et &#224; quel prix. Le souverain v&#233;ritable n&#8217;est pas toujours celui qui commande. C&#8217;est parfois celui dont l&#8217;on attend le ch&#232;que.</p><p>La France n&#8217;est point mis&#233;rable. Elle poss&#232;de encore &#233;pargne, ing&#233;nieurs, entreprises, agriculture, nucl&#233;aire, patrimoine. Elle n&#8217;est pas pauvre : elle s&#8217;est rendue prodigue. Le prodigue n&#8217;est pas celui qui n&#8217;a rien. C&#8217;est celui qui avait et qui a mang&#233;.</p><p>Chaque g&#233;n&#233;ration politique trouva son excuse : choc p&#233;trolier, ch&#244;mage, crise financi&#232;re, Covid, Ukraine, inflation. Chaque crise &#233;tait r&#233;elle. Mais cinquante ann&#233;es d&#8217;exceptions forment une r&#232;gle. La r&#232;gle est simple : nous n&#8217;avons jamais su dire non. Non &#224; une d&#233;pense nouvelle, non &#224; une structure inutile, non &#224; un avantage injustifiable. Alors nous avons emprunt&#233;.</p><p>Les paradigmes &#233;conomiques passent. Keynes a c&#233;d&#233; la place au n&#233;olib&#233;ralisme de papier. Les gouvernements se succ&#232;dent. Les mod&#232;les changent de nom. Mais la technocratie de la dette demeure, immuable, comme une caste qui a surv&#233;cu &#224; toutes les conversions id&#233;ologiques. Elle a assimil&#233; le keyn&#233;sianisme quand il &#233;tait opportun, puis le discours de la rigueur quand il le fallait, sans jamais renoncer &#224; l&#8217;essentiel : la facilit&#233; de l&#8217;emprunt et la permanence de la d&#233;pense.</p><p>Il existe deux mani&#232;res d&#8217;assainir ses comptes. La premi&#232;re consiste &#224; le d&#233;cider soi-m&#234;me. La seconde consiste &#224; attendre que les cr&#233;anciers le d&#233;cident pour vous. La premi&#232;re s&#8217;appelle la politique. La seconde s&#8217;appelle la tutelle.</p><p>Nos grands-parents b&#226;tirent des barrages que nous utilisons encore. Nos parents &#233;lev&#232;rent des centrales qui nous &#233;clairent encore. Nous construisons des d&#233;ficits que nos enfants paieront encore. Un grand pays peut d&#233;cliner sans fracas d&#8217;armes, dans le simple ronronnement des imprimantes de Bercy. Celui qui vit perp&#233;tuellement &#224; cr&#233;dit finit toujours par travailler pour celui qui lui pr&#234;te.</p><p>Et la France, jadis ma&#238;tresse de son destin, d&#233;couvre qu&#8217;&#224; force d&#8217;avoir hypoth&#233;qu&#233; demain pour ne jamais contrarier aujourd&#8217;hui, elle ne travaille plus seulement pour ses enfants. Elle travaille pour ses cr&#233;anciers.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le crime de lèse-France]]></title><description><![CDATA[Il faudra un jour juger pour haute trahison tous ceux qui ont dirig&#233; la France ces 50 derni&#232;res ann&#233;es]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/le-crime-de-lese-france</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/le-crime-de-lese-france</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Sat, 08 Aug 2026 08:06:35 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il fut un temps, encore proche et pourtant d&#233;j&#224; fabuleux, o&#249; la France n&#8217;&#233;tait point ce cadavre ambulant que l&#8217;on contemple aujourd&#8217;hui avec une stupeur m&#234;l&#233;e de naus&#233;e. En 1976, ce pays demeurait prosp&#232;re, industrialis&#233;, locomotive ind&#233;niable de la croissance europ&#233;enne, d&#233;sendett&#233; jusqu&#8217;&#224; l&#8217;os, baign&#233; d&#8217;un ch&#244;mage quasi r&#233;siduel, s&#251;r de ses rues et de ses enfants, peupl&#233; d&#8217;une nation encore homog&#232;ne sur le plan identitaire, pacifi&#233;e par une assimilation r&#233;elle et non par de vaines incantations. Les immigr&#233;s y demeuraient en nombre limit&#233; ; ils ne devenaient Fran&#231;ais qu&#8217;apr&#232;s avoir abdiqu&#233; toute alt&#233;rit&#233; substantielle, et l&#8217;on ne parlait point &#171; d&#8217;origines &#187; car chacun &#233;tait, ontologiquement, fran&#231;ais.</p><p>Cinquante ans plus tard, en cette ann&#233;e 2026, la France est devenue l&#8217;exact contraire de tout cela. On nous pr&#233;sente ce d&#233;sastre comme une fatalit&#233; m&#233;t&#233;orologique, un ph&#233;nom&#232;ne climatique, la faute &#224; la &#171; mondialisation &#187;, &#224; je ne sais quels vents contraires ou &#224; l&#8217;&#171; in&#233;luctable modernit&#233; &#187;. Mensonge. Abominable mensonge. Ce qui s&#8217;est abattu sur nous r&#233;sulte de d&#233;cisions politiques insens&#233;es, criminelles, fanatiquement poursuivies malgr&#233; les r&#233;sultats calamiteux et les souffrances qu&#8217;elles engendraient. Un jour, il faudra bien dresser un tribunal p&#233;nal national, non pour venger des humeurs, mais pour juger les crimes commis contre la France et les Fran&#231;ais, et y d&#233;f&#233;rer tous ceux qui ont dirig&#233; ce pays depuis un demi-si&#232;cle.</p><p>Rappelons les faits, non les fables. En 1974-1976, la dette publique fran&#231;aise n&#8217;atteignait gu&#232;re 20 % du produit int&#233;rieur brut. Aujourd&#8217;hui, elle plafonne &#224; 115,6 % du PIB, soit plus de 3 460 milliards d&#8217;euros. Le ch&#244;mage, en 1976, oscillait autour de 4 % ; il s&#8217;&#233;tablit d&#233;sormais &#224; 7,7 %. La part de la valeur ajout&#233;e manufacturi&#232;re dans le PIB, qui s&#8217;&#233;levait &#224; pr&#232;s de 20 % au milieu des ann&#233;es 1970, a chut&#233; &#224; 9,5 %. Plus de deux millions d&#8217;emplois industriels ont disparu depuis 1980. La croissance, qui d&#233;passait r&#233;guli&#232;rement 4 % voire 6 % durant les Trente Glorieuses prolong&#233;es, stagne autour de 1 %. La balance commerciale des biens, longtemps proche de l&#8217;&#233;quilibre ou exc&#233;dentaire, s&#8217;est transform&#233;e en un d&#233;ficit structurel abyssal. La France de 1976 &#233;tait encore un pays o&#249; l&#8217;on pouvait marcher la nuit sans fr&#233;mir ; celle de 2026 est un archipel de zones de non-droit.</p><p>La d&#233;sindustrialisation n&#8217;est point le fruit d&#8217;une simple &#233;volution technique ou d&#8217;une pr&#233;f&#233;rence spontan&#233;e des consommateurs. Elle fut une politique, d&#8217;abord subie puis assum&#233;e, puis id&#233;ologiquement c&#233;l&#233;br&#233;e. Au tournant des chocs p&#233;troliers, la France poss&#233;dait encore l&#8217;un des appareils productifs les plus puissants d&#8217;Europe occidentale : pr&#232;s d&#8217;un actif sur quatre travaillait dans l&#8217;industrie. Depuis, elle a perdu plus de la moiti&#233; de ses effectifs industriels, soit environ 2,3 &#224; 2,5 millions d&#8217;emplois. La part de l&#8217;industrie dans le PIB s&#8217;est effondr&#233;e de dix points et davantage, tandis que l&#8217;Allemagne maintenait la sienne autour de 20 &#224; 22 %. Les m&#233;canismes sont clairs et criminels. On a d&#8217;abord accept&#233;, puis encourag&#233;, le basculement vers une &#233;conomie de services et de finance. On a invent&#233; l&#8217;&#171; entreprise sans usine &#187;. On a maintenu une fiscalit&#233; de production parmi les plus lourdes d&#8217;Europe, deux &#224; trois fois sup&#233;rieure &#224; celle de nos voisins, d&#233;courageant toute localisation d&#8217;activit&#233; manufacturi&#232;re. On a impos&#233; les 35 heures, alourdi le co&#251;t du travail relatif, et surtout on a verrouill&#233; le taux de change par l&#8217;euro, interdisant toute d&#233;valuation comp&#233;titive face &#224; l&#8217;Allemagne. Les r&#232;gles europ&#233;ennes de concurrence ont progressivement limit&#233; les aides d&#8217;&#201;tat et les politiques industrielles volontaristes.</p><p> Chaque gouvernement a regard&#233; les fermetures d&#8217;usines comme une fatalit&#233; moderne, parfois m&#234;me comme un progr&#232;s. Les bassins sid&#233;rurgiques, textiles, automobiles, chimiques ont &#233;t&#233; liquid&#233;s dans une indiff&#233;rence quasi aristocratique. Aujourd&#8217;hui, des territoires entiers agonisent : ch&#244;mage structurel, isolement social, vieillissement acc&#233;l&#233;r&#233;, abstention et col&#232;re. Ce n&#8217;est pas la mondialisation qui a d&#233;sindustrialis&#233; la France ; c&#8217;est une classe politique qui a choisi de la d&#233;sindustrialiser.</p><p>L&#8217;endettement suit la m&#234;me logique de sabotage volontaire. Depuis 1974-1975, la France n&#8217;a plus jamais d&#233;gag&#233; un seul exc&#233;dent budg&#233;taire. La dette n&#8217;est que l&#8217;accumulation m&#233;canique des d&#233;ficits primaires successifs. Chaque crise &#8211; 1993, 2008, 2020 &#8211; a provoqu&#233; un saut permanent, selon l&#8217;effet de cliquet : les d&#233;penses exceptionnelles cr&#233;&#233;es pour amortir le choc ne sont jamais ramen&#233;es &#224; leur niveau ant&#233;rieur. Les transferts sociaux et de sant&#233;, pass&#233;s de 11 % &#224; 26 % du PIB entre 1960 et aujourd&#8217;hui, ont absorb&#233; l&#8217;essentiel de la hausse des d&#233;penses publiques, qui ont grimp&#233; de 37 % &#224; 57 % du PIB. Les recettes, elles, n&#8217;ont jamais suivi. On a baiss&#233; certains imp&#244;ts sans r&#233;duire les d&#233;penses correspondantes. </p><p>On a multipli&#233; les droits nouveaux sans jamais les financer durablement. Le &#171; quoi qu&#8217;il en co&#251;te &#187; de 2020 n&#8217;a fait qu&#8217;acc&#233;l&#233;rer une trajectoire d&#233;j&#224; inscrite dans le marbre depuis un demi-si&#232;cle. Aucun pr&#233;sident, aucun Premier ministre n&#8217;a rompu avec cette logique. Tous ont pr&#233;f&#233;r&#233; l&#8217;emprunt &#224; la r&#233;forme structurelle, le client&#233;lisme budg&#233;taire &#224; la discipline. R&#233;sultat : une dette qui d&#233;passe d&#233;sormais 115 % du PIB et qui gr&#232;ve chaque ann&#233;e davantage la capacit&#233; d&#8217;action de l&#8217;&#201;tat.</p><p>Plus profond&#233;ment encore, on a abdiqu&#233; la souverainet&#233; nationale au profit d&#8217;une construction europ&#233;enne pr&#233;sent&#233;e comme in&#233;luctable et salvatrice. Le trait&#233; de Maastricht, adopt&#233; de justesse en 1992, a transf&#233;r&#233; la politique mon&#233;taire &#224; la Banque centrale europ&#233;enne. Depuis le 1er janvier 1999, la France ne fixe plus ses taux d&#8217;int&#233;r&#234;t, ne peut plus d&#233;valuer, ne ma&#238;trise plus sa cr&#233;ation mon&#233;taire. La politique commerciale est devenue une comp&#233;tence exclusive de Bruxelles : le tarif ext&#233;rieur commun a remplac&#233; le tarif national. Les r&#232;gles de concurrence europ&#233;ennes ont brid&#233; les interventions industrielles de l&#8217;&#201;tat. La libre circulation des personnes, combin&#233;e aux interpr&#233;tations expansives de la Cour de justice, a rendu extr&#234;mement difficile tout contr&#244;le effectif des flux migratoires. </p><p>La France a ainsi perdu, pi&#232;ce apr&#232;s pi&#232;ce, les leviers essentiels de sa destin&#233;e : monnaie, fronti&#232;res, politique industrielle, politique commerciale. Ce n&#8217;&#233;tait pas une contrainte fatale ; c&#8217;&#233;tait un choix id&#233;ologique fanatique, poursuivi malgr&#233; les avertissements et les &#233;checs visibles. On a sacrifi&#233; la souverainet&#233; nationale sur l&#8217;autel d&#8217;un f&#233;d&#233;ralisme europ&#233;en jamais clairement assum&#233; devant le peuple.</p><p>Quant &#224; la population immigr&#233;e, les chiffres officiels disent 7,4 % en 1975 contre 11,6 % aujourd&#8217;hui. Mais cette comparaison est une imposture statistique, une mystification d&#233;lib&#233;r&#233;e. Car entre-temps, des millions d&#8217;immigr&#233;s ont bascul&#233; dans la nationalit&#233; fran&#231;aise par une politique de naturalisation insens&#233;e, m&#233;thodique, presque industrielle. On a transform&#233; en Fran&#231;ais, par d&#233;cret et par d&#233;claration, des millions d&#8217;&#234;tres dont l&#8217;essentiel &#8211; langue, m&#339;urs, all&#233;geances, horizon mental &#8211; n&#8217;avait et n&#8217;a toujours rien &#224; voir avec la France. C&#8217;est, &#224; post&#233;riori, la plus grande usurpation collective d&#8217;identit&#233; jamais organis&#233;e depuis que la France existe. </p><p>Cette folie administrative et id&#233;ologique a profond&#233;ment, intrins&#232;quement, chang&#233; le visage du pays. En 1976, on ne sortait pas de cinquante ann&#233;es d&#8217;immigration et de naturalisation de masse. Le stock d&#8217;immigr&#233;s &#233;tait encore limit&#233;, et ceux qui acc&#233;daient &#224; la nationalit&#233; le faisaient, pour l&#8217;essentiel, apr&#232;s une assimilation r&#233;elle. Aujourd&#8217;hui, les &#171; immigr&#233;s &#187; au sens strict de l&#8217;Insee ne repr&#233;sentent qu&#8217;une partie de la transformation : il faut y ajouter les millions d&#233;j&#224; naturalis&#233;s et, plus encore, leurs descendants n&#233;s sur le sol fran&#231;ais, compt&#233;s comme Fran&#231;ais de naissance. Le pourcentage d&#8217;immigr&#233;s devient ainsi un leurre. Il masque le basculement d&#233;mographique et identitaire.</p><p>Cette immigration, massivement arabo-afro-islamique dans sa composition r&#233;cente, a provoqu&#233; une islamisation rampante de pans entiers du territoire. Ce n&#8217;est plus une simple pr&#233;sence religieuse ; c&#8217;est une transformation progressive de l&#8217;espace public, des m&#339;urs, des revendications et des rapports de force. Des quartiers entiers vivent d&#233;sormais selon des normes qui n&#8217;ont rien de r&#233;publicain ni de fran&#231;ais. Les attentats des ann&#233;es 1970 existaient, certes, mais ils n&#8217;avaient ni la coloration religieuse, ni la fr&#233;quence, ni l&#8217;ampleur de ceux que la France subit depuis trente ans. Les terroristes d&#8217;alors s&#8217;en prenaient &#224; un syst&#232;me &#8211; le capitalisme, l&#8217;&#201;tat bourgeois, l&#8217;ordre &#233;tabli &#8211; au nom d&#8217;une id&#233;ologie politique. Les terroristes islamiques contemporains, eux, s&#8217;en prennent &#224; un pays et &#224; un peuple : &#224; la France elle-m&#234;me, &#224; ses habitants, &#224; ses symbols, &#224; sa mani&#232;re d&#8217;&#234;tre. L&#8217;un combattait un r&#233;gime ; l&#8217;autre combat une civilisation. Cette distinction fondamentale a &#233;t&#233; soigneusement occult&#233;e par ceux qui ont organis&#233; le basculement d&#233;mographique et qui refusent encore d&#8217;en tirer les cons&#233;quences.</p><p>Ce basculement n&#8217;a pas seulement transform&#233; le visage de la France ; il a boulevers&#233; son ordre public. Sur le terrain de l&#8217;ins&#233;curit&#233;, le contraste avec 1976 est particuli&#232;rement cruel et r&#233;v&#233;lateur. &#192; l&#8217;&#233;poque, la d&#233;linquance demeurait, dans l&#8217;ensemble, d&#8217;un ordre plus traditionnel, moins satur&#233;e de violence gratuite, moins concentr&#233;e dans des territoires perdus. Les rues des villes moyennes et m&#234;me des grandes agglom&#233;rations restaient praticables le soir ; les Fran&#231;ais ne vivaient pas dans la crainte permanente de l&#8217;agression, du vol avec violence ou de l&#8217;&#233;meute. Aujourd&#8217;hui, les statistiques officielles dressent un tableau radicalement diff&#233;rent. Les coups et blessures volontaires, les vols violents, les tentatives d&#8217;homicide et certaines formes de violences sexuelles ont connu une croissance massive.</p><p>Surtout, ces faits se concentrent de mani&#232;re disproportionn&#233;e dans les quartiers prioritaires et r&#233;v&#232;lent une surrepr&#233;sentation massive, dans les mis en cause, de populations issues de certaines immigrations &#8211; principalement maghr&#233;bines et d&#8217;Afrique subsaharienne &#8211; qui, en 1976, n&#8217;existaient quasiment pas &#224; cette &#233;chelle dans le tissu d&#233;mographique fran&#231;ais. Cette surrepr&#233;sentation n&#8217;est pas une opinion ; elle ressort des donn&#233;es du minist&#232;re de l&#8217;Int&#233;rieur et des services statistiques. Elle n&#8217;existait pas, ou &#224; un degr&#233; infiniment moindre, il y a cinquante ans, pour la simple raison que la composition de la population &#233;tait autre. L&#8217;ins&#233;curit&#233; d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;est donc pas le prolongement naturel de celle d&#8217;hier : elle est le produit direct du basculement d&#233;mographique et culturel que les dirigeants ont volontairement organis&#233;, puis ni&#233;, puis criminalis&#233; lorsqu&#8217;on osait le nommer.</p><p>Cette naturalisation de masse, cette d&#233;sindustrialisation consentie, cet endettement structurel, cette abdication de souverainet&#233;, cette islamisation rampante et cette explosion de l&#8217;ins&#233;curit&#233; ne sont pas des accidents. Ils sont le fruit d&#8217;une volont&#233; politique fanatique, poursuivie avec obstination par tous les gouvernements depuis un demi-si&#232;cle. D&#232;s la fin des ann&#233;es 1970, sous Val&#233;ry Giscard d&#8217;Estaing, le regroupement familial fut &#233;rig&#233; en dogme. Fran&#231;ois Mitterrand transforma l&#8217;&#201;tat en machine &#224; redistribuer l&#8217;impuissance. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Fran&#231;ois Hollande, Emmanuel Macron : chacun &#224; sa mani&#232;re a perp&#233;tu&#233; le m&#234;me credo. On a multipli&#233; les 35 heures, alourdi la fiscalit&#233; jusqu&#8217;&#224; l&#8217;asphyxie, accept&#233; l&#8217;euro sans se donner les moyens de la comp&#233;titivit&#233;, ouvert les fronti&#232;res au nom d&#8217;un universalisme abstrait. On a pr&#234;ch&#233; le &#171; vivre-ensemble &#187; pendant que les cit&#233;s s&#8217;embrasaient. On a interdit de parler d&#8217;identit&#233; nationale sous peine d&#8217;anath&#232;me.</p><p>Comme l&#8217;avait pressenti Charles P&#233;guy, le monde moderne avilit ; il n&#8217;avait pourtant pas imagin&#233; que l&#8217;&#201;tat lui-m&#234;me se ferait l&#8217;agent le plus z&#233;l&#233; de cet avilissement, dissolvant la nation au nom de principes abstraits. Tocqueville, plus proph&#233;tique encore, avait averti que la d&#233;mocratie, priv&#233;e de ses racines historiques et de toute exigence de vertu, d&#233;g&#233;n&#233;rerait en un despotisme doux puis en un chaos d&#8217;int&#233;r&#234;ts et de ressentiment. Et de Gaulle, qui savait que &#171; la France ne peut &#234;tre la France sans la grandeur &#187;, aurait reconnu dans cette longue abdication la n&#233;gation m&#234;me de ce qu&#8217;il avait tent&#233; de reconstruire.</p><p> Depuis cinquante ans, nos dirigeants ont syst&#233;matiquement choisi la petitesse : petitesse &#233;conomique par la d&#233;sindustrialisation, petitesse financi&#232;re par l&#8217;endettement permanent, petitesse politique par l&#8217;abandon de souverainet&#233;, petitesse d&#233;mographique par le remplacement non dit. Ils ont, par fanatisme id&#233;ologique, persist&#233; dans l&#8217;erreur alors m&#234;me que les r&#233;sultats criaient l&#8217;&#233;chec. Chaque rapport de l&#8217;Insee, chaque usine ferm&#233;e, chaque point de dette suppl&#233;mentaire, chaque &#233;meute urbaine constituait un avertissement. Ils n&#8217;en ont tenu aucun compte. Pire : ils ont criminalis&#233; ceux qui osaient formuler le diagnostic.</p><p>Ce n&#8217;est plus de l&#8217;incomp&#233;tence. C&#8217;est un crime. Crime contre la prosp&#233;rit&#233;, crime contre la s&#233;curit&#233;, crime contre l&#8217;identit&#233;, crime contre la souverainet&#233; et la continuit&#233; historique d&#8217;un peuple. Un crime de l&#232;se-France. On objectera les &#171; contraintes internationales &#187; et la &#171; construction europ&#233;enne &#187;. Fadaises. D&#8217;autres nations europ&#233;ennes ont su pr&#233;server leur industrie, contr&#244;ler leurs fronti&#232;res ou limiter leur dette. La France seule a choisi, avec une constance pathologique, de s&#8217;autod&#233;truire sous pr&#233;texte de vertu.</p><p>Il faudra donc, un jour, un tribunal. Non un tribunal de la vengeance, mais un tribunal de la v&#233;rit&#233;. Un tribunal p&#233;nal national, compos&#233; de magistrats et de citoyens, charg&#233; d&#8217;examiner point par point les d&#233;cisions prises depuis 1976, d&#8217;en mesurer les cons&#233;quences chiffr&#233;es, et de juger ceux qui, en connaissance de cause, ont conduit la France &#224; sa d&#233;liquescence. Tous ceux qui ont dirig&#233; : pr&#233;sidents, premiers ministres, ministres de l&#8217;Int&#233;rieur, de l&#8217;&#201;conomie, de l&#8217;Immigration, des Affaires europ&#233;ennes. Qu&#8217;ils viennent s&#8217;expliquer. Qu&#8217;ils justifient pourquoi, face &#224; la dette qui montait, aux usines qui fermaient, &#224; la souverainet&#233; qui s&#8217;&#233;tiolait, aux quartiers qui s&#8217;embrasaient, ils ont choisi de poursuivre la m&#234;me voie funeste. Qu&#8217;ils r&#233;pondent de l&#8217;argent public gaspill&#233;, des vies bris&#233;es, de la nation fractur&#233;e.</p><p>Car le temps des excuses est r&#233;volu. La France de 1976 n&#8217;&#233;tait pas parfaite ; elle &#233;tait vivante. Celle de 2026 agonise sous le poids de d&#233;cisions criminelles. Si nous ne nommons pas les responsables, si nous continuons de parler de fatalit&#233;, alors nous serons complices. Et l&#8217;Histoire, qui n&#8217;est point une vieille dame indulgente, nous jugera plus durement encore que le tribunal que j&#8217;appelle de mes v&#339;ux.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La France des héritiers contre la France des bâtisseurs ]]></title><description><![CDATA[Un faux dilemme fran&#231;ais]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/la-france-des-heritiers-contre-la</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/la-france-des-heritiers-contre-la</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Thu, 06 Aug 2026 18:42:53 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>On se pla&#238;t, dans les salons et les gazettes, &#224; dresser l&#8217;un contre l&#8217;autre deux camps fictifs : d&#8217;un c&#244;t&#233; les h&#233;ritiers, ces privil&#233;gi&#233;s que l&#8217;on peint volontiers en oisifs jouisseurs d&#8217;un patrimoine imm&#233;rit&#233; ; de l&#8217;autre les b&#226;tisseurs, ces for&#231;ats de l&#8217;initiative que l&#8217;on pr&#233;tend &#233;touff&#233;s par la transmission des fortunes. </p><p>Quelle farce ! Quelle imposture intellectuelle ! La v&#233;ritable fracture ne passe point entre ceux qui re&#231;oivent et ceux qui cr&#233;ent. Elle s&#233;pare, d&#8217;une part, une soci&#233;t&#233; libre o&#249; l&#8217;on peut b&#226;tir et transmettre sans &#234;tre spoli&#233;, et, d&#8217;autre part, un &#201;tat hypertrophi&#233;, suffoquant, mortif&#232;re, qui s&#8217;immisce partout o&#249; il n&#8217;a que faire tout en d&#233;sertant scandaleusement les domaines r&#233;galiens qui constituent sa seule raison d&#8217;&#234;tre.</p><p>L&#8217;h&#233;ritage ne doit point &#234;tre tax&#233;. La suppression pure et simple des droits de succession n&#8217;est pas un cadeau fait aux riches : c&#8217;est la condition m&#234;me de l&#8217;initiative durable. Car que b&#226;tit-on, sinon pour transmettre ? Quel p&#232;re, quelle m&#232;re, quel fondateur d&#8217;entreprise se harasse pendant trente ou quarante ans si, au moment de quitter la sc&#232;ne, l&#8217;&#201;tat s&#8217;arroge le droit de pr&#233;lever une d&#238;me sur ce qui a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; tax&#233;, retax&#233;, surtax&#233; durant toute une existence de labeur ? La mati&#232;re taxable a d&#233;j&#224; pay&#233; son tribut. La frapper une seconde fois au moment de la transmission n&#8217;est point de la justice : c&#8217;est de la confiscation d&#233;guis&#233;e, un vol l&#233;gal que Proudhon lui-m&#234;me e&#251;t peine &#224; justifier autrement que par pure d&#233;magogie. &#171; La propri&#233;t&#233;, c&#8217;est le vol ! &#187; lan&#231;ait-il. Soit. Mais alors, que dire de l&#8217;&#201;tat qui, apr&#232;s avoir laiss&#233; l&#8217;individu accumuler par son effort, vient lui ravir une part substantielle de ce qu&#8217;il a conquis, sous pr&#233;texte d&#8217;&#233;galit&#233; ? C&#8217;est l&#8217;&#201;tat qui vole, et non le p&#232;re qui l&#232;gue.</p><p>Les droits de succession sont une invention archa&#239;que, injuste et inefficiente. Ils d&#233;couragent l&#8217;&#233;pargne, le risque, la longue vue. Ils poussent les familles &#224; des contorsions absurdes &#8212; donations anticip&#233;es, montages alambiqu&#233;s, exils fiscaux &#8212; pour pr&#233;server ce qui devrait &#234;tre librement transmissible. Ils forcent parfois la vente pr&#233;cipit&#233;e d&#8217;une entreprise ou d&#8217;un bien-fonds faute de liquidit&#233;s pour acquitter l&#8217;imp&#244;t du tr&#233;pas. Et pendant que l&#8217;on s&#8217;escrime &#224; taxer les morts, on laisse prosp&#233;rer une fiscalit&#233; vivante qui &#233;crase les vivants : charges sociales exorbitantes, imp&#244;t sur le revenu confiscatoire d&#232;s que l&#8217;on sort de la m&#233;diocrit&#233;, complexit&#233; byzantine qui transforme chaque cr&#233;ateur en comptable forc&#233;. Voil&#224; o&#249; r&#233;side le v&#233;ritable scandale.</p><p>Car l&#8217;initiative, elle, agonise sous le poids d&#8217;un &#201;tat qui se croit omniscient. L&#8217;intervention publique, lorsqu&#8217;elle sort de ses justes bornes, est mortif&#232;re. Elle &#233;touffe, elle scl&#233;rose, elle engourdit. Voyez l&#8217;immobilier : au lieu de laisser les b&#226;tisseurs construire l&#224; o&#249; la demande existe, on multiplie les r&#233;glementations, les normes, les interdictions, les permis kafka&#239;ens, les taxes locales, les contr&#244;les tatillons. R&#233;sultat : p&#233;nurie, prix stratosph&#233;riques, et une rente de situation pour ceux qui poss&#232;dent d&#233;j&#224; &#8212; non parce que l&#8217;h&#233;ritage serait coupable, mais parce que l&#8217;&#201;tat a rendu presque impossible de b&#226;tir du neuf. Voyez l&#8217;entreprise : chaque embauche devient un parcours du combattant, chaque innovation un risque fiscal et social. L&#8217;&#201;tat, sous couleur de prot&#233;ger, a transform&#233; le pays en un labyrinthe o&#249; seuls les mieux inform&#233;s, les mieux connect&#233;s, les plus patient&#233;s survivent. Et l&#8217;on s&#8217;&#233;tonne ensuite que la cr&#233;ation de richesse se tarisse !</p><p>Fr&#233;d&#233;ric Bastiat l&#8217;avait formul&#233; avec une clart&#233; qui devrait faire rougir nos contemporains : &#171; L&#8217;&#201;tat, c&#8217;est la grande fiction &#224; travers laquelle tout le monde s&#8217;efforce de vivre aux d&#233;pens de tout le monde. &#187; Et plus pr&#233;cis&#233;ment encore : n&#8217;attendre de l&#8217;&#201;tat que deux choses &#8212; libert&#233; et s&#233;curit&#233; &#8212; et bien voir que l&#8217;on ne saurait, au risque de les perdre toutes deux, en demander une troisi&#232;me. Or, que faisons-nous ? Nous demandons &#224; l&#8217;&#201;tat de redistribuer, de r&#233;glementer, de planifier, de &#171; prot&#233;ger &#187; jusqu&#8217;&#224; l&#8217;absurde, tandis qu&#8217;il abandonne peu &#224; peu ce qui constitue le c&#339;ur de sa mission.</p><p>Les domaines r&#233;galiens &#8212; la justice, la police, la d&#233;fense, la diplomatie, le monopole de la force l&#233;gitime &#8212; sont d&#233;sert&#233;s ou d&#233;grad&#233;s. La justice est lente, engorg&#233;e, parfois partisane. La s&#233;curit&#233; quotidienne se d&#233;lite dans maint quartier. Les fronti&#232;res deviennent poreuses. L&#8217;autorit&#233; de l&#8217;&#201;tat s&#8217;&#233;rode. Et pendant ce temps, le m&#234;me &#201;tat s&#8217;&#233;puise &#224; taxer les successions, &#224; r&#233;glementer le moindre d&#233;tail de la vie &#233;conomique, &#224; inventer de nouvelles normes pour des secteurs qu&#8217;il ne comprend pas. Benjamin Constant le disait d&#233;j&#224; : &#171; Les fonctions du gouvernement sont purement n&#233;gatives. Il doit r&#233;primer les d&#233;sordres, &#233;carter les obstacles, emp&#234;cher en un mot que le mal n&#8217;ait lieu. On peut ensuite s&#8217;en fier aux individus pour trouver le bien. &#187; Voil&#224; la sagesse oubli&#233;e. L&#8217;&#201;tat doit se r&#233;approprier ses pr&#233;rogatives r&#233;galiennes avec vigueur, et se retirer r&#233;solument de tout ce qui n&#8217;en rel&#232;ve point.</p><p>Que l&#8217;on cesse donc de dresser un faux proc&#232;s aux h&#233;ritiers. L&#8217;h&#233;ritage n&#8217;est point l&#8217;ennemi de l&#8217;initiative : il en est souvent le fruit et le prolongement. Celui qui b&#226;tit aujourd&#8217;hui le fait fr&#233;quemment pour que ses enfants n&#8217;aient pas &#224; recommencer &#224; z&#233;ro dans un monde devenu hostile &#224; la cr&#233;ation. Supprimer les droits de succession, c&#8217;est rendre &#224; la transmission sa libert&#233; naturelle, c&#8217;est cesser de punir ceux qui ont r&#233;ussi &#224; accumuler par leur effort ou celui de leurs a&#239;eux. Lib&#233;rer l&#8217;initiative, c&#8217;est all&#233;ger le carcan r&#233;glementaire et fiscal qui p&#232;se sur le travail, sur l&#8217;entreprise, sur la construction, sur l&#8217;innovation. Remettre l&#8217;&#201;tat &#224; sa place, c&#8217;est le rappeler &#224; ses devoirs r&#233;galiens et le chasser des domaines o&#249; son intervention n&#8217;apporte que st&#233;rilit&#233; et corruption.</p><p>Joseph Schumpeter avait d&#233;crit le processus de destruction cr&#233;atrice comme le souffle m&#234;me de toute &#233;conomie vivante. Mais ce souffle ne peut souffler que si l&#8217;on cesse de l&#8217;&#233;touffer sous pr&#233;texte de justice sociale. Charles P&#233;guy c&#233;l&#233;brait l&#8217;honneur du travail bien fait : &#171; Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu. &#187; Cet honneur-l&#224; exige que l&#8217;on puisse transmettre librement le fruit de son labeur, et que l&#8217;&#201;tat cesse de se prendre pour un grand redistributeur omniscient.</p><p>La France n&#8217;a pas besoin d&#8217;une guerre entre h&#233;ritiers et b&#226;tisseurs. Elle a besoin d&#8217;un &#201;tat qui cesse d&#8217;&#234;tre mortif&#232;re l&#224; o&#249; il n&#8217;a rien &#224; faire, et qui redevienne enfin digne de ses missions essentielles. Supprimons les droits de succession. Lib&#233;rons l&#8217;initiative de ses cha&#238;nes. Redonnons &#224; l&#8217;&#201;tat ses attributs r&#233;galiens. Alors, peut-&#234;tre, la France des b&#226;tisseurs pourra de nouveau prosp&#233;rer &#8212; et transmettre, sans honte ni spoliation, ce qu&#8217;elle aura cr&#233;&#233;.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La fin de la méritocratie ]]></title><description><![CDATA[Comment le g&#233;nie fran&#231;ais a &#233;t&#233; remplac&#233; par la b&#234;tise institutionnalis&#233;e]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/la-fin-de-la-meritocratie</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/la-fin-de-la-meritocratie</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Tue, 04 Aug 2026 09:41:37 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Que reste-t-il de l&#8217;excellence fran&#231;aise, ce joyau jadis cisel&#233; dans le creuset des concours les plus s&#233;v&#232;res, aujourd&#8217;hui prostitu&#233; aux idoles de la m&#233;diocrit&#233; triomphante ? Une question simple, presque na&#239;ve, et pourtant d&#8217;une urgence atrabilaire : qu&#8217;est devenue cette excellence qui fit jadis la superbe de la nation ? </p><p>Elle g&#238;t d&#233;sormais dans les d&#233;combres d&#8217;un syst&#232;me qui a pr&#233;f&#233;r&#233; l&#8217;ochlocratie &#233;galitaire au magist&#232;re exigeant, le simulacre au savoir, la pr&#233;bende id&#233;ologique &#224; la pr&#233;cellence. Les concours, jadis sanctuaires d&#8217;une s&#233;lection impitoyable, sont d&#233;sormais vid&#233;s de leur sens ; le nivellement scolaire r&#232;gne en ma&#238;tre ; l&#8217;inflation des dipl&#244;mes monnaye la nullit&#233; ; la discrimination positive s&#8217;&#233;rige en dogme inique ; le recrutement militant peuple les c&#233;nacles de z&#233;lateurs plus prompts &#224; la jactance qu&#8217;&#224; l&#8217;&#233;rudition. Jean Cocteau l&#8217;avait pressenti avec une cruelle lucidit&#233; : &#171; Le drame de notre &#233;poque, c&#8217;est que la b&#234;tise s&#8217;est mise &#224; penser. &#187; Voici le r&#233;quisitoire.</p><p>Consid&#233;rez d&#8217;abord ces concours jadis redout&#233;s, ces &#233;preuves qui exigeaient de l&#8217;aspirant une ma&#238;trise absolue des arcanes du droit, de l&#8217;&#233;conomie, de l&#8217;histoire et de la langue. Sciences Po Paris, nagu&#232;re forge d&#8217;une &#233;lite cultiv&#233;e, a transform&#233; son concours en amphigouri de crit&#232;res sociaux et de &#171; parcours atypiques &#187;. Les &#233;preuves &#233;crites, nagu&#232;re redoutables, se sont dilu&#233;es dans un fatras de dossiers et d&#8217;entretiens o&#249; la &#171; diversit&#233; &#187; p&#232;se plus que la solidit&#233; intellectuelle. L&#8217;ENA, ce temple de la haute administration, a &#233;t&#233; purement et simplement aboli, remplac&#233; par un Institut national du service public dont les arcanes recrutent selon des quotas de &#171; parit&#233; territoriale et sociale &#187;. </p><p>On a ainsi substitu&#233; &#224; la s&#233;lection par le m&#233;rite une s&#233;lection par l&#8217;origine, par le code postal, par le r&#233;cit de soi. Les grandes &#233;coles de commerce &#8211; HEC, ESSEC, ESCP &#8211; n&#8217;&#233;chappent point &#224; cette d&#233;liquescence : leurs jurys, jadis aristarques inflexibles, s&#8217;inclinent d&#233;sormais devant les conventions d&#8217;&#233;ducation prioritaire, les &#171; parcours diversifi&#233;s &#187;, les candidatures internationales monnay&#233;es &#224; prix d&#8217;or. Le concours, ce sacrement r&#233;publicain, est devenu mascarade. On y ou&#239;t non plus la voix de la raison, mais le murmure des accommodements. L&#8217;excellence, jadis reconnue par l&#8217;&#233;preuve, est d&#233;sormais conf&#233;r&#233;e par d&#233;cret.</p><p>Ce d&#233;voiement n&#8217;est point isol&#233;. Il s&#8217;inscrit dans un nivellement scolaire g&#233;n&#233;ralis&#233;, cette procrust&#233;enne op&#233;ration qui coupe les t&#234;tes trop hautes pour les faire tenir dans le lit de l&#8217;&#233;galit&#233;. Le baccalaur&#233;at, nagu&#232;re examen de maturit&#233;, est devenu farce : taux de r&#233;ussite prodigieux, mentions distribu&#233;es &#224; foison, programmes all&#233;g&#233;s jusqu&#8217;&#224; l&#8217;indigence. Les lyc&#233;es, jadis foyers d&#8217;une culture humaniste, se sont mu&#233;s en lieux de &#171; bien-&#234;tre &#187; o&#249; l&#8217;effort est suspect et la comp&#233;tition anath&#233;matis&#233;e.</p><p> On a banni la note, ce cruel miroir de la r&#233;alit&#233;, au profit d&#8217;&#233;valuations &#171; bienveillantes &#187;. Les professeurs, jadis d&#233;tenteurs d&#8217;un magist&#232;re, sont devenus animateurs d&#8217;ateliers de &#171; comp&#233;tences psychosociales &#187;. L&#8217;&#233;l&#232;ve n&#8217;est plus confront&#233; &#224; la difficult&#233; ; il est prot&#233;g&#233; d&#8217;elle. Ainsi s&#8217;instaure une culture de l&#8217;excuse permanente, o&#249; l&#8217;&#233;chec n&#8217;est jamais imputable &#224; l&#8217;individu, mais toujours au syst&#232;me, &#224; la soci&#233;t&#233;, &#224; l&#8217;histoire. Gustave Flaubert, qui passait sa vie &#224; traquer la b&#234;tise comme un entomologiste traque l&#8217;insecte, avait d&#233;j&#224; diagnostiqu&#233; le mal : &#171; Tout le r&#234;ve de la d&#233;mocratie est d&#8217;&#233;lever le prol&#233;taire au niveau de b&#234;tise du bourgeois.</p><p> Le r&#234;ve est en partie accompli. &#187; Cette incurie organis&#233;e produit des g&#233;n&#233;rations de bacheliers incapables de r&#233;diger une phrase correcte, de calculer une proportion, de situer une date. Et l&#8217;on s&#8217;&#233;tonne ensuite que les concours, pour sauver les apparences, diluent leurs exigences !</p><p>L&#8217;inflation des dipl&#244;mes ach&#232;ve cette &#339;uvre de sape. On d&#233;livre d&#233;sormais des titres universitaires comme on distribue des indulgences. Masters en tous genres, licences professionnelles, doctorats de complaisance : le papier se multiplie tandis que le savoir s&#8217;amenuise. Les grandes &#233;coles elles-m&#234;mes, jadis jalouses de leur s&#233;lectivit&#233;, multiplient les fili&#232;res parall&#232;les, les double-dipl&#244;mes, les programmes &#171; executive &#187; o&#249; l&#8217;argent suppl&#233;e au m&#233;rite. </p><p>Un dipl&#244;me, nagu&#232;re gage de comp&#233;tence, est devenu un s&#233;same social sans valeur intrins&#232;que. L&#8217;employeur, confront&#233; &#224; cette pl&#233;thore de parchemins, ne sait plus distinguer l&#8217;&#233;rudit du b&#233;l&#238;tre. La confiance s&#8217;&#233;rode ; le soup&#231;on s&#8217;installe. On en vient &#224; douter de toute certification, car toutes sont devenues factices. Cette mon&#233;tisation du savoir, cette prostitution de l&#8217;excellence, est le signe le plus clair d&#8217;une soci&#233;t&#233; qui a cess&#233; de croire en la hi&#233;rarchie des talents.</p><p>Plus grave encore est la discrimination positive, cette sophistique qui pr&#233;tend corriger les in&#233;galit&#233;s en instituant d&#8217;autres in&#233;galit&#233;s, plus iniques encore. Sous pr&#233;texte de &#171; diversit&#233; &#187;, on introduit dans les recrutements des crit&#232;res ethniques, sociaux, g&#233;ographiques qui n&#8217;ont rien &#224; voir avec la comp&#233;tence. Sciences Po, pionni&#232;re en la mati&#232;re, a invent&#233; les conventions ZEP, ces passerelles qui permettent d&#8217;acc&#233;der &#224; l&#8217;&#233;cole sans passer par le concours commun. L&#8217;ENA, avant sa disparition, avait d&#233;j&#224; amorc&#233; ce mouvement. Les &#233;coles de commerce multiplient les &#171; voies d&#8217;acc&#232;s diversifi&#233;es &#187;. On ne recrute plus l&#8217;esprit le plus aiguis&#233;, mais le profil le plus conforme &#224; une id&#233;ologie de la repr&#233;sentation. </p><p>L&#8217;individu est r&#233;duit &#224; sa cat&#233;gorie ; son m&#233;rite personnel est occult&#233;. Cette pratique, pr&#233;sent&#233;e comme progressiste, est en r&#233;alit&#233; une r&#233;gression vers le corporatisme d&#8217;Ancien R&#233;gime, o&#249; la naissance &#8211; ou d&#233;sormais l&#8217;appartenance &#224; un groupe &#8211; primait sur le talent. Elle instaure une injustice nouvelle, plus pernicieuse encore, car elle se pare des oripeaux de la vertu. Elle humilie ceux qu&#8217;elle pr&#233;tend aider, en sugg&#233;rant qu&#8217;ils ne pourraient r&#233;ussir sans faveur. Elle frustre ceux qu&#8217;elle &#233;carte, en leur signifiant que leur effort est vain face au crit&#232;re identitaire. Elle corrompt l&#8217;institution elle-m&#234;me, en y introduisant le soup&#231;on permanent de favoritisme.</p><p>Enfin, le recrutement militant parach&#232;ve cette d&#233;composition. Les jurys, les conseils d&#8217;administration, les directions d&#8217;&#233;tablissements se peuplent de z&#233;lateurs plus attentifs &#224; la conformit&#233; id&#233;ologique qu&#8217;&#224; la solidit&#233; intellectuelle. On privil&#233;gie le candidat qui r&#233;cite le cat&#233;chisme du moment &#8211; inclusion, transition, d&#233;colonialisme &#8211; plut&#244;t que celui qui ma&#238;trise les textes fondateurs ou les raisonnements complexes. Les programmes eux-m&#234;mes s&#8217;infl&#233;chissent : moins de droit constitutionnel, plus de &#171; genre et institutions &#187; ; moins d&#8217;&#233;conomie quantitative, plus de &#171; critiques du capitalisme &#187;. </p><p>L&#8217;universit&#233; et les grandes &#233;coles deviennent des c&#233;nacles o&#249; l&#8217;on cultive non plus la science, mais la foi. L&#8217;h&#233;r&#233;sie intellectuelle est punie ; le doute est suspect. Cette ambiance de cagotisme moderne &#233;touffe la libre examination, condition premi&#232;re de toute excellence. L&#8217;esprit critique, jadis gloire de la France, est remplac&#233; par le conformisme militant. On forme des cadres non pour penser, mais pour appliquer une doxa. On pr&#233;pare non des &#233;lites, mais des apparatchiks. Albert Camus le savait d&#233;j&#224; : &#171; La b&#234;tise insiste toujours, on s&#8217;en apercevrait si l&#8217;on ne pensait pas toujours &#224; soi. &#187; Et elle insiste, en effet, avec une constance de plus en plus bruyante.</p><p>Quelles sont les cons&#233;quences de ce grand d&#233;voiement ? La France, qui fut longtemps le pays de l&#8217;excellence administrative, intellectuelle et technique, voit ses institutions s&#8217;affaiblir. L&#8217;administration se remplit de m&#233;diocres ; les entreprises peinent &#224; trouver des esprits form&#233;s ; la recherche s&#8217;appauvrit. Les meilleurs talents, d&#233;go&#251;t&#233;s par ce nivellement, s&#8217;exilent vers des cieux o&#249; le m&#233;rite est encore reconnu. Le prestige international de nos &#233;coles s&#8217;&#233;rode, non par manque de moyens, mais par manque d&#8217;exigence. On a confondu &#233;galit&#233; des chances et &#233;galit&#233; des r&#233;sultats ; on a pris la bienveillance pour de la justice ; on a cru que la diversit&#233; se d&#233;cr&#233;tait. </p><p>Or l&#8217;excellence n&#8217;est pas une distribution &#233;quitable de places ; elle est une reconnaissance impitoyable des diff&#233;rences de talent et d&#8217;effort. Elle exige de la s&#233;v&#233;rit&#233;, non de la complaisance. Elle r&#233;clame de la hi&#233;rarchie, non de l&#8217;&#233;galitarisme. Elle suppose que certains valent mieux que d&#8217;autres dans tel ou tel domaine, et que cette hi&#233;rarchie, loin d&#8217;&#234;tre une oppression, est la condition de tout progr&#232;s collectif. Ernest Renan, lui, mesurait d&#233;j&#224; l&#8217;ampleur du ph&#233;nom&#232;ne : &#171; La b&#234;tise humaine est la seule chose qui donne une id&#233;e de l&#8217;infini. &#187;</p><p>On nous objectera que le syst&#232;me ancien &#233;tait injuste, qu&#8217;il reproduisait les privil&#232;ges. Sans doute. Mais la r&#233;ponse n&#8217;est point de le d&#233;truire ; elle est de l&#8217;ouvrir davantage au talent, d&#8217;o&#249; qu&#8217;il vienne, par un enseignement primaire et secondaire digne de ce nom, par des concours exigeants et anonymes, par une culture de l&#8217;effort restaur&#233;e. Au lieu de cela, on a choisi la voie de la facilit&#233;, celle qui flatte les passions &#233;galitaires tout en ruinant les fondements de la comp&#233;tence. On a pr&#233;f&#233;r&#233; le confort de la m&#233;diocrit&#233; partag&#233;e &#224; l&#8217;inconfort de l&#8217;excellence distinctive. On a sacrifi&#233; le long terme au court terme, la substance &#224; l&#8217;apparence, le fond &#224; la forme.</p><p>Que reste-t-il donc de l&#8217;excellence fran&#231;aise ? Un souvenir, un spectre, une r&#233;f&#233;rence que l&#8217;on invoque encore dans les discours officiels, mais que l&#8217;on s&#8217;empresse de trahir dans les actes. Elle agonise sous les coups r&#233;p&#233;t&#233;s de la discrimination positive, du nivellement scolaire, de l&#8217;inflation des titres et du recrutement id&#233;ologique. Elle expire dans les amphith&#233;&#226;tres o&#249; l&#8217;on enseigne d&#233;sormais le ressentiment plut&#244;t que la connaissance, dans les jurys o&#249; l&#8217;on p&#232;se les origines plut&#244;t que les capacit&#233;s, dans les programmes o&#249; l&#8217;on substitue le cat&#233;chisme militant &#224; la rigueur disciplinaire.</p><p>Il est temps de cesser de se mentir. Une nation qui renonce &#224; s&#233;lectionner ses &#233;lites selon le m&#233;rite renonce &#224; elle-m&#234;me. Une soci&#233;t&#233; qui pr&#233;f&#232;re la repr&#233;sentation &#224; la comp&#233;tence pr&#233;pare son propre d&#233;clin. Une &#233;cole qui refuse de distinguer le meilleur du m&#233;diocre forme non des citoyens &#233;clair&#233;s, mais des sujets dociles. La France, qui inventa jadis le concours comme instrument de justice r&#233;publicaine, est en train de le d&#233;truire au nom d&#8217;une justice imaginaire. Elle &#233;change l&#8217;aristocratie du talent contre une ochlocratie des revendications. Elle barterre sa superbe ancienne contre une m&#233;diocrit&#233; consolante.</p><p>Qu&#8217;on ne s&#8217;y trompe point : ce n&#8217;est point un progr&#232;s, c&#8217;est une r&#233;gression. Ce n&#8217;est point une ouverture, c&#8217;est un enfermement dans l&#8217;id&#233;ologie. Ce n&#8217;est point une humanisation, c&#8217;est un ab&#234;tissement organis&#233;. L&#8217;excellence n&#8217;est point cruelle ; c&#8217;est sa n&#233;gation qui l&#8217;est, car elle condamne tout un peuple &#224; la demi-mesure, &#224; l&#8217;approximation, &#224; la d&#233;pendance intellectuelle. Restaurer le concours dans sa puret&#233;, r&#233;tablir l&#8217;exigence dans les programmes, supprimer les quotas qui insultent le talent, &#233;carter les z&#233;lateurs qui confondent l&#8217;&#233;cole avec une chapelle : telles sont les conditions d&#8217;un redressement. Faute de quoi, la France continuera de s&#8217;enfoncer dans cette douce d&#233;liquescence o&#249; l&#8217;on c&#233;l&#232;bre la diversit&#233; des profils tout en oubliant d&#8217;exiger la qualit&#233; des esprits.</p><p>Alors, qu&#8217;est devenue l&#8217;excellence fran&#231;aise ? Elle attend, dans les d&#233;combres, qu&#8217;on daigne enfin la relever.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le Culte de la Victimisation]]></title><description><![CDATA[Ou comment l&#8217;opprobre se mua en couronne et la plainte en num&#233;raire]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/le-culte-de-la-victimisation</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/le-culte-de-la-victimisation</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Mon, 03 Aug 2026 14:37:42 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il fut un temps o&#249; la grandeur d&#8217;une &#226;me se jaugeait &#224; l&#8217;aune de sa capacit&#233; &#224; porter le fardeau du destin sans s&#8217;y laisser &#233;craser. L&#8217;homme digne, f&#251;t-il meurtri par l&#8217;adversit&#233;, dressait sa stature contre le sort et transformait la souffrance en force. Aujourd&#8217;hui, dans ce si&#232;cle de mollesse ostentatoire et de pathos mercantile, la souffrance all&#233;gu&#233;e est devenue la plus pure des monnaies. Le statut de victime s&#8217;est &#233;rig&#233; en capital symbolique plus pr&#233;cieux que le m&#233;rite, plus redoutable que la responsabilit&#233;, plus enviable que la vertu. Nous assistons, non sans stupeur, &#224; l&#8217;apoth&#233;ose d&#8217;une v&#233;ritable martyrologie la&#239;que, o&#249; l&#8217;opprobre d&#8217;autrefois se change en diad&#232;me et o&#249; le g&#233;missement tient lieu de titre de noblesse.</p><p>Cette inversion des valeurs n&#8217;est point accidentelle. Elle proc&#232;de d&#8217;une corruption lente et m&#233;thodique des esprits. L&#224; o&#249; jadis l&#8217;on admirait celui qui surmontait l&#8217;&#233;preuve, l&#8217;on idol&#226;tre d&#233;sormais celui qui s&#8217;y compla&#238;t. La plainte, jadis signe de faiblesse ou de d&#233;ch&#233;ance, s&#8217;est m&#233;tamorphos&#233;e en instrument de pouvoir. Elle conf&#232;re une autorit&#233; morale quasi sacerdotale : qui oserait contredire la victime ? Qui oserait exiger d&#8217;elle la moindre reddition de comptes ? L&#8217;accusation d&#8217;insensibilit&#233;, de &#171; violence symbolique &#187;, de &#171; n&#233;gation de la souffrance &#187; tombe comme un couperet sur quiconque pr&#233;tend rappeler que la vie est lutte, que le m&#233;rite se forge dans l&#8217;effort et que la responsabilit&#233; demeure le seul fondement d&#8217;une soci&#233;t&#233; digne de ce nom.</p><p>Nul mieux que Nietzsche n&#8217;avait pressenti cette subversion. Dans sa <em>G&#233;n&#233;alogie de la morale</em>, le philosophe diagnostiquait avec une clairvoyance impitoyable l&#8217;av&#232;nement de la morale du ressentiment. &#171; Le ressentiment lui-m&#234;me, s&#8217;il devient cr&#233;ateur et engendre des valeurs, c&#8217;est toujours, &#233;crivait-il, le ressentiment d&#8217;&#234;tres &#224; qui la r&#233;action v&#233;ritable, celle de l&#8217;action, est interdite et qui ne trouvent de compensation qu&#8217;dans une vengeance imaginaire. &#187; Ainsi les faibles, incapables d&#8217;agir, de cr&#233;er ou de vaincre, retournent les valeurs comme un gant. Ce qui &#233;tait noble, actif, affirmateur de la vie devient &#171; mal &#187; ; ce qui &#233;tait bas, passif, souffrant se pare des atours du &#171; bien &#187;. Le culte contemporain de la victimisation n&#8217;est que l&#8217;accomplissement paroxystique de cette morale d&#8217;esclaves. Le faible ne se contente plus de ha&#239;r secr&#232;tement le fort : il exige d&#233;sormais que sa plainte soit reconnue comme vertu supr&#234;me, que sa souffrance soit &#233;rig&#233;e en titre de cr&#233;ance sur le monde entier. Ainsi le ressentiment, jadis confin&#233; aux ombres de l&#8217;&#226;me, s&#8217;&#233;tale au grand jour et pr&#233;tend dicter la loi.</p><p>Voyez comme cette monnaie s&#8217;&#233;change. Dans l&#8217;agora m&#233;diatique, sur les tr&#233;teaux universitaires, dans les antichambres du pouvoir, le r&#233;cit victimnaire circule avec la fluidit&#233; de l&#8217;or. Il ouvre les portes, attire les subsides, garantit l&#8217;impunit&#233;. Un individu peut avoir failli, trahi, d&#233;m&#233;rit&#233; : pourvu qu&#8217;il exhibe quelque stigmate &#8211; r&#233;el ou imaginaire &#8211; il se voit absous, glorifi&#233;, presque sanctifi&#233;. L&#8217;on ne demande plus : &#171; Qu&#8217;as-tu accompli ? &#187; mais &#171; De quoi as-tu souffert ? &#187;. L&#8217;on ne scrute plus la stature, mais la profondeur de la plaie. Ainsi le pusillanime se pare-t-il des attributs du h&#233;ros, le parasite se drape-t-il dans la pourpre du martyr, et le sycophante transforme-t-il sa ranc&#339;ur en capital politique. Comme l&#8217;avait d&#233;j&#224; pressenti La Rochefoucauld : &#171; Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices d&#233;guis&#233;s. &#187; Ici, la plainte se pare des dehors de la vertu pour mieux dissimuler l&#8217;app&#233;tit de domination.</p><p>Cette alchimie perverse n&#8217;est pas sans cons&#233;quences. Elle engendre une concurrence des souffrances, une v&#233;ritable ench&#232;re de l&#8217;abjection o&#249; chacun s&#8217;efforce de prouver qu&#8217;il est plus meurtri, plus l&#233;s&#233;, plus opprim&#233; que son voisin. Les groupes s&#8217;affrontent non plus sur le terrain des id&#233;es ou des &#339;uvres, mais sur celui de la plainte la plus retentissante. L&#8217;histoire elle-m&#234;me est r&#233;&#233;crite &#224; l&#8217;aune de cette nouvelle th&#233;ologie : les vainqueurs d&#8217;autrefois deviennent les bourreaux, les b&#226;tisseurs des oppresseurs, et toute grandeur pass&#233;e est suspect&#233;e d&#8217;avoir repos&#233; sur quelque injustice originelle. L&#8217;on refuse de voir que toute civilisation fut b&#226;tie dans le sang et la sueur, que le progr&#232;s naquit de l&#8217;effort et non de la lamentation. On pr&#233;f&#232;re la d&#233;ploration collective &#224; l&#8217;examen lucide des responsabilit&#233;s individuelles.</p><p>Cette logique atteint son paroxysme avec l&#8217;&#233;mergence fulgurante du terme &#171; racis&#233; &#187;, forg&#233; et propag&#233; par l&#8217;extr&#234;me-gauche. D&#233;sormais, la victime n&#8217;est plus celle qui a souffert dans sa chair et dans son destin particulier : il suffit d&#8217;appartenir &#224; certain groupe racial &#8211; comble d&#8217;ironie pour une gauche qui se flattait jadis d&#8217;avoir invent&#233; l&#8217;antiracisme et d&#8217;avoir aboli la race comme cat&#233;gorie &#8211; pour se voir spontan&#233;ment conf&#233;rer le statut de victime, de cr&#233;ancier moral absolu, de vache sacr&#233;e intouchable du syst&#232;me progressiste qui pr&#233;tend diriger la France. L&#8217;appartenance groupale devient sacrement ; le simple fait d&#8217;&#234;tre &#171; racis&#233; &#187; dispense de toute preuve de souffrance individuelle, de tout examen des actes, de toute responsabilit&#233; personnelle. Quiconque oserait contester ce dogme s&#8217;expose &#224; l&#8217;anath&#232;me, &#224; l&#8217;accusation d&#8217;h&#233;r&#233;sie, &#224; la mise au ban. Ainsi la race, concept que l&#8217;on pr&#233;tendait avoir enfoui &#224; jamais, ressuscite sous les auspices de ceux-l&#224; m&#234;mes qui se disaient ses fossoyeurs, et sert d&#233;sormais de fondement &#224; une nouvelle hi&#233;rarchie morale o&#249; le m&#233;rite s&#8217;efface devant la pure g&#233;n&#233;alogie de la plainte.</p><p>Plus insidieuse encore est la mani&#232;re dont ce culte sape le ressort m&#234;me de l&#8217;&#226;me humaine. Car la responsabilit&#233;, cette aust&#232;re vertu qui exige de l&#8217;individu qu&#8217;il assume ses actes et leurs cons&#233;quences, devient suspecte. Elle est tax&#233;e de duret&#233;, de &#171; violence &#187;, d&#8217;&#171; absence d&#8217;empathie &#187;. L&#8217;on enseigne aux jeunes g&#233;n&#233;rations que le monde leur doit r&#233;paration, que leurs &#233;checs sont toujours le fruit d&#8217;un syst&#232;me inique, que leur souffrance &#8211; m&#234;me la plus banale &#8211; les place au-dessus du commun. Ainsi se forme une arm&#233;e de plaignants permanents, incapables de se dresser, prompts &#224; s&#8217;effondrer au premier obstacle, et toujours pr&#234;ts &#224; convertir leur impuissance en accusation. La libert&#233;, qui suppose le courage d&#8217;agir et d&#8217;en r&#233;pondre, s&#8217;&#233;tiole. Il ne reste plus que le droit de se plaindre et l&#8217;exigence d&#8217;&#234;tre consol&#233;.</p><p>Guy Debord, dans sa <em>Soci&#233;t&#233; du spectacle</em>, avait d&#233;j&#224; perc&#233; &#224; jour cette r&#233;duction de l&#8217;existence &#224; pure repr&#233;sentation. &#171; Toute la vie des soci&#233;t&#233;s dans lesquelles r&#232;gnent les conditions modernes de production s&#8217;annonce comme une immense accumulation de spectacles &#187;, &#233;crivait-il d&#232;s les premi&#232;res lignes. Et plus loin : &#171; Le spectacle n&#8217;est pas un ensemble d&#8217;images, mais un rapport social entre des personnes, m&#233;diatis&#233; par des images. &#187; Chez lui, le spectacle n&#8217;est point simple divertissement, mais le moment o&#249; le r&#233;el se dissout dans l&#8217;image, o&#249; les relations humaines ne s&#8217;&#233;tablissent plus que m&#233;diatis&#233;es par des apparences marchandes. La victime, dans cet ordre spectaculaire, cesse d&#8217;&#234;tre une chair souffrante pour devenir un tableau vivant, une ic&#244;ne consumable, un fragment d&#8217;image que l&#8217;on exhibe, que l&#8217;on circule, que l&#8217;on consomme. Sa plainte n&#8217;a plus besoin d&#8217;&#234;tre vraie : il suffit qu&#8217;elle soit visible, path&#233;tique, monnayable. Ainsi le statut de victime s&#8217;inscrit-il parfaitement dans la logique du spectacle : il n&#8217;est plus v&#233;cu, il est repr&#233;sent&#233; ; il n&#8217;est plus souffert, il est mis en sc&#232;ne.</p><p>Jean Baudrillard, avec sa lucidit&#233; glac&#233;e, prolongea cette intuition jusqu&#8217;&#224; l&#8217;hyperr&#233;alit&#233;. Dans <em>Simulacres et Simulation</em>, il notait : &#171; Le simulacre n&#8217;est jamais ce qui cache la v&#233;rit&#233; &#8212; c&#8217;est la v&#233;rit&#233; qui cache qu&#8217;il n&#8217;y en a pas. Le simulacre est vrai. &#187; Dans l&#8217;univers qu&#8217;il d&#233;crivait, la victime n&#8217;est plus tant une personne r&#233;elle qu&#8217;un signe flottant, un simulacre consum&#233; et reproduit &#224; l&#8217;infini par les m&#233;dias et les institutions. La souffrance cesse d&#8217;&#234;tre une exp&#233;rience v&#233;cue pour devenir une image, une marchandise spectaculaire, un code d&#8217;&#233;change social d&#233;pourvu de tout r&#233;f&#233;rent authentique. On n&#8217;en finit plus de produire et de consommer des victimes comme on produit et consomme des signes : leur valeur ne r&#233;side plus dans la v&#233;rit&#233; de la blessure, mais dans la pure circulation du r&#233;cit victimnaire. Ainsi le statut de victime, d&#233;tach&#233; de toute substance, se multiplie en pure apparence, et plus il se multiplie, plus il perd de r&#233;alit&#233;, jusqu&#8217;&#224; n&#8217;&#234;tre plus qu&#8217;une monnaie de singe dans le grand march&#233; des simulacres.</p><p>Que l&#8217;on ne s&#8217;y trompe point : il ne s&#8217;agit point ici de nier l&#8217;existence de souffrances authentiques, ni de m&#233;priser ceux que le destin a r&#233;ellement frapp&#233;s. L&#8217;homme de c&#339;ur sait reconna&#238;tre la douleur v&#233;ritable et y r&#233;pondre avec la compassion qui convient. Mais il y a un ab&#238;me entre la reconnaissance de la souffrance et son exploitation syst&#233;matique. Lorsque la victime cesse d&#8217;&#234;tre une personne pour devenir un statut, lorsque ce statut se monnaye, lorsque la plainte se fait strat&#233;gie, alors nous quittons le domaine de l&#8217;humain pour entrer dans celui de la tartuferie. Les v&#233;ritables meurtris, ceux qui portent leur fardeau en silence, se trouvent alors d&#233;pouill&#233;s une seconde fois : leur douleur est dilu&#233;e dans le grand march&#233; des larmes, confondue avec les g&#233;missements de convenance et les thr&#232;nes de pure opportunit&#233;. Comme l&#8217;&#233;crivait Cioran avec une amertume proph&#233;tique : &#171; On ne se lasse pas de souffrir, on se lasse de ne pas souffrir. &#187;</p><p>Cette mon&#233;tisation de la victimit&#233; r&#233;v&#232;le, en derni&#232;re analyse, une profonde d&#233;ch&#233;ance morale. Une soci&#233;t&#233; qui valorise davantage la plainte que l&#8217;effort, davantage le statut de l&#233;s&#233; que celui de b&#226;tisseur, est une soci&#233;t&#233; qui a perdu le sens de la dignit&#233;. Elle pr&#233;pare non point l&#8217;&#233;mancipation, mais l&#8217;avilissement ; non point la justice, mais la ranc&#339;ur perp&#233;tuelle. Car celui qui tire sa valeur de sa souffrance a tout int&#233;r&#234;t &#224; ne jamais gu&#233;rir. Celui qui tire son pouvoir de son opprobre a tout int&#233;r&#234;t &#224; le perp&#233;tuer. Ainsi se cr&#233;e un cercle vicieux o&#249; la gu&#233;rison devient trahison et o&#249; la responsabilit&#233; devient crime.</p><p>Il est temps de rappeler, avec la s&#233;v&#233;rit&#233; que commande la d&#233;cadence ambiante, que l&#8217;homme n&#8217;est digne que lorsqu&#8217;il refuse de s&#8217;abandonner &#224; la mollesse de la plainte. La v&#233;ritable grandeur r&#233;side dans la capacit&#233; &#224; transformer la blessure en force, non &#224; l&#8217;exhiber comme un sauf-conduit. Le m&#233;rite, l&#8217;effort, la responsabilit&#233; demeurent les seuls fondements d&#8217;une existence qui ne soit point indigne. Tout le reste n&#8217;est que num&#233;raire de papier, monnaie de singe destin&#233;e &#224; s&#8217;&#233;vaporer d&#232;s que le vent de la r&#233;alit&#233; se l&#232;vera.</p><p>Que ceux qui ont fait de la victimisation leur commerce m&#233;ditent ceci : le jour o&#249; la soci&#233;t&#233; cessera de payer ce tribut, il ne leur restera plus que le vide de leur plainte et la honte de l&#8217;avoir si longtemps brandie comme un &#233;tendard. Car l&#8217;opprobre, m&#234;me couronn&#233;, demeure opprobre. Et la couronne de carton ne saurait longtemps dissimuler la bassesse de celui qui la porte.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le grand renoncement pénal : la France protège-t-elle encore les honnêtes gens ?]]></title><description><![CDATA[Quand l&#8217;&#201;tat cesse de punir, il apprend &#224; la soci&#233;t&#233; &#224; subir.]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/le-grand-renoncement-penal-la-france</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/le-grand-renoncement-penal-la-france</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Sun, 02 Aug 2026 17:18:33 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Quand l&#8217;&#201;tat cesse de punir, il apprend &#224; la soci&#233;t&#233; &#224; subir.</p><p>Il est un temps, non point fort lointain, o&#249; la puissance publique se faisait un point d&#8217;honneur de frapper le sc&#233;l&#233;rat d&#8217;une main ferme et le juste d&#8217;une main protectrice. L&#8217;on n&#8217;imaginait point alors que le glaive de la justice p&#251;t s&#8217;&#233;mousser au profit du forban, ni que la ge&#244;le dev&#238;nt un asile temporaire d&#8217;o&#249; l&#8217;on ressortait plus hardi qu&#8217;on n&#8217;y &#233;tait entr&#233;. Or voici que, sous nos yeux, s&#8217;accomplit une forfaiture silencieuse et continuelle : le grand renoncement p&#233;nal. La France, jadis terre de droit et de ch&#226;timent, para&#238;t d&#233;sormais plus prompte &#224; caresser les droits du d&#233;linquant qu&#8217;&#224; secourir ceux de la victime. Et ce renoncement n&#8217;est point accident ; il est doctrine, il est m&#233;thode, il est le&#231;on quotidienne donn&#233;e au peuple : apprenez &#224; subir, car l&#8217;&#201;tat a cess&#233; de vouloir punir.</p><p>Voyez l&#8217;affaire Lyhanna, survenue au printemps 2026. Une coll&#233;gienne de onze ans, enlev&#233;e, viol&#233;e et assassin&#233;e dans le Gers. Le principal suspect, J&#233;r&#244;me Barella, n&#8217;&#233;tait point un inconnu de la justice. D&#232;s le mois d&#8217;ao&#251;t 2025, une m&#232;re avait port&#233; plainte contre lui pour des viols r&#233;p&#233;t&#233;s sur sa fille de dix ans, plainte &#233;tay&#233;e par des &#233;l&#233;ments m&#233;dicaux. Neuf mois durant, cet homme n&#8217;avait m&#234;me pas &#233;t&#233; entendu. Pendant que le dossier dormait, pendant que l&#8217;on m&#233;nageait les proc&#233;dures et les d&#233;lais, l&#8217;ordure endurcie continuait de circuler librement. Puis vint le crime sur Lyhanna. Les annales judiciaires regorgent de ces peines scandaleuses ou de ces absences de peines qui laissent les sc&#233;l&#233;rats en libert&#233;. Ici, ce n&#8217;est point seulement une sentence trop l&#233;g&#232;re : c&#8217;est l&#8217;absence m&#234;me de r&#233;action face &#224; un danger d&#233;j&#224; signal&#233;. L&#8217;&#201;tat, en laissant un pr&#233;dateur sans r&#233;ponse, a enseign&#233; une fois de plus que le crime peut attendre, et que les enfants doivent parfois en payer le prix.</p><p>Voyez encore ce &#171; gros loup&#233; &#187; de Rouen, en juillet 2026. Un homme majeur, accus&#233; avec un mineur de deux tentatives de meurtre, fut purement et simplement remis en libert&#233;. Une erreur de proc&#233;dure, une n&#233;gligence administrative, un oubli de transmission, et voil&#224; le suspect libre de circuler de nouveau. Deux tentatives de meurtre ! Deux vies que l&#8217;on a failli interrompre, et pourtant l&#8217;homme sort. L&#8217;on cherche en vain la trace d&#8217;une indignation institutionnelle durable. L&#8217;incident est class&#233; parmi les dysfonctionnements techniques. Mais pour les victimes, pour leurs familles, pour le voisinage qui sait que le danger r&#244;de encore, ce n&#8217;est point un dysfonctionnement : c&#8217;est une trahison. Quand la justice lib&#232;re par erreur celui qu&#8217;elle aurait d&#251; tenir, elle enseigne &#224; la soci&#233;t&#233; enti&#232;re que l&#8217;erreur sera toujours au profit du criminel et au d&#233;triment de l&#8217;innocent.</p><p>Ces faits ne sont point isol&#233;s. Ils s&#8217;inscrivent dans une architecture plus vaste et plus sinistre. La surpopulation carc&#233;rale, qui atteignait au printemps 2026 pr&#232;s de quatre-vingt-neuf mille d&#233;tenus pour quelque soixante-trois mille places, sert de pr&#233;texte permanent &#224; l&#8217;am&#233;nagement des peines, aux lib&#233;rations anticip&#233;es, aux bracelets &#233;lectroniques distribu&#233;s comme des indulgences. On invoque les droits de l&#8217;homme du prisonnier, le droit &#224; la dignit&#233;, le droit &#224; la r&#233;insertion, et l&#8217;on oublie le droit &#233;l&#233;mentaire de la victime &#224; ne plus revoir son agresseur. Les peines prononc&#233;es ne sont plus ex&#233;cut&#233;es dans leur int&#233;gralit&#233; ; les OQTF demeurent lettre morte ; les r&#233;cidivistes circulent. Chaque fois que l&#8217;on pr&#233;f&#232;re la cl&#233;mence administrative &#224; la rigueur du ch&#226;timent, l&#8217;on enseigne au d&#233;linquant que la loi est un papier, et &#224; l&#8217;honn&#234;te homme que sa s&#233;curit&#233; n&#8217;est qu&#8217;un v&#339;u pieux.</p><p>Et voici le paradoxe presque pascalien qui d&#233;chire notre &#233;poque : jamais les prisons fran&#231;aises n&#8217;ont &#233;t&#233; aussi pleines, jamais pourtant le sentiment d&#8217;impuissance de l&#8217;&#201;tat n&#8217;a paru aussi vif. L&#8217;inflation carc&#233;rale ne dissipe point le doute ; elle le nourrit. Ce n&#8217;est donc pas la quantit&#233; des peines qui est en cause, mais leur lisibilit&#233;, leur coh&#233;rence et leur ex&#233;cution. L&#8217;on entasse les corps dans des cellules surcharg&#233;es, l&#8217;on multiplie les matelas au sol, l&#8217;on proclame des records d&#8217;incarc&#233;ration, et cependant le citoyen honn&#234;te continue de sentir que le crime demeure impuni, que le r&#233;cidiviste sort trop t&#244;t, que la menace ne s&#8217;&#233;teint point. Plus les ge&#244;les regorgent, plus s&#8217;affirme l&#8217;&#233;vidence d&#8217;un &#201;tat qui punit sans conviction, qui incarc&#232;re sans suite, qui condamne sans jamais vraiment frapper. Cette pl&#233;nitude carc&#233;rale, loin d&#8217;&#234;tre le signe d&#8217;une fermet&#233; retrouv&#233;e, devient le sympt&#244;me m&#234;me de la d&#233;b&#226;cle : une justice qui emplit ses prisons comme on remplit un grenier sans savoir ce que l&#8217;on y conserve, et qui, ce faisant, enseigne au peuple que la quantit&#233; ne saurait jamais tenir lieu de volont&#233;.</p><p>Et voici que le minist&#232;re de la Justice lui-m&#234;me s&#8217;attelle d&#233;sormais &#224; une r&#233;forme destin&#233;e &#224; simplifier l&#8217;&#233;chelle des peines, &#224; en renforcer la lisibilit&#233; et &#224; en acc&#233;l&#233;rer l&#8217;ex&#233;cution. Lorsque le l&#233;gislateur entreprend de simplifier un &#233;difice devenu presque illisible, il reconna&#238;t implicitement que la prolif&#233;ration des normes ne suffit plus &#224; produire l&#8217;autorit&#233;. L&#8217;aveu est terrible et, sous sa forme technique, presque path&#233;tique : apr&#232;s avoir multipli&#233; les textes, les amendements, les circonstances aggravantes et les peines alternatives jusqu&#8217;&#224; l&#8217;obscurit&#233; la plus compl&#232;te, le pouvoir avoue qu&#8217;il a construit une machine si complexe qu&#8217;elle ne frappe plus. Il ne s&#8217;agit point d&#8217;un progr&#232;s, mais d&#8217;un constat d&#8217;&#233;chec. En cherchant &#224; rendre enfin lisible ce qui ne l&#8217;&#233;tait plus, le l&#233;gislateur confesse que l&#8217;autorit&#233; s&#8217;est dilu&#233;e dans le labyrinthe des normes, et que le peuple, face &#224; cette confusion, a cess&#233; de croire au ch&#226;timent.</p><p>Ajoutez &#224; cela le manque chronique de moyens qui ronge l&#8217;institution. On exige du juge qu&#8217;il tranche plus vite, du greffier qu&#8217;il soit partout, du surveillant qu&#8217;il contienne l&#8217;incontenable. Nous r&#233;clamons une justice du XXI&#7497; si&#232;cle avec des moyens que beaucoup jugent encore insuffisants. Une institution durablement sous tension finit par perdre, aux yeux d&#8217;une partie des citoyens, cette autorit&#233; sereine qui fonde sa l&#233;gitimit&#233;. La France ne compte gu&#232;re plus de neuf mille neuf cents magistrats de l&#8217;ordre judiciaire et quelque seize mille greffiers pour une population de soixante-huit millions d&#8217;&#226;mes ; elle dispose d&#8217;environ onze juges pour cent mille habitants, l&#224; o&#249; la moyenne europ&#233;enne s&#8217;&#233;l&#232;ve au double. Quant aux procureurs, ils ne sont que deux mille deux cents, quand l&#8217;alignement sur la moyenne europ&#233;enne exigerait pr&#232;s de cinq mille sept cents magistrats suppl&#233;mentaires. Les recrutements promis &#8212; quinze cents magistrats et dix-huit cents greffiers entre 2023 et 2027 &#8212; progressent avec une lenteur qui tient du supplice. Comment s&#8217;&#233;tonner, d&#232;s lors, que les d&#233;lais s&#8217;allongent, que les erreurs se multiplient, que l&#8217;ex&#233;cution des peines chancelle ? On demande &#224; une justice exsangue d&#8217;&#234;tre &#224; la fois rapide, pr&#233;cise et redoutable. L&#8217;on ne r&#233;colte que la lassitude des uns et le m&#233;pris des autres.</p><p>L&#8217;on nous parle sans cesse de &#171; droits de la d&#233;fense &#187;, de &#171; pr&#233;somption d&#8217;innocence &#187;, de &#171; proportionnalit&#233; &#187;. Ces principes, fort l&#233;gitimes en eux-m&#234;mes, sont devenus les armes d&#8217;une guerre men&#233;e contre la soci&#233;t&#233; des gens de bien. Le d&#233;linquant b&#233;n&#233;ficie d&#8217;avocats, de recours, de d&#233;lais, de possibilit&#233;s d&#8217;am&#233;nagement. La victime, elle, doit se contenter d&#8217;une plainte, d&#8217;un dossier, d&#8217;une attente interminable, et parfois d&#8217;un verdict qui lui para&#238;t une seconde injustice. Quand un r&#233;cidiviste se retrouve assign&#233; &#224; r&#233;sidence plut&#244;t qu&#8217;expuls&#233;, quand un accus&#233; de tentatives de meurtre sort pour une erreur de greffe, l&#8217;&#201;tat proclame &#224; haute voix que les droits du coupable p&#232;sent plus lourd que ceux de l&#8217;innocent.</p><p>Ce grand renoncement n&#8217;est point neutre. Il fa&#231;onne les &#226;mes. Il apprend aux jeunes des cit&#233;s que l&#8217;impunit&#233; est possible, que la justice est une farce, que le crime paie tant que l&#8217;on sait jouer avec les proc&#233;dures. Il apprend aux honn&#234;tes gens &#224; baisser la t&#234;te, &#224; &#233;viter certains quartiers, &#224; renoncer &#224; la nuit, &#224; accepter que leurs enfants puissent &#234;tre poignard&#233;s, viol&#233;s, assassin&#233;s, sans que la R&#233;publique ne se l&#232;ve vraiment. Il apprend &#224; la soci&#233;t&#233; enti&#232;re &#224; subir.</p><p>Car c&#8217;est bien de cela qu&#8217;il s&#8217;agit. Quand l&#8217;&#201;tat cesse de punir, il ne se contente pas d&#8217;abandonner la victime ; il &#233;duque le corps social &#224; la r&#233;signation. Il transforme le citoyen en sujet passif, qui doit supporter l&#8217;ins&#233;curit&#233; comme une fatalit&#233; climatique. Il fait de la peur une vertu, de la prudence une l&#226;chet&#233;, de la col&#232;re une extr&#233;misme. Et pendant ce temps, le sc&#233;l&#233;rat, rassur&#233; par la molle bienveillance des institutions, recommence.</p><p>Il est temps de rompre avec cette abdication. La justice n&#8217;est point faite pour caresser le criminel ; elle est faite pour le frapper, afin que les autres n&#8217;osent point imiter. La protection due aux honn&#234;tes gens n&#8217;est point un accessoire ; elle est le premier devoir de l&#8217;&#201;tat. Tant que l&#8217;on continuera de privil&#233;gier les droits proc&#233;duraux du d&#233;linquant sur le droit vital de la victime &#224; la s&#233;curit&#233;, tant que l&#8217;on lib&#233;rera par erreur ou par calcul ceux qui auraient d&#251; demeurer en ge&#244;le, tant que l&#8217;on laissera des OQTF sans suite et des peines sans ex&#233;cution, la France ne prot&#233;gera plus ses enfants. Elle leur enseignera seulement &#224; subir.</p><p>Que l&#8217;on cesse donc de se voiler la face. Le grand renoncement p&#233;nal est une forfaiture. Il trahit les morts dont les noms ne font m&#234;me plus la une. Il trahit les vivants qui marchent chaque jour dans la crainte. Et il trahit l&#8217;id&#233;e m&#234;me de R&#233;publique, qui ne peut subsister que si le glaive demeure aiguis&#233; et si le ch&#226;timent demeure certain.</p><p>Hobbes avait choisi le L&#233;viathan parce qu&#8217;il est un monstre biblique. Nous avons cru, depuis deux si&#232;cles, que le monstre &#233;tait devenu inutile. Nous d&#233;couvrons aujourd&#8217;hui qu&#8217;un &#201;tat ne dispara&#238;t pas lorsqu&#8217;il est renvers&#233;. Il commence &#224; dispara&#238;tre lorsqu&#8217;il n&#8217;impressionne plus. Les derniers jours du L&#233;viathan ne sont pas ceux o&#249; le glaive frappe trop fort. Ce sont ceux o&#249; chacun se demande, en regardant le glaive suspendu au-dessus de nos lois, s&#8217;il tranche encore ou s&#8217;il n&#8217;est plus qu&#8217;un ornement de c&#233;r&#233;monie.</p><p>Quand l&#8217;&#201;tat cesse de punir, il apprend &#224; la soci&#233;t&#233; &#224; subir.<br>Il est grand temps qu&#8217;il se souvienne enfin de son premier office : prot&#233;ger ceux qui n&#8217;ont point failli, et frapper ceux qui ont trahi.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Dominique Sopo ou le sabordage éclatant d’une forteresse de carton-pâte]]></title><description><![CDATA[Il est des heures o&#249; la v&#233;rit&#233;, trop longtemps &#233;touff&#233;e sous les oripeaux de la biens&#233;ance et les linceuls de la bien-pensance, jaillit enfin, non point comme une aurore consolatrice, mais comme un &#233;clat de tonnerre qui d&#233;chire le voile des mensonges institu&#233;s.]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/dominique-sopo-ou-le-sabordage-eclatant</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/dominique-sopo-ou-le-sabordage-eclatant</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Fri, 31 Jul 2026 13:40:00 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p></p><p>Il est des heures o&#249; la v&#233;rit&#233;, trop longtemps &#233;touff&#233;e sous les oripeaux de la biens&#233;ance et les linceuls de la bien-pensance, jaillit enfin, non point comme une aurore consolatrice, mais comme un &#233;clat de tonnerre qui d&#233;chire le voile des mensonges institu&#233;s. Ce tonnerre, c&#8217;est Dominique Sopo, pr&#233;sident de cette association jadis drap&#233;e dans les plis de la vertu antiraciste et d&#233;sormais r&#233;duite &#224; l&#8217;&#233;tat de carcasse id&#233;ologique, qui l&#8217;a fait retentir. Sur le service public, dans l&#8217;enceinte de <em>C dans l&#8217;air</em>, sans le moindre contradicteur digne de ce nom, sans la moindre voix qui s&#8217;&#233;lev&#226;t pour rappeler que la v&#233;rit&#233; n&#8217;est point une marchandise r&#233;serv&#233;e &#224; certains, il a prof&#233;r&#233; cette sentence monstrueuse : les racismes anti-blanc, chr&#233;tien et fran&#231;ais ne seraient que &#171; des armes de guerre de l&#8217;extr&#234;me-droite &#187;, d&#233;nu&#233;es de toute &#171; logique antiraciste &#187;, et destin&#233;es uniquement &#224; &#171; s&#8217;autoriser &#224; dire &#8220;on a le droit de frapper les Noirs, les Arabes&#8221; &#187;.</p><p>Voil&#224;. Le masque est tomb&#233;. Non point gliss&#233;, non point d&#233;chir&#233; par accident, mais arrach&#233; d&#8217;un geste volontaire, avec la forfanterie d&#8217;un homme qui croit encore, apr&#232;s tant d&#8217;ann&#233;es de monopole m&#233;diatique et de subventions publiques, que son autorit&#233; morale demeure intacte. En niant avec une violence verbale presque hyst&#233;rique l&#8217;existence m&#234;me du racisme anti-blanc, en le r&#233;duisant &#224; une pure invention pol&#233;mique, Sopo n&#8217;a pas seulement avou&#233; l&#8217;inanit&#233; de son combat ; il a proclam&#233; urbi et orbi que SOS Racisme n&#8217;a jamais eu d&#8217;autre vocation que de neutraliser, d&#8217;anesth&#233;sier, de castrer toute r&#233;sistance fran&#231;aise &#224; l&#8217;invasion d&#233;mographique et au remplacement progressif d&#8217;un peuple par d&#8217;autres.</p><p>Car enfin, de quoi s&#8217;agit-il ? D&#8217;un sophisme grossier, d&#8217;une casuistique digne des plus t&#233;n&#233;breux confesseurs de la Contre-R&#233;forme, d&#8217;un amphigouri moral qui consiste &#224; d&#233;clarer qu&#8217;il n&#8217;est de racisme l&#233;gitime &#224; combattre que celui qui frappe certaines cat&#233;gories, tandis que celui qui s&#8217;abat sur les Fran&#231;ais de souche, sur les Blancs, sur les chr&#233;tiens, n&#8217;aurait d&#8217;autre r&#233;alit&#233; que celle d&#8217;un instrument de propagande. Ainsi, la main qui frappe un Noir ou un Arabe est raciste, et doit &#234;tre fustig&#233;e ; mais la main qui frappe un Blanc, qui le traite de &#171; sale Fran&#231;ais &#187;, qui le chasse de son quartier, qui le force &#224; quitter l&#8217;&#233;cole de ses enfants, cette main-l&#224; serait pure, innocente, voire justifi&#233;e par quelque obscure dialectique de la domination. Le racisme anti-blanc n&#8217;existerait point, parce que son existence m&#234;me g&#234;nerait le r&#233;cit. Il faudrait donc le nier, le rel&#233;guer au rang des chim&#232;res de l&#8217;extr&#234;me-droite, afin de conserver le monopole de l&#8217;indignation et, par l&#224; m&#234;me, le droit de d&#233;sarmer moralement le peuple historique de ce pays.</p><p>C&#8217;est l&#224;, mesdames et messieurs, le sabordage en direct d&#8217;une association qui, depuis des d&#233;cennies, se pr&#233;sentait comme la sentinelle vigilante contre toutes les haines raciales. En choisissant de ne s&#8217;attaquer qu&#8217;aux racismes anti-noirs et anti-arabes, en niant avec une outrecuidance presque comique le racisme anti-blanc, Sopo a r&#233;v&#233;l&#233; que son antiracisme n&#8217;&#233;tait qu&#8217;une arme de guerre, oui, mais une arme de guerre dirig&#233;e non contre la haine, mais contre la nation fran&#231;aise elle-m&#234;me. Neutraliser la r&#233;sistance, rendre impossible toute critique du flux migratoire, interdire de nommer le sentiment de d&#233;possession qui monte dans les rues de nos cit&#233;s, voil&#224; le v&#233;ritable dessein. Car si l&#8217;on admettait un instant que le Blanc puisse &#234;tre victime, que le Fran&#231;ais de souche puisse souffrir d&#8217;une hostilit&#233; ethnique, alors il faudrait ouvrir les yeux sur les statistiques de la violence, sur les territoires perdus de la R&#233;publique, sur le basculement d&#233;mographique. Or cela, SOS Racisme ne le tol&#232;re point. Mieux vaut nier, mieux vaut calomnier, mieux vaut transformer toute plainte en &#171; arme de l&#8217;extr&#234;me-droite &#187;.</p><p>Et pendant ce temps, quel silence ! Quel silence assourdissant, quelle complicit&#233; muette, quelle l&#226;chet&#233; coll&#233;giale de la part des m&#233;dias qui, d&#8217;ordinaire, se piquent de moralit&#233; et de vigilance ! Pas un &#233;ditorialiste de la presse dite de r&#233;f&#233;rence pour s&#8217;&#233;trangler d&#8217;indignation. Pas un chroniqueur de France Inter pour crier au scandale. Pas un archange de la bien-pensance pour d&#233;noncer la honte nationale que constituent de tels propos, tenus de surcro&#238;t sur le service public, financ&#233; par le contribuable, sans le moindre contradicteur en plateau. On e&#251;t cru assister &#224; une messe, non &#224; un d&#233;bat. L&#8217;h&#233;r&#233;sie &#233;tait c&#233;l&#233;br&#233;e, non combattue. Le grand pontife de l&#8217;antiracisme s&#233;lectif pouvait officier en paix, tandis que la France enti&#232;re &#233;tait invit&#233;e &#224; baisser la t&#234;te et &#224; accepter que son propre peuple ne m&#233;rit&#226;t point la m&#234;me protection que les autres.</p><p>Imaginez un instant, par un exercice de pens&#233;e que la d&#233;cence devrait rendre caduc, que l&#8217;on e&#251;t dit l&#8217;inverse. Imaginez qu&#8217;un invit&#233; de CNews e&#251;t d&#233;clar&#233; que le racisme anti-noir ou anti-arabe n&#8217;&#233;tait qu&#8217;une arme de guerre de l&#8217;extr&#234;me-gauche, destin&#233;e uniquement &#224; s&#8217;autoriser &#224; frapper les Blancs. Que n&#8217;aurait-on point entendu ? La R&#233;publique menac&#233;e par le retour insidieux du nazisme ! Des &#233;ditoriaux enflamm&#233;s, des tribunes indign&#233;es, le <em>Chant des partisans</em> en boucle sur les ondes de France Inter, des appels &#224; la mobilisation g&#233;n&#233;rale, des millions d&#8217;euros de sanctions brandis par l&#8217;ARCOM, des poursuites judiciaires, des manifestations, des hashtags hyst&#233;riques, des appels au boycott, des menaces de mort &#224; peine voil&#233;es. On e&#251;t parl&#233; de &#171; ligne jaune franchie &#187;, de &#171; basculement &#187;, de &#171; danger pour la d&#233;mocratie &#187;. Mais lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de nier le racisme anti-blanc, lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de d&#233;clarer que les Fran&#231;ais n&#8217;ont point le droit de se plaindre, alors le silence est d&#8217;or, la complaisance est de mise, et la libert&#233; d&#8217;expression devient soudain une vertu absolue.</p><p>Cette asym&#233;trie n&#8217;est point fortuite. Elle est le fruit d&#8217;une longue forfaiture intellectuelle, d&#8217;une apostasie morale qui a transform&#233; l&#8217;antiracisme en instrument de combat id&#233;ologique. SOS Racisme, sous la houlette de Sopo, n&#8217;a point combattu le racisme ; elle a combattu la France. Elle a combattu la possibilit&#233; m&#234;me pour un peuple de se d&#233;fendre, de nommer ce qui l&#8217;atteint, de refuser d&#8217;&#234;tre remplac&#233;. En niant le racisme anti-blanc, elle a reconnu, sans le vouloir, que son v&#233;ritable ennemi n&#8217;&#233;tait point la haine, mais la conscience nationale. Elle a avou&#233; que son but ultime &#233;tait de rendre le Fran&#231;ais coupable par essence, indigne de protection, condamn&#233; &#224; accepter sans murmure le basculement de son pays.</p><p>Et voil&#224; que cette association, qui se pr&#233;tendait le rempart de la fraternit&#233;, se sabordait elle-m&#234;me en direct, sous les yeux d&#8217;une nation atterr&#233;e et d&#8217;une presse silencieuse. Le capitaine a ouvert les vannes, les cales se sont remplies, et le navire de la vertu s&#233;lective s&#8217;enfonce dans les eaux troubles de son propre mensonge. Qu&#8217;il sombre. Qu&#8217;il disparaisse. Car une association qui refuse de voir le racisme lorsqu&#8217;il frappe les siens n&#8217;est plus une association antiraciste : c&#8217;est une officine de d&#233;sarmement moral, une entreprise de d&#233;construction nationale, un instrument au service de ceux qui r&#234;vent d&#8217;une France sans Fran&#231;ais.</p><p>Il est temps de le dire sans d&#233;tour, sans les oripeaux de la prudence, sans les pr&#233;cautions oratoires qui tiennent lieu de courage aux &#226;mes ti&#232;des : Dominique Sopo, par ses propos, a non seulement d&#233;shonor&#233; l&#8217;id&#233;al qu&#8217;il pr&#233;tendait servir, mais il a offert &#224; la France le spectacle d&#8217;une imposture &#224; son z&#233;nith. Et le silence qui a suivi n&#8217;est point un silence de respect : c&#8217;est un silence de complicit&#233;, un silence de peur, un silence de trahison. Que ceux qui pr&#233;tendent encore d&#233;fendre l&#8217;&#233;galit&#233; le m&#233;ditent. Car en niant le racisme anti-blanc, c&#8217;est l&#8217;&#233;galit&#233; elle-m&#234;me que l&#8217;on assassine. Et avec elle, la possibilit&#233; d&#8217;une nation qui se regarde en face, sans mensonge et sans honte.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Déferlement des Hordes sur Ceuta : Saccage de la Souveraineté et Agonie de l’Occident]]></title><description><![CDATA[Voici donc que, en ce mois de juillet de l&#8217;an de gr&#226;ce 2026, l&#8217;enclave espagnole de Ceuta, ce vestige solitaire de l&#8217;Empire sur la rive africaine, se trouve submerg&#233;e par une ru&#233;e massive d&#8217;&#233;trangers venus du Maroc.]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/deferlement-des-hordes-sur-ceuta</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/deferlement-des-hordes-sur-ceuta</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Fri, 31 Jul 2026 08:33:03 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p></p><p>Voici donc que, en ce mois de juillet de l&#8217;an de gr&#226;ce 2026, l&#8217;enclave espagnole de Ceuta, ce vestige solitaire de l&#8217;Empire sur la rive africaine, se trouve submerg&#233;e par une ru&#233;e massive d&#8217;&#233;trangers venus du Maroc. Des milliers d&#8217;individus, jeunes pour la plupart, ont franchi les grilles, escalad&#233; les cl&#244;tures, nag&#233; &#224; travers les eaux du d&#233;troit, en une pouss&#233;e qui n&#8217;a point de pr&#233;c&#233;dent depuis la crise de 2021. Les centres d&#8217;accueil sont satur&#233;s, les autorit&#233;s locales clament le p&#233;ril absolu, r&#233;clament l&#8217;arm&#233;e, la fermeture de la fronti&#232;re, cependant que Madrid, avec cette lenteur bureaucratique qui caract&#233;rise les d&#233;mocraties fatigu&#233;es, se borne &#224; d&#233;ployer quelques troupes et &#224; promettre des ressources. Les images circulent sur les r&#233;seaux sociaux, enflammant les esprits : files interminables, cl&#244;tures &#233;ventr&#233;es, corps &#233;puis&#233;s ou parfois inertes. Ce spectacle n&#8217;est point un accident ; il est le sympt&#244;me d&#8217;une maladie plus profonde, celle d&#8217;une Europe qui, par l&#226;chet&#233;, par id&#233;ologie, par oubli de soi, a ouvert ses portes &#224; ce que les Anciens nommaient les barbares.</p><p>Et que l&#8217;on n&#8217;aille point s&#8217;imaginer que ces sc&#232;nes calamiteuses se confinent &#224; Ceuta seule ! Sur de moult rivages europ&#233;ens, dont Lampedusa est devenue le symbole funeste et c&#233;l&#232;bre, la m&#234;me invasion se r&#233;p&#232;te avec une obstination inexorable. C&#8217;est un torrent ininterrompu, une v&#233;ritable prise d&#8217;assaut du continent entier, des &#238;les italiennes aux c&#244;tes grecques, des Canaries aux plages fran&#231;aises. L&#8217;Europe est en r&#233;alit&#233; investie, cern&#233;e, submerg&#233;e ; cependant nos &#233;lites, dans leur langage &#233;dulcor&#233; et mensonger, osent nommer cela &#171; urgence sociale &#187;. Quelle imposture ! Il s&#8217;agit bien plut&#244;t d&#8217;un p&#233;ril frontalier, d&#8217;une atteinte mortelle &#224; l&#8217;int&#233;grit&#233; des nations. Lampedusa, ce rocher sicilien transform&#233; en port d&#8217;entr&#233;e permanent, t&#233;moigne chaque semaine de la m&#234;me occupation lente et m&#233;thodique. Ceuta n&#8217;est qu&#8217;un &#233;pisode ; le continent tout entier est le th&#233;&#226;tre de cette guerre sans d&#233;claration, o&#249; les &#233;trangers affluent cependant que les gouvernants feignent de n&#8217;y voir qu&#8217;une question d&#8217;assistance humanitaire.</p><p>Une nation digne de ce nom n&#8217;est point un territoire ouvert &#224; tous vents. Elle se d&#233;finit par des limites, des lois, une m&#233;moire commune. On le savait d&#233;j&#224; lorsque Aristote m&#233;ditait sur la cit&#233; : elle na&#238;t de la n&#233;cessit&#233; de vivre ensemble selon un ordre, non de l&#8217;anarchie des peuplades errantes. Sans souverainet&#233; ferme, l&#8217;homme retourne &#224; cet &#233;tat de nature que Hobbes d&#233;crivait avec une cruaut&#233; lucide, o&#249; la vie devient &#171; solitaire, pauvre, m&#233;chante, brutale et courte &#187;. Or l&#8217;Espagne, et derri&#232;re elle l&#8217;Europe enti&#232;re, laisse s&#8217;&#233;roder ce principe fondamental. Ceuta n&#8217;est point un simple territoire ; c&#8217;est un avant-poste de la civilisation europ&#233;enne en terre maghr&#233;bine. L&#8217;abandonner &#224; l&#8217;assaut quotidien, c&#8217;est signer l&#8217;arr&#234;t de mort de toute fronti&#232;re digne de ce nom. Les r&#233;seaux sociaux s&#8217;embrasent, non par hasard : le peuple, ce grand oubli&#233; des &#233;lites, y voit, avec une clart&#233; que les salons parisiens ou madril&#232;nes n&#8217;ont plus, la preuve tangible d&#8217;un remplacement en cours.</p><p>Rappelons les faits sans fioritures. Ces derniers jours, plus de quinze cents arriv&#233;es par mer, puis, le 30 juillet, des centaines, voire des milliers, qui forcent le passage &#224; pied ou &#224; la nage. Neuf corps ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; rep&#234;ch&#233;s. Les centres regorgent. Les autorit&#233;s ceuties implorent l&#8217;&#233;tat d&#8217;urgence national ; le minist&#232;re de l&#8217;Int&#233;rieur refuse le terme tout en envoyant des renforts. L&#8217;on invoque les r&#233;seaux de passeurs, une d&#233;cision judiciaire r&#233;cente qui complique les refoulements, la coop&#233;ration avec Rabat. Mais ces excuses techniques masquent l&#8217;essentiel : la volont&#233; politique fait d&#233;faut. Depuis des ann&#233;es, l&#8217;immigration irr&#233;guli&#232;re est trait&#233;e non comme une menace existentielle, mais comme une fatalit&#233; humanitaire. On accueille, on r&#233;gularise, on multiplie les droits proc&#233;duraux, cependant que le citoyen autochtone, lui, voit ses &#233;coles satur&#233;es, ses h&#244;pitaux engorg&#233;s, sa s&#233;curit&#233; d&#233;grad&#233;e, sa culture dilu&#233;e.</p><p>Les parall&#232;les historiques s&#8217;imposent avec une force irr&#233;sistible. L&#8217;Empire romain ne chuta point d&#8217;un seul coup ; il s&#8217;affaissa sous le poids des invasions successives, des peuplades germaniques, des groupes qui, d&#8217;abord accueillis comme alli&#233;s ou main-d&#8217;&#339;uvre, finirent par s&#8217;installer, par revendiquer, par subvertir. Lorsque Alaric pilla Rome en 410, saint J&#233;r&#244;me s&#8217;&#233;criait d&#233;j&#224; : &#171; La ville qui avait conquis le monde est conquise &#187;. Aujourd&#8217;hui, Ceuta est le symbole de cette m&#234;me d&#233;cadence. Les Espagnols de 1492 chass&#232;rent les Maures apr&#232;s des si&#232;cles de reconqu&#234;te ; leurs h&#233;ritiers, eux, ouvrent les portes. Charles Martel &#224; Poitiers arr&#234;ta l&#8217;avanc&#233;e islamique ; nos gouvernants, eux, n&#233;gocient avec ceux qui laissent passer ou encouragent le passage. On retrouve ici cette corruption des m&#339;urs que Montesquieu discernait comme le pr&#233;lude &#224; la chute des empires. Tocqueville, observant l&#8217;Am&#233;rique, pressentait d&#233;j&#224; les p&#233;rils d&#8217;une d&#233;mocratie sans vertus civiques. Que dirait-il de cette Europe qui, au nom d&#8217;un universalisme abstrait, renonce &#224; sa propre particularit&#233; ?</p><p>L&#8217;argument humanitaire, brandi &#224; sati&#233;t&#233;, est une imposture. Qui oserait nier la souffrance individuelle ? Mais la charit&#233; ordonn&#233;e commence par soi-m&#234;me. Quelle est donc cette humanit&#233; qui feint d&#8217;accepter que des &#234;tres humains foulent le sol europ&#233;en o&#249; ils iront ensuite dormir sous les ponts et le long des autoroutes, parce que les capacit&#233;s d&#8217;accueil des pays europ&#233;ens ont fait le plein et m&#234;me le trop-plein ? On les laisse entrer en grand nombre, on c&#233;l&#232;bre cette ouverture comme une vertu, puis on les abandonne &#224; la mis&#232;re des trottoirs, des campements ill&#233;gaux, des squats. Et pendant ce temps, pourquoi les Europ&#233;ens eux-m&#234;mes n&#8217;auraient-ils pas le droit &#224; ce bel &#233;lan d&#8217;humanit&#233; qui consisterait &#224; les prot&#233;ger, &#224; d&#233;fendre leur identit&#233;, leur cadre de vie, leurs fa&#231;ons de vivre, leur s&#233;curit&#233; ? Un &#201;tat qui ne peut plus prot&#233;ger ses propres fronti&#232;res cesse d&#8217;&#234;tre un &#201;tat. La souverainet&#233;, comme le rappelait Rousseau, est indivisible et inali&#233;nable ; or cette p&#233;n&#233;tration massive la dilue chaque jour. Les &#233;trangers qui forcent Ceuta ne viennent point, pour la plupart, en qu&#234;te d&#8217;asile politique au sens strict ; ils fuient la mis&#232;re, cherchent l&#8217;eldorado europ&#233;en, et savent que, une fois entr&#233;s, le retour est improbable. Les r&#233;seaux de trafiquants prosp&#232;rent sur cette faiblesse. Pendant ce temps, les populations locales de Ceuta, d&#233;j&#224; sous pression d&#233;mographique et &#233;conomique, subissent le choc. Les images de jeunes hommes en groupes compacts, escaladant, courant, submergeant les forces de l&#8217;ordre, ne sont point celles d&#8217;un exode pacifique ; elles &#233;voquent une prise de possession.</p><p>Les &#233;lites europ&#233;ennes, depuis Bruxelles jusqu&#8217;&#224; Madrid, r&#233;pondent par des formules creuses : &#171; gestion des flux &#187;, &#171; coop&#233;ration avec les pays d&#8217;origine &#187;, &#171; respect des droits fondamentaux &#187;. Elles refusent de nommer le probl&#232;me : ces hommes viennent d&#8217;univers civilisationnels radicalement &#233;trangers &#224; l&#8217;europ&#233;en. Accueillir des millions d&#8217;Arabes, d&#8217;Africains et de musulmans en Espagne ou en France n&#8217;&#233;quivaut nullement &#224; recevoir des millions d&#8217;Europ&#233;ens. L&#8217;invasion d&#8217;aujourd&#8217;hui pr&#233;pare les revendications alter-identitaires de demain, les troubles s&#233;curitaires de demain et le terrorisme de demain. Ce n&#8217;est point uniquement cela, bien s&#251;r ; mais le simple fait que cela puisse aussi &#234;tre cela devrait suffire &#224; faire r&#233;fl&#233;chir, selon le bon vieux principe de pr&#233;caution. Cette immigration de masse, essentiellement masculine, jeune et musulmane, provenant de soci&#233;t&#233;s o&#249; les valeurs d&#233;mocratiques, la la&#239;cit&#233;, l&#8217;&#233;galit&#233; des sexes sont absentes ou combattues, n&#8217;est point assimilable au rythme o&#249; elle se produit. Les statistiques le prouvent ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e : surrepr&#233;sentation dans la d&#233;linquance, ghettos communautaires, pression sur les syst&#232;mes de protection sociale. Ceuta n&#8217;est que le laboratoire avanc&#233; de ce qui se joue d&#233;j&#224; &#224; Lampedusa, aux Canaries, dans les banlieues fran&#231;aises. Les r&#233;seaux sociaux s&#8217;embrasent pr&#233;cis&#233;ment parce que le peuple, lui, n&#8217;est point dupe. Il voit, il ressent, il craint. Et l&#8217;on s&#8217;&#233;tonne ensuite de la mont&#233;e des col&#232;res !</p><p>Platon avait d&#233;j&#224; d&#233;crit, dans sa m&#233;ditation sur la R&#233;publique, comment la d&#233;mocratie pure, o&#249; chacun revendique l&#8217;&#233;galit&#233; absolue, d&#233;g&#233;n&#232;re en licence et appelle finalement le tyran. Notre &#233;poque suit ce chemin. L&#8217;immigration incontr&#244;l&#233;e est pr&#233;sent&#233;e comme un droit ; la d&#233;fense des fronti&#232;res, comme un crime. On accuse de x&#233;nophobie quiconque ose rappeler que l&#8217;Europe n&#8217;a ni le devoir ni la capacit&#233; d&#8217;accueillir toute la mis&#232;re du monde. Or la v&#233;rit&#233; est plus rude : une civilisation qui cesse de se d&#233;fendre cesse d&#8217;exister. Les empires meurent non seulement sous les coups de l&#8217;ennemi ext&#233;rieur, mais par le renoncement int&#233;rieur. L&#8217;Espagne, nation fi&#232;re de sa Reconquista, de son Si&#232;cle d&#8217;or, de sa langue r&#233;pandue sur deux continents, se retrouve aujourd&#8217;hui &#224; supplier le Maroc de mieux garder sa fronti&#232;re, cependant que des milliers forcent le passage.</p><p>Que faire, d&#232;s lors ? Fermer, et fermer r&#233;solument. D&#233;ployer non point quelques troupes symboliques, mais la force n&#233;cessaire pour interdire tout franchissement ill&#233;gal. Renvoyer syst&#233;matiquement, sans d&#233;lai, ceux qui entrent hors proc&#233;dure. Revoir les accords avec Rabat, qui, on le sait, instrumentalisent parfois les flux migratoires comme moyen de pression. Abandonner l&#8217;illusion que l&#8217;accueil ind&#233;fini est une vertu ; c&#8217;est une faiblesse. Burke avait montr&#233;, face &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, comment le m&#233;pris des traditions et des institutions m&#232;ne au chaos. L&#8217;Europe actuelle, en niant ses racines chr&#233;tiennes, son histoire de nations souveraines, sa culture propre, s&#8217;expose au m&#234;me sort. Ceuta br&#251;le, et les r&#233;seaux sociaux crient ; que les gouvernants entendent enfin ce cri, non pour l&#8217;&#233;touffer, mais pour y r&#233;pondre par la fermet&#233;.</p><p>Car il y a plus grave encore. Derri&#232;re cette vague se profile la question d&#233;mographique. L&#8217;Europe vieillit, sa natalit&#233; s&#8217;effondre ; l&#8217;Afrique, elle, explose. Si rien n&#8217;est fait, le continent sera transform&#233; en une mosa&#239;que de communaut&#233;s irr&#233;conciliables, o&#249; la majorit&#233; historique deviendra minorit&#233; dans ses propres terres. C&#8217;est d&#233;j&#224; le cas en certains quartiers. Ceuta, avec ses quatre-vingt-quatre mille habitants, ne peut absorber ind&#233;finiment des milliers d&#8217;arrivants. L&#8217;Espagne non plus. L&#8217;Europe non plus. Les philosophes de la d&#233;cadence, de Gibbon &#224; Spengler, ont d&#233;crit ce processus : la perte de vitalit&#233;, l&#8217;oubli de soi, l&#8217;ouverture suicidaire. Nous y sommes.</p><p>Que les images de Ceuta restent grav&#233;es. Qu&#8217;elles servent d&#8217;avertissement. Une nation qui ne sait plus dire &#171; non &#187; &#224; l&#8217;invasion pacifique ou violente n&#8217;est plus une nation. Elle n&#8217;est qu&#8217;un territoire de passage, une auberge pour le monde entier, jusqu&#8217;au jour o&#249; elle n&#8217;aura plus rien &#224; offrir, ni &#224; elle-m&#234;me, ni aux autres. Les Anciens le savaient : la fronti&#232;re est sacr&#233;e. Les modernes l&#8217;ont oubli&#233;. Il est temps de se souvenir, avant que cette p&#233;n&#233;tration ne devienne irr&#233;versible, et que l&#8217;Occident, comme Rome autrefois, ne s&#8217;&#233;veille trop tard au spectacle de sa propre ruine.</p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le suicide allemand]]></title><description><![CDATA[Voici que, dans le silence assourdissant des chaudi&#232;res refroidies et des cha&#238;nes de montage d&#233;sormais languissantes, l&#8217;industrie automobile allemande poursuit sa phl&#233;botomie inexorable.]]></description><link>https://jeanmessiha.substack.com/p/le-suicide-allemand</link><guid isPermaLink="false">https://jeanmessiha.substack.com/p/le-suicide-allemand</guid><dc:creator><![CDATA[Jean MESSIHA]]></dc:creator><pubDate>Thu, 30 Jul 2026 06:55:52 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!0Z0R!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F6cf8f91f-b7db-469e-a79e-076b00a99f00_1086x1090.png" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Voici que, dans le silence assourdissant des chaudi&#232;res refroidies et des cha&#238;nes de montage d&#233;sormais languissantes, l&#8217;industrie automobile allemande poursuit sa phl&#233;botomie inexorable. Apr&#232;s les h&#233;catombes annonc&#233;es chez Volkswagen &#8212; jusqu&#8217;&#224; cent mille postes menac&#233;s &#8212; et les d&#233;parts volontaires orchestr&#233;s chez Mercedes-Benz, voici que BMW, nagu&#232;re r&#233;put&#233; plus r&#233;silient gr&#226;ce &#224; son attachement obstin&#233; aux motorisations thermiques, se r&#233;sout &#224; proposer des d&#233;parts &#224; pr&#232;s de quarante mille de ses quatre-vingt-cinq mille salari&#233;s allemands hors production, afin d&#8217;amputer ses effectifs d&#8217;environ huit mille &#226;mes d&#8217;ici la fin de l&#8217;an 2027. </p><p>La source interne le confesse sans fard : &#171; Les effectifs seront au final r&#233;duits d&#8217;environ huit mille personnes. &#187; Cette saign&#233;e n&#8217;est point accidentelle ; elle s&#8217;inscrit dans une n&#233;crose plus vaste, o&#249; l&#8217;an pass&#233; d&#233;j&#224; cent vingt-quatre mille emplois industriels s&#8217;&#233;vanouirent, principalement dans l&#8217;automobile, ce pilier jadis coryph&#233;e de la puissance teutonne. Concurrence chinoise sur le cr&#233;neau &#233;lectrique, chute vertigineuse des livraisons en Chine &#8212; moins trente pour cent au second trimestre &#8212;, co&#251;ts de production prohibitifs, demande atone : le cycle, nagu&#232;re fastueux, s&#8217;est retourn&#233;. Et c&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment ici que se r&#233;v&#232;le, dans toute son ampleur calamiteuse, le legs d&#8217;Angela Merkel.</p><p>Car cette d&#233;confiture n&#8217;est pas seulement conjoncturelle. Elle trouve son origine lointaine dans une d&#233;cision de l&#8217;&#233;t&#233; 2015, lorsque la chanceli&#232;re, face &#224; l&#8217;afflux de populations venues des confins levantins et afghans, pronon&#231;a le fameux &#171; Wir schaffen das &#187;. On a trop volontiers pr&#233;sent&#233; cette ouverture comme un &#233;lan purement humanitaire. Il n&#8217;en fut rien, ou du moins pas exclusivement. Sous le vernis de la Willkommenskultur se dissimulait un calcul &#233;conomique d&#8217;une froideur toute mercantile. L&#8217;Allemagne, atteinte d&#8217;une phtisie d&#233;mographique chronique &#8212; natalit&#233; d&#233;faillante, population s&#233;nescente, pyramide des &#226;ges invers&#233;e &#8212;, souffrait d&#8217;une rar&#233;faction criante de la main-d&#8217;&#339;uvre dans ses usines. Le patronat, alors jouissant d&#8217;un cycle de commandes industrielles opulent, pressait le pouvoir de combler ce d&#233;ficit par l&#8217;apport massif d&#8217;allochtones. </p><p>Merkel c&#233;da. Elle ouvrit les vannes, non seulement par compassion, mais pour alimenter les ateliers de Stuttgart, de Wolfsburg et de Munich d&#8217;une main-d&#8217;&#339;uvre abondante et, esp&#233;rait-on, docile. Des millions d&#8217;&#234;tres humains furent ainsi aspir&#233;s dans le ventre de la machine &#233;conomique germanique, sous le pr&#233;texte fallacieux d&#8217;une compensation d&#233;mographique salvatrice.</p><p>Cette politique migratoire de Merkel allait d&#8217;ailleurs &#224; l&#8217;encontre d&#8217;une doctrine &#233;conomique allemande ancienne et constante, longtemps quasi identique &#224; celle du Japon. Pendant des d&#233;cennies, les deux nations, confront&#233;es &#224; une d&#233;mographie d&#233;clinante, avaient refus&#233; de compenser la rar&#233;faction du facteur travail par une immigration de masse. Toutes deux avaient fait le choix inverse : investir massivement dans la robotique, dans l&#8217;automatisation des usines et dans la substitution technologique.</p><p> Apr&#232;s le premier choc p&#233;trolier des ann&#233;es 1970, l&#8217;Allemagne avait ainsi mis un terme brutal aux titres de s&#233;jour de ses travailleurs immigr&#233;s, tandis que la France, se contentant d&#8217;une main-d&#8217;&#339;uvre &#224; bon march&#233;, instituait le regroupement familial afin de fid&#233;liser durablement cette population allog&#232;ne. Mais l&#224; o&#249; l&#8217;Allemagne, en 2015, rompit avec sa propre tradition pour c&#233;der &#224; la facilit&#233; de l&#8217;importation humaine, le Japon demeura inflexible. Il poursuivit obstin&#233;ment la robotisation, multiplia les machines dans ses ateliers et refusa d&#8217;ouvrir largement ses fronti&#232;res. R&#233;sultat : malgr&#233; une natalit&#233; parmi les plus faibles du monde, l&#8217;&#233;conomie japonaise demeure florissante, sa coh&#233;sion sociale largement pr&#233;serv&#233;e, et le pays ne paie point les pots cass&#233;s du d&#233;sastre allemand, ni en mati&#232;re &#233;conomique, ni, a fortiori, en mati&#232;re s&#233;curitaire et identitaire.</p><p>C&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment cette rupture avec la sagesse ancienne qui r&#233;v&#232;le aujourd&#8217;hui toute sa nocivit&#233;. Car voil&#224; le n&#339;ud gordien de cette politique invasive : lorsque le cycle se retourne &#8212; et il se retourne toujours, surtout pour une &#233;conomie aussi d&#233;pendante de l&#8217;ext&#233;rieur, aussi tributaire des march&#233;s lointains et des al&#233;as g&#233;opolitiques &#8212;, l&#8217;on ne saurait, d&#8217;un coup de baguette magique, renvoyer d&#8217;o&#249; ils vinrent les millions de migrants appel&#233;s jadis &#224; colmater les br&#232;ches. Les postes qui se volatilisent aujourd&#8217;hui sous la pression chinoise et la transition &#233;lectrique ne se referment point sur le vide ; ils laissent derri&#232;re eux une population d&#233;sormais enracin&#233;e, dont le d&#233;part serait non seulement juridiquement impossible, mais politiquement explosif. </p><p>&#192; supposer m&#234;me que tous ces arrivants eussent &#233;t&#233; employ&#233;s imm&#233;diatement ou &#224; tr&#232;s court terme &#8212; ce que les statistiques d&#233;mentent formellement &#8212;, le probl&#232;me demeurerait entier. Les &#233;tudes de l&#8217;Institut de recherche sur le march&#233; du travail (IAB) montrent qu&#8217;environ soixante-quatre pour cent seulement des r&#233;fugi&#233;s de 2015 &#233;taient pourvus d&#8217;un emploi &#224; la fin de 2024, contre soixante-dix pour cent dans la population g&#233;n&#233;rale ; et encore ce chiffre masque-t-il des disparit&#233;s abyssales : soixante-seize pour cent chez les hommes, trente-cinq pour cent &#224; peine chez les femmes. Beaucoup demeur&#232;rent longtemps dans les limbes de l&#8217;aide sociale, des formations interminables ou du ch&#244;mage structurel. L&#8217;int&#233;gration &#233;conomique, tant vant&#233;e par les z&#233;lateurs du grand remplacement laborieux, fut partielle, tardive, et souvent cantonn&#233;e aux emplois les moins qualifi&#233;s.</p><p>&#192; cette faillite &#233;conomique s&#8217;ajoute une efflorescence sinistre du terrorisme islamique, ph&#233;nom&#232;ne intimement li&#233; &#224; l&#8217;explosion de l&#8217;immigration en provenance de pays majoritairement musulmans. Depuis l&#8217;ouverture des fronti&#232;res de 2015, l&#8217;Allemagne a vu se multiplier les attentats djihadistes et les attentats avort&#233;s : le camion-b&#233;lier d&#8217;Anis Amri, Tunisien d&#233;bout&#233; du droit d&#8217;asile, qui faucha douze vies sur le march&#233; de No&#235;l de Berlin en d&#233;cembre 2016 ; les attaques &#224; la hache ou au couteau de W&#252;rzburg, d&#8217;Ansbach, de Dresde, de Mannheim et, plus r&#233;cemment, le massacre de Solingen en ao&#251;t 2024, o&#249; un Syrien, arriv&#233; comme demandeur d&#8217;asile et revendiqu&#233; par l&#8217;&#201;tat islamique, &#233;gorgea trois personnes en pleine f&#234;te populaire. Les services de renseignement f&#233;d&#233;raux (BfV) &#233;valuent d&#233;sormais le potentiel islamiste &#224; pr&#232;s de vingt-huit mille individus, dont plus de neuf mille potentiellement violents. </p><p>Nombre de ces sicaires ou de ces conspirateurs &#233;taient issus des vagues migratoires post&#233;rieures &#224; 2015, originaires de Syrie, d&#8217;Afghanistan, de Tunisie ou d&#8217;Irak. Ce n&#8217;est point hasard ni co&#239;ncidence : l&#8217;importation massive de populations impr&#233;gn&#233;es, pour une fraction non n&#233;gligeable, d&#8217;une id&#233;ologie th&#233;ocratique irr&#233;ductible &#224; l&#8217;ordre lib&#233;ral occidental a import&#233;, avec elles, le germe du fanatisme. La menace demeure &#171; anhaltend hoch &#187; &#8212; durablement &#233;lev&#233;e &#8212;, comme le reconnaissent les autorit&#233;s elles-m&#234;mes, tandis que les attentats &#224; l&#8217;arme blanche, au v&#233;hicule ou &#224; l&#8217;explosif improvis&#233; jalonnent d&#233;sormais le calendrier germanique avec une r&#233;gularit&#233; fun&#232;bre.</p><p>Pis encore, ces millions d&#8217;individus accueillis sous l&#8217;&#233;gide de Merkel ne demeurent point cantonn&#233;s aux seules marches de la R&#233;publique f&#233;d&#233;rale. Gr&#226;ce &#224; l&#8217;espace Schengen, cette construction technocratique qui a aboli les contr&#244;les aux fronti&#232;res int&#233;rieures, ils peuvent d&#233;sormais circuler librement &#224; travers tout le continent europ&#233;en. Le fardeau n&#8217;est donc point exclusivement germanique : il s&#8217;est r&#233;pandu comme une contagion lente et insidieuse sur les nations voisines, au premier rang desquelles la France. Une fois de plus, selon une habitude presque s&#233;culaire, l&#8217;Allemagne a su faire porter par autrui le poids de ses calculs d&#8217;int&#233;r&#234;t national et des cons&#233;quences d&#233;sastreuses qui en ont d&#233;coul&#233;. </p><p>Ce qui fut d&#233;cid&#233; &#224; Berlin pour combler les usines souabes et bavaroises se paie d&#233;sormais dans les banlieues fran&#231;aises, dans l&#8217;accroissement des tensions communautaires, dans l&#8217;&#233;rosion progressive de la coh&#233;sion des peuples europ&#233;ens. L&#8217;ouverture unilat&#233;rale des portes germaniques a transform&#233; l&#8217;ensemble de l&#8217;espace Schengen en vaste vase communicant, o&#249; les effets d&#233;l&#233;t&#232;res d&#8217;une politique migratoire con&#231;ue pour les seuls besoins du patronat teuton se diffusent sans entrave.</p><p>Cette logique d&#8217;exportation des co&#251;ts n&#8217;est point nouvelle. Elle trouve un &#233;cho saisissant dans la politique mon&#233;taire de Francfort. Voil&#224; quelque vingt ou trente ans, lorsque l&#8217;euro fut instaur&#233; sous l&#8217;&#233;gide de l&#8217;orthodoxie de la Bundesbank, l&#8217;Allemagne imposa &#224; l&#8217;ensemble de la zone mon&#233;taire un dogme inflexible de stabilit&#233; des prix et de change fort, parfaitement taill&#233; pour son mod&#232;le exportateur et pour sa culture s&#233;culaire de l&#8217;&#233;pargne. Ce corset mon&#233;taire, con&#231;u dans les salons de Francfort, brida impitoyablement les marges de man&#339;uvre des &#233;conomies moins comp&#233;titives, au premier chef celle de la France.</p><p> Priv&#233;e de l&#8217;outil ancestral de la d&#233;valuation, l&#8217;industrie fran&#231;aise subit une &#233;rosion lente mais inexorable de sa comp&#233;titivit&#233;, tandis que l&#8217;Allemagne accumulait des exc&#233;dents commerciaux colossaux et transformait l&#8217;Europe en vaste d&#233;bouch&#233; captive de ses manufactures. Ce qui se joue aujourd&#8217;hui sur le terrain migratoire n&#8217;est, &#224; bien des &#233;gards, que la r&#233;&#233;dition de ce qui s&#8217;est produit jadis sur le terrain mon&#233;taire : une nation, poursuivant son seul int&#233;r&#234;t particulier, contraint ses partenaires &#224; en assumer les retomb&#233;es les plus funestes. L&#8217;euro fut le premier instrument de cette h&#233;g&#233;monie douce ; Schengen et l&#8217;accueil migratoire de 2015 en constituent la prolongation d&#233;mographique, s&#233;curitaire et identitaire.</p><p>Ainsi s&#8217;est &#233;difi&#233;, pierre apr&#232;s pierre, un d&#233;sastre total. &#201;conomique d&#8217;abord : l&#8217;Allemagne a import&#233; une masse humaine que son industrie, d&#233;sormais en d&#233;clin, ne peut plus absorber. S&#233;curitaire ensuite : l&#8217;afflux massif et peu contr&#244;l&#233; a engendr&#233; des fractures, des tensions, des zones de non-droit o&#249; l&#8217;autorit&#233; de l&#8217;&#201;tat s&#8217;effrite, et cette floraison d&#8217;attentats islamistes qui ensanglante les places publiques. Identitaire enfin, et c&#8217;est le plus grave : la coh&#233;sion nationale, ce tissu invisible tiss&#233; par des si&#232;cles de langue, de m&#339;urs, de m&#233;moire commune, s&#8217;est trouv&#233;e dilu&#233;e, fragment&#233;e, min&#233;e par la coexistence forc&#233;e de communaut&#233;s aux r&#233;f&#233;rents incompatibles. </p><p>La nation, cette entit&#233; historique et charnelle, non point abstraction juridique, a vu sa p&#233;rennit&#233; compromise. Ce qui fut pr&#233;sent&#233; comme un rem&#232;de &#224; la d&#233;pression d&#233;mographique s&#8217;est mu&#233; en n&#233;crose identitaire. L&#8217;on ne rajeunit point un corps social en y greffant des membres h&#233;t&#233;rog&#232;nes sans s&#8217;assurer de leur assimilation profonde ; l&#8217;on ne comble point un d&#233;ficit de naissances par une inondation migratoire sans alt&#233;rer irr&#233;m&#233;diablement l&#8217;&#226;me du peuple.</p><p>Merkel, en c&#233;dant aux sir&#232;nes du patronat en pleine euphorie conjoncturelle, a commis l&#8217;erreur classique des gestionnaires &#224; courte vue : confondre le cycle &#233;conomique avec la permanence de la nation. Les usines, elles, peuvent d&#233;localiser, robotiser, se contracter. Les populations, une fois &#233;tablies, demeurent. Et lorsque la prosp&#233;rit&#233; se retire comme une mar&#233;e, ce qui reste n&#8217;est point un r&#233;servoir de main-d&#8217;&#339;uvre flexible, mais un fardeau social, s&#233;curitaire et culturel dont les effets sont irr&#233;versibles. </p><p>La saign&#233;e actuelle de l&#8217;automobile allemande n&#8217;est que le sympt&#244;me le plus visible de cette d&#233;mence collective. Elle r&#233;v&#232;le, dans le miroir froid des suppressions de postes, l&#8217;&#233;chec retentissant d&#8217;une politique qui pr&#233;tendait sauver l&#8217;&#233;conomie en sacrifiant la nation. L&#8217;Allemagne, jadis mod&#232;le de puissance industrielle et de coh&#233;sion, se trouve aujourd&#8217;hui aux prises avec les cons&#233;quences durables d&#8217;un pari hasardeux. Que ceux qui, ailleurs, seraient tent&#233;s de reproduire cette folie y m&#233;ditent : l&#8217;on ne joue point impun&#233;ment avec la substance m&#234;me d&#8217;un peuple.</p>]]></content:encoded></item></channel></rss>