<script data-pm-proxy="intercept"></script><?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?><rss xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/" xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom" version="2.0" xmlns:itunes="http://www.itunes.com/dtds/podcast-1.0.dtd" xmlns:googleplay="http://www.google.com/schemas/play-podcasts/1.0"><channel><title><![CDATA[Martin’s Substack]]></title><description><![CDATA[My personal Substack]]></description><link>https://martindufresne.substack.com</link><image><url>https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!XCYc!,w_256,c_limit,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F536d9f0d-8da0-46df-9c50-9eb74882d6ab_144x144.png</url><title>Martin’s Substack</title><link>https://martindufresne.substack.com</link></image><generator>Substack</generator><lastBuildDate>Wed, 02 Sep 2026 09:01:05 GMT</lastBuildDate><atom:link href="/__u/martindufresne.substack.com/feed" rel="self" type="application/rss+xml"/><copyright><![CDATA[Martin Dufresne]]></copyright><language><![CDATA[fr]]></language><webMaster><![CDATA[martindufresne@substack.com]]></webMaster><itunes:owner><itunes:email><![CDATA[martindufresne@substack.com]]></itunes:email><itunes:name><![CDATA[Martin Dufresne]]></itunes:name></itunes:owner><itunes:author><![CDATA[Martin Dufresne]]></itunes:author><googleplay:owner><![CDATA[martindufresne@substack.com]]></googleplay:owner><googleplay:email><![CDATA[martindufresne@substack.com]]></googleplay:email><googleplay:author><![CDATA[Martin Dufresne]]></googleplay:author><itunes:block><![CDATA[Yes]]></itunes:block><item><title><![CDATA[Les LLM valorisent l'expertise]]></title><description><![CDATA[Dans les ann&#233;es 2010, si vous aviez des lacunes techniques (par exemple, ne pas savoir &#233;crire de CSS), vous deviez soit compter sur un coll&#232;gue comp&#233;tent, soit esp&#233;rer trouver la solution &#224; votre probl&#232;me pr&#233;cis sur Internet.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/les-llm-valorisent-lexpertise</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/les-llm-valorisent-lexpertise</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 01 Sep 2026 11:13:15 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Dans les ann&#233;es 2010, si vous aviez des lacunes techniques (par exemple, ne pas savoir &#233;crire de CSS), vous deviez soit compter sur un coll&#232;gue comp&#233;tent, soit esp&#233;rer trouver la solution &#224; votre probl&#232;me pr&#233;cis sur Internet. Aujourd&#8217;hui, n&#8217;importe qui peut &#233;crire du CSS &#224; peu pr&#232;s correct en d&#233;l&#233;guant la t&#226;che &#224; un LLM. Les LLM transforment n&#8217;importe qui en g&#233;n&#233;raliste.</p><p>De ce fait, beaucoup pensent qu&#8217;il n&#8217;y a aucune comp&#233;tence requise pour travailler avec des LLM. Si vous souhaitez obtenir le r&#233;sultat que peuvent fournir les LLM (des math&#233;matiques de niveau doctorat, du code informatique plut&#244;t bon mais parfois de mauvais go&#251;t, ou une r&#233;daction maladroite de type LinkedIn), il vous suffit de le demander. Comme tout le monde interagit avec les m&#234;mes mod&#232;les, les &#171; <em>prompteurs exp&#233;riment&#233;s</em> &#187; obtiennent les m&#234;mes r&#233;sultats que ceux qui utilisent les LLM pour la premi&#232;re fois.</p><p>C&#8217;est faux. <strong>La comp&#233;tence la plus importante en mati&#232;re de prompteur est l&#8217;expertise dans le domaine concern&#233;.</strong></p><p>Un bon exemple en est la conversation <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Terence_Tao">de Terence Tao </a><a href="https://chatgpt.com/share/6a5fdc7a-d6f8-83e8-bbea-8deb42cfed56">avec ChatGPT</a> au sujet du contre-exemple r&#233;cemment d&#233;couvert &#224; la conjecture jacobienne. Attention, il ne s&#8217;agit pas du m&#234;me ChatGPT que celui avec qui je discute ! Je n&#8217;ai pas r&#233;ussi &#224; atteindre le m&#234;me niveau de compr&#233;hension que Tao, m&#234;me avec des jetons illimit&#233;s &#224; br&#251;ler.</p><p>La conversation de Tao nous apprend beaucoup sur l&#8217;art de bien inciter &#224; la r&#233;flexion. Voici quelques observations :</p><ul><li><p>Les messages de Tao sont tr&#232;s courts et concis. Il ne r&#233;pond pas point par point au mod&#232;le, mais seulement &#224; l&#8217;essentiel.</p></li><li><p>Les r&#233;sultats du mod&#232;le sont beaucoup plus concis que lorsque j&#8217;essaie de parler de math&#233;matiques avec GPT-5.6 Sol. En signalant son expertise, Tao fait basculer le mod&#232;le en mode &#171; dialogue avec des math&#233;maticiens &#187;, et non en mode &#171; explication aux amateurs &#187;.</p></li><li><p>Tao r&#233;agit lorsque les r&#233;ponses du mod&#232;le semblent erron&#233;es, mais il ne le contredit pas directement ; il dit plut&#244;t des choses comme &#171; cela semble plus complexe que je ne l&#8217;esp&#233;rais &#187;.</p></li><li><p>Tao fait lui-m&#234;me plusieurs suppositions et suggestions. Il ne suit presque jamais les conseils du mod&#232;le quant &#224; la suite des &#233;v&#233;nements.</p></li></ul><p>Cependant, suivre ces conseils ne suffit pas pour r&#233;pondre aux questions math&#233;matiques comme Tao. La cl&#233; de sa technique r&#233;side dans la compr&#233;hension des math&#233;matiques : extraire l&#8217;id&#233;e pertinente de la r&#233;ponse d&#233;taill&#233;e de ChatGPT, sugg&#233;rer des approches ou formulations alternatives et identifier ce qui para&#238;t &#233;trange.</p><p>Terence Tao est un meilleur math&#233;maticien que je ne suis programmeur. Mais l&#8217;id&#233;e ici &#8211; que <strong>la connaissance du domaine am&#233;liore l&#8217;utilisation des mod&#232;les de langage</strong> &#8211; est quelque chose que j&#8217;ai &#233;galement constat&#233; dans mon propre travail. Si vous ma&#238;trisez bien votre code , vous pouvez exploiter les mod&#232;les de langage <em>beaucoup</em> plus efficacement que si vous n&#8217;y &#234;tes pas familiaris&#233;. Gr&#226;ce &#224; votre propre intuition de ce &#224; quoi pourrait ressembler une bonne solution, vous pouvez dire : &#171; <em>Non, je pense qu&#8217;on pourrait faire plus simple ici</em> &#187;, ou &#171; <em>Mais ne faisons-nous pas d&#233;j&#224; X ?</em> &#187;, ou encore &#171; <em>Peut-on exprimer ce probl&#232;me en des termes plus familiers ?</em> &#187;.</p><p>Cela rejoint une id&#233;e que j&#8217;ai depuis longtemps : les probl&#232;mes de conception de syst&#232;mes sont domin&#233;s par des sp&#233;cificit&#233;s concr&#232;tes, et non par des principes g&#233;n&#233;riques. Bien s&#251;r, les deux sont utiles, mais je pr&#233;f&#232;re une bonne connaissance du code source &#224; une compr&#233;hension g&#233;n&#233;rale approfondie des syst&#232;mes logiciels. Dans sa conversation, Terence Tao pose de nombreuses questions pr&#233;cises comme &#171; <em>Est-ce que X fonctionne ici ?</em> &#187; ou &#171; <em>&#201;tant donn&#233; Y et Z, pourquoi A ?</em> &#187;. Je ne peux pas poser ces questions &#224; propos de la conjecture jacobienne, mais je peux les poser &#224; propos des syst&#232;mes que je g&#232;re sur GitHub.</p><p>Si vous n&#8217;avez aucune connaissance du domaine, vous pouvez vous accrocher au LLM pour au moins en tirer <em>quelque chose</em> . Ce n&#8217;est pas mal ! Mais si vous avez une expertise dans le domaine, vous pouvez optimiser consid&#233;rablement ce m&#234;me LLM en l&#8217;orientant pr&#233;cis&#233;ment dans la direction souhait&#233;e. La plupart d&#8217;entre nous devront combiner ces deux approches, car nous poss&#233;dons des connaissances dans certains domaines, mais pas dans d&#8217;autres.</p><p>L&#8217;utilit&#233; des connaissances du domaine sugg&#232;re que l&#8217;expertise humaine restera pr&#233;cieuse m&#234;me si les mod&#232;les deviennent plus performants. Pour de nombreuses t&#226;ches, <strong>c&#8217;est l&#8217;humain, et non le mod&#232;le</strong> , qui constitue le goulot d&#8217;&#233;tranglement, car la difficult&#233; r&#233;side dans la communication pr&#233;cise au mod&#232;le du type de solution souhait&#233;. L&#8217;information est d&#233;j&#224; &#171; dans le mod&#232;le &#187;, mais seul un humain tr&#232;s comp&#233;tent peut l&#8217;extraire.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>S'abonner maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le design, c'est le goût que ça a.]]></title><description><![CDATA[&#192; force de transformer nos logiciels en catalogues de composants industriels, nous avons oubli&#233; ce qu'un espace num&#233;rique fait &#224; notre esprit.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/le-design-cest-le-gout-que-ca-a</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/le-design-cest-le-gout-que-ca-a</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 25 Aug 2026 13:14:40 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>En 2000, Steve Jobs pr&#233;sentait l&#8217;interface Aqua du premier Mac OS X en lan&#231;ant une formule rest&#233;e c&#233;l&#232;bre : les boutons &#233;taient tellement r&#233;ussis qu&#8217;on avait &#171; envie de les l&#233;cher &#187;.</p><p>Au-del&#224; de la provocation, Jobs pointait une v&#233;rit&#233; fondamentale que le monde du logiciel a fini par oublier : une interface n&#8217;est pas un simple assemblage g&#233;om&#233;trique. C&#8217;est une exp&#233;rience sensorielle. Une surface qui invite la main, un &#233;clat qui attire le regard, une texture qui donne envie de s&#8217;y attarder.</p><p>Une bonne interface nous fait <em>ressentir</em> quelque chose.</p><p>Vingt-six ans plus tard, l&#8217;industrie a fait le choix de la rationalisation pure. Nous avons construit des usines &#224; interfaces : <em>design systems</em>, grilles rigides, palettes neutralis&#233;es, variables calibr&#233;es pour &#234;tre ing&#233;r&#233;es sans friction par des mod&#232;les d&#8217;IA. Tout est propre, factoris&#233;, pr&#233;visible.</p><p>Le r&#233;sultat ? Un Web fonctionnel, mais d&#233;sesp&#233;r&#233;ment fade. Nos outils sont devenus des bureaux d&#8217;entreprise g&#233;n&#233;riques aux murs peints en gris neutre. Ils ne provoquent rien. Ils ne go&#251;tent plus rien.</p><h3>La tyrannie de l&#8217;art&#233;fact</h3><p>Cette st&#233;rilit&#233; vient d&#8217;un glissement subtil dans notre mani&#232;re de penser les outils. Nous avons remplac&#233; le langage de l&#8217;exp&#233;rience v&#233;cue par le langage de l&#8217;objet technique.</p><p>D&#8217;un c&#244;t&#233;, le <strong>langage-objet</strong> d&#233;crit la m&#233;canique froide : un rayon de courbure de huit pixels, un fond gris clair, une bordure subtile, une police sans empattement. Il dit de quoi l&#8217;&#233;cran est fait.</p><p>De l&#8217;autre, le <strong>langage de la rencontre</strong> s&#8217;int&#233;resse &#224; ce qui se passe chez l&#8217;humain qui s&#8217;y installe : entrer dans une pi&#232;ce silencieuse &#233;clair&#233;e par une lumi&#232;re matinale ; la texture rugueuse d&#8217;un papier &#233;pais sous la plume ; la sensation de clart&#233; quand le bruit ambiant s&#8217;&#233;teint enfin.</p><p>Le premier mod&#232;le produit des tableaux de bord interchangeables. Le second cherche &#224; installer un &#233;tat d&#8217;esprit : le calme n&#233;cessaire pour r&#233;fl&#233;chir, la respiration ralentie face &#224; un texte dense, la friction minimale mais juste qui force l&#8217;attention plut&#244;t que le d&#233;filement automatique.</p><p>D&#232;s qu&#8217;une intention vivante est r&#233;duite &#224; une simple variable dans un fichier de configuration, la temp&#233;rature chute. L&#8217;outil fonctionne, mais il ne porte plus aucune pr&#233;sence.</p><h3>Le paradoxe de l&#8217;artisanat num&#233;rique</h3><p>On a souvent reproch&#233; &#224; l&#8217;intelligence artificielle d&#8217;uniformiser la culture et de niveler les styles. Pourtant, lorsqu&#8217;on l&#8217;utilise pour concevoir des espaces num&#233;riques, elle r&#233;v&#232;le un paradoxe fascinant.</p><p>Si on la nourrit d&#8217;instructions techniques froides, elle recrache fid&#232;lement la soupe ti&#232;de du Web contemporain. Mais si on lui parle d&#8217;atmosph&#232;re, de grain, de lenteur ou d&#8217;hospitalit&#233; intellectuelle, elle contourne les automatismes industriels pour r&#233;introduire des formes, des respirations et des typographies oubli&#233;es.</p><p>La machine ne cr&#233;e pas l&#8217;&#226;me de l&#8217;outil, mais elle nous rappelle une hi&#233;rarchie &#233;l&#233;mentaire : l&#8217;intention sensible doit pr&#233;c&#233;der le syst&#232;me.</p><p>On ne commence pas par b&#226;tir une usine pour ensuite d&#233;cider de ce qu&#8217;on y fabrique. On commence par d&#233;finir le lieu que l&#8217;on veut habiter &#8212; une biblioth&#232;que silencieuse, un atelier d&#8217;artisan avec des outils bien aff&#251;t&#233;s sur les murs, ou un carnet de notes personnel &#8212; et seulement ensuite, on taille les pi&#232;ces techniques n&#233;cessaires pour le faire tenir debout.</p><h3>Retrouver la texture du Web</h3><p>L&#8217;artisanat num&#233;rique ne consiste pas &#224; rejeter la rigueur technique, mais &#224; refuser que la rentabilit&#233; des composants d&#233;cide seule de l&#8217;ambiance de nos journ&#233;es pass&#233;es devant un &#233;cran.</p><p>Nous passons des heures enti&#232;res &#224; l&#8217;int&#233;rieur de logiciels. La fa&#231;on dont une page respire, la densit&#233; de son encre, la retenue de ses contrastes ne sont pas des caprices cosm&#233;tiques : ce sont les conditions m&#234;mes de notre attention et de notre clart&#233; mentale.</p><p>Les meilleurs outils laissent une empreinte durable une fois l&#8217;&#233;cran &#233;teint. Non pas parce qu&#8217;ils &#233;taient parfaitement conformes &#224; une grille industrielle, mais parce qu&#8217;ils avaient une saveur propre.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>S'abonner maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Épictète utilisait un système de productivité plus performant que n'importe quelle application que vous avez achetée.]]></title><description><![CDATA[S'approprier une t&#226;che, c'est se l'approprier. C'est toute l'arnaque.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/epictete-utilisait-un-systeme-de</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/epictete-utilisait-un-systeme-de</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 18 Aug 2026 13:00:44 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>La plupart des syst&#232;mes de productivit&#233; reposent sur la m&#234;me hypoth&#232;se de base : que vous &#234;tes un d&#233;linquant intellectuel.</p><p><span>Votre productivit&#233; est catastrophique parce que, franchement, vous &#234;tes mauvais. Si vous &#234;tes d&#233;bord&#233;, c&#8217;est enti&#232;rement de votre faute. </span><em>Vous </em><span>ne parvenez pas &#224; suivre votre travail, &#224; g&#233;rer vos connaissances et &#224; faire m&#251;rir vos id&#233;es.</span></p><p>C&#8217;est un probl&#232;me humain, et vous &#234;tes cet humain, donc, pardonner mon langage mais, c&#8217;est votre putain de probl&#232;me.</p><p>La solution pour presque tous les syst&#232;mes consiste &#224; vous offrir une meilleure bo&#238;te de r&#233;ception et une base de donn&#233;es plus intelligente, un syst&#232;me de capture plus performant et davantage de tags. La pression, bien s&#251;r, repose toujours sur vous. Vous devez g&#233;rer un second cerveau et un troisi&#232;me tableau de bord, et vous devez assumer une plus grande responsabilit&#233; face &#224; un syst&#232;me en constante expansion qui fait d&#233;sormais appara&#238;tre tout et donne l&#8217;impression que chaque message, m&#234;me le plus insignifiant, n&#233;cessite une r&#233;ponse.</p><p><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89pict%C3%A8te">&#201;pict&#232;te</a> &#233;tait un esclave affranchi qui utilisait une pi&#232;ce lou&#233;e comme salle de classe, o&#249; il enseignait la philosophie et a fa&#231;onn&#233; une quantit&#233; presque embarrassante de pens&#233;e moderne.</p><p>Et le pauvre bougre a r&#233;ussi sans Obsidian, sans PKM, et sans aucun agent IA pour g&#233;rer son second cerveau (pas de chance). Il ne pensait m&#234;me pas que la capture en elle-m&#234;me &#233;tait le vrai probl&#232;me ; son syst&#232;me a plut&#244;t commenc&#233; par une simple question.</p><blockquote><p><em>Qu&#8217;est-ce qui vous incombe ?</em></p></blockquote><p><span>&#201;pict&#232;te s&#8217;int&#233;ressait &#224; trois choses : vos jugements, vos d&#233;sirs et vos d&#233;cisions ; il insistait notamment </span><em>sur le choix de ce qu&#8217;il fallait poursuivre, de ce qu&#8217;il fallait refuser, de ce qu&#8217;il fallait conserver et de ce qu&#8217;il fallait &#233;liminer compl&#232;tement.</em></p><p>Tout ce qui se trouve en dehors de ce cercle n&#8217;est ni votre cirque ni vos singes.</p><p>Les actions, opinions, id&#233;es, contrari&#233;t&#233;s, traumatismes, indignations et troubles &#233;motionnels des autres n&#8217;ont pas &#224; vous concerner. Il en va de m&#234;me pour les algorithmes que vous ne pouvez modifier, les march&#233;s que vous ne pouvez ni pr&#233;voir ni contr&#244;ler, ou les courriels que quelqu&#8217;un d&#8217;autre a marqu&#233;s comme urgents en fonction de ses besoins et de ses &#233;ch&#233;ances. Rien de tout cela ne vous appartient, et il n&#8217;est pas de votre ressort de chercher &#224; vous l&#8217;approprier.</p><p>Les sto&#239;ciens appelaient &#231;a le paradoxe du contr&#244;le ; les gourous philosophes de YouTube, eux, l&#8217;appelleraient une astuce de vie. Moi, j&#8217;appelle &#231;a un excellent moyen de garder la t&#234;te froide tout en venant &#224; bout de sa liste de t&#226;ches.</p><h2><strong>Ce que les applications vendent</strong></h2><p>Des applications comme Notion, Obsidian, Linear et Todoist, ainsi que toutes les versions de GTD, sont con&#231;ues pour r&#233;soudre les probl&#232;mes logistiques. Elles partent du principe que chaque information est importante et vous aident &#224; la traiter plus rapidement. Si le projet d&#8217;un coll&#232;gue prend du retard et que vous recevez un e-mail, le syst&#232;me vous aide &#224; le consigner, &#224; le prioriser et &#224; y r&#233;pondre. Si votre responsable vous demande un compte rendu sur Slack, l&#8217;outil vous aide &#224; trouver l&#8217;information pertinente. L&#8217;id&#233;e derri&#232;re toutes ces fonctionnalit&#233;s est de vous permettre de g&#233;rer efficacement tout ce qui vous arrive.</p><p>&#201;pict&#232;te conteste cette id&#233;e d&#232;s le d&#233;part. Le courriel, la notification, le projet qui n&#8217;est pas le v&#244;tre mais que l&#8217;on vous a inexplicablement attribu&#233; : tout cela, c&#8217;est comme la m&#233;t&#233;o. On peut s&#8217;habiller en fonction du temps. On peut d&#233;cider de sortir ou non. Mais on ne ma&#238;trise toujours pas la m&#233;t&#233;o ; on choisit comment y r&#233;agir, mais la suivre attentivement ne nous donne pas le contr&#244;le. Cela nous offre simplement une vision plus pr&#233;cise d&#8217;un ph&#233;nom&#232;ne qui n&#8217;a jamais &#233;t&#233; de notre ressort.</p><p>Le probl&#232;me des syst&#232;mes de capture, c&#8217;est que capturer quelque chose, c&#8217;est se l&#8217;approprier. Quand on &#233;crit quelque chose, on en assume la responsabilit&#233;.</p><p>Vous transformez un simple bruit de fond en une t&#226;che.</p><p>En la capturant, vous acceptez de la g&#233;rer.</p><h2><strong>Le filtre qu&#8217;il a construit</strong></h2><p>Avant de suivre quelque chose, demandez-vous : &#171; Est-ce que cela m&#8217;appartient ? &#187;</p><p>Cela rel&#232;ve-t-il de ma comp&#233;tence, c&#8217;est-&#224;-dire de mes jugements et de mes actions ?</p><p>Si oui, il entre dans le syst&#232;me.</p><p>Si non, vous ne le notez pas, vous ne vous sentez pas mal de ne pas l&#8217;avoir not&#233;, et vous ne cr&#233;ez pas un projet intitul&#233; &#171; r&#233;gler &#231;a d&#8217;une mani&#232;re ou d&#8217;une autre &#187; qui reste dans votre liste de t&#226;ches &#224; examiner pendant onze semaines.</p><p>Le travail moderne est organis&#233; de mani&#232;re &#224; brouiller continuellement cette fronti&#232;re.</p><p><span>Votre bo&#238;te de r&#233;ception est la file d&#8217;attente de quelqu&#8217;un d&#8217;autre. Votre liste de t&#226;ches est compos&#233;e en partie de vos objectifs et en partie de demandes externes, sans que le syst&#232;me ne fasse la distinction. Un bon outil de gestion de projet mettra en &#233;vidence chaque d&#233;pendance, chaque blocage, chaque pr&#233;occupation persistante, chaque ajustement superflu et chaque questionnement du type &#171; Et si&#8230; &#187; &#8211; car son principe sous-jacent est que la prise de conscience est synonyme de capacit&#233;. Si vous pouvez identifier un probl&#232;me, vous pouvez le r&#233;soudre ; il est donc </span><em>essentiel </em><span>de le r&#233;soudre.</span></p><p>&#201;pict&#232;te a b&#226;ti son syst&#232;me dans un contexte o&#249; les aspects les plus importants de sa vie ext&#233;rieure &#233;chappaient &#224; toute influence de sa part : son statut l&#233;gal, les d&#233;cisions de son ma&#238;tre, ses conditions de travail et de vie. Il ne pouvait acc&#233;der &#224; la libert&#233; par des moyens d&#233;tourn&#233;s ; il n&#8217;avait aucun pouvoir de d&#233;cision. Son seul domaine &#233;tait int&#233;rieur : ses choix, ses refus, son interpr&#233;tation de sa situation.</p><p>La plupart des gens confondent le nombre de choses qui leur arrivent avec le nombre de choses dont ils sont r&#233;ellement responsables.</p><p>Ce n&#8217;est pas la m&#234;me chose.</p><p>Mais les applications ne le pr&#233;cisent pas.</p><h2><strong>Ce dont vous &#234;tes r&#233;ellement responsable</strong></h2><p>Dans le syst&#232;me d&#8217;&#201;pict&#232;te, vous &#234;tes responsable de ce que vous acceptez, de ce que vous refusez et des cons&#233;quences de ces choix. Lorsque vous recevez un message, vous d&#233;cidez s&#8217;il requiert votre r&#233;ponse ou si la situation se r&#233;glera d&#8217;elle-m&#234;me (ou non, mais cela ne vous concerne pas pour autant). Si c&#8217;est votre cas, vous r&#233;pondez. Sinon, vous l&#8217;ignorez, vous ne le conservez pas pour plus tard et vous ne l&#8217;ajoutez pas &#224; une liste d&#8217;attente. Vous passez simplement &#224; autre chose.</p><p>Vu de l&#8217;ext&#233;rieur, cela ressemble &#224; de la n&#233;gligence. Si vous &#234;tes ing&#233;nieur senior et qu&#8217;une d&#233;cision architecturale prise par un coll&#232;gue risque d&#8217;entra&#238;ner des probl&#232;mes ult&#233;rieurs, vous devriez certainement la suivre, la signaler et en assurer le suivi. &#201;pict&#232;te aurait une position plus tranch&#233;e. Votre jugement sur l&#8217;erreur de la d&#233;cision vous appartient, et vous agissez en cons&#233;quence, clairement et directement. Leur d&#233;cision quant &#224; l&#8217;utilisation de votre contribution leur appartient.</p><p>On pourrait appeler cela la m&#233;thode de la juridiction. Avant de d&#233;cider de suivre quelque chose, demandez-vous : &#224; qui incombe cette responsabilit&#233; ? Si c&#8217;est la v&#244;tre, agissez. Si cela rel&#232;ve de la responsabilit&#233; de quelqu&#8217;un d&#8217;autre, vous pouvez avoir une influence, mais vous n&#8217;en &#234;tes pas propri&#233;taire et vous ne devez pas laisser cela accaparer votre attention simplement parce que vous le suivez.</p><p>Ce syst&#232;me surpasse les applications sans que cela soit li&#233; &#224; son d&#233;bit. Vous r&#233;pondrez probablement &#224; moins de messages. Vous manquerez des mises &#224; jour importantes. Vous refuserez des demandes auxquelles vous auriez pu r&#233;pondre.</p><p>Tout cela constitue un compromis acceptable pour d&#233;finir clairement ce que signifie l&#8217;&#233;chec. Vous avez &#233;chou&#233; si vous avez agi &#224; l&#8217;encontre de votre propre jugement. Vous avez &#233;chou&#233; si vous avez refus&#233; de vous impliquer alors que vous aviez v&#233;ritablement la possibilit&#233; de le faire.</p><p><span>Vous </span><em>n&#8217;avez pas </em><span>&#233;chou&#233; parce que le projet de quelqu&#8217;un d&#8217;autre a d&#233;rap&#233;, ou parce que l&#8217;algorithme a d&#233;prioris&#233; votre contenu, ou parce que le march&#233; a &#233;volu&#233; dans une direction que vous ne pouviez pas pr&#233;voir.</span></p><p>La plupart des gens se sentent &#171; en retard &#187; parce qu&#8217;ils ont assum&#233; la responsabilit&#233; de choses qui ne leur ont jamais appartenu.</p><p>Si cela vous d&#233;crit, vous devriez vous demander :</p><p><em>Est-ce que c&#8217;est &#224; moi ?</em></p><p>Si c&#8217;est le cas, vous savez ce qu&#8217;il vous reste &#224; faire.</p><p>Sinon, aucun syst&#232;me au monde ne facilitera la t&#226;che.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>S'abonner maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Ne considérez jamais votre apprentissage comme terminé]]></title><description><![CDATA[La chose la plus dangereuse que l'&#233;cole vous enseigne : que l'apprentissage s'arr&#234;te.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/ne-considerez-jamais-votre-apprentissage</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/ne-considerez-jamais-votre-apprentissage</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 11 Aug 2026 12:54:23 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>La semaine derni&#232;re, &#224; mon retour de vacances, j&#8217;ai eu la chance de participer &#224; un &#233;change avec deux personnes de l&#8217;agence <strong><a href="https://www.elao.com/">Elao</a></strong>, Eva et Maxime. Ce fut un &#233;change super int&#233;ressant. Nous avons abord&#233; des sujets allant de l&#8217;IA au dev en passant par le design et l&#8217;avenir de la profession, et plusieurs autres sujets. Merci &#224; eux pour leur temps et j&#8217;esp&#232;re avoir la chance de faire d&#8217;autres &#233;changes du genre dans les prochains mois.<br><br>Maintenant, place au programme principal !</p><div><hr></div><p>Notre conception m&#234;me de l&#8217;&#233;ducation est erron&#233;e.</p><p>Nous passons des ann&#233;es &#224; l&#8217;&#233;cole primaire puis au coll&#232;ge &#224; &#234;tre contraints d&#8217;absorber des informations et &#224; &#234;tre assaillis par l&#8217;id&#233;e fausse que le but de l&#8217;apprentissage est d&#8217;atteindre des objectifs arbitraires et d&#8217;&#234;tre &#233;valu&#233;s sur notre capacit&#233; &#224; m&#233;moriser des faits et des formules.</p><p>Mais le pire, c&#8217;est que lorsque nous arrivons enfin au bout de ce tunnel, nous assistons &#224; une c&#233;r&#233;monie de remise de dipl&#244;mes que nous traitons comme des fun&#233;railles joyeuses pour notre p&#233;riode d&#8217;apprentissage.</p><p>Les gens prononcent des discours et chacun &#233;voque avec nostalgie une partie de sa vie d&#233;sormais r&#233;volue.</p><p>C&#8217;est une c&#233;l&#233;bration du fait que votre apprentissage est termin&#233;.</p><p>Puissiez-vous ne plus jamais avoir &#224; endurer la p&#233;nibilit&#233; d&#8217;ouvrir un livre.</p><blockquote><p><em><span>Nous en venons &#224; croire qu&#8217;apr&#232;s seulement 18 ans de notre vie, nous avons acquis les connaissances et l&#8217;exp&#233;rience n&#233;cessaires pour affronter les 60 &#224; 70 ann&#233;es &#224; venir. C&#8217;est absurde. </span></em></p></blockquote><h3><strong>Quand l&#8217;&#233;cole est finie, l&#8217;apprentissage aussi.</strong></h3><p>La plupart des gens arrivent au terme de leur scolarit&#233;, obtiennent leur dipl&#244;me, et cessent ensuite d&#8217;apprendre. Ils cessent de rechercher de nouvelles informations et de nouvelles le&#231;ons car ils ont d&#233;j&#224; tout vu, tout fait. Ils ont litt&#233;ralement un certificat.</p><p>Ainsi, toute la p&#233;riode durant laquelle ils &#233;taient &#224; l&#8217;&#233;cole, oblig&#233;s d&#8217;apprendre quelque chose qui am&#233;liorerait leur vie ou les pr&#233;parerait au monde r&#233;el, devient leur seule &#233;ducation.</p><p>Certes, ils peuvent aller &#224; l&#8217;universit&#233; ou dans un &#233;tablissement d&#8217;enseignement sup&#233;rieur et poursuivre leurs &#233;tudes, mais ils se retrouvent pris dans la m&#234;me course effr&#233;n&#233;e qu&#8217;au lyc&#233;e. Ils essaient de parcourir la piste le plus vite possible et de franchir chaque obstacle.</p><p>Mais ils finiront par assister &#224; une autre c&#233;r&#233;monie de remise de dipl&#244;mes et obtenir un autre certificat attestant qu&#8217;ils ont rempli toutes les conditions et qu&#8217;ils en ont appris suffisamment.</p><p>C&#8217;est termin&#233;.</p><p>L&#8217;apprentissage cibl&#233; s&#8217;arr&#234;te net. Ils seront peut-&#234;tre contraints d&#8217;acqu&#233;rir de nouvelles comp&#233;tences au travail ou de suivre une formation obligatoire. Mais ils ne chercheront pas &#224; apprendre quelque chose simplement par d&#233;sir de s&#8217;am&#233;liorer de leur propre initiative.</p><p>C&#8217;est la faute des &#233;coles, certes. Mais c&#8217;est aussi celle des parents qui transforment l&#8217;&#233;ducation de leurs enfants en un combat permanent et douloureux. C&#8217;est la faute des th&#233;oriciens de l&#8217;&#233;ducation et des instances gouvernementales charg&#233;es de d&#233;cider quelles connaissances, issues de l&#8217;ensemble du savoir humain, doivent &#234;tre condens&#233;es en un peu plus de dix ans de scolarit&#233;.</p><p>Tout cela contribue &#224; cr&#233;er une attitude n&#233;gative, ennuyeuse et d&#233;motivante envers l&#8217;apprentissage.</p><h3><strong>N'acceptez jamais d&#8217;avoir fini d'apprendre.</strong></h3><p>Voici ce que je crois. Je crois que l&#8217;apprentissage structur&#233; ne r&#233;pond pas &#224; l&#8217;int&#233;gralit&#233; de vos besoins &#233;ducatifs. Je crois m&#234;me qu&#8217;il n&#8217;en r&#233;pond pas &#224; 50 %. Je crois en revanche qu&#8217;il pose les bases de votre apprentissage tout au long de votre vie.</p><p>Lorsque vous consid&#233;rez votre scolarit&#233; et vos &#233;tudes sup&#233;rieures comme les fondations, et non comme l&#8217;ensemble du processus, vous pouvez commencer &#224; b&#226;tir dessus. Si vous consacrez chaque ann&#233;e, jusqu&#8217;&#224; votre d&#233;c&#232;s, &#224; vous assurer de continuer &#224; apprendre, cela transformera votre niveau de compr&#233;hension, votre pr&#233;paration et votre perspicacit&#233; g&#233;n&#233;rale.</p><p>Je pense que la meilleure chose qu&#8217;une personne puisse faire apr&#232;s avoir termin&#233; ses &#233;tudes est de consacrer chaque jour et chaque semaine une partie de son temps &#224; l&#8217;apprentissage. Un v&#233;ritable apprentissage : lire, regarder et analyser les informations n&#233;cessaires pour acqu&#233;rir une comp&#233;tence, un fait, un nouveau domaine d&#8217;expertise.</p><p>Si vous ne vous autorisez jamais &#224; atteindre votre objectif initial, vous ne vous laisserez jamais stagner. Vous ne vous replierez pas sur des croyances obsol&#232;tes, ni n&#8217;oublierez les principes et les le&#231;ons importantes que vous avez apprises. Vous garderez votre esprit actif et votre esprit toujours alerte.</p><p>Vous avez d&#8217;innombrables possibilit&#233;s d&#8217;apprendre. D&#232;s maintenant. Des vid&#233;os sur YouTube aux volumes entiers de livres incroyables et importants disponibles gratuitement sur Gutenberg. Sans oublier les cours en ligne qui vous permettront d&#8217;apprendre sur presque tous les sujets. Et &#224; d&#233;faut, Wikip&#233;dia.</p><p>En r&#233;alit&#233;, l&#8217;apprentissage ne s&#8217;arr&#234;te pas parce qu&#8217;on quitte l&#8217;&#233;cole. Il s&#8217;arr&#234;te parce qu&#8217;on pense en avoir assez appris. Et si l&#8217;on ne prend pas la responsabilit&#233; de poursuivre sa formation tout au long de sa vie, c&#8217;est soi-m&#234;me qui en subira les cons&#233;quences.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>S'abonner maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La Théorie du Tetris : Plasticité et Apprentissage à l’Ère des Machines]]></title><description><![CDATA[Petite note de vacances]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/la-theorie-du-tetris-plasticite-et</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/la-theorie-du-tetris-plasticite-et</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 14 Jul 2026 11:55:58 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<blockquote><p><strong>Petite note de vacances</strong></p><p>L&#8217;infolettre prend une pause de trois semaines pour les vacances. On se retrouve le 11 ao&#251;t pour la suite. D&#8217;ici l&#224;, je vous souhaite un excellent d&#233;but d&#8217;&#233;t&#233; et de tr&#232;s bons moments de d&#233;connexion !</p></blockquote><div><hr></div><h3>La partition de l&#8217;impr&#233;vu</h3><p>On conna&#238;t tous cette musique. Ce rythme 8-bit, m&#233;canique et ent&#234;tant, qui s&#8217;acc&#233;l&#232;re &#224; mesure que l&#8217;&#233;cran se remplit. Au d&#233;but, la partie est presque douce. On aligne les blocs avec une pr&#233;cision de m&#233;tronome, convaincus que le monde r&#233;pond &#224; des lois pr&#233;visibles. C&#8217;est le mod&#232;le sur lequel on a b&#226;ti nos salles de classe et nos bureaux : un parcours lin&#233;aire, un plan de cours rassurant, des comp&#233;tences bien &#233;tiquet&#233;es qu&#8217;on empile proprement, une brique apr&#232;s l&#8217;autre, pour construire une vie ou une carri&#232;re.</p><p>Puis, sans crier gare, le rythme rompt. La pi&#232;ce qui descend n&#8217;a plus la forme pr&#233;vue. Elle arrive trop vite, de biais, et refuse d&#8217;entrer dans les cases qu&#8217;on lui avait pr&#233;par&#233;es.</p><p>L&#8217;arriv&#233;e de l&#8217;IA g&#233;n&#233;rative dans nos vies n&#8217;est pas une simple transition technologique ; c&#8217;est le moment o&#249; la machine a fait sauter le limiteur de vitesse du jeu. Soudain, le d&#233;fi n&#8217;est plus d&#8217;accumuler du savoir &#8212; la machine le fait d&#233;j&#224; pour nous, plus vite et sans fatigue &#8212;, mais de r&#233;organiser notre propre g&#233;ographie mentale en temps r&#233;el. Le jeu est devenu le miroir de notre plasticit&#233; cognitive, cette capacit&#233; intime et parfois douloureuse &#224; remodeler nos certitudes face &#224; un environnement qui refuse de se stabiliser.</p><p>On a tous connu cette frustration, au Tetris, du bloc qu&#8217;on pivote un quart de seconde trop tard. Un espace vide se cr&#233;e, une ligne creuse, d&#233;sormais pi&#233;g&#233;e sous des couches de briques solides.</p><p>Ces trous, nous les voyons s&#8217;ouvrir partout autour de nous. En enseignement, c&#8217;est ce que j&#8217;appellerais la dette conceptuelle. Comment transmettre la lenteur n&#233;cessaire &#224; la r&#233;flexion algorithmique ou &#224; la beaut&#233; d&#8217;une phrase quand l&#8217;&#233;tudiant peut externaliser l&#8217;effort &#224; un agent en un clic ? En sautant l&#8217;&#233;tape du t&#226;tonnement, on cr&#233;e un vide invisible sous la surface, un manque dans l&#8217;int&#233;gration profonde du savoir. En entreprise, c&#8217;est le paradoxe de l&#8217;expertise : on exige de nous une adaptabilit&#233; si f&#233;roce qu&#8217;il faut d&#233;sapprendre la m&#233;thode de la veille avant m&#234;me qu&#8217;elle ne soit devenue un automatisme.</p><p>Face &#224; ces vides, notre premier r&#233;flexe est souvent la rigidit&#233;. On s&#8217;accroche aux vieilles grilles d&#8217;&#233;valuation, aux processus industriels d&#8217;un autre si&#232;cle, comme si on pouvait forcer la nouvelle r&#233;alit&#233; &#224; entrer dans nos anciens moules. C&#8217;est le plus s&#251;r moyen de saturer nos esprits et de provoquer le naufrage.</p><p>Pour survivre quand le jeu s&#8217;emballe, il faut accepter de faire le deuil de la partie parfaite. On ne joue plus pour maintenir un ordre immuable, mais pour garder le syst&#232;me ouvert.</p><p>C&#8217;est l&#224; que r&#233;side notre plus grande force, une force profond&#233;ment biologique. Contrairement aux machines, notre esprit n&#8217;est pas un vase rigide qu&#8217;on remplit de donn&#233;es statiques. C&#8217;est un r&#233;seau vivant, mall&#233;able, capable de trouver de la beaut&#233; et du sens dans l&#8217;asym&#233;trie. Le mod&#232;le hallucine ? Le contexte change ? Notre cerveau fait alors preuve de m&#233;tacognition : il s&#8217;observe en train de douter, bifurque, et corrige le tir au dernier instant. Apprendre, aujourd&#8217;hui, ce n&#8217;est plus stocker. C&#8217;est ma&#238;triser l&#8217;art de la d&#233;formation fluide, cette agilit&#233; qui permet de faire pivoter ses certitudes juste avant l&#8217;impact pour les loger l&#224; o&#249; on ne les attendait plus.</p><p>Nous souffrons tous, un peu, du syndrome de la &#8220;barre longue&#8221;. On attend la pi&#232;ce miracle, la brique rouge de quatre blocs qui viendra nettoyer l&#8217;&#233;cran d&#8217;un seul coup. On l&#8217;attend sous forme d&#8217;un cadre l&#233;gislatif supr&#234;me, d&#8217;une r&#233;forme p&#233;dagogique salvatrice ou d&#8217;une directive d&#8217;entreprise d&#233;finitive.</p><p>Mais la brique magique ne viendra pas. La suite de l&#8217;histoire se dessine plut&#244;t dans la micro-adaptation, humble et quotidienne. Une ligne &#224; la fois. Un ajustement de prompt le matin, une discussion franche sur l&#8217;autonomie intellectuelle autour d&#8217;un caf&#233;, la refonte locale d&#8217;un crit&#232;re d&#8217;&#233;valuation le lendemain.</p><p>L&#8217;intelligence artificielle est une formidable usine &#224; briques parfaites. Elle g&#233;n&#232;re du texte, du code et des analyses avec une r&#233;gularit&#233; math&#233;matique et impeccable. Elle est ce flux ininterrompu qui tombe du haut de l&#8217;&#233;cran. Mais elle ne sait pas jouer la partie. Elle ne ressent pas la tension des lignes qui s&#8217;accumulent, et elle n&#8217;aura jamais cette intuition visc&#233;rale, presque po&#233;tique, qui pousse un humain &#224; tenter un mouvement improbable pour sauver une situation d&#233;sesp&#233;r&#233;e.</p><p>Accumuler de la donn&#233;e n&#8217;est pas faire preuve de plasticit&#233;. Face &#224; la standardisation des algorithmes, notre v&#233;ritable valeur n&#8217;est plus dans ce que nous produisons proprement, mais dans notre habilet&#233; &#224; habiter le chaos, &#224; apprendre de nos ratures et &#224; jeter des ponts par-dessus les trous.</p><p>Les blocs vont continuer de tomber, de plus en plus vite. &#192; nous de nous rappeler que tant que nous acceptons d&#8217;&#234;tre transform&#233;s par l&#8217;impr&#233;vu, c&#8217;est encore nous qui tenons les commandes.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu.</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>S'abonner maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Pourquoi j'ai arrêté de me disputer avec les gens]]></title><description><![CDATA[Je suis ing&#233;nieur logiciel et j&#8217;adorais d&#233;battre avec les gens pour d&#233;fendre la justesse technique.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/pourquoi-jai-arrete-de-me-disputer</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/pourquoi-jai-arrete-de-me-disputer</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 07 Jul 2026 14:23:49 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Je suis ing&#233;nieur logiciel et j&#8217;adorais d&#233;battre avec les gens pour d&#233;fendre la justesse technique. Revues de code, r&#233;unions de conception, discussions sur les listes de diffusion, d&#238;ners&#8230; Si quelqu&#8217;un se trompait, je tenais &#224; ce qu&#8217;il le sache et &#224; lui expliquer pr&#233;cis&#233;ment <em>pourquoi</em> . Je collectionnais les contre-arguments comme je collectionnais les correctifs. J&#8217;&#233;tais convaincu qu&#8217;en exposant clairement le raisonnement, l&#8217;autre personne n&#8217;aurait d&#8217;autre choix que de se rallier &#224; mon point de vue. La v&#233;rit&#233; finirait par triompher.</p><p>Cela ne fonctionnait presque jamais ainsi.</p><p>Parfois, je gagnais aux points mais perdais l&#8217;adversaire. Le plus souvent, je ne gagnais rien du tout : je voyais mon interlocuteur se conforter dans l&#8217;id&#233;e m&#234;me que je venais de r&#233;futer, tandis que l&#8217;assistance se ralliait insidieusement &#224; sa cause. Je repartais avec la certitude d&#8217;avoir raison, mais compl&#232;tement seul.</p><p>Au fil des ans, j&#8217;ai peu &#224; peu cess&#233; de me disputer. Non pas que je me sois d&#233;sint&#233;ress&#233; d&#8217;avoir raison, mais parce que j&#8217;ai enfin compris ce qu&#8217;est r&#233;ellement une dispute, et ce qu&#8217;elle peut et ne peut pas faire. Voici ce qui m&#8217;a fait changer d&#8217;avis.</p><h2>Avoir raison n&#8217;est pas toujours une bonne chose</h2><p>La premi&#232;re chose &#224; laquelle j&#8217;ai d&#251; renoncer, c&#8217;est la conviction qu&#8217;avoir raison est toujours une bonne chose. En tant qu&#8217;ing&#233;nieur, cela me semblait une h&#233;r&#233;sie. L&#8217;exactitude est au c&#339;ur de notre m&#233;tier. Mais avoir raison sur un point pr&#233;cis n&#8217;est pas synonyme de bienveillance sur un point donn&#233;.</p><p>Lao Tseu l&#8217;a vu il y a 2 500 ans. Dans le chapitre 2 du <em>Tao Te Ching</em> :</p><blockquote><p><em>L&#8217;&#234;tre et le non-&#234;tre se cr&#233;ent l&#8217;un l&#8217;autre.</em></p><p><em>Le difficile et le facile se compl&#232;tent.</em></p><p><em>Long et court se d&#233;finissent mutuellement.</em></p><p><em>Le haut et le bas sont interd&#233;pendants.</em></p><p><em>Le son et le silence s&#8217;harmonisent.</em></p></blockquote><p>Tout n&#8217;existe qu&#8217;en relation avec son contraire. Il n&#8217;y a pas de &#171; bien &#187; sans &#171; mal &#187; pour le justifier, et d&#232;s l&#8217;instant o&#249; l&#8217;on s&#8217;obstine &#224; avoir raison, on impose &#224; autrui une position d&#8217;inf&#233;riorit&#233;. Gagner une dispute cr&#233;e un perdant. Avoir raison de fa&#231;on &#233;vidente cr&#233;e l&#8217;erreur &#233;vidente de l&#8217;autre.</p><p>Avoir raison n&#8217;est donc pas un bien absolu, d&#233;tach&#233; du r&#233;el. C&#8217;est la moiti&#233; d&#8217;une paire, et cela entra&#238;ne son contraire dans son sillage. D&#232;s que j&#8217;ai cess&#233; de consid&#233;rer la justesse comme une v&#233;rit&#233; absolue, j&#8217;ai cess&#233; d&#8217;&#233;prouver le besoin de gagner.</p><h2>La plupart des disputes portent sur l&#8217;ego, et non sur les id&#233;es.</h2><p>Quand on se dispute avec quelqu&#8217;un, on croit d&#233;battre d&#8217;une id&#233;e. Souvent, ce n&#8217;est pas le cas. On remet en question son estime de soi.</p><p>Nombreux sont ceux qui sont guid&#233;s par leur ego. Leurs opinions ne sont pas des positions qu&#8217;ils d&#233;fendent ; elles <em>sont</em> la position dominante. D&#233;montrer qu&#8217;une id&#233;e est fausse, c&#8217;est s&#8217;attaquer &#224; une personne plut&#244;t qu&#8217;&#224; un fait. Ils la d&#233;fendent donc comme n&#8217;importe qui se d&#233;fend : non par la raison, mais par la r&#233;sistance. Plus votre argument est convaincant, plus ils s&#8217;ent&#234;tent.</p><p>On ne peut pas gagner une dispute comme celle-ci, car il ne s&#8217;agissait pas d&#8217;une dispute. C&#8217;&#233;tait une lutte pour pr&#233;server son ego. M&#234;me en &#171; gagnant &#187;, on perd, car l&#8217;adversaire est d&#233;sormais plus convaincu qu&#8217;avant.</p><p>J&#8217;ai donc pos&#233; une limite. Je ne discute des avantages et des inconv&#233;nients qu&#8217;avec des personnes intelligentes ; je ne me lance pas dans des d&#233;bats sur le bien et le mal avec celles guid&#233;es par leur ego. Avec les premi&#232;res, un d&#233;saccord est une recherche commune de la meilleure solution, et nous en ressortons tous deux plus &#233;clair&#233;s. Avec les secondes, il n&#8217;y a pas de recherche de solution, seulement un besoin de se d&#233;fendre. Savoir dans quelle conversation on se trouve, c&#8217;est d&#233;j&#224; la moiti&#233; du chemin. L&#8217;autre moiti&#233;, c&#8217;est d&#8217;avoir la discipline de se retirer de la seconde.</p><h2>Les gens ne sont pas rationnels.</h2><p>On aime &#224; croire que les humains sont des animaux rationnels qui ressentent occasionnellement des &#233;motions. C&#8217;est l&#8217;inverse. Nous sommes des animaux &#233;motionnels qui r&#233;fl&#233;chissons occasionnellement.</p><p>La plupart des gens ne raisonnent pas pour parvenir &#224; des conclusions avant de ressentir ce qu&#8217;ils ressentent. Ils ressentent d&#8217;abord, puis raisonnent &#224; rebours pour justifier ce sentiment. Ils suivent le mouvement, confondent assurance et justesse, et adoptent les croyances de leur entourage. La pens&#233;e ind&#233;pendante est rare, bien plus rare qu&#8217;on ne le pense.</p><p>Une fois ce principe admis, argumenter avec la logique para&#238;t absurde. Vous tentez de justifier un sentiment par une preuve irr&#233;futable. Or, le sentiment, lui, ne se laisse pas guider par une explication.</p><h2>Corriger les autres les aide rarement.</h2><p>&#171; Mais mes intentions sont bonnes &#187;, dites-vous. &#171; Je n&#8217;attaque personne. Je signale simplement une erreur pour &#233;viter qu&#8217;elle ne soit bless&#233;e. &#187;</p><p>J&#8217;y ai longtemps cru. &#199;a para&#238;t noble. Mais m&#234;me avec les meilleures intentions, corriger les gens &#233;choue g&#233;n&#233;ralement, et voici le plus difficile : <em>ne le faites pas de toute fa&#231;on.</em></p><p>Les gens ne per&#231;oivent pas vos motivations. Ils ne voient que des critiques. Ils comprennent rarement pourquoi vous vous &#234;tes donn&#233; cette peine, et ils ne l&#8217;appr&#233;cient presque jamais. Pire encore, la plupart des gens n&#8217;apprennent rien des conseils. Ils apprennent des cons&#233;quences. Ils doivent se confronter &#224; la r&#233;alit&#233;. Les mots ne suffisent pas ; la douleur, elle, marque.</p><p>Cela para&#238;t froid. Et &#231;a l&#8217;est. Mais c&#8217;est aussi, malheureusement, vrai. Souvent, la chose la plus respectueuse &#224; faire est de laisser les gens assumer les cons&#233;quences de leurs actes, car c&#8217;est le seul enseignement qu&#8217;ils suivront vraiment.</p><h2>La seule exception : quand ils demandent</h2><p>Il existe une exception nette &#224; tout cela, et elle bouleverse toute la logique.</p><p>Aidez les gens lorsqu&#8217;ils <em>demandent explicitement de l&#8217;aide.</em></p><p>Quand quelqu&#8217;un demande, la cause et l&#8217;effet s&#8217;inversent. Vous n&#8217;imposez plus votre jugement &#224; quelqu&#8217;un qui ne l&#8217;a jamais souhait&#233;. Sa demande est la cause ; votre aide est l&#8217;effet. Une v&#233;ritable ouverture se cr&#233;e alors, car la personne a d&#233;cid&#233; d&#8217;&#234;tre pr&#234;te &#224; entendre votre conseil. L&#8217;ego s&#8217;efface. Les d&#233;fenses tombent. Le conseil porte ses fruits.</p><p>Alors je ne propose plus rien. J&#8217;attends que la porte s&#8217;ouvre de l&#8217;int&#233;rieur. Et quand quelqu&#8217;un l&#8217;ouvre, je donne tout ce que j&#8217;ai.</p><h2>Ne gagnez pas la dispute, tirez profit de la diff&#233;rence.</h2><p>Si abandonner la discussion vous semble &#234;tre une perte pure et simple, voici une nouvelle perspective qui la transforme en gain.</p><p>Lorsque vous et une autre personne avez une vision du monde diff&#233;rente, deux options s&#8217;offrent &#224; vous. Vous pouvez consacrer votre &#233;nergie &#224; essayer de la convaincre que vous avez raison, ce qui, comme tout ce qui pr&#233;c&#232;de le d&#233;montre, est presque toujours vou&#233; &#224; l&#8217;&#233;chec. Ou bien, vous pouvez consid&#233;rer cette diff&#233;rence comme un atout et la d&#233;velopper.</p><p>Si vous croyez sinc&#232;rement &#224; quelque chose que les autres ne croient pas, ce n&#8217;est pas un d&#233;bat &#224; gagner. C&#8217;est un avantage. Le march&#233; r&#233;compense l&#8217;exactitude d&#8217;une mani&#232;re qu&#8217;aucun argument ne pourra jamais &#233;galer. Plut&#244;t que de convaincre le sceptique, commercialisez ce qu&#8217;il consid&#232;re comme erron&#233; et laissez la r&#233;alit&#233; trancher. Son d&#233;saccord n&#8217;est pas un obstacle ; c&#8217;est votre atout majeur. Si tout le monde &#233;tait d&#233;j&#224; d&#8217;accord avec vous, il n&#8217;y aurait plus aucune opportunit&#233;.</p><p>C&#8217;est d&#8217;autant plus vrai si vous cr&#233;ez votre propre entreprise. La diff&#233;renciation n&#8217;est pas un effet secondaire, elle <em>est</em> l&#8217;essence m&#234;me de l&#8217;entreprise. Une startup existe pr&#233;cis&#233;ment parce que ses fondateurs croient en quelque chose que le reste du monde n&#8217;a pas encore accept&#233;. Si vous pouviez convaincre lors d&#8217;une r&#233;union, l&#8217;entreprise n&#8217;aurait aucune raison d&#8217;&#234;tre. Toute sa valeur r&#233;side dans l&#8217;&#233;cart entre votre vision et ce que les autres refusent d&#8217;admettre.</p><p>J&#8217;ai donc cess&#233; de tenter de combler ce foss&#233; par la parole. J&#8217;ai commenc&#233; &#224; en tirer profit en construisant. Laissons les gens &#234;tre en d&#233;saccord. C&#8217;est de leurs d&#233;saccords que r&#233;sident l&#8217;argent et le sens.</p><h2>Vous ne pouvez changer que vous-m&#234;me.</h2><p>Voici la partie que j&#8217;ai eu le plus de mal &#224; accepter.</p><p>Dans ce monde, vous ne pouvez changer personne. Ni votre conjoint, ni vos amis, ni vos enfants, et encore moins les inconnus sur Internet. Seulement vous-m&#234;me.</p><p>Ce n&#8217;est pas du cynisme, ni un manque de confiance en autrui. C&#8217;est tout le contraire. C&#8217;est investir son &#233;nergie l&#224; o&#249; elle peut r&#233;ellement &#234;tre utile. Chaque heure pass&#233;e &#224; essayer de changer quelqu&#8217;un qui ne l&#8217;a pas demand&#233; est une heure vol&#233;e &#224; la seule personne (vous-m&#234;me) que vous <em>pouvez</em> changer.</p><p>Se changer soi-m&#234;me suffit. Inutile de changer les autres pour vivre pleinement. En gagnant en clart&#233; d&#8217;esprit, en s&#233;r&#233;nit&#233;, en comp&#233;tences et en authenticit&#233;, le monde qui vous entoure se transforme de lui-m&#234;me, non pas parce que vous avez forc&#233; qui que ce soit, mais parce que les gens r&#233;agissent &#224; votre v&#233;ritable nature. Changez-vous et vous transformerez votre perception du monde. C&#8217;est suffisant. Rien de plus n&#8217;est n&#233;cessaire.</p><p>Acceptez cela, et une paix &#233;trange s&#8217;installe. Les disputes s&#8217;apaisent. La frustration dispara&#238;t. Vous cessez de chercher &#224; convaincre les autres et commencez &#224; les laisser &#234;tre eux-m&#234;mes.</p><div><hr></div><p>Alors, reformulez la question.</p><p>Si la seule personne que vous pouvez changer, c&#8217;est vous-m&#234;me, alors la question essentielle est : comment progresser ? Non pas en remportant des disputes. On progresse en sollicitant l&#8217;avis des autres, encore et encore, et en l&#8217;&#233;coutant attentivement. C&#8217;est cette m&#234;me d&#233;marche que j&#8217;ai d&#233;crite pr&#233;c&#233;demment, la seule exception, appliqu&#233;e ici &#224; moi-m&#234;me : c&#8217;est moi qui demande de l&#8217;aide, pour que les conseils soient enfin entendus. Et c&#8217;est impossible avec un ego qui fait obstacle. L&#8217;ego qui a besoin de gagner est celui qui refuse d&#8217;entendre. Non seulement il est nuisible, mais il est d&#233;sastreux, pour tous ceux qui vous entourent et surtout pour vous-m&#234;me, car il vous coupe sournoisement de la seule chose qui pourrait vous faire progresser.</p><p>Alors, rangez &#231;a. Restez humble. Continuez &#224; poser des questions. C&#8217;est l&#224; toute la discipline.</p><p>J&#8217;ai cess&#233; de me disputer non pas parce que je ne tenais plus &#224; avoir raison, mais parce que je d&#233;sirais enfin quelque chose de plus : je voulais continuer &#224; m&#8217;am&#233;liorer. Et la seule porte qui y m&#232;ne, c&#8217;est celle que l&#8217;ego s&#8217;obstine &#224; fermer.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>S'abonner maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[La technologie est un chant de sirène]]></title><description><![CDATA[Tout a commenc&#233; par une question que je me suis pos&#233;e :]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/la-technologie-est-un-chant-de-sirene</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/la-technologie-est-un-chant-de-sirene</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 30 Jun 2026 13:29:16 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Tout a commenc&#233; par une question que je me suis pos&#233;e :</p><p>Comment notre opinion change-t-elle lorsque nous pouvons obtenir en quelques secondes une r&#233;ponse plausible, document&#233;e et convaincante &#224; n&#8217;importe quelle question que nous posons ?</p><p>Imaginez qu&#8217;on vous confie un probl&#232;me. Vous &#234;tes assis &#224; un bureau, au milieu d&#8217;un champ d&#233;sert. Personne ni rien &#224; des kilom&#232;tres &#224; la ronde. Pourtant, vous savez que la feuille de papier et votre esprit contiennent toutes les informations n&#233;cessaires. Comme beaucoup l&#8217;ont constat&#233; dans des situations similaires, cet environnement vous incite &#224; vous investir davantage. Si vous &#234;tes d&#233;termin&#233; &#224; r&#233;soudre le probl&#232;me, vous d&#233;ployez bien plus d&#8217;efforts dans cet isolement que si vous aviez acc&#232;s &#224; des exemples similaires, &#224; un manuel, &#224; un moteur de recherche ou, plus r&#233;cemment, &#224; un juriste comp&#233;tent.</p><p>Les opinions actuelles vont du rejet total de l&#8217;IA &#224; son adoption massive. Une personne qui la rejette peut mettre beaucoup plus de temps &#224; accomplir la plupart des t&#226;ches, mais elle gagnera en confiance et en intuition au fil du temps. Inversement, une personne qui l&#8217;adopte peut gagner en temps mais y perdra en confiance et en intuition au fil du temps.</p><p>La premi&#232;re formulation met l&#8217;accent sur l&#8217;individu. La seconde pr&#244;ne l&#8217;ach&#232;vement de la t&#226;che, ou la production. Bien s&#251;r, les t&#226;ches plus longues et plus complexes <em>requi&#232;rent</em> confiance en soi et intuition. Des t&#226;ches comme d&#233;cider pour qui voter, quelle politique on souhaite voir mise en &#339;uvre, quelle orientation donner &#224; sa vie, comment d&#233;penser son argent et son temps.</p><p>Plus on d&#233;l&#232;gue sa r&#233;flexion &#224; des r&#233;f&#233;rences et des outils, plus on perd en confiance et en comp&#233;tences. Or, la plupart du temps, nos t&#226;ches sont impersonnelles, peu attrayantes et, plus r&#233;cemment, n&#233;cessitent une quantit&#233; croissante d&#8217;informations externes. Puisque l&#8217;esprit humain est &#233;conome en &#233;nergie et soucieux de s&#233;curit&#233;, pourquoi ne pas se faire aider par une machine &#224; penser ou par des r&#233;f&#233;rences autres que les siennes afin d&#8217;optimiser les r&#233;sultats et de gagner du temps ?</p><blockquote><p><em>&#171; &#8230;l&#8217;automatisation tend &#224; d&#233;qualifier les op&#233;rateurs. Lorsque les humains ne pratiquent pas une comp&#233;tence &#8212; qu&#8217;elle soit physique ou mentale &#8212;, leur capacit&#233; &#224; ex&#233;cuter cette comp&#233;tence se d&#233;grade. &#187;</em></p><p><em>- <a href="https://aphyr.com/posts/411-the-future-of-everything-is-lies-i-guess">Aphyr</a> sur <a href="https://ckrybus.com/static/papers/Bainbridge_1983_Automatica.pdf">les ironies de l&#8217;automatisation</a></em></p></blockquote><p>Bien que cela puisse para&#238;tre inoffensif, l&#8217;esprit humain, malgr&#233; ses efforts, ne compartimente pas suffisamment bien les informations. C&#8217;est le m&#234;me lobe frontal qui traite chaque t&#226;che. Si ces t&#226;ches ind&#233;sirables sont facilement r&#233;solues en externalisant notre pens&#233;e, et si nous passons la majeure partie de nos journ&#233;es &#224; les effectuer, alors une grande partie de notre pens&#233;e est externalis&#233;e. Notre esprit s&#8217;atrophie sans que nous nous en apercevions. Je <em>soutiens</em> que l&#8217;&#233;criture et la calculatrice <em>ont bel</em> et bien eu un impact, imperceptible sauf &#224; distance. L&#8217;&#234;tre humain peut accro&#238;tre sa <em>productivit&#233;</em> en augmentant artificiellement sa m&#233;moire ou en am&#233;liorant la vitesse des calculs rapides, mais qu&#8217;y perdons-nous ? Je dirais que nous perdons une paix int&#233;rieure fondamentale, un rythme de vie et un lien avec la nature.</p><p>R&#233;fl&#233;chir &#224; ce que nous perdons est une t&#226;che plus longue et plus complexe en soi. Le monde s&#8217;acc&#233;l&#232;re &#224; tous les niveaux, que ce soit au niveau de la vitesse de d&#233;placement ou de la fr&#233;quence des changements de t&#226;ches. Mais tant que notre survie est li&#233;e &#224; un temps que nous ne ma&#238;trisons pas et que notre esprit est trop fragment&#233; et d&#233;conditionn&#233; pour tirer des conclusions, il est difficile de r&#233;pondre &#224; cette question. Nous pouvons m&#234;me nous croire capables de penser de mani&#232;re critique, de d&#233;celer des sch&#233;mas autour de nous et de nous adapter, mais je suis de plus en plus convaincu qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;un m&#233;canisme de d&#233;fense face &#224; la complexit&#233; croissante de nos vies.</p><p>Il m&#8217;arrive parfois de tirer des conclusions de mes choix et des sch&#233;mas que je remarque. Cependant, j&#8217;en suis r&#233;cemment arriv&#233;e &#224; la triste conclusion que, dans le flot incessant d&#8217;informations qui envahit mon esprit, j&#8217;oublierai probablement ces id&#233;es bien trop vite, ou bien je m&#8217;en souviendrai sans parvenir &#224; les mettre en pratique. Dans le tourbillon perp&#233;tuel des &#233;v&#233;nements, des mots et des images, tant de choses se perdent dans la pr&#233;cipitation.</p><p>Je ne peux pas me permettre de prendre le temps de faire le point, de r&#233;organiser ma vie, et encore moins de m&#8217;investir pour changer la structure du monde qui nous entoure. Du moins, c&#8217;est ce que je crois. La victime se compla&#238;t dans son r&#244;le de victime, et l&#8217;agresseur se r&#233;jouit de son ignorance et de sa pauvret&#233; de pens&#233;e et d&#8217;action. L&#8217;agresseur n&#8217;est ni une personne ni un groupe de personnes. L&#8217;agresseur est une force invisible dans laquelle nous sommes entr&#233;s. Nous pouvons bien s&#251;r sp&#233;culer sur son in&#233;vitabilit&#233; ou sa finalit&#233;.</p><blockquote><p><em>&#171; &#192; long terme, une soci&#233;t&#233; hi&#233;rarchis&#233;e n&#8217;&#233;tait possible que sur la base de la pauvret&#233; et de l&#8217;ignorance. &#187;</em></p><p><em>-George Orwell, 1984</em></p></blockquote><p>Le slogan de l&#8217;IEEE (<em>Institute for Electrical and Electronics Engineers</em>) est &#171; Faire progresser la technologie au service de l&#8217;humanit&#233; &#187;, ce qui me para&#238;t plut&#244;t paradoxal. Si l&#8217;on s&#8217;en tient &#224; la premi&#232;re d&#233;finition de l&#8217;humanit&#233;, celle de l&#8217;esp&#232;ce humaine, cela se tient. Mais si l&#8217;on s&#8217;en tient &#224; la seconde, celle de l&#8217;humanit&#233;, de la bienveillance ? O&#249; allons-nous ? Vers quoi ces ing&#233;nieurs pensent-ils progresser ? Je l&#8217;ignore. &#192; &#233;chapper aux erreurs du pass&#233; gr&#226;ce &#224; de nouvelles technologies qui, assur&#233;ment, ne deviendront jamais comme avant ?</p><p>M&#234;me en &#233;crivant cet article, je constate &#224; quel point mon esprit s&#8217;est atrophi&#233; ces cinq &#224; dix derni&#232;res ann&#233;es. J&#8217;ai beau parfois tenter de me convaincre du contraire, ces moments de prise de conscience finissent par peser lourd. Nous fon&#231;ons droit vers un brouillard t&#233;nu et perp&#233;tuel, dont il nous est impossible de nous extraire. Car s&#8217;en extraire exige du calme et du temps pour la r&#233;flexion, un luxe inaccessible &#224; tous, pauvres et ignorants compris.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Traitement inconscient de l'information]]></title><description><![CDATA[Ce week-end, c&#8217;&#233;tait la f&#234;te des p&#232;res et j&#8217;avais envie de vous raconter une anecdote sur mon p&#232;re et une le&#231;on qu&#8217;il m&#8217;a apprise il y a longtemps.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/traitement-inconscient-de-linformation</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/traitement-inconscient-de-linformation</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 23 Jun 2026 13:25:28 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Le week-end dernier, c&#8217;&#233;tait la f&#234;te des p&#232;res et j&#8217;avais envie de vous raconter une anecdote sur mon p&#232;re et une le&#231;on qu&#8217;il m&#8217;a apprise il y a longtemps. J&#8217;&#233;tais &#224; la petite &#233;cole et j&#8217;avais un expos&#233; &#224; rendre le lendemain. Au repas, on s&#8217;est aper&#231;u que je ne l&#8217;avais pas fait. Mon p&#232;re m&#8217;a oblig&#233; &#224; veiller tard ce soir-l&#224; jusqu&#8217;&#224; ce que je l&#8217;aie termin&#233;. Et il est rest&#233; &#233;veill&#233; avec moi. Il s&#8217;est assur&#233; que je comprenne deux choses ce soir-l&#224;. La premi&#232;re est &#233;vidente : quand on vous confie une t&#226;che, vous la faites et vous la faites &#224; temps.</p><p>Mais la deuxi&#232;me chose qu&#8217;il m&#8217;a expliqu&#233;e &#233;tait plus subtile et bien plus efficace. Il m&#8217;a expliqu&#233; que je devais commencer &#224; travailler sur un projet d&#232;s qu&#8217;il m&#8217;&#233;tait attribu&#233;. Une heure environ suffirait, m&#8217;a-t-il dit. Il m&#8217;a conseill&#233; de revenir au projet chaque jour, m&#234;me un petit peu, et de progresser lentement mais s&#251;rement. Je lui ai demand&#233; pourquoi c&#8217;&#233;tait mieux que de tout faire &#224; la derni&#232;re minute (comme je le faisais pendant notre conversation).</p><p>Il expliqua que, une fois que le cerveau se met &#224; travailler sur un probl&#232;me, il ne s&#8217;arr&#234;te plus. Si l&#8217;on se penche s&#233;rieusement sur un probl&#232;me en ayant suffisamment de temps pour le r&#233;soudre, le cerveau le r&#233;soudra inconsciemment au fil du temps et, un jour, en s&#8217;y remettant, la solution sera sous nos yeux.</p><p>J&#8217;ai appliqu&#233; cette m&#233;thode &#224; chaque probl&#232;me majeur rencontr&#233; depuis. Elle m&#8217;a permis de r&#233;ussir dans mes &#233;tudes, mon travail et continue de me permettre de r&#233;ussir. Elle m&#8217;a &#233;galement servi &#224; b&#226;tir une carri&#232;re dans les technologies. </p><p>Je suis convaincu que le traitement inconscient de l&#8217;information est essentiel. C&#8217;est pourquoi certaines de mes meilleures id&#233;es me viennent sous la douche, le matin. C&#8217;est aussi pourquoi j&#8217;&#233;cris tous les jours d&#232;s qu&#8217;une id&#233;e me vient. Je crois que pendant mon sommeil, mon esprit continue de traiter les probl&#232;mes que je cherche &#224; r&#233;soudre, et que souvent, les r&#233;ponses sont d&#233;j&#224; l&#224; (comme par magie) &#224; mon r&#233;veil. Merci papa pour ce conseil. Il fait partie int&#233;grante de ma strat&#233;gie depuis. </p><div><hr></div><p>Cette le&#231;on de mon p&#232;re, j&#8217;y repense constamment ces temps-ci en regardant mes &#233;tudiants.</p><p>Aujourd&#8217;hui, avec l&#8217;intelligence artificielle, la tentation de la &#8220;derni&#232;re minute ultime&#8221; est plus forte que jamais. Pourquoi s&#8217;y prendre d&#8217;avance quand on peut demander &#224; un LLM de g&#233;n&#233;rer un code, un rapport ou un travail complet en 30 secondes, la veille &#224; 23h55 ? L&#8217;IA donne l&#8217;illusion qu&#8217;on a &#233;limin&#233; le probl&#232;me du temps.</p><p>Mais en faisant &#231;a, on court-circuite exactement ce que mon p&#232;re essayait de m&#8217;enseigner : le travail de fond du cerveau. L&#8217;IA supprime la friction, mais elle supprime aussi la r&#233;flexion inconsciente, ces moments sous la douche ou au r&#233;veil o&#249; les pi&#232;ces du casse-t&#234;te se placent d&#8217;elles-m&#234;mes. On obtient un r&#233;sultat imm&#233;diat, mais on n&#8217;a rien appris, rien matur&#233;.</p><p>Enseigner &#224; distance &#224; l&#8217;&#232;re des machines, c&#8217;est devenu &#231;a : essayer de convaincre des &#233;tudiants de ralentir, de laisser &#224; leur propre cerveau le temps de &#8220;mouliner&#8221; un probl&#232;me, alors qu&#8217;ils ont dans leur poche un outil qui leur donne une r&#233;ponse instantan&#233;e.</p><p>Pour tout enseignant aujourd&#8217;hui, le d&#233;fi est maintenant r&#233;apprendre, et faire apprendre, la valeur du temps qui passe sur un probl&#232;me.</p><p>Merci de me lire!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;S'abonner maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>S'abonner maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Pourquoi vous n’avez pas besoin du plus gros LLM]]></title><description><![CDATA[Ou pourquoi prendre une Formule 1 pour aller chercher le pain.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/pourquoi-vous-navez-pas-besoin-du</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/pourquoi-vous-navez-pas-besoin-du</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 09 Jun 2026 13:28:38 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<h3>L&#8217;accroche : L&#8217;hypnose collective</h3><p>Le marketing d&#8217;OpenAI, de Google ou d&#8217;Anthropic nous a conditionn&#233;s &#224; croire que la performance en entreprise d&#233;pend de la taille du mod&#232;le. On scrute les benchmarks comme des ados comparent des cartes graphiques. R&#233;sultat ? Des organisations d&#233;ploient des monstres cloud pour des t&#226;ches qui n&#233;cessitent la puissance de calcul d&#8217;une calculatrice scientifique am&#233;lior&#233;e.</p><h2>Tuer une mouche au lance-roquettes : La r&#233;alit&#233; des besoins en entreprise</h2><p>Quand on regarde ce que font <em>r&#233;ellement</em> les employ&#233;s au quotidien avec l&#8217;IA, on est loin de la recherche fondamentale ou de la philosophie quantique. Ils font :</p><ul><li><p>De la classification de billets de support (Est-ce une plainte ? Une question technique ?).</p></li><li><p>De l&#8217;extraction d&#8217;entit&#233;s (Sortir un nom et une date d&#8217;un PDF).</p></li><li><p>De la reformulation de courriels ou du r&#233;sum&#233; de r&#233;unions.</p></li></ul><p>Est-ce qu&#8217;on a besoin d&#8217;un mod&#232;le de 400 milliards de param&#232;tres qui conna&#238;t l&#8217;histoire de la dynastie Ming pour extraire un num&#233;ro de facture ? Non. Un petit mod&#232;le sp&#233;cialis&#233; et bien orient&#233; (SLM - <em>Small Language Model</em>) fait le travail plus vite, pour une fraction du co&#251;t.</p><h2>Le mythe de la bo&#238;te &#224; outils universelle</h2><p>Le discours ambiant veut qu&#8217;un seul LLM omniscient g&#232;re toute l&#8217;entreprise. C&#8217;est une h&#233;r&#233;sie architecturale.</p><ul><li><p><strong>L&#8217;alternative pragmatique :</strong> Le futur appartient aux architectures distribu&#233;es et locales. Des mod&#232;les de 3B, 7B ou 8B param&#232;tres, entra&#238;n&#233;s ou finement ajust&#233;s (<em>fine-tuned</em>) sur une t&#226;che ultra-sp&#233;cifique (le jargon technique d&#8217;une bo&#238;te, ses proc&#233;dures internes), humilient les mod&#232;les g&#233;ants g&#233;n&#233;ralistes sur leur propre terrain. Ils sont plus pr&#233;cis, car ils n&#8217;ont pas &#224; trier &#224; travers des t&#233;raoctets de donn&#233;es web inutiles pour trouver la r&#233;ponse.</p></li></ul><h2>Souverainet&#233; et latence : Le co&#251;t cach&#233; du gigantisme</h2><p>Vouloir le plus gros mod&#232;le, c&#8217;est accepter trois compromis majeurs que la plupart des entreprises ne peuvent pas se permettre :</p><ul><li><p><strong>La fuite des donn&#233;es :</strong> Envoyer des donn&#233;es financi&#232;res ou des secrets industriels sur les serveurs d&#8217;un tiers &#224; l&#8217;autre bout du monde est une folie manag&#233;riale.</p></li><li><p><strong>La latence :</strong> Attendre qu&#8217;une API cloud r&#233;ponde pour une t&#226;che automatis&#233;e en arri&#232;re-plan ralentit les flux de travail. Un petit mod&#232;le qui tourne en local sur un simple serveur d&#8217;entreprise ou une machine performante r&#233;pond instantan&#233;ment.</p></li><li><p><strong>Le co&#251;t de la d&#233;pendance :</strong> Les mod&#232;les g&#233;ants co&#251;tent une fortune en jetons (<em>tokens</em>). Les petits mod&#232;les locaux se rentabilisent en quelques semaines.</p></li></ul><h2>L&#8217;&#232;re de la sobri&#233;t&#233; utile</h2><p>L&#8217;intelligence artificielle en entreprise ne doit pas &#234;tre une d&#233;monstration de force technologique, mais une solution d&#8217;ing&#233;nierie. Le v&#233;ritable talent d&#8217;un architecte IA aujourd&#8217;hui n&#8217;est pas de savoir brancher l&#8217;API la plus ch&#232;re du march&#233;, c&#8217;est de savoir trouver le <em>plus petit</em> mod&#232;le capable de faire le travail de mani&#232;re impeccable, s&#233;curis&#233;e et autonome.</p><p>Il est temps de passer de l&#8217;IA de divertissement (qui sait tout faire &#224; peu pr&#232;s) &#224; l&#8217;IA industrielle (qui sait faire une seule chose, mais parfaitement).</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Pourquoi les agents IA vont saturer vos semaines (et non les alléger)]]></title><description><![CDATA[Le pi&#232;ge de l&#8217;effet Jevons &#8212; Quand l&#8217;efficacit&#233; cr&#233;e l&#8217;inondation]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/pourquoi-les-agents-ia-vont-saturer</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/pourquoi-les-agents-ia-vont-saturer</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 02 Jun 2026 13:25:25 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<h2>Le pi&#232;ge de l&#8217;effet Jevons &#8212; Quand l&#8217;efficacit&#233; cr&#233;e l&#8217;inondation</h2><p>En &#233;conomie, il existe une r&#232;gle immuable appel&#233;e le <strong>paradoxe de Jevons</strong> : plus on am&#233;liore l&#8217;efficacit&#233; d&#8217;une ressource (comme le charbon au XIXe si&#232;cle), plus sa consommation globale augmente, car son co&#251;t s&#8217;effondre.</p><p>Appliquons cela &#224; l&#8217;agentique. Aujourd&#8217;hui, r&#233;diger un rapport d&#8217;analyse de march&#233; ou concevoir un plan de test de cybers&#233;curit&#233; prend des heures. Demain, ton agent local va g&#233;n&#233;rer dix options diff&#233;rentes en trois minutes.</p><p>La conclusion logique du management na&#239;f ? &#171; Paul va gagner du temps. &#187;</p><p>La r&#233;alit&#233; syst&#233;mique ? <strong>&#171; Puisque &#231;a ne co&#251;te plus rien, on va demander dix fois plus de livrables. &#187;</strong></p><p>Le volume de donn&#233;es, de courriels, de micro-d&#233;cisions et de rapports &#224; traiter va exploser de mani&#232;re exponentielle. L&#8217;agentique r&#233;duit le co&#251;t de friction de la production, mais notre cerveau, lui, fonctionne toujours au m&#234;me rythme biologique. Nous allons passer nos journ&#233;es &#224; nous noyer dans un oc&#233;an de contenus g&#233;n&#233;r&#233;s par des machines, contenus qu&#8217;il faudra bien trier, lire et assimiler. L&#8217;abondance va nous asphyxier.</p><h2>De l&#8217;artisan au contrema&#238;tre &#8212; La nouvelle fatigue cognitive</h2><p>C&#8217;est le glissement le plus sournois de cette r&#233;volution. L&#8217;agentique nous promet de passer de &#8220;faiseur&#8221; &#224; &#8220;strat&#232;ge&#8221;. En r&#233;alit&#233;, elle nous transforme en <strong>gestionnaires de stagiaires num&#233;riques hyperactifs</strong>.</p><p>Faire une t&#226;che soi-m&#234;me demande de l&#8217;effort, mais c&#8217;est un processus lin&#233;aire. Superviser une arm&#233;e de trois, cinq ou dix agents autonomes qui tournent en boucle en arri&#232;re-plan demande une charge mentale radicalement diff&#233;rente : la <strong>vigilance constante</strong>.</p><ul><li><p><strong>Le syndrome du relecteur :</strong> Corriger le travail d&#8217;une IA qui manque de contexte ou de bon sens est souvent plus &#233;puisant psychologiquement que de partir d&#8217;une page blanche.</p></li><li><p><strong>La fragmentation de l&#8217;attention :</strong> Tu ne seras plus concentr&#233; sur un probl&#232;me ; tu seras constamment interrompu par des agents qui demandent une validation, un arbitrage ou une correction de trajectoire. Ton attention sera hach&#233;e menue.</p></li></ul><p>Nous troquons la saine fatigue du cr&#233;ateur contre l&#8217;&#233;puisement nerveux du surveillant.</p><h2>Le paratonnerre de la responsabilit&#233;</h2><p>Voici le n&#339;ud du probl&#232;me : <strong>les agents agissent, mais l&#8217;humain trinque.</strong></p><p>Un agent IA peut analyser des milliers de lignes de code ou r&#233;diger des clauses contractuelles &#224; une vitesse ph&#233;nom&#233;nale. Mais si le mod&#232;le hallucine une faille de s&#233;curit&#233; ou invente une jurisprudence, la machine ne subit aucune cons&#233;quence. Elle n&#8217;a ni r&#233;putation &#224; perdre, ni emploi &#224; d&#233;fendre, ni responsabilit&#233; l&#233;gale.</p><p>La charge de la responsabilit&#233; va se concentrer enti&#232;rement sur les &#233;paules de l&#8217;humain qui clique sur &#8220;Envoyer&#8221; ou &#8220;D&#233;ployer&#8221;. Plus les agents vont aller vite, plus le droit &#224; l&#8217;erreur va se restreindre, et plus le stress de la validation va augmenter. Nous allons devenir les paratonnerres d&#8217;un syst&#232;me qui produit &#224; un rythme surhumain, avec la peur constante de laisser passer l&#8217;erreur invisible qui fera tout sauter.</p><h2>Reprendre le contr&#244;le des fronti&#232;res num&#233;riques</h2><p>L&#8217;agentique ne va pas lib&#233;rer du temps ; elle va red&#233;finir la nature m&#234;me de notre surcharge de travail. Pour ne pas finir esclaves de nos propres automatisations, la solution ne sera pas de chercher &#224; aller plus vite, mais de savoir dire <strong>stop</strong>. Fixer des limites strictes aux volumes acceptables et refuser l&#8217;illusion que &#8220;plus de volume &#233;gale plus de valeur&#8221;.</p><p>Le v&#233;ritable luxe de l&#8217;&#233;tudiant, du chercheur ou du professionnel de demain ne sera pas d&#8217;avoir dix agents qui travaillent pour lui. Ce sera d&#8217;avoir le droit d&#8217;&#233;teindre les machines pour r&#233;fl&#233;chir en paix.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L’expertise ne s’achète pas, elle ne se décrète pas, elle se secrète par la passion]]></title><description><![CDATA[Le monde moderne s&#8217;est pris d&#8217;une passion perverse pour la ti&#233;deur.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/lexpertise-ne-sachete-pas-elle-ne</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/lexpertise-ne-sachete-pas-elle-ne</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 26 May 2026 13:27:42 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Le monde moderne s&#8217;est pris d&#8217;une passion perverse pour la ti&#233;deur. Dans les officines corporatives et les d&#233;partements de ressources humaines, on cultive l&#8217;illusion qu&#8217;on peut fabriquer des experts &#224; la cha&#238;ne. On empile les certifications de trois jours, on distribue les badges LinkedIn comme des bons points et l&#8217;on s&#8217;imagine qu&#8217;avec une m&#233;thodologie bien standardis&#233;e, n&#8217;importe quel ex&#233;cutant interchangeable peut piloter n&#8217;importe quel syst&#232;me complexe. C&#8217;est le triomphe du profil lisse, du gestionnaire de processus qui ne fait jamais de vagues.</p><p>Mais cette m&#233;canique s&#8217;effondre d&#232;s que la r&#233;alit&#233; frappe. Quand le syst&#232;me plante pour de bon, quand une crise in&#233;dite surgit ou qu&#8217;il faut inventer une solution qui n&#8217;est &#233;crite dans aucun manuel, les technocrates de la ti&#233;deur s&#8217;effacent instantan&#233;ment. C&#8217;est &#224; ce moment pr&#233;cis qu&#8217;on part &#224; la recherche de l&#8217;expert. Et l&#8217;expert, par d&#233;finition, n&#8217;est jamais ti&#232;de.</p><p>L&#8217;expertise n&#8217;est pas le r&#233;sultat d&#8217;un plan de carri&#232;re lin&#233;aire ; c&#8217;est le sous-produit d&#8217;une obsession. On fait souvent r&#233;f&#233;rence aux fameuses 10 000 heures de pratique popularis&#233;es par <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Malcolm_Gladwell">Malcolm Gladwell</a> pour expliquer l&#8217;excellence. Mais on oublie toujours de poser la seule question qui compte : qui peut endurer 10 000 heures de frustration, d&#8217;&#233;checs et de r&#233;p&#233;tition par simple devoir professionnel ? Personne. C&#8217;est une torture psychologique si l&#8217;on n&#8217;est pas anim&#233; par une curiosit&#233; maladive, par ce besoin visc&#233;ral et presque irrationnel de comprendre comment les choses fonctionnent sous le capot. L&#8217;expert est celui qui continue &#224; creuser un probl&#232;me de code, de s&#233;curit&#233; ou d&#8217;architecture le vendredi soir &#224; des heures impossibles, non pas pour impressionner un patron ou gratter une prime, mais simplement parce qu&#8217;il refuse de s&#8217;endormir tant que l&#8217;&#233;nigme n&#8217;est pas r&#233;solue.</p><p>C&#8217;est l&#224; que se s&#233;parent les imposteurs et les passionn&#233;s. L&#8217;imposteur r&#233;cite le manuel qu&#8217;il a appris par c&#339;ur pour obtenir son titre. L&#8217;expert, lui, sait exactement pourquoi le manuel se trompe, parce qu&#8217;il a personnellement test&#233; les limites du syst&#232;me dans son coin, sur son temps libre, loin des cadres rassurants de l&#8217;entreprise. L&#8217;expertise se forge exclusivement dans la douleur de la panne invisible et dans la r&#233;silience face &#224; l&#8217;inconnu. C&#8217;est une intuition technique qui s&#8217;acquiert &#224; force de se confronter au r&#233;el, et cette posture face &#224; la mati&#232;re ne s&#8217;enseigne dans aucun bootcamp.</p><p>Pourtant, les organisations modernes ont peur de ces profils entiers. On les juge souvent trop intenses, trop pointilleux, parfois ing&#233;rables parce qu&#8217;ils privil&#233;gient la v&#233;rit&#233; technique aux compromis politiques de bureau. En cherchant &#224; tout prix &#224; lisser ces asp&#233;rit&#233;s, en rempla&#231;ant les passionn&#233;s par des ex&#233;cutants dociles arm&#233;s de listes de contr&#244;le, les entreprises sapent leur propre immunit&#233; face &#224; l&#8217;avenir. Une intelligence artificielle ou un script bien ficel&#233; n&#8217;auront aucun mal &#224; remplacer l&#8217;ex&#233;cutant ti&#232;de qui applique sagement des r&#232;gles pr&#233;visibles. En revanche, les machines ne remplaceront jamais l&#8217;expert obs&#233;d&#233; qui remet en question les dogmes &#233;tablis pour cr&#233;er la suite.</p><p>Il est temps de cesser de confondre la conformit&#233; avec la comp&#233;tence. L&#8217;expertise n&#8217;est pas une ligne de plus sur un curriculum vit&#230;, c&#8217;est un feu sacr&#233; que l&#8217;on entretient. Si vous voulez simplement &#234;tre correct dans votre travail, &#233;tudiez les normes. Mais si vous visez la ma&#238;trise, trouvez le sujet qui vous rend fou, acceptez l&#8217;obsession, et ne vous arr&#234;tez jamais de creuser.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L’Algorithme et la Frontière : Sortir de la Monoculture Numérique]]></title><description><![CDATA[On a souvent tendance &#224; opposer les mod&#232;les ferm&#233;s et l&#8217;Open Source comme deux arm&#233;es en guerre.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/lalgorithme-et-la-frontiere-sortir</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/lalgorithme-et-la-frontiere-sortir</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 19 May 2026 15:47:11 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>On a souvent tendance &#224; opposer les mod&#232;les ferm&#233;s et l&#8217;Open Source comme deux arm&#233;es en guerre. C&#8217;est une erreur de lecture. Les grands mod&#232;les propri&#233;taires sont des prouesses d&#8217;ing&#233;nierie, des phares qui &#233;clairent le chemin du possible. Mais compter exclusivement sur eux pour structurer notre avenir, c&#8217;est comme ne planter qu&#8217;une seule vari&#233;t&#233; de bl&#233; sur toute la plan&#232;te : on s&#8217;expose &#224; une famine syst&#233;mique au moindre coup de vent g&#233;opolitique.</p><h3>L&#8217;efficience contre la r&#233;silience</h3><p>Les &#8220;Gros LLM&#8221; sont des outils d&#8217;une puissance inou&#239;e. Ils offrent une cl&#233; en main, une simplicit&#233; d&#8217;usage et une performance que peu de structures peuvent &#233;galer seules. Mais la souverainet&#233; num&#233;rique ne consiste pas &#224; rejeter ces outils ; elle consiste &#224; ne pas en &#234;tre l&#8217;otage.</p><p>La souverainet&#233;, c&#8217;est poss&#233;der une alternative. C&#8217;est avoir la capacit&#233; de faire tourner ses propres syst&#232;mes, sur ses propres machines, m&#234;me si l&#8217;on d&#233;cide &#8212; par choix et non par contrainte &#8212; d&#8217;utiliser les services de g&#233;ants technologiques pour le quotidien. Le risque n&#8217;est pas l&#8217;outil, c&#8217;est l&#8217;exclusivit&#233; de la d&#233;pendance.</p><h3>Le silicium et la diplomatie du cordon</h3><p>Dans le contexte actuel de tensions internationales, la technologie est devenue une variable d&#8217;ajustement diplomatique. Le contr&#244;le des semi-conducteurs et l&#8217;acc&#232;s aux API de pointe sont les nouveaux leviers de pression.</p><p>Si une organisation ou une nation repose enti&#232;rement sur une infrastructure qu&#8217;elle ne contr&#244;le pas, elle accepte tacitement une vuln&#233;rabilit&#233; : celle de voir sa capacit&#233; d&#8217;innovation &#8220;d&#233;branch&#233;e&#8221; ou restreinte selon des crit&#232;res politiques ou commerciaux qui lui &#233;chappent. La souverainet&#233;, c&#8217;est l&#8217;assurance que notre moteur intellectuel ne d&#233;pend pas d&#8217;un abonnement r&#233;vocable &#224; tout moment.</p><h3>L&#8217;Open Source comme police d&#8217;assurance</h3><p>C&#8217;est l&#224; que l&#8217;Open Source prend tout son sens. Il n&#8217;est pas l&#224; pour remplacer les g&#233;ants, mais pour offrir une base de r&#233;f&#233;rence, une transparence et une p&#233;rennit&#233;.</p><ul><li><p><strong>L&#8217;auditabilit&#233; :</strong> Comprendre comment la d&#233;cision est prise, sans bo&#238;te noire.</p></li><li><p><strong>La p&#233;rennit&#233; :</strong> S&#8217;assurer que le code nous appartient encore dans dix ans, peu importe le destin financier de son cr&#233;ateur original.</p></li><li><p><strong>L&#8217;adaptation locale :</strong> Pouvoir ajuster les curseurs de l&#8217;IA pour qu&#8217;elle respecte les nuances culturelles et l&#233;gislatives sp&#233;cifiques, sans attendre une mise &#224; jour globale.</p></li></ul><h3>Pour une &#233;cologie de l&#8217;intelligence</h3><p>Nous devons viser une forme de &#8220;poly-culture&#8221; num&#233;rique. Utiliser le meilleur de ce que le march&#233; offre, tout en cultivant avec acharnement nos propres jardins technologiques. La souverainet&#233;, c&#8217;est cette libert&#233; de mouvement.</p><p>Le v&#233;ritable danger de notre &#232;re n&#8217;est pas l&#8217;IA elle-m&#234;me, mais la complaisance qui nous pousse &#224; d&#233;l&#233;guer notre autonomie strat&#233;gique pour un gain de confort imm&#233;diat. Il est temps de voir l&#8217;Open Source non pas comme une alternative &#8220;gratuite&#8221;, mais comme le socle indispensable d&#8217;une libert&#233; durable.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu !</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p><p></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Se soucier de l’invisible]]></title><description><![CDATA[Apple a f&#234;t&#233; r&#233;cemment son 50e anniversaire et la tentation est grande de se rem&#233;morer le pass&#233; et de ressortir les clich&#233;s habituels sur le &#171;souci du d&#233;tail&#187; ou l&#8217;&#171;exp&#233;rience utilisateur &#187;.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/se-soucier-de-linvisible</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/se-soucier-de-linvisible</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 12 May 2026 12:31:20 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Apple a f&#234;t&#233; r&#233;cemment son 50e anniversaire et la tentation est grande de se rem&#233;morer le pass&#233; et de ressortir les clich&#233;s habituels sur le &#171;<em>souci du d&#233;tail</em>&#187; ou l&#8217;&#171;<em>exp&#233;rience utilisateur</em> &#187;. Mais la v&#233;ritable le&#231;on se trouve ailleurs : Steve Jobs accordait autant d&#8217;importance au fonctionnement interne de ses appareils qu&#8217;&#224; leur apparence. Non pas parce que cela serait visible, mais parce que c&#8217;&#233;tait la chose &#224; faire.</p><p>Cette philosophie s&#8217;applique &#224; toute forme de cr&#233;ation. La diff&#233;rence entre le bon et l&#8217;excellent ne r&#233;side pas dans un syst&#232;me de conception sophistiqu&#233; ou un processus de contr&#244;le impeccable. Elle r&#233;side dans la conviction que <strong>les aspects invisibles ont leur importance</strong>.</p><p>La structure interne de votre travail n&#8217;est pas un luxe, c&#8217;est le travail lui-m&#234;me. Si vos m&#233;thodes sont d&#233;sordonn&#233;es, votre r&#233;sultat le sera aussi. Vous ne vous en &#234;tes simplement pas encore rendu compte. L&#8217;entropie s&#8217;accumule. Les failles cach&#233;es finissent toujours par remonter &#224; la surface : une ex&#233;cution poussive, des impr&#233;vus qui s&#8217;encha&#238;nent et cette impression diffuse que &#171; quelque chose cloche &#187;. Ceux &#224; qui vous vous adressez ne peuvent peut-&#234;tre pas l&#8217;exprimer, mais ils le ressentent.</p><p>Il en va de m&#234;me pour la conception en vase clos. Une id&#233;e qui ne prosp&#232;re que dans des conditions parfaites est une id&#233;e fragile. Si vous ne testez pas vos projets dans des contextes r&#233;els, vous ne saurez jamais s&#8217;ils tiennent la route. Le monde est complexe : ressources limit&#233;es, environnements instables, distractions. Si votre solution ne brille que dans l&#8217;environnement contr&#244;l&#233; de votre imagination, elle &#233;chouera d&#232;s qu&#8217;elle entrera en jeu dans la r&#233;alit&#233;.</p><p>C&#8217;est en se confrontant aux r&#233;alit&#233;s difficiles que na&#238;t la robustesse. Sans cela, vous ne faites que des suppositions, et les suppositions sont un luxe qui prend fin d&#232;s que l&#8217;impr&#233;vu survient.</p><p>Cessez de consid&#233;rer la compr&#233;hension de votre public comme une simple &#233;tape. Elle ne doit pas &#234;tre une case &#224; cocher. La v&#233;ritable &#233;coute est un processus continu d&#8217;observation et d&#8217;adaptation. Prenez l&#8217;habitude d&#8217;observer avec une curiosit&#233; sinc&#232;re la mani&#232;re dont les autres interagissent avec ce que vous produisez. Apprenez de la complexit&#233; du terrain plut&#244;t que de rester fig&#233; sur vos plans initiaux.</p><p>R&#233;fl&#233;chissez davantage, agissez moins par automatisme. Une couverture de proc&#233;dures exhaustive ne vous prot&#232;ge pas d&#8217;une structure d&#233;faillante. Si vous corrigez constamment des erreurs, le probl&#232;me ne vient pas d&#8217;un manque de vigilance, mais d&#8217;une architecture de pens&#233;e bancale. Prenez du recul. Simplifiez. Un syst&#232;me bien structur&#233; contient naturellement moins de failles.</p><p>L&#8217;intuition peut vous guider, mais elle a ses limites. On ne se sort pas d&#8217;une erreur fondamentale par la seule force du &#8220;feeling&#8221;. Un progr&#232;s durable exige des choix d&#233;lib&#233;r&#233;s et une &#233;valuation constante de votre approche.</p><p>&#192; l&#8217;avenir, alors que l&#8217;IA automatisera la majorit&#233; des t&#226;ches standardis&#233;es, la valeur se d&#233;placera vers la subtilit&#233;. La beaut&#233; d&#8217;un projet r&#233;sidera dans ces d&#233;tails que la machine n&#233;glige : le soin apport&#233; aux cas particuliers, la prise en compte de l&#8217;humain dans ce qu&#8217;il a d&#8217;impr&#233;visible. Les &#339;uvres qui se d&#233;marqueront seront celles qui semblent avoir &#233;t&#233; con&#231;ues avec une intention r&#233;elle, o&#249; quelqu&#8217;un a pris le temps de consid&#233;rer l&#8217;inattendu.</p><p>Jobs n&#8217;avait pas de secret. Il refusait tout simplement les compromis que la plupart des gens consid&#232;rent comme in&#233;vitables. L&#224; o&#249; d&#8217;autres &#233;taient pr&#234;ts &#224; fermer les yeux sur des d&#233;fauts mineurs, il exigeait l&#8217;excellence dans les moindres d&#233;tails, m&#234;me dans ceux que peu remarqueraient.</p><p>Commencez par rehausser vos exigences dans les domaines qui passent inaper&#231;us. Concentrez-vous sur les aspects de votre travail que l&#8217;on ne commentera peut-&#234;tre jamais, mais dont on ressentira instinctivement la justesse. Les applaudissements viendront, mais seulement parce que vous vous serez d&#8217;abord engag&#233; &#224; accomplir le travail discret et difficile que les autres n&#233;gligent.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le centre a un parti pris]]></title><description><![CDATA[&#192; chaque apparition d&#8217;une nouvelle technologie, le d&#233;bat se divise rapidement en deux camps.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/le-centre-a-un-parti-pris</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/le-centre-a-un-parti-pris</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 28 Apr 2026 13:11:52 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>&#192; chaque apparition d&#8217;une nouvelle technologie, le d&#233;bat se divise rapidement en deux camps. D&#8217;un c&#244;t&#233;, ceux qui la rejettent cat&#233;goriquement, de l&#8217;autre, ceux qui semblent l&#8217;adopter avec un enthousiasme quasi religieux. Depuis plus d&#8217;un an, aucun sujet n&#8217;a suscit&#233; autant de divisions que les agents de programmation d&#8217;IA.</p><p>Ce que je constate r&#233;guli&#232;rement, c&#8217;est que nombre de critiques adress&#233;es &#224; ces outils sont parfaitement l&#233;gitimes, mais elles &#233;manent souvent de personnes n&#8217;ayant qu&#8217;une exp&#233;rience directe limit&#233;e de leur utilisation. Elles n&#8217;ont pas forc&#233;ment tort. En effet, beaucoup citent des &#233;tudes, des sondages et toutes sortes de sources qu&#8217;elles ont elles-m&#234;mes analys&#233;es et &#233;tudi&#233;es. Et, &#224; juste titre, elles ont identifi&#233; de r&#233;els probl&#232;mes : les r&#233;sultats peuvent &#234;tre m&#233;diocres, les implications en mati&#232;re de s&#233;curit&#233; sont inqui&#233;tantes, le mod&#232;le &#233;conomique est &#233;trange et potentiellement non viable, il y a un impact environnemental, les cons&#233;quences sociales sont floues et le battage m&#233;diatique est &#233;puisant.</p><p>Mais il manque un &#233;l&#233;ment important &#224; cette critique lorsqu&#8217;elle &#233;mane d&#8217;une position de non-usage : elle est trop abstraite.</p><p>Il y a une diff&#233;rence entre dire &#171; cela semble fondamentalement erron&#233; &#187; et dire &#171; je l&#8217;ai suffisamment utilis&#233; pour comprendre ses limites, ses points forts et son impact sur mon travail &#187;. Le second type de critique est co&#251;teux : il exige du temps, de la frustration et une r&#233;elle volont&#233; d&#8217;&#233;changer.</p><p>Le camp des passionn&#233;s est compos&#233; de v&#233;ritables adeptes. Ce sont des personnes qui ont adopt&#233; la technologie malgr&#233; ses d&#233;fauts, parfois m&#234;me par go&#251;t du d&#233;fi. Ayant d&#233;j&#224; d&#233;cid&#233; que l&#8217;outil m&#233;rite une place dans leur vie, elles sont naturellement tr&#232;s indulgentes. Il leur arrive m&#234;me de ne pas percevoir les imperfections, car les avantages ou l&#8217;enthousiasme ont d&#233;j&#224; pris le dessus.</p><p>Mais &#224; quoi ressemble ce centre ? Je me consid&#232;re comme faisant partie de ce centre : enthousiaste mais prudent, mais aussi critique. Or, d&#8217;apr&#232;s mon exp&#233;rience, ce centre n&#8217;est pas neutre comme on l&#8217;imagine souvent. Son orientation ne va pas tant &#224; l&#8217;approbation qu&#8217;&#224; l&#8217;engagement, car le juste milieu entre le rejet cat&#233;gorique d&#8217;une technologie et son adoption totale est g&#233;n&#233;ralement occup&#233; par ceux qui sont pr&#234;ts &#224; l&#8217;explorer s&#233;rieusement pour la juger.</p><h2><strong>Biais des deux c&#244;t&#233;s</strong></h2><p>La composition des groupes participant aux discussions sur les nouvelles technologies pr&#233;sente une forme singuli&#232;re, car un camp a fait l&#8217;exp&#233;rience directe de ces technologies, tandis que l&#8217;autre non, ou du moins pas dans la m&#234;me mesure. Ce seul fait cr&#233;e une asym&#233;trie.</p><p>Prenons l&#8217;exemple des agents de codage. Si vous ne les utilisez pas, ou du moins pas pour un travail productif, vous pouvez toujours les critiquer sur de nombreux points. Vous pouvez dire qu&#8217;ils g&#233;n&#232;rent du code b&#226;cl&#233;, qu&#8217;ils nuisent &#224; vos comp&#233;tences, etc. Mais si vous ne leur avez pas consacr&#233; de temps s&#233;rieusement, votre perception de leur utilisation concr&#232;te sera forc&#233;ment superficielle. Vous les conna&#238;trez &#224; travers des captures d&#8217;&#233;cran, des anecdotes, les utilisateurs les plus aga&#231;ants sur Twitter, des interventions lors de conf&#233;rences, des slogans d&#8217;entreprises, et tout ce qui vous sera rapport&#233; par ceux qui les <em>ont</em> utilis&#233;s. Ce n&#8217;est pas rien, mais ce n&#8217;est pas la m&#234;me chose qu&#8217;une v&#233;ritable exp&#233;rience.</p><p>Le probl&#232;me n&#8217;est pas que ces critiques soient inutiles. Le probl&#232;me, c&#8217;est que l&#8217;on confond souvent non-utilisation et neutralit&#233;. Or, ce n&#8217;est pas le cas. Un avis s&#233;rieux sur un nouveau langage, framework, appareil ou m&#233;thode de travail requiert g&#233;n&#233;ralement un minimum d&#8217;adh&#233;sion. Il faut franchir un certain seuil d&#8217;utilisation pour que la critique se fonde sur la chose elle-m&#234;me plut&#244;t que sur sa r&#233;putation.</p><p>Ce seuil est contraignant. Il exige du temps pour une d&#233;marche qui pourrait s&#8217;av&#233;rer infructueuse, et comporte le risque d&#8217;&#234;tre partiellement convaincu. C&#8217;est beaucoup demander aux gens. Mais du fait de son existence, le juste milieu est rarement peupl&#233; de personnes totalement indiff&#233;rentes au changement. Il est peupl&#233; de personnes qui ont consenti &#224; s&#8217;en approcher suffisamment pour pouvoir l&#8217;&#233;valuer correctement.</p><p>Parall&#232;lement, il est important de se rappeler que l&#8217;usage ne conf&#232;re pas automatiquement la sagesse. L&#8217;utilisateur enthousiaste peut avoir ses propres biais cognitifs. Il peut appr&#233;cier la nouveaut&#233;, &#233;prouver le besoin de justifier le temps investi, ou g&#233;n&#233;raliser &#224; outrance &#224; partir du cas particulier o&#249; la technologie fonctionne &#224; merveille. Il peut tout simplement appr&#233;cier le progr&#232;s et vouloir y &#234;tre associ&#233;.</p><p>Cela est particuli&#232;rement visible avec l&#8217;IA. De toute &#233;vidence, certains ont d&#233;cid&#233; que l&#8217;avenir est d&#233;j&#224; l&#224;, que toutes les objections sont temporaires et que chaque flux de travail doit d&#233;sormais &#234;tre repens&#233; autour d&#8217;agents. Ce qui rend l&#8217;IA encore plus &#233;trange, c&#8217;est que ce changement radical de capacit&#233;s a engendr&#233; un afflux massif de capitaux, et qu&#8217;un nombre significatif d&#8217;entreprises ont mis&#233; leur avenir sur cette technologie.</p><p>Si un p&#244;le repr&#233;sente une abstraction non inform&#233;e et l&#8217;autre un enthousiasme excessif, alors le centre doit certainement se situer exactement au milieu entre les deux ?</p><h2><strong>L&#8217;engagement ne constitue pas un soutien.</strong></h2><p>Le centre, selon moi, doit naturellement privil&#233;gier l&#8217;engagement. La raison est simple : une opinion v&#233;ritablement nuanc&#233;e sur une nouvelle technologie exige un v&#233;ritable engagement avec celle-ci.</p><p>On ne se forge pas une opinion &#233;clair&#233;e en essayant quelque chose pendant 15 minutes, en &#233;tant agac&#233; une fois, puis en retournant &#224; ses anciens outils. On ne l&#8217;acquiert pas non plus en admirant des d&#233;mos, en &#233;coutant des podcasts ou en discutant sur les r&#233;seaux sociaux. Il faut l&#8217;utiliser suffisamment pour d&#233;passer la premi&#232;re d&#233;ception et l&#8217;enthousiasme initial. Apparemment, avec les outils d&#8217;IA, une v&#233;ritable compr&#233;hension ne se fait pas en quelques heures, mais en plusieurs semaines d&#8217;investissement.</p><p>Cela signifie que les personnes au centre sont s&#233;lectionn&#233;es parmi un groupe particulier : des personnes qui &#233;taient pr&#234;tes &#224; donner une chance &#233;quitable &#224; la chose sans pour autant supposer qu&#8217;elle m&#233;ritait une place permanente dans leur vie.</p><p>Cette disposition constitue d&#233;j&#224; un penchant pour la curiosit&#233; et l&#8217;exp&#233;rimentation, ce qui donne au centre une apparence plus proche de celle des adeptes, car l&#8217;exploration n&#233;cessite une utilisation, mais cela ne le rend pas pour autant identique aux enthousiastes en mati&#232;re de jugement.</p><p>C&#8217;est important car, pour celui qui rejette cat&#233;goriquement ces agents, tous ces gens peuvent sembler identiques. M&#234;me si quelqu&#8217;un a pass&#233; beaucoup de temps &#224; les utiliser, les a trouv&#233;s utiles dans certains domaines, nuisibles dans d&#8217;autres, et en a tir&#233; une vision nuanc&#233;e, il risque d&#8217;&#234;tre tout de m&#234;me mis dans le m&#234;me sac que celui qui pense que les agents sont infaillibles.</p><p>Mais ces positions sont totalement diff&#233;rentes. Il est important de comprendre que l&#8217;utilisation de ces outils n&#8217;implique pas automatiquement une approbation, ou du moins pas une approbation sans r&#233;serve.</p><h2><strong>Le centre semble suspect</strong></h2><p>C&#8217;est pourquoi les discussions sur les nouvelles technologies, et l&#8217;IA en particulier, semblent si polaris&#233;es. Le v&#233;ritable point d&#8217;&#233;quilibre est difficile &#224; cerner car il n&#8217;appara&#238;t pas visuellement central. De l&#8217;ext&#233;rieur, une exploration approfondie peut facilement passer pour une simple adoption.</p><p>Si l&#8217;on repr&#233;sente les opinions sur une ligne, on pourrait imaginer que le point m&#233;dian se situe &#224; &#233;gale distance du rejet et de l&#8217;enthousiasme. Mais en pratique, les choses sont diff&#233;rentes. Le point m&#233;dian se situe plut&#244;t du c&#244;t&#233; des personnes qui ont suffisamment interagi avec la technologie pour en avoir un avis concret. Cela ne signifie pas pour autant que ce point m&#233;dian adh&#232;re &#224; la conclusion de l&#8217;utilisateur. Cela signifie plut&#244;t qu&#8217;il a adopt&#233; certains comportements de ce dernier, car toute investigation n&#233;cessite un contact direct.</p><p>Cela cr&#233;e un paradoxe : les critiques les plus pertinentes sont souvent celles qui utilisent ces outils. J&#8217;estime m&#234;me que certaines des meilleures critiques actuelles des agents de codage proviennent de ceux qui les utilisent intensivement. Prenons l&#8217;exemple de Paul: il a cr&#233;&#233; un agent de codage, et pourtant, il est aussi l&#8217;une des voix les plus critiques du secteur. Ces personnes peuvent vous expliquer en d&#233;tail leurs failles, les pertes de temps, la d&#233;gradation de la qualit&#233; du code, le besoin d&#8217;outils sp&#233;cialement con&#231;us, leur fonctionnement optimal uniquement dans certains &#233;cosyst&#232;mes, et enfin, les points faibles du syst&#232;me.</p><p>Mais comme ces personnes ont continu&#233; &#224; utiliser ces outils suffisamment longtemps pour en tirer des le&#231;ons, elles peuvent para&#238;tre compromises aux yeux des observateurs ext&#233;rieurs. Pire encore : si elles continuent &#224; les utiliser et &#224; partager leurs r&#233;flexions et leurs critiques, elles sont de plus en plus assimil&#233;es &#224; celles qui sont totalement imperm&#233;ables &#224; la critique.</p><h2><strong>L&#8217;&#233;chec est possible</strong></h2><p>Ce raisonnement pourrait &#234;tre per&#231;u comme un &#171; biais pro-innovation &#187; inh&#233;rent. Ce serait une erreur, car de nombreuses technologies m&#233;ritent d&#8217;&#234;tre contest&#233;es. Beaucoup ont raison de r&#233;sister, et il arrive que ceux qui n&#8217;ont jamais donn&#233; sa chance &#224; une technologie en aient d&#233;cel&#233; les probl&#232;mes avant tout le monde. L&#8217;exemple des cryptomonnaies est r&#233;v&#233;lateur : de nombreux projets paraissaient tout aussi prometteurs que les agents de codage aujourd&#8217;hui, et pourtant, ils se sont effondr&#233;s lorsque leur mod&#232;le &#233;conomique s&#8217;est av&#233;r&#233; non viable.</p><p>Ce qui importe ici, c&#8217;est un point plus pr&#233;cis. Le centre n&#8217;est pas tant attir&#233; par la nouveaut&#233; que par le contact avec l&#8217;&#233;l&#233;ment susceptible d&#8217;induire un changement. Le juste milieu ne se situe pas entre l&#8217;usage et le non-usage, mais entre le refus et l&#8217;engagement. Les personnes qui se situent au centre ressemblent souvent davantage &#224; des adeptes qu&#8217;&#224; des sceptiques, non pas parce qu&#8217;elles ont d&#233;j&#224; tranch&#233;, mais parce que se forger une opinion &#233;clair&#233;e exige d&#8217;explorer.</p><p>Pour bien critiquer une nouveaut&#233;, il faut d&#8217;abord s&#8217;en approcher suffisamment pour la d&#233;tester pour les bonnes raisons. Et pour certaines technologies, il faut aussi les utiliser assez longtemps pour comprendre ce qui, pr&#233;cis&#233;ment, m&#233;rite d&#8217;&#234;tre critiqu&#233;.<br><br>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le complexe de l’imposteur analogique]]></title><description><![CDATA[Posez-vous cette question : la derni&#232;re fois que vous avez refus&#233; d&#8217;utiliser l&#8217;IA pour une t&#226;che, avez-vous ressenti une l&#233;g&#232;re pointe de culpabilit&#233; ?]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/le-complexe-de-limposteur-analogique</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/le-complexe-de-limposteur-analogique</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 21 Apr 2026 12:56:47 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Posez-vous cette question : la derni&#232;re fois que vous avez refus&#233; d&#8217;utiliser l&#8217;IA pour une t&#226;che, avez-vous ressenti une l&#233;g&#232;re pointe de culpabilit&#233; ? Une impression diffuse d&#8217;&#234;tre, pour reprendre le terme consacr&#233;, un &#171; <em>has been</em> &#187; ?</p><p>Nous vivons une &#233;poque &#233;trange o&#249; ne pas d&#233;l&#233;guer sa pens&#233;e est devenu un acte de r&#233;sistance qui n&#8217;ose pas dire son nom. Les entreprises, les gourous de la productivit&#233; et m&#234;me nos coll&#232;gues nous serinent le m&#234;me refrain : <em>&#171; Il faut passer &#224; l&#8217;IA. Tout de suite. Pour tout. &#187;</em> Si vous ne l&#8217;utilisez pas pour r&#233;diger vos courriels, planifier vos vacances ou structurer vos id&#233;es, vous seriez en train de ramer avec une cuill&#232;re alors qu&#8217;on vous propose un moteur hors-bord.</p><p>Mais ai-je vraiment besoin de tout lui confier ?</p><h3>La tyrannie de l&#8217;optimisation</h3><p>Le discours ambiant repose sur un postulat unique : l&#8217;efficacit&#233; est la valeur supr&#234;me. Si l&#8217;IA peut faire une t&#226;che &#224; 70 % aussi bien que vous, mais en 2 % du temps, le calcul rationnel impose de lui c&#233;der la place. C&#8217;est le triomphe du <strong>B&#226;tisseur</strong> &#8212; cette part de nous qui veut voir les choses s&#8217;accomplir, peu importe le processus.</p><p>Pourtant, cette pression cr&#233;e un sentiment de d&#233;calage. On finit par utiliser l&#8217;IA non pas par besoin, mais par peur de l&#8217;obsolescence. On lui confie des morceaux de notre quotidien simplement pour pouvoir dire qu&#8217;on &#171; est dans le coup &#187;.</p><p>C&#8217;est ici que le pi&#232;ge se referme. En transformant chaque geste en une recherche d&#8217;optimisation, on finit par se sentir &#233;tranger &#224; son propre travail. Si je ne fais qu&#8217;ajuster les curseurs d&#8217;une machine, o&#249; suis-je dans le r&#233;sultat final ?</p><h3>Le droit &#224; l&#8217;artisanat mental</h3><p>Le sentiment d&#8217;&#234;tre un &#171; has been &#187; vient d&#8217;une confusion entre <em>l&#8217;outil</em> et <em>la finalit&#233;</em>.</p><p>Si j&#8217;utilise l&#8217;IA pour automatiser la gestion de mes factures, c&#8217;est un outil. Si je l&#8217;utilise pour d&#233;cider de ce que je dois penser d&#8217;un sujet complexe, elle devient ma finalit&#233;. Le malaise que beaucoup ressentent vient du fait qu&#8217;on nous pousse &#224; franchir cette ligne sans distinction.</p><p>On nous dit qu&#8217;elle doit &#171; tout &#187; faire pour nous. Mais le &#171; tout &#187; inclut souvent ces zones de friction, ces moments de doute et ces it&#233;rations lentes qui sont pourtant le terreau de notre comp&#233;tence r&#233;elle. Choisir de ne pas utiliser l&#8217;IA pour une t&#226;che que l&#8217;on juge intime ou structurante, ce n&#8217;est pas &#234;tre d&#233;pass&#233; ; c&#8217;est pratiquer une forme d&#8217;artisanat mental. C&#8217;est pr&#233;server le <strong>Penseur</strong>.</p><h3>Utiliser sans s&#8217;abandonner</h3><p>La r&#233;alit&#233;, c&#8217;est que l&#8217;on peut &#234;tre parfaitement &#224; la page techniquement &#8212; savoir configurer un mod&#232;le local, comprendre les r&#233;seaux neuronaux &#8212; tout en refusant de confier sa liste de courses ou ses r&#233;flexions philosophiques &#224; un algorithme.</p><p>Le v&#233;ritable luxe, aujourd&#8217;hui, n&#8217;est pas de savoir utiliser l&#8217;IA pour tout. C&#8217;est de poss&#233;der encore assez de ma&#238;trise et de confiance en son propre jugement pour savoir quand l&#8217;&#233;teindre.</p><p>Ne vous laissez pas intimider par ceux qui d&#233;l&#232;guent leur vie par paresse d&#233;guis&#233;e en pragmatisme. On ne devient pas un &#171; has been &#187; parce qu&#8217;on choisit de r&#233;fl&#233;chir par soi-m&#234;me. Au contraire, dans un monde satur&#233; de contenus g&#233;n&#233;r&#233;s sans &#226;me, celui qui garde la main sur sa propre pens&#233;e devient, paradoxalement, la ressource la plus rare et la plus moderne qui soit.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le syndrome de la Casio : Pourquoi je ne veux plus être scanné]]></title><description><![CDATA[Il y a quelque chose de fascinant &#8212; et d&#8217;un peu terrifiant &#8212; dans la trajectoire de nos objets du quotidien.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/le-syndrome-de-la-casio-pourquoi</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/le-syndrome-de-la-casio-pourquoi</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 14 Apr 2026 12:35:30 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Il y a quelque chose de fascinant &#8212; et d&#8217;un peu terrifiant &#8212; dans la trajectoire de nos objets du quotidien. Prenez la montre.</p><p>J&#8217;ai r&#233;cemment repens&#233; &#224; ma vieille Casio en plastique noir. Celle qui ne savait faire que trois choses : donner l&#8217;heure, la date, et biper maladroitement &#224; chaque d&#233;but d&#8217;heure. Elle ne se souciait pas de mon sommeil. Elle ne comptait pas mes pas. Elle n&#8217;analysait pas mon rythme cardiaque pour en d&#233;duire mon niveau de stress. Elle &#233;tait <em>neutre</em>.</p><p>Aujourd&#8217;hui, nous portons au poignet de v&#233;ritables cockpits de surveillance. Nous ne portons plus un outil, nous portons un examinateur.</p><h3>La vie comme un syst&#232;me &#224; monitorer</h3><p>Nous avons gliss&#233;, sans trop nous en rendre compte, d&#8217;une technologie de <strong>service</strong> &#224; une technologie de <strong>monitoring</strong>.</p><p>Avant, la montre comblait un manque (savoir l&#8217;heure). Aujourd&#8217;hui, elle cr&#233;e une anxi&#233;t&#233; (est-ce que mes donn&#233;es sont dans le vert ?). Nous avons transform&#233; notre propre corps, notre sommeil et m&#234;me nos trajets en un projet d&#8217;ing&#233;nierie &#224; optimiser en temps r&#233;el.</p><p>On a tellement peur du &#8220;bug&#8221; &#8212; la maladie impr&#233;vue, la fatigue soudaine, l&#8217;inefficacit&#233; &#8212; que l&#8217;on s&#8217;est construit un tableau de bord mental permanent. Mais &#224; force de fixer les cadrans pour v&#233;rifier si l&#8217;on &#8220;performe&#8221; correctement sa propre vie, on finit par oublier de regarder la route.</p><h3>L&#8217;atrophie de l&#8217;instinct</h3><p>Le vrai danger de ce scan permanent, c&#8217;est l&#8217;atrophie de notre ressenti biologique.</p><p>Nous en sommes arriv&#233;s &#224; un point absurde o&#249; nous attendons qu&#8217;une notification nous dise si nous avons bien dormi. Si la montre dit que mon sommeil &#233;tait &#8220;m&#233;diocre&#8221;, je me r&#233;veille fatigu&#233;, m&#234;me si je me sentais bien avant de consulter l&#8217;&#233;cran. Si elle ne valide pas mes 10 000 pas, j&#8217;ai l&#8217;impression que ma marche n&#8217;a pas &#8220;compt&#233;&#8221;.</p><p>On ne fait plus les choses pour les vivre, on les fait pour nourrir l&#8217;algorithme. On d&#233;l&#232;gue notre intuition &#224; un capteur de 40 millim&#232;tres.</p><h3>Le luxe de la zone d&#8217;ombre</h3><p>Dans mes cours d&#8217;IA ou de cybers&#233;curit&#233;, on cherche toujours &#224; &#233;liminer l&#8217;incertitude. C&#8217;est le but de la machine : pr&#233;dire, s&#233;curiser, lisser.</p><p>Mais l&#8217;humain, lui, a besoin de sa zone d&#8217;ombre. Il a besoin de moments o&#249; il n&#8217;est pas &#8220;scann&#233;&#8221;, pas analys&#233;, pas quantifi&#233;. Il a besoin du droit &#224; l&#8217;improductivit&#233; crasse, au sommeil trop long ou &#224; la marche sans but, sans qu&#8217;un graphique vienne lui reprocher ses r&#233;sultats en rouge &#224; la fin de la semaine.</p><p>Le v&#233;ritable luxe moderne, ce n&#8217;est pas d&#8217;avoir l&#8217;Apple Watch Ultra au poignet. C&#8217;est de retrouver la libert&#233; de la Casio : celle de n&#8217;avoir aucun compte &#224; rendre &#224; son mat&#233;riel.</p><p>Acceptons de redevenir les seuls ma&#238;tres &#224; bord, m&#234;me si cela implique de naviguer un peu &#224; vue. Apr&#232;s tout, c&#8217;est dans l&#8217;impr&#233;vu du voyage, et non dans la pr&#233;cision du tableau de bord, que se cachent les meilleures histoires.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Le Cockpit et le Fantôme : Pourquoi l’IDE survit à l’ère des agents]]></title><description><![CDATA[On me pose de plus en plus souvent cette question : &#171; Si l&#8217;IA peut coder &#224; ma place, pourquoi s&#8217;encombrer encore d&#8217;un IDE (environnement de d&#233;veloppement int&#233;gr&#233;) ?]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/le-cockpit-et-le-fantome-pourquoi</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/le-cockpit-et-le-fantome-pourquoi</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 07 Apr 2026 14:09:44 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>On me pose de plus en plus souvent cette question : <em>&#171; Si l&#8217;IA peut coder &#224; ma place, pourquoi s&#8217;encombrer encore d&#8217;un IDE (environnement de d&#233;veloppement int&#233;gr&#233;) ? Pourquoi ne pas simplement discuter avec un agent dans une fen&#234;tre de chat et attendre le produit fini ? &#187;</em></p><p>Pourtant, derri&#232;re la question technique se cache une mutation plus profonde de notre rapport &#224; l&#8217;outil. Dans de nombreux domaines, l&#8217;outil &#171; de base &#187; semble s&#8217;effacer. Le designer d&#233;laisse parfois Photoshop pour le <em>prompt</em> ; l&#8217;analyste abandonne ses tableurs pour des synth&#232;ses automatis&#233;es.</p><p>Pourtant, l&#8217;IDE r&#233;siste. Et il doit r&#233;sister. Voici pourquoi.</p><h3>1. De l&#8217;&#233;tabli au cockpit : la conscience situationnelle</h3><p>Pendant des d&#233;cennies, l&#8217;IDE &#233;tait un &#233;tabli de menuisier : un lieu o&#249; l&#8217;on taillait chaque ligne de code &#224; la main. Aujourd&#8217;hui, il a mut&#233;. Il est devenu un <strong>cockpit</strong>.</p><p>Imaginez un pilote de ligne moderne. Il ne tire plus physiquement sur des c&#226;bles pour orienter les volets des ailes ; il transmet une intention via des syst&#232;mes &#233;lectroniques (<em>fly-by-wire</em>). L&#8217;IDE est devenu cette interface de pilotage. C&#8217;est le point de rencontre entre l&#8217;agent (votre copilote num&#233;rique) et vous (le commandant de bord).</p><p>L&#8217;IDE n&#8217;est plus l&#224; pour nous aider &#224; taper plus vite, mais pour nous offrir une <strong>conscience situationnelle</strong>. Sans lui, nous volons &#224; l&#8217;aveugle. Sans ses radars &#8212; les tests, les logs, l&#8217;arborescence, le d&#233;bogueur &#8212; nous faisons une confiance aveugle &#224; une machine qui, par d&#233;finition, ne comprend pas ce qu&#8217;elle produit.</p><h3>2. Le rempart contre la complaisance</h3><p>C&#8217;est ici que mon principe fondamental intervient : <strong>ne jamais &#234;tre complaisant.</strong> La plus grande menace de l&#8217;IA n&#8217;est pas son incomp&#233;tence, mais sa terrifiante facilit&#233;. L&#8217;IA est une force de proposition infinie, mais elle est d&#233;nu&#233;e de responsabilit&#233;. Si nous abandonnons l&#8217;IDE pour une simple interface de chat, nous acceptons de devenir passifs. Nous devenons des spectateurs de notre propre cr&#233;ation.</p><p>L&#8217;IDE est l&#8217;instrument de notre rigueur. C&#8217;est une <strong>friction fertile</strong>. Il nous force &#224; la relecture, &#224; la validation, &#224; l&#8217;esprit critique. Utiliser un IDE, c&#8217;est refuser le &#171; copier-coller &#187; mental. C&#8217;est s&#8217;assurer que nous restons ma&#238;tres de la logique, et non de simples signataires de scripts g&#233;n&#233;r&#233;s dans le vide.</p><h3>3. La mutation globale : l&#8217;&#232;re de la supervision</h3><p>Ce ph&#233;nom&#232;ne d&#233;passe largement le monde du code. Nous vivons la fin de l&#8217;&#232;re de l&#8217;ex&#233;cution pure et le d&#233;but de l&#8217;&#232;re de la <strong>supervision d&#8217;intention</strong>.</p><p>L&#8217;outil &#171; socle &#187; ne dispara&#238;t pas ; il se complexifie pour devenir un filtre entre l&#8217;abstraction de l&#8217;IA et la duret&#233; du r&#233;el. Que ce soit en m&#233;decine, en ing&#233;nierie ou en cr&#233;ation, plus l&#8217;agent gagne en autonomie, plus l&#8217;interface de contr&#244;le doit &#234;tre pr&#233;cise.</p><p>Pourquoi utilise-t-on encore des IDE ? Parce que l&#8217;IA produit du code, mais l&#8217;humain produit du <strong>sens</strong>. L&#8217;IDE est le lieu sacr&#233; o&#249; ce sens est v&#233;rifi&#233; et ancr&#233; dans la r&#233;alit&#233; physique d&#8217;une machine.</p><h3>Conclusion : L&#8217;exigence du ma&#238;tre d&#8217;&#339;uvre</h3><p>L&#8217;avenir n&#8217;est pas &#224; la mort de l&#8217;outil, mais &#224; l&#8217;exigence accrue de celui qui le manipule. La complaisance est un luxe que l&#8217;architecte ne peut pas s&#8217;offrir. Si nous abandonnons nos cockpits pour des fen&#234;tres de chat, nous ne sommes plus des b&#226;tisseurs, nous sommes des passagers. Et dans le monde du logiciel, les passagers ne choisissent jamais la destination.</p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p><p></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Et si nos fiascos étaient nos plus beaux actifs ?]]></title><description><![CDATA[Dans un monde d&#8217;algorithmes parfaits et de CV lisses, red&#233;couvrons la puissance lib&#233;ratrice de notre propre maladresse.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/et-si-nos-fiascos-etaient-nos-plus</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/et-si-nos-fiascos-etaient-nos-plus</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 31 Mar 2026 13:13:56 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Nous vivons sous le r&#232;gne d&#8217;une tyrannie invisible : celle de l&#8217;optimisation.</p><p>Regardez autour de vous. Nos fils d&#8217;actualit&#233; sont des mus&#233;es de la r&#233;ussite. Nos photos sont filtr&#233;es, nos carri&#232;res sont sc&#233;naris&#233;es, et m&#234;me nos &#233;checs sont &#171; rebrand&#233;s &#187; pour para&#238;tre courageux et instructifs. Nous passons un temps infini &#224; polir notre image num&#233;rique, &#224; gommer les asp&#233;rit&#233;s, &#224; cacher la poussi&#232;re sous le tapis de la &#171; r&#233;silience &#187;.</p><p>Mais au milieu de cette perfection de fa&#231;ade, il reste une &#233;motion brute, visc&#233;rale, profond&#233;ment humaine, que nous fuyons comme la peste : la honte.</p><p>Cette sensation de chaleur qui monte au visage quand on r&#233;alise qu&#8217;on vient de dire une &#233;normit&#233; en r&#233;union. Ce moment de solitude absolue quand un projet dans lequel on a investi des mois s&#8217;effondre. Ce sentiment d&#8217;imposture qui nous tenaille quand on nous f&#233;licite pour quelque chose que l&#8217;on estime ne pas ma&#238;triser.</p><p>La honte est devenue le tabou ultime du XXIe si&#232;cle. Pourtant, aujourd&#8217;hui, je veux faire son &#233;loge.</p><h2>Le bug comme fonctionnalit&#233;</h2><p>Enseigner l&#8217;intelligence artificielle et la cybers&#233;curit&#233; m&#8217;a appris une chose fondamentale : le syst&#232;me le plus robuste n&#8217;est pas celui qui n&#8217;&#233;choue jamais, mais celui qui sait g&#233;rer ses erreurs.</p><p>En <em>machine learning</em>, l&#8217;erreur n&#8217;est pas un d&#233;faut ; c&#8217;est la condition sine qua non de l&#8217;apprentissage. Sans erreur, il n&#8217;y a pas de correction de trajectoire, pas d&#8217;affinement du mod&#232;le, pas d&#8217;&#233;volution. Un algorithme qui ne se trompe jamais est un algorithme qui n&#8217;apprend plus.</p><p>Pour nous, humains, c&#8217;est exactement la m&#234;me chose.</p><p>La honte est notre &#171; gradient de l&#8217;erreur &#187;. Si vous ressentez de la honte, c&#8217;est que vous avez des standards. C&#8217;est que vous &#234;tes capable d&#8217;auto-critique. C&#8217;est la preuve que vous n&#8217;&#234;tes pas une machine froide et programm&#233;e, mais un &#234;tre en perp&#233;tuelle version b&#234;ta.</p><p>Avoir honte, c&#8217;est admettre que le &#171; bug &#187; n&#8217;est pas un d&#233;faut de fabrication, mais une fonctionnalit&#233; essentielle de notre exp&#233;rience.</p><h2>La perfection isole, l&#8217;imperfection rassemble</h2><p>Il y a un paradoxe fascinant dans la honte. C&#8217;est une &#233;motion que nous vivons dans l&#8217;isolement le plus total, persuad&#233;s d&#8217;&#234;tre les seuls &#224; &#234;tre aussi maladroits, aussi incomp&#233;tents, aussi &#171; &#224; c&#244;t&#233; de la plaque &#187;.</p><p>Pourtant, c&#8217;est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que r&#233;side notre plus grand point commun.</p><p>Personne ne se connecte vraiment &#224; un CV parfait. La perfection intimide et met de la distance. Ce qui cr&#233;e le lien, ce qui d&#233;clenche l&#8217;empathie, ce qui fait de nous des &#234;tres sociaux, c&#8217;est la reconnaissance de notre vuln&#233;rabilit&#233; commune.</p><p>C&#8217;est dans nos moments les plus &#171; honteux &#187; &#8212; une erreur technique grossi&#232;re en plein cours, un oubli majeur dans une pr&#233;sentation, une gaffe monumentale lors d&#8217;un cocktail &#8212; que nous sommes le plus authentiquement nous-m&#234;mes. C&#8217;est l&#224; que le vernis craque et que l&#8217;on peut enfin dire : &#171; Oui, moi aussi. &#187;</p><p>Partager ses hontes, c&#8217;est faire tomber les masques. C&#8217;est un acte de g&#233;n&#233;rosit&#233; radicale qui permet aux autres de respirer.</p><h2>Un acte de r&#233;sistance &#171; Out of the Box &#187;</h2><p>C&#233;l&#233;brer la honte, ce n&#8217;est pas se complaire dans l&#8217;&#233;chec. C&#8217;est refuser de se laisser paralyser par la peur du jugement. C&#8217;est un acte de r&#233;sistance contre la standardisation des esprits.</p><p>Une fois que vous acceptez l&#8217;id&#233;e que vous allez in&#233;vitablement &#234;tre ridicule, maladroit, ou incomp&#233;tent &#224; un moment donn&#233;, une libert&#233; incroyable s&#8217;offre &#224; vous. Vous n&#8217;avez plus peur de poser la question &#171; b&#234;te &#187;, de proposer l&#8217;id&#233;e farfelue, de tester un algorithme dont vous ne comprenez pas encore toutes les subtilit&#233;s, ou de lancer un projet hors des sentiers battus.</p><p>La honte n&#8217;est pas une destination, c&#8217;est un signal de franchissement. Elle est la preuve que vous avez pouss&#233; une porte que vous ne ma&#238;trisiez pas encore.</p><p>Dans mes recherches sur le post-quantique ou mes cours sur l&#8217;IA, les moments de &#8220;honte&#8221; technique &#8212; ce code qui plante lamentablement devant 50 &#233;tudiants ou cette intuition math&#233;matique qui s&#8217;av&#232;re totalement fausse apr&#232;s trois jours de calculs &#8212; sont mes meilleurs professeurs. Ils m&#8217;obligent &#224; l&#8217;humilit&#233; radicale que la science exige.</p><p>Le v&#233;ritable danger n&#8217;est pas d&#8217;avoir honte. C&#8217;est de s&#8217;habituer au confort de ne jamais rien risquer pour ne jamais rougir.</p><p>C&#233;l&#233;brer son imperfection, ce n&#8217;est pas s&#8217;excuser d&#8217;exister ; c&#8217;est revendiquer le droit d&#8217;&#234;tre en mouvement. C&#8217;est accepter que pour craquer un syst&#232;me, pour inventer un nouveau protocole ou pour simplement transmettre une id&#233;e complexe, il faut accepter de perdre la face.</p><p>Parce qu&#8217;au final, entre la s&#233;curit&#233; d&#8217;une perfection st&#233;rile et l&#8217;inconfort d&#8217;une maladresse cr&#233;ative, le choix est vite fait.</p><p>Soyez imparfaits. Soyez vuln&#233;rables. </p><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[Ne perdez pas votre cerveau]]></title><description><![CDATA[Il y a un petit moment d&#233;j&#224;, je m&#8217;&#233;tais &#233;crit un petit manifeste sur l&#8217;IA.]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/ne-perdez-pas-votre-cerveau</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/ne-perdez-pas-votre-cerveau</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 24 Mar 2026 12:10:13 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Cette semaine, une petite infolettre d&#251; &#224; beaucoup de travail ce qui fait que mon temps d'&#233;criture s'est r&#233;duit comme peau de chagrin ces derniers jours. </p><p>Il y a un petit moment d&#233;j&#224;, je m&#8217;&#233;tais &#233;crit un petit manifeste sur l&#8217;IA. J&#8217;utilise l&#8217;IA dans le cadre de mon travail, j&#8217;en fais souvent la promotion, et je l&#8217;utilise fr&#233;quemment dans mes projets personnels. </p><p>Cela dit, j&#8217;accorde une grande importance &#224; l&#8217;utilisation de l&#8217;IA comme outil, <strong>et non</strong> comme substitut &#224; ma propre r&#233;flexion et &#224; mes propres id&#233;es. Je pense qu&#8217;il est essentiel de ne pas c&#233;der &#224; la facilit&#233; et de se contenter de demander la r&#233;ponse, surtout quand un petit effort de r&#233;flexion suffit parfois.</p><p>J&#8217;ai rencontr&#233; plusieurs personnes qui communiquent tr&#232;s bien en ligne, mais qui, lorsqu&#8217;on les rencontre en personne, se retrouvent compl&#232;tement paralys&#233;es. Il s&#8217;av&#232;re que c&#8217;est parce qu&#8217;elles laissent ChatGPT (ou un autre outil similaire) r&#233;diger leurs r&#233;ponses par messagerie instantan&#233;e et par courriel. Je connais des gens qui ont d&#233;sormais peur d&#8217;&#233;crire eux-m&#234;mes un courriel professionnel et qui le font relire plusieurs fois par leur outil d&#8217;IA avant de l&#8217;envoyer. &#192; ce rythme, notre soci&#233;t&#233; se dirige &#224; toute vitesse vers ce type de d&#233;pendance, et c&#8217;est tr&#232;s inqui&#233;tant.</p><p>Il est tr&#232;s tentant de dire qu&#8217;on &#171; utilise simplement les ressources dont on dispose &#187; lorsqu&#8217;on effectue une simple requ&#234;te de temps en temps, mais votre cerveau est la meilleure ressource que vous aurez pour le reste de votre vie, et vous devez le maintenir en pleine forme.</p><p>Bref, je dis peut-&#234;tre une &#233;vidence, alors permettez-moi de vous laisser avec cette citation :</p><blockquote><p><em>&#171; Autrefois, les hommes confiaient leur pens&#233;e aux machines dans l&#8217;espoir d&#8217;&#234;tre lib&#233;r&#233;s. Mais cela n&#8217;a fait que permettre &#224; d&#8217;autres hommes, dot&#233;s de machines, de les asservir. &#187;</em></p><ul><li><p><em>Frank Herbert, Dune</em></p></li></ul></blockquote><div><hr></div><p>Et sur ce, voici quelques liens en bonus que j&#8217;ai trouv&#233; int&#233;ressant derni&#232;rement.</p><ul><li><p>Voici un autre site web incroyable, avec une URL tout aussi impressionnante : <a href="https://how-did-i-get-here.net/">how-did-i-get-here.net </a>. Bravo ! Et le texte est excellent : &#171; <em>On d&#233;crit souvent Internet comme un r&#233;seau ouvert, presque anarchique, reliant des ordinateurs, certains appartenant &#224; des particuliers comme vous et moi, d&#8217;autres &#224; des entreprises. En r&#233;alit&#233;, Internet est un r&#233;seau de r&#233;seaux d&#233;tenus par des entreprises, dont l&#8217;acc&#232;s et le contr&#244;le sont r&#233;gis par des transactions financi&#232;res et impr&#233;gn&#233;s d&#8217;une bureaucratie pesante. </em>&#187; Et maintenant, je <a href="https://www.youtube.com/watch?v=TGofoH9RDEA">r&#233;&#233;coute &#231;a </a>.</p></li><li><p>Henrik Karlsson : &#171; Aujourd&#8217;hui, cela fait un an que je suis r&#233;dacteur &#224; temps plein sur Substack. <a href="/__u/substack.com/@henrikkarlsson/note/c-179211747">Quelques r&#233;flexions.</a> &#187; Tr&#232;s int&#233;ressant.</p></li><li><p>Magnifique site web personnel : <a href="https://www.alanagoyal.com/">alanagoyal.com</a></p></li><li><p><a href="https://abdulhamidhassan.com/post/802459222214410240/how-to-be-exceptional-at-anything">Comment exceller dans n&#8217;importe quel domaine </a>. Autre formulation : comment devenir une personne avec qui les autres ont envie de travailler.</p></li><li><p>Parlons des tendances : le <a href="https://data.stackexchange.com/stackoverflow/query/1926661#graph">nombre de questions sur StackOverflow au fil du temps</a>. &#201;tonnant. Et triste un peu.</p></li><li><p>Jason Cohen <a href="https://longform.asmartbear.com/focus">nous parle de l&#8217;importance de la concentration et de sa signification</a>. C&#8217;est excellent et je le partagerai &#224; nouveau.</p></li></ul><p>Merci de m&#8217;avoir lu et on se retrouve la semaine prochaine avec une &#233;dition compl&#232;te!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p>]]></content:encoded></item><item><title><![CDATA[L'idée de devoir réfléchir intensément me manque.]]></title><description><![CDATA[Avant de lire cet article, posez-vous une question : &#224; quand remonte la derni&#232;re fois o&#249; vous avez vraiment r&#233;fl&#233;chi intens&#233;ment ?]]></description><link>https://martindufresne.substack.com/p/lidee-de-devoir-reflechir-intensement</link><guid isPermaLink="false">https://martindufresne.substack.com/p/lidee-de-devoir-reflechir-intensement</guid><dc:creator><![CDATA[Martin Dufresne]]></dc:creator><pubDate>Tue, 17 Mar 2026 09:53:11 GMT</pubDate><enclosure url="https://substackcdn.com/image/fetch/$s_!HyqB!,f_auto,q_auto:good,fl_progressive:steep/https%3A%2F%2Fsubstack-post-media.s3.amazonaws.com%2Fpublic%2Fimages%2F48310517-903b-4113-9991-777ceaeabcfa_1024x1024.jpeg" length="0" type="image/jpeg"/><content:encoded><![CDATA[<p>Avant de lire cet article, posez-vous une question : <strong>&#224; quand remonte la derni&#232;re fois o&#249; vous avez vraiment r&#233;fl&#233;chi intens&#233;ment ?</strong></p><p>Par &#171; r&#233;fl&#233;chir intens&#233;ment &#187;, j&#8217;entends se retrouver face &#224; un probl&#232;me pr&#233;cis et difficile et passer plusieurs jours &#224; le r&#233;soudre.</p><p>a) Tout le temps. b) Jamais. c) Entre les deux.</p><p>Si votre r&#233;ponse est (a) ou (b), cet article ne vous concerne pas. Mais si, comme moi, votre r&#233;ponse est (c), vous pourriez y trouver quelque chose d&#8217;utile, ne serait-ce que le sentiment de ne pas &#234;tre seul.</p><p>Avant toute chose, une pr&#233;cision : ce message n&#8217;apporte ni r&#233;ponses, ni m&#234;me de suggestions. Il s&#8217;agit simplement d&#8217;un moyen d&#8217;exprimer ce que je ressens depuis quelques mois.</p><h3>Le B&#226;tisseur et le Penseur</h3><p>Je crois que ma personnalit&#233; repose sur deux traits principaux :</p><ol><li><p><strong>Le B&#226;tisseur</strong> (Le d&#233;sir de cr&#233;er, de livrer et d&#8217;&#234;tre pragmatique).</p></li><li><p><strong>Le Penseur</strong> (Le besoin d&#8217;une lutte mentale profonde et prolong&#233;e).</p></li></ol><p>Le r&#244;le du concepteur est assez explicite : il est motiv&#233; par la rapidit&#233; et l&#8217;utilit&#233;. Il repr&#233;sente la partie de moi qui aspire &#224; la transition de l&#8217;&#171; id&#233;e &#187; &#224; la &#171; r&#233;alit&#233; &#187;. Il appr&#233;cie la satisfaction d&#8217;un d&#233;ploiement r&#233;ussi, la satisfaction de cr&#233;er des syst&#232;mes pour r&#233;soudre des probl&#232;mes concrets et le fait de savoir que quelqu&#8217;un, quelque part, utilise mon outil.</p><p>Pour expliquer le Penseur, il me faut revenir &#224; mes ann&#233;es d&#8217;&#233;cole, lorsque j&#8217;&#233;tudiais la physique. De temps &#224; autre, nous avions des devoirs bien plus difficiles que la moyenne. M&#234;me avec une bonne compr&#233;hension du sujet, trouver une solution s&#8217;av&#233;rait complexe.</p><p>J&#8217;ai observ&#233; que les &#233;tudiants se r&#233;partissaient en trois cat&#233;gories face &#224; ces probl&#232;mes (enfin, quatre, si l&#8217;on compte le 1 % de g&#233;nies pour qui aucun probl&#232;me n&#8217;&#233;tait trop difficile).</p><ul><li><p><strong>Type 1 :</strong> La majorit&#233;. Apr&#232;s plusieurs tentatives, ils ont abandonn&#233; et se sont tourn&#233;s vers le professeur ou un assistant d&#8217;enseignement pour obtenir de l&#8217;aide.</p></li><li><p><strong>Type 2 : </strong>Les chercheurs. Ils se rendaient &#224; la biblioth&#232;que pour trouver des probl&#232;mes similaires ou des id&#233;es pr&#233;con&#231;ues afin de rendre le probl&#232;me plus accessible. Ils y parvenaient g&#233;n&#233;ralement.</p></li><li><p><strong>Type 3 : </strong>Les Penseurs.</p></li></ul><p>Je faisais partie de la troisi&#232;me cat&#233;gorie, qui, d&#8217;apr&#232;s mon exp&#233;rience, &#233;tait presque aussi rare que le 1 % de g&#233;nies. Ma m&#233;thode &#233;tait simple : r&#233;fl&#233;chir. R&#233;fl&#233;chir intens&#233;ment et longuement. Souvent, pendant plusieurs jours, voire des semaines, tout mon temps, en dehors des activit&#233;s d&#8217;entr&#233;e/sortie, &#233;tait consacr&#233; &#224; ruminer sans rel&#226;che les solutions possibles au probl&#232;me, m&#234;me pendant mon sommeil.</p><p>Cette m&#233;thode ne m&#8217;a jamais fait d&#233;faut. J&#8217;ai toujours eu le sentiment que la r&#233;flexion approfondie et prolong&#233;e &#233;tait mon atout majeur. Je n&#8217;&#233;tais peut-&#234;tre pas aussi rapide ni aussi dou&#233; que les 1 % les plus brillants, mais avec suffisamment de temps, j&#8217;&#233;tais convaincu de pouvoir r&#233;soudre n&#8217;importe quel probl&#232;me. Ce processus me procurait une profonde satisfaction.</p><h3>Le conflit avec l&#8217;IA</h3><p>C&#8217;est cette satisfaction qui a rendu le g&#233;nie logiciel si gratifiant &#224; mes d&#233;buts. Il offrait un juste &#233;quilibre, satisfaisant &#224; la fois <strong>le B&#226;tisseur</strong> (se sentir productif et pragmatique en cr&#233;ant des choses utiles) et <strong>le Penseur</strong> (r&#233;soudre des probl&#232;mes complexes). R&#233;trospectivement, les projets qui m&#8217;ont le plus fait progresser en tant qu&#8217;ing&#233;nieur &#233;taient toujours ceux qui comportaient de nombreux probl&#232;mes ardus n&#233;cessitant des solutions cr&#233;atives.</p><p>Mais r&#233;cemment, le nombre de fois o&#249; je r&#233;fl&#233;chis vraiment &#224; un probl&#232;me pendant plus de deux heures a consid&#233;rablement diminu&#233;.</p><p>Oui, <strong>je tiens l&#8217;IA pour responsable</strong> .</p><p>J&#8217;&#233;cris actuellement beaucoup plus de logiciels, et des logiciels plus complexes qu&#8217;auparavant, et pourtant j&#8217;ai l&#8217;impression de ne pas progresser du tout en tant qu&#8217;ing&#233;nieur. En r&#233;fl&#233;chissant aux raisons de ce sentiment d&#8217;&#234;tre &#171; bloqu&#233; &#187;, j&#8217;ai r&#233;alis&#233; que je privais mon esprit de toute <strong>stimulation intellectuelle</strong> .</p><p>Le &#171; vibe coding &#187; comble le constructeur. C&#8217;est formidable de voir une id&#233;e se concr&#233;tiser en un temps record. Mais cela a consid&#233;rablement r&#233;duit le temps que je consacre &#224; trouver des solutions cr&#233;atives aux probl&#232;mes techniques. Je connais beaucoup de personnes qui sont de purs constructeurs ; pour elles, cette &#232;re est une v&#233;ritable r&#233;volution. Mais pour moi, il manque quelque chose.</p><h3>Le pi&#232;ge du pragmatisme</h3><p>Je sais ce que vous pensez peut-&#234;tre : &#171; Si vous arrivez &#224; le r&#233;soudre par intuition, le probl&#232;me n&#8217;&#233;tait pas si difficile. &#187;</p><p>Je crois que vous passez &#224; c&#244;t&#233; du probl&#232;me. Ce n&#8217;est pas que l&#8217;IA soit performante pour les probl&#232;mes complexes, elle ne l&#8217;est m&#234;me pas pour les probl&#232;mes simples. Je suis convaincu que ma troisi&#232;me r&#233;&#233;criture manuelle d&#8217;un module serait bien meilleure que n&#8217;importe quel r&#233;sultat produit par l&#8217;IA. Mais je suis aussi pragmatique.</p><p>S&#8217;il est possible d&#8217;obtenir une solution &#171; suffisamment satisfaisante &#187; en un temps et avec un effort consid&#233;rablement r&#233;duits, il serait irrationnel de ne pas opter pour l&#8217;IA. Et c&#8217;est l&#224; le v&#233;ritable probl&#232;me : <strong>je ne peux pas simplement mettre de c&#244;t&#233; mon pragmatisme.</strong></p><p>Au fond, je suis un b&#226;tisseur. J&#8217;aime construire des choses. Plus vite je construis, mieux c&#8217;est. M&#234;me si je voulais rejeter l&#8217;IA et revenir &#224; l&#8217;&#233;poque o&#249; les besoins du penseur &#233;taient satisfaits par la programmation, le b&#226;tisseur en moi aurait du mal &#224; accepter cette inefficacit&#233;.</p><p>M&#234;me si l&#8217;IA ne parviendra presque certainement pas &#224; une solution 100 % satisfaisante, la solution &#224; 70 % qu&#8217;elle obtient atteint g&#233;n&#233;ralement le seuil de &#171; suffisamment bon &#187;.</p><h3>Et maintenant ?</h3><p>Honn&#234;tement, je ne sais pas. Je suis encore en train de r&#233;fl&#233;chir.</p><p>Je ne sais pas si la programmation peut encore combler mes deux aspirations. On peut toujours viser des projets plus complexes, en esp&#233;rant trouver des probl&#232;mes o&#249; l&#8217;IA &#233;choue compl&#232;tement. J&#8217;en rencontre encore occasionnellement, mais le nombre de probl&#232;mes exigeant des solutions cr&#233;atives et profondes semble diminuer rapidement.</p><p>J&#8217;ai essay&#233; de retrouver ce sentiment de d&#233;veloppement intellectuel en dehors du codage. J&#8217;ai tent&#233; de renouer avec la physique, de relire de vieux manuels. Mais sans succ&#232;s. Difficile de justifier de consacrer du temps et de l&#8217;&#233;nergie mentale &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes de physique obsol&#232;tes ou d&#233;pass&#233;s, alors que je pourrais cr&#233;er des applications concr&#232;tes.</p><p>Mon c&#244;t&#233; cr&#233;atif m&#8217;emp&#234;che de me contenter de r&#233;fl&#233;chir aux probl&#232;mes non r&#233;solus, et mon c&#244;t&#233; rationnel est en manque de contenu pendant que je code en mode automatique. Je ne sais pas si un jour je pourrai &#224; nouveau satisfaire ces deux besoins simultan&#233;ment.</p><blockquote><p>&#171; <em>Nous avons d&#233;sormais le droit de donner &#224; cet &#234;tre le nom bien connu qui d&#233;signe ce qu'aucune imagination, aucune fantaisie la plus audacieuse, aucun c&#339;ur profond&#233;ment d&#233;vot, aucune pens&#233;e abstraite si profonde soit-elle, aucun esprit extatique n'a jamais atteint : Dieu. Mais cette unit&#233; fondamentale appartient au pass&#233; ; elle n'est plus. En changeant d'&#234;tre, elle s'est totalement et compl&#232;tement bris&#233;e. Dieu est mort et sa mort fut la vie du monde.</em> &#187;<br>&#8211; Philipp Mainl&#228;nder</p></blockquote><p>Merci de m&#8217;avoir lu!</p><p class="button-wrapper" data-attrs="{&quot;url&quot;:&quot;https://martindufresne.substack.com/subscribe?&quot;,&quot;text&quot;:&quot;Abonnez-vous maintenant&quot;,&quot;action&quot;:null,&quot;class&quot;:null}" data-component-name="ButtonCreateButton"><a class="button primary" href="/__u/martindufresne.substack.com/subscribe"><span>Abonnez-vous maintenant</span></a></p><p></p>]]></content:encoded></item></channel></rss>